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Culture Joséphine Baker la Vénus, la résistante, l'endettée : Stéphane Bern raconte son histoire

19:50  30 novembre  2021
19:50  30 novembre  2021 Source:   europe1.fr

Icône noire de cabaret, résistante, militante des droits civiques, elle entre au Panthéon : qui était Joséphine Baker ?

  Icône noire de cabaret, résistante, militante des droits civiques, elle entre au Panthéon : qui était Joséphine Baker ? Alors que Joséphine Baker entre au Panthéon le 30 novembre, retour sur la vie extraordinaire d'une femme libre et engagée, tour à tour artiste burlesque, résistante puis militante des droits civiques. © Fournis par franceinfo Première artiste noire célébrée en France, Joséphine Baker a déjoué l'imagerie raciste qui l'avait rendue célèbre pour s'imposer comme femme libre, héroïne de la Résistance, apôtre de la fraternité universelle et désormais "Immortelle" au Panthéon.

À l'occasion de l'entrée de Joséphine Baker au Panthéon, Stéphane Bern dresse le portrait d'une naturalisée française à l'histoire totalement exceptionnelle. La pauvreté, l'ascension, la guerre, une vie de château, la chute, la renaissance : la future immortelle a tout connu. Et qui de mieux que Stéphane Bern pour raconter une vie aussi hors du commun. © AFP À l'occasion de l'entrée de Joséphine Baker au Panthéon, Stéphane Bern dresse le portrait d'une naturalisée française à l'histoire totalement exceptionnelle. La pauvreté, l'ascension, la guerre, une vie de château, la chute, la renaissance : la future immortelle a tout connu. Et qui de mieux que Stéphane Bern pour raconter une vie aussi hors du commun.

Immortelle. Joséphine Baker devient mardi la première femme noire à entrer au Panthéon. Une évidence, tant elle a fait pour la France. L'artiste américaine, à la fois chanteuse, danseuse, actrice, fut aussi résistante durant la Seconde Guerre mondiale et un symbole de la lutte pour l'égalité tout au long de sa vie. Devenue Française à la suite de son mariage avec Jean Lion, Joséphine Baker a connu une vie d'une richesse inouïe, avec aussi quelques déboires, comme la perte de son château tant aimé des Milandes, en Dordogne, des suites de nombreuses dettes. Voici le récit de son histoire, raconté par Stéphane Bern.

Josephine Baker pour être la première femme noire immortalisée en France Panthéon

 Josephine Baker pour être la première femme noire immortalisée en France Panthéon © - Singer-née américain Josephine Baker pose à Paris dans les années 1920 Josephine Baker, la danseuse française-américaine, chanteur et actrice qui a hypnofinée France avec des spectacles moqueurs Le colonialisme et plus tard rejoint la résistance française deviendra la première femme noire à être immortalisée dans le panthéon du mausolée de France mardi.

Les débuts de Joséphine Baker, née Freda Josephine McDonald

On ne l’imagine pas vraiment en châtelaine, Joséphine Baker, et pourtant : de 1937 à 1969, c’est bien là dans le Périgord, au Château des Milandes, dans la commune de Castelnaud-la-Chapelle, qu’elle élève cette fameuse famille arc-en-ciel dont nous avions déjà parlé à ce micro, cette tribu d’enfants de toutes origines, adoptés avec son époux, le chef d’orchestre Jo Bouillon. Joséphine Baker coule des jours heureux dans cette splendide bâtisse de la Renaissance qui domine la Dordogne depuis plus de cinq siècles, pleine de rires et d’enfants… Cette demeure qu’elle a, au fil des années, entièrement réaménagée pour accueillir aussi ses amis, et parfois tout le village comme lorsqu’elle invite les enfants de Castelnaud pour fêter Noël, autour d’un immense sapin.

Pour Rokhaya Diallo, Joséphine Baker au Panthéon «n'efface pas le racisme omniprésent en France»

  Pour Rokhaya Diallo, Joséphine Baker au Panthéon «n'efface pas le racisme omniprésent en France» La militante antiraciste donne une tribune au Washington Post dans laquelle elle estime que la nation française n'a pas à se «féliciter de son traitement des personnes de couleur». Une façon de piétiner, une fois encore, l'universalisme. » LIRE AUSSI - Joséphine Baker : le parcours d'une «Immortelle», des ghettos du Missouri au Panthéon

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Ce château, Joséphine Baker voulait en faire celui d’un conte de fées, un conte dont elle était la reine bienveillante. Et après tout, pourquoi pas ? Celle qui devient aujourd’hui la sixième femme à entrer au Panthéon était bel et bien une reine ! Pas par la naissance, mais par cette vie hors du commun que la France célèbre aujourd’hui.

Une reine, oui, et par trois fois même. Reine de la scène d’abord. Et dieu sait qu’elle s’est battue pour occuper cette place. Elle qui est née Freda Josephine McDonald, bien loin des scènes parisiennes, voyant le jour en 1906, à Saint-Louis, dans le Missouri. Elle qui ne sait pas qui est son père et qui a grandi comme elle pouvait avec sa mère, son frère et ses deux sœurs. Mais la petite Joséphine a le talent dans la peau. Elle danse, elle chante, elle transpire la joie de vivre et, à 14 ans, elle est là pour saisir sa chance lorsqu’elle remplace une danseuse du ballet de Saint-Louis, où elle travaille comme couturière.

Joséphine Baker au Panthéon : découvrez son histoire racontée aux enfants

  Joséphine Baker au Panthéon : découvrez son histoire racontée aux enfants Joséphine Baker, artiste et résistante, est la sixième femme à faire son entrée au "temple des Grands hommes". Américaine naturalisée française le 30 novembre 1937, Joséphine Baker fait partie de celles qui, dans l’ombre, ont joué un rôle important dans la Libération de la France. Son destin unique est raconté dans le podcast "Les voyages d’Amélia au cœur de l’Histoire", co-produit par Deezer et Europe 1 Studio, à écouter à partir de 7 ans. A l’image de nombreuses résistantes françaises, Joséphine Baker est longtemps restée dans l’oubli. Son entrée au Panthéon est pour beaucoup de Français l'occasion de redécouvrir son parcours unique.

Joséphine Baker, la Vénus noire de Paris

La suite est météorique : après Saint-Louis, on la retrouve à Chicago. Après Chicago, c’est Broadway ! Et à 18 ans, c’est le Graal : voilà Joséphine de l’autre côté de l’Atlantique, à Paris, au beau milieu des années folles ! Nous sommes en 1925, c’est l’époque de la "Vénus noire", celle qui enflamme les planches en dansant le charleston vêtue d’un simple pagne qui lui sert aussi à moquer les idées reçues de cette France des colonies qui certes, ne pratique pas la ségrégation sur son sol comme aux Etats-Unis, mais qui ne recule guère devant les pires clichés raciaux.

>> Le fameux château des Milandes, en Dordogne :

Milandes © Fournis par Europe 1 Milandes

Du Théâtre des Champs-Elysées, Joséphine Baker passe aux Folies Bergères où son guépard apprivoisé provoque quelques frissons dans le public, à moitié terrorisé, à moitié fasciné par les danses de Joséphine Baker, par ce physique aussi, élancé et fin, qui émoustillent les peintres cubistes.  L’année suivante, c’est le Casino de Paris et ce tube absolu, "J’ai deux amours", qui lui assure à jamais l’affection des Français. Ce coup de foudre, elle en reparlera plus tard, dans un discours qu’elle prononce en 1954 : "Je savais, ce jour brumeux, quand le paquebot a quitté le port de New-York, que je trouverais le soleil à mon arrivée en France (…) Ici je me sens libre et heureuse de vivre et, au moment où l’on trouve le bonheur absolu et complet, on peut dire avec conviction : ceci est mon pays".

Joséphine Baker au Panthéon : comment va se dérouler la cérémonie ce mardi 30 novembre

  Joséphine Baker au Panthéon : comment va se dérouler la cérémonie ce mardi 30 novembre L’entrée de Joséphine Baker au Panthéon va se dérouler ce mardi 30 novembre 2021, à partir de 17 h 30, en présence d’Emmanuel Macron. Une cérémonie très encadrée qui devrait tout de même réserver des moments de fantaisie. Elle est la première femme noire à entrer au Panthéon. Résistante, militante antiraciste, artiste, Joséphine Baker va rejoindre, ce mardi 30 novembre 2021 les « grands hommes » et les « grandes femmes », cinq pour l’instant, dont la « patrie reconnaissante » honore la mémoire.Cette date du 30 novembre n’a pas été choisie au hasard. Elle coïncide avec la date anniversaire du mariage de Joséphine Baker avec Jean Lion.

Joséphine Baker l'espionne, la résistante

Reine de la scène donc, reine de l’espionnage ensuite, lorsque les années sombres succèdent aux Années folles ! Naturalisée française en 1937 après son mariage éphémère avec l'industriel Jean Lion, Joséphine Baker est approchée dès le début de la guerre par les services du contre-espionnage français. En 1939, elle se rend sur le front et chante pour les soldats pendant la Drôle de guerre. A Paris, Baker multiplie les concerts, distribue de la nourriture et des vêtements à ceux qui n’ont rien. Après la défaite de 1940, Joséphine n’hésite pas un instant et s’engage aux côtés de la France Libre. Elle a le profil idéal : c’est une vedette qui passe sa vie à fréquenter des personnalités, des diplomates et des officiels.

Alors à chaque tournée, à chaque gala, de Marrakech au Caire, de Beyrouth à Damas, Joséphine tend l’oreille, écoute et transmet à Londres les informations qu’elle parvient à capter.  C’est courageux, risqué, rocambolesque aussi parfois, comme à Lisbonne, quand elle cache dans son soutien-gorge un microfilm truffé de noms d’espions nazis. Celle qui rejoint aujourd’hui le Panthéon prend place parmi ses pairs résistants comme Jean Moulin, René Cassin, Pierre Brossolette ou Germaine Tillion.

>> Une partie de la vie de Joséphine Baker se raconte au château des Milandes :

Joséphine Baker : visitez le château des Milandes, son refuge et bien plus que ça

  Joséphine Baker : visitez le château des Milandes, son refuge et bien plus que ça Joséphine Baker sera la sixième femme à entrer au Panthéon ce mardi. À cette occasion, Europe 1 vous fait découvrir le château des Milandes, lieu symbolique s'il en est dans l'histoire de Josephine Baker. Son refuge, et aussi le reflet de ses combats. C’est son "Village du Monde, la capitale de la fraternité", comme elle disait.Un château des Milandes très symbolique dans l’histoire de Josephine Baker. C’est le lieu de cristallisation de ses utopies familiales comme civiques. Son paradis. Les Milandes c’est d’abord sa maison de cœur, celle d’une mère. Elle se marie avec Jo Bouillon, le chef d’orchestre, dans la chapelle en 1947.

Milandes cdp © Fournis par Europe 1 Milandes cdp

© AFP

Reine de la scène, reine de l’espionnage, Joséphine Baker a été aussi, toute sa vie et de toute son âme, une reine engagée contre ce racisme qu’elle connaissait bien, elle, la petite fille née dans une Amérique où les Noirs n’avaient pas le droit d’étudier dans les mêmes écoles ou de boire aux mêmes robinets que les Blancs, cette Amérique où on interdisait les parcs des enfants blancs aux chiens et aux personnes de couleur.

Baker s’est engagée en France avec la Croix Rouge ; aux Etats-Unis aux côtés de Martin Luther King. Le 28 août 1963, à Washington, elle est à côté du pasteur, devant le Lincoln Memorial, quand il prononce son célèbre "I have a dream". Et quand elle prend la parole ce jour-là, c’est dans son uniforme, celui de l’armée de l’air française, avec ses décorations : médaille de la résistance, croix de guerre et légion d’honneur – cette légion d’honneur qu’elle a reçu au château des Milandes, chez elle, en 1961.

Ce jour terrible où elle a perdu son château des Milandes

Mais les contes de fée sont parfois cruels : personne ne le sait encore, mais Joséphine Baker est sur le point de tout perdre, à commencer par son château. Locataire pendant dix ans, Joséphine Baker a fini par acheter les Milandes en 1947 avec son mari, le compositeur Jo Bouillon. Le couple partageait une ambition, un rêve : faire de cette demeure un refuge, un havre de paix, un lieu sûr où personne ne jugerait quiconque sur sa couleur de peau ou ses croyances…

La famille y a vécu des jours heureux pendant toutes ces années. Mais voilà, Joséphine Baker a vu trop grand et n’a jamais regardé à la dépense ! Petit à petit, sans qu’elle s’en rende compte, elle y engloutit toute sa fortune, trompée par des indélicats qui profitent d’elle. Son divorce, en 1957, n’aide pas, mais Joséphine s’acharne pour donner vie à ce Village du Monde dont elle rêve. En 1964, criblée de dettes, Baker annonce la vente du château qui est repoussée de justesse grâce à l’intervention de Brigitte Bardot, bouleversée par l’appel à l’aide de Joséphine. Le sursis est de courte durée ! En 1968, les Milandes sont vendues pour une misère.

Joséphine Baker au Panthéon : la cérémonie en cinq images

  Joséphine Baker au Panthéon : la cérémonie en cinq images Ce mardi 30 novembre 2021, l’artiste et résistante Joséphine Baker a été la première femme noire à entrer au Panthéon. Revivez cette cérémonie historique à travers cinq images. Sa panthéonisation avait été annoncée cet été, 46 ans après sa mort. L’artiste franco-américaine Joséphine Baker, figure de la Résistance et de la lutte antiraciste, est la première femme noire à entrer au Panthéon. Voici cinq images marquantes de la cérémonie qui s’est déroulée ce mardi 30 novembre 2021.1.

Lorsqu’elle revient de tournée, Joséphine Baker trouve porte close et finit par se barricader dans la cuisine. Mais le nouveau propriétaire la fait expulser du château dans des conditions particulièrement brutales. Ruinée, Joséphine Baker peut heureusement compter sur ses amis : Jean-Claude Brialy d’abord, qui l’abrite à Paris, puis Grace de Monaco qui l’accueille plusieurs années sur le Rocher. Battante comme elle l’a toujours été, Joséphine Baker multiplie les galas à Paris, à Belgrade, à Londres ou à New-York.

Le retour sur le devant de la scène... jusqu'à l'épuisement

A force de travail et d’acharnement, elle revient sur le devant de la scène plus aimée que jamais. En mars 1975, pour ses cinquante ans de carrière, elle entame une série de spectacles à Bobino, où elle fait tous les soirs salle comble. Mais elle est épuisée. Le 9 avril, après 14 représentations, Joséphine Baker rentre dans son appartement parisien où elle s’effondre soudainement, victime d’une attaque cérébrale. Transportée d’urgence à l’hôpital, la star ne sortira jamais du coma. Le 12 avril, à 68 ans, Joséphine Baker s’éteint.

On enterre alors la première icône noire de la scène française au cimetière marin de Monaco, où son corps repose depuis. Et reposera d’ailleurs toujours, puisqu’au Panthéon seul son nom sera présent sur un cénotaphe, un cercueil qui contient uniquement de la terre des quatre endroits symboliques où Joséphine Baker a passé le plus clair de sa vie : St-Louis, Paris, Monaco et évidemment les Milandes et son Château en Dordogne où son souvenir lui est, pour toujours, bien présent.

Joséphine Baker : sa vraie dernière au Panthéon .
«Me revoilà Paris» : la chanteuse, actrice, meneuse de revue est entrée mardi au Panthéon, première femme noire à rejoindre les grandes figures françaises. Un hommage à sa vie incroyable d'artiste de music-hall, résistante et militante antiraciste. » LIRE AUSSI - Emmanuel Macron oppose la France de Joséphine Baker à la vision décliniste du pays

usr: 2
C'est intéressant!