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Entreprise Pour Lagarde, « la féminisation de la finance n’est pas une option, c’est une nécessité ! »

13:20  18 octobre  2019
13:20  18 octobre  2019 Source:   latribune.fr

“En se transformant, la finance devient plus attractive pour les femmes”, Diony Lebot (Société Générale)

  “En se transformant, la finance devient plus attractive pour les femmes”, Diony Lebot (Société Générale) Directrice générale déléguée de Société Générale, Diony Lebot a réalisé une large partie de sa carrière dans la banque de financement et d'investissement. Un bastion historiquement très masculin. Aujourd'hui, elle est optimiste sur la trajectoire de la place des femmes dans la finance bien que les comités exécutifs soient encore à 80% masculins.Lire aussi : Les femmes dans la finance, majoritaires sauf au sommet

Christine Lagarde © Fournis par La Tribune Nouvelle Christine Lagarde

Christine Lagarde est la briseuse de plafonds de verre par excellence. Mère de deux enfants, l'avocate est devenue la première femme ministre de l'Economie et des Finances d'un pays du G8 en 2007, à l'aube d'une violente crise financière : elle laissera aussi son nom à une loi qui a assaini les pratiques du crédit à la consommation. En 2011, elle devient la première présidente du Fonds monétaire international (FMI). A 63 ans, elle prendra le 1er novembre la tête de la Banque centrale européenne (BCE) à un moment où le conseil des gouverneurs ne compte que des hommes : les 19 gouverneurs de banques centrales de la zone euro, le vice-président et les trois autres membres du directoire. La seule femme du directoire, l'Allemande Sabine Lautenschläger, vient de démissionner avant la fin de son mandat prévue en 2022, sur fond de désaccord avec les dernières décisions de politique monétaire de Mario Draghi.

Willa coache les entrepreneuses de la Fintech

  Willa coache les entrepreneuses de la Fintech La structure d'accompagnement spécialisée dans l'entrepreneuriat féminin a récemment lancé un programme dans le secteur de la Fintech. Dans ce milieu, les femmes ne représentent que 9% des équipes fondatrices. Six premières jeunes pousses ont été sélectionnées et une deuxième promotion est prévue en 2020.Dans cette marée d'hommes, les quelques femmes entrepreneuses sont donc plus visibles. Parmi elles, Diana Brondel, fondatrice de l'appli bancaire pour ados Xaalys, Eva Sadoun à l'origine de la plateforme Lita.co et qui milite pour une finance éthique ou encore Adina Grigoriu, cofondatrice d'Active Asset Allocation.

Militante de l'égalité femmes-hommes au franc parler qui détonne dans ce milieu compassé, Christine Lagarde livre en exclusivité à La Tribune ses convictions sur les moyens de faire progresser la mixité dans la finance.

Retrouvez notre dossier complet consacré aux femmes dans la finance et l'assurance.

LA TRIBUNE - Vous défendez de longue date la cause des femmes et de la diversité. Comment jugez-vous la place des femmes aujourd'hui dans le monde de la finance ?

CHRISTINE LAGARDE - Totalement insuffisante ! La finance reste un monde d'hommes, même si le FMI et demain la BCE sont dirigés par des femmes. Kristalina Georgieva et moi-même faisons exception. Et c'est très dommage. Le prix Nobel d'économie vient d'être attribué, pour la deuxième fois en dix ans, à une femme notamment, Esther Duflo, pour ses travaux remarquables sur les questions de pauvreté. Cela devrait permettre d'ouvrir les yeux et les esprits !  Il y a trop peu de femmes à des postes de  responsabilité dans le monde économique et financier.

Paiements en ligne : Lemon Way lève 25 millions pour renforcer son maillage européen

  Paiements en ligne : Lemon Way lève 25 millions pour renforcer son maillage européen Grâce à ce deuxième tour de table, la Fintech entend renforcer sa présence en Italie et en Espagne et s'attaquer aux marchés britannique, allemand et hollandais. Sur le secteur très concurrentiel des paiements en ligne, Lemon Way a choisi de pivoter pour se concentrer sur les places de marché et les plateformes de crowdfunding. Cette décision stratégique a provoqué un ralentissement de son activité en 2018. Mais pour 2019, elle vise un chiffre"Cette transaction [sous réserve de l'approbation de l'ACPR, l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution adossée à la Banque de France, ndlr] constitue la première opération en capital-investissement de Toscafund en France.

Lire aussi : Inégalités femmes-hommes : le discours engagé de la nouvelle patronne du FMI

D'après une étude du FMI, seuls 2% de la totalité des banques dans le monde sont dirigées par des femmes. C'est une aberration, alors qu'elles ont du talent, et que ce sont elles, qui, le plus souvent, gèrent les finances de la famille, la cellule économique de base, car elles sont connues pour leur gestion prudente, rigoureuse, et leur vision à long terme. Dans les banques, la féminisation des instances dirigeantes s'accompagne, d'ailleurs, très souvent d'une diminution des risques financiers.

Etes-vous favorable à des quotas, sur le modèle de la loi Copé-Zimmermann, pour améliorer la diversité de genre dans les comités exécutifs ? Quel rôle les banques centrales et les institutions financières publiques peuvent-elles jouer ?

Je suis favorable aux quotas bien sûr ! Je l'ai déjà dit plusieurs fois. Et je vous le redis volontiers : sans des quotas imposés par le haut, nous n'y arriverons pas. La loi Copé- Zimmerman de 2011 en France visant 40% de femmes dans les conseils d'administration va dans le bon sens. La France est un pays pionnier en Europe dans ce domaine.

"C'est la première fois que l'humanité se considère comme une espèce en danger" Jeremy Rifkin (essayiste)

  Dans son nouveau livre, "Le New deal vert mondial, pourquoi la civilisation fossile va s'effondrer d'ici 2028, le plan économique pour sauver la vie sur terre", disponible depuis ce mercredi 16 octobre, Jeremy Rifkin prédit l'irrémédiable chute du pétrole et du charbon. Mais le temps presse face au réchauffement climatique. L'essayiste américain plaide pour la mise en place d'un New deal vert. Son but: précipiter une troisième révolutionJEREMY RIFKIN - Le "New Deal vert" n'est pas un concept nouveau. Il a d'abord émergé au Royaume-Uni et en Allemagne à la fin de la précédente décennie. Il a ensuite été importé aux États-Unis par la candidate verte Jill Stein.

Mais, en France comme ailleurs dans le monde, l'accent doit être mis sur la promotion des jeunes femmes dans les filières scientifiques, où elles restent sous-représentées. Le chiffre stagne à 20% à l'échelle internationale. Dans ces filières, il faudrait imposer des quotas de femmes de 30%. Chacun sait que ce sont les études scientifiques qui conduisent à la finance, mais aussi aux métiers de la technologie, du digital à l'intelligence artificielle, de la recherche médicale au secteur spatial. Les femmes ne peuvent pas rester à l'écart de ces métiers du futur, à haute valeur ajoutée, déterminants pour notre avenir. Sur ce sujet, c'est aux pouvoirs publics d'agir.

Lire aussi : Plus d'un milliard d'euros pour l'égalité femmes-hommes en France en 2020

Ensuite, les entreprises publiques ou privées peuvent aussi s'imposer leurs propres quotas. La Banque centrale européenne, par exemple, s'est fixé, en 2013, comme objectif d'atteindre 35% de femmes aux postes de direction fin 2019. Si elle y parvient, ce sera très bien. Le monde des banques centrales reste un monde d'hommes. Il faut le féminiser y compris au plus haut niveau de la BCE, celui du directoire et du Conseil des gouverneurs. Le Parlement européen insiste sur la diversification du directoire et il a raison. Les gouvernements aussi devraient s'employer à nommer des femmes à la tête des banques centrales nationales.

HSBC prépare une vaste restructuration alors que son bénéfice dégringole

  HSBC prépare une vaste restructuration alors que son bénéfice dégringole Au troisième trimestre de l'année, la banque britannique a vu son bénéfice net chuter de 24%. Plombé par l'Europe et les États-Unis, le groupe, qui réalise l'essentiel de ses profits en Asie, renonce à son objectif de rentabilité fixé pour 2020. Son directeur général par intérim, Noel Quinn, a laissé entendre que des mesures drastiques étaient dans les tuyaux sans donner davantage de détails. La banque a déjà annoncé 4.000 suppressions de postesLe patron du groupe par intérim Noel Quinn a mis en garde contre des turbulences à venir et préparé le terrain pour une vaste "remodélisation" du groupe, laissant présager des coupes sombres dans les effectifs après une première vague de suppression de 2% de ses effectifs, soit 4.

Vous avez préconisé « un leadership plus féminin » comme l'un des ingrédients importants de la réforme du secteur financier, estimant que « si Lehman avait été Sisters au lieu de Brothers, le monde serait peut-être différent aujourd'hui ». En quoi des femmes dirigeantes auraient-elles peut-être pu empêcher la crise ? Considérez-vous que les femmes ont un rapport différent à l'argent et au risque ?

Il existe des études académiques très sérieuses, basée notamment sur la psychologie cognitive, publiées dans des revues comme le Quarterly Journal of Economics de Harvard. Les femmes, c'est prouvé, prennent moins de risques financiers. Elles apportent de la stabilité. Le FMI a également publié des études sur ce sujet.  Les femmes apportent aussi une diversité de points de vue, ce qui réduit le risque de pensée unique. Donc je suis convaincue qu'avec plus de femmes à des postes de responsabilité dans la finance, on aurait évité des prises de risques excessives, qui ont abouti à la crise financière la plus terrible de l'après-guerre, dont on peine à panser les plaies, 11 ans après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers. Donc, oui, avec « Lehman Sisters » on se serait sans doute mieux portés !

Partageriez-vous une ou des anecdotes personnelles illustrant le sexisme ordinaire auquel vous avez été confrontée dans votre carrière ?

Le futur patron de Renault ne sera pas forcément français

  Le futur patron de Renault ne sera pas forcément français C'est, du moins, ce qu'a déclaré la secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher, citant l'exemple d'Air France-KLM, qui a placé à sa tête le canadien Ben Smith.Le constructeur automobile a débarqué vendredi dernier Thierry Bolloré, qui avait succédé à Carlos Ghosn au poste de directeur général, afin de donner un nouveau souffle opérationnel au groupe au losange et à son partenariat avec Nissan, doté lui aussi depuis peu d'une nouvelle direction générale.

Au début de ma carrière, lorsque j'ai voulu entrer dans un grand cabinet d'avocats d'affaires à Paris, j'avais demandé si je pourrais, un jour, être « associée ». Et on m'a répondu : « C'est exclu. Vous êtes une femme... ». Autant dire que j'ai tourné les talons; je suis allée dans un cabinet américain, Baker & McKenzie, dont l'associée gérante à Paris était une femme... Autre anecdote : au cours d'une conférence, avec des associés masculins, j'ai été traitée de « péronnelle » et écartée d'un dossier sur l'énergie que je maîtrisais pourtant parfaitement sur le plan juridique. Il y en a eu d'autres évidemment. Il y a très peu de femmes associées dans les cabinets d'avocats, encore aujourd'hui.

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux états-majors des grandes institutions financières en vue de faire progresser la mixité au plus haut niveau ?

La féminisation de la finance n'est pas une option, c'est une nécessité. Il en va de la stabilité du secteur financier et de nos économies en général. A l'échelle de l'OCDE, les femmes n'occupent que 20% des sièges des conseils d'administration des plus grandes entreprises cotées en bourse. C'est encore très insuffisant. Les institutions financières doivent donner l'exemple, et promouvoir la féminisation de l'économie en général, car c'est bon pour la croissance mondiale. L'OCDE avait estimé en 2012 que si la participation des femmes au marché du travail était semblable à celle des hommes, le gain de croissance pour le PIB serait de 12% d'ici à 2030.

L'Europe est bien placée pour la participation des femmes au travail ; les pays nordiques et les pays baltes, l'Allemagne et la France. Mais nous sommes loin de l'objectif fixé par la Commission européenne d'un taux d'emploi des femmes de 75% en 2020. L'effort à faire ne concerne pas uniquement le monde de la finance.

Lire aussi : Emploi : les inégalités femmes-hommes persistent en Europe

Comment remédier à la discrimination subie par les femmes en termes d'inclusion financière ?

Dans le monde, 1,7 milliard de personnes n'ont pas d'accès aux services bancaires, et un milliard sont des femmes.  C'est un frein considérable à leur insertion dans la vie professionnelle, un frein à la croissance. Il y a eu des progrès. En Amérique latine, en Afrique, en Inde, le micro-crédit et le paiement par téléphone portable ont permis à des millions de femmes d'accéder aux services financiers. Mais pour cela il faut garantir l'accès à internet dans les villages, et la maîtrise des outils. L'éducation est donc la question-clé. Il faut donc des politiques publiques efficaces, favorables à l'innovation, mais aussi une réglementation qui évite le développement de solutions relevant de la finance de l'ombre [non régulée, ndlr], où les risques pour les clients ne sont pas maîtrisés.

Propos recueillis par Delphine Cuny.

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Avec sa nouvelle Golf, Volkswagen électrifie enfin sa gamme .
La huitième génération de la voiture la plus vendue en Europe a été dévoilée jeudi en Allemagne. Si Volkswagen s’est contenté de rafraîchir son style, la marque allemande a néanmoins repositionné son best-seller sur le thème de l’électrification. La nouvelle Golf prépare ainsi le terrain au premier modèle 100% électrique du groupe qui arrivera l’an prochain.On sent toutefois que ce symbole du design austère allemand tente quelques « excentricités » : un nez plus effilé, une silhouette plus aérodynamique avec un toit fuyant, ou encore, une signature lumineuse plus moderne avec des leds qui ceinturent la calandre...

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C'est intéressant!