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Entreprise Course aux vaccins: l'impitoyable guerre de souveraineté et de puissance entre États

16:45  01 février  2021
16:45  01 février  2021 Source:   challenges.fr

utilisée pour «protéger» le vaccin Pfizer est née au Royaume-Uni il y a près de 50 ans

 utilisée pour «protéger» le vaccin Pfizer est née au Royaume-Uni il y a près de 50 ans La technologie Une technologie pionnière utilisée dans les vaccins Covid-19 de Moderna et Pfizer / BioNTech est née à Londres il y a environ 50 ans.

Boris Johnson © STEFAN ROUSSEAU / POOL / AFP Boris Johnson

La récente polémique entre Londres et Bruxelles qui s'arrachent les vaccins de la Big Pharma suédo-britannique, AstraZeneca, met en lumière les très forts enjeux de souveraineté et même de puissance que revêt cette course à l'antidote au Covid-19.

Dans le violent bras de fer qui l'oppose à Londres et AstraZeneca, Bruxelles vient de marquer un point. Alors que le géant suédo-britannique a indiqué le 22 janvier qu'il ne pourrait livrer à l'Union européenne que 31 millions de doses de son vaccin anti-Covid, loin des 80 millions initialement prévues, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a annoncé le 31 janvier avoir obtenu neuf millions de doses supplémentaires de la part d'AstraZeneca. "C'est une vraie victoire car la situation était des plus tendues, applaudit un cadre du Quai d'Orsay. Sur cette question des vaccins, on ne peut que se féliciter d'avoir une Commission forte face aux laboratoires et à certains États."

AstraZeneca défend le plan de déploiement du vaccin dans l'UE

 AstraZeneca défend le plan de déploiement du vaccin dans l'UE Le directeur d'AstraZeneca a défendu son déploiement du vaccin contre le coronavirus dans l'UE, au milieu des tensions avec les États membres concernant les retards d'approvisionnement. © Reuters Pascal Soriot a déclaré au journal italien La Repubblica que son équipe travaillait "24h / 24 et 7j / 7 pour résoudre les très nombreux problèmes de production du vaccin". Il a dit que la production avait "essentiellement deux mois de retard là où nous voulions être".

Dans ce conflit, l'exécutif européen n'a pas eu la main tremblante. Face aux arguments de la firme pharmaceutique qui justifiait ce retard par une baisse de rendement sur l'un de ses sites de production, en Belgique, la Commission a envoyé une mission d'inspection. Puis, elle a sorti l'artillerie lourde le 29 janvier en mettant en place un contrôle des exportations de vaccins aux frontières communautaires- dont sont exemptés des dizaines de pays, mais pas le Royaume-Uni. La Commission soupçonne en effet AstraZeneca de livrer outre-Manche des vaccins, produits sur le continent, que le laboratoire aurait dû réserver aux Vingt-Sept. "L’enquête douanière en cours semble l’indiquer", fait savoir une source citée par Le Monde. "C'est plus que vraisemblable", abonde le même haut-fonctionnaire français cité plus haut.

Ce sont les pays avec les meilleurs pilotes de course virtuels

 Ce sont les pays avec les meilleurs pilotes de course virtuels Les jeux de course se révélant plus populaires que jamais, de nouvelles recherches ont révélé quel pays possède les plus grands pilotes de course virtuels au monde. © Fourni par Motoring Research Meilleurs joueurs de course au monde Pour trouver les nations avec les meilleurs joueurs , les classements de plus de 800 jeux de course différents ont été analysés. Les meilleurs classements ont ensuite été notés, avec une pondération appliquée en fonction de la population de chaque pays.

"La tentation de certains États de montrer les muscles"

De son côté, et bien que son pays détienne le nombre de morts du Covid-19 le plus important d’Europe (106.158 décès dimanche), Boris Johnson tente d'apparaître comme le vainqueur du Brexit, notamment en louant les succès de sa stratégie vaccinale, plus avancée que dans les autres pays du continent. "Le gouvernement britannique a tendance à exacerber la controverse, en disant qu'il s'est mieux débrouillé que les autres, observe le diplomate, Pierre Vimont, secrétaire général exécutif du Service européen pour l'action extérieure de 2010 à 2015. En réalité on voit bien la tentation de certains États de montrer les muscles, pour des motifs de souveraineté ou de puissance. Dans ce contexte, il faut saluer la démarche collective de l'Union européenne."

Les Vingt-Sept, qui ont fait le choix d'acheter en commun des vaccins, n'ont toutefois pas été épargnés par les polémiques. Début janvier, plusieurs médias allemands ont accusé la France d'avoir fait pression pour que Sanofi soit privilégié dans le cadre des achats effectués par la Commission européenne. "Les Allemands voulaient quant à eux privilégier leurs vaccins nationaux, ceux de BioNTech et Curevac, répond Pascal Canfin, président de la Commission de l’environnement et de la santé publique au Parlement européen. Cette polémique sur Sanofi n'avait d'ailleurs aucun fondement. Gare à ne pas verser dans du nationalisme vaccinal."

VIDO-InterVac en essais cliniques, installation de production opérationnelle l'année prochaine

 VIDO-InterVac en essais cliniques, installation de production opérationnelle l'année prochaine © Fourni / VIDO-InterVac Université de la Saskatchewan Photo d'archive du Dr Volker Gerdts, directeur de VIDO-InterVac. Gerdst dit que l'installation de production de vaccins de l'organisation pourrait être opérationnelle d'ici 2022. Canada a partagé mardi de nouveaux détails sur les plans de fabrication des vaccins COVID-19 à domicile - et la Saskatchewan est un acteur clé.

Lire aussi"La Commission européenne doit sortir de son mutisme" selon Pascal Canfin

Faiblesse du soutien à la R&D en France

En mai dernier, le boss de Sanofi, Paul Hudson avait également affronté une controverse nationale. Et avait été contraint de faire machine arrière après avoir suscité un tollé en expliquant que, une fois homologué, le vaccin français serait distribué en premier aux Etats-Unis, car ils avaient largement financé la recherche. Sanofi et GSK ont en effet décroché cet été un gigantesque contrat pour fournir 100 millions de doses de leur vaccin au gouvernement américain. Dans le même temps, la "Barda", bras armé américain dans le domaine biomédical, signait un chèque pouvant aller jusqu'à 2,1 milliards de dollars pour aider les deux groupes à développer et produire leur antidote. "Les politiques ont poussé des hauts cris mais ils sont responsables de cette situation, ils n'ont qu'à faire la même chose et soutenir la R&D", grince un industriel du secteur.

Cette faiblesse structurelle tricolore a d'ailleurs été pointée le 26 janvier dans une note alarmante du Conseil d’analyse économique. Et ce, alors même que l'Institut Pasteur venait d'annoncer la veille qu'il arrêtait le développement de son principal projet de vaccin contre le Covid-19. Autre symbole de cette fuite en avant côté français: pour avoir financé les recherches de la biotech nantaise Valneva, Londres sera prioritaire pour obtenir son vaccin qui est attendu à l'automne. "Les failles françaises nous exposent encore plus fortement à l'agressivité des autres pays, poursuit l'industriel. Nous ne nous battons pas à armes égales."

Prêts garantis par l’État. Pourquoi Bpifrance fait appel aux services d’Amazon

  Prêts garantis par l’État. Pourquoi Bpifrance fait appel aux services d’Amazon Le service cloud d’Amazon, Amazon web services, sert au déploiement des Prêts garantis par l’État. Ce contrat fait beaucoup réagir et soulève la question de la souveraineté nationale. Bpifrance explique ce choix en assurant « garder les clefs » de tout le système. Lors de la présentation annuelle des résultats de Bpifrance, son directeur général Nicolas Dufourcq a expliqué, jeudi 4 février, les raisons du contrat passé avec l’activité cloud d’Amazon, le service Amazon Web Services, AWS.

A côté des vaccins "occidentaux", le "Spoutnik V" -en référence au célèbre satellite soviétique- incarne peut-être davantage que tous les autres ce "nationalisme vaccinal". Développé par l’Institut Nikolaï Gamaleïa, un centre de recherche d’Etat en épidémiologie et microbiologie situé à Moscou, il a été mis en orbite le 11 août par Vladimir Poutine qui a déclaré sans ciller que la Russie avait développé le "premier" vaccin anti-Covid. Testé par la fille du président russe ou par le maire de Moscou Sergueï Sobianine, "Spoutnik V" a fait l'objet d'interrogations de la communauté scientifique qu'il semble avoir en partie levées. "Les Russes ont réalisé un bon travail, indiquait début décembre à Challenges un scientifique français de retour d'une mission diplomatique en Russie. Leur vaccin (à adénovirus, comme celui d'AstraZeneca, Ndlr) n’est pas ‘low-cost’ contrairement à ce que l’on peut entendre."

Le "Spoutnik V" en Europe?

A ce jour, la Russie qui a notamment proposé le "Spoutnik V" aux employés de l’ONU, affirme avoir reçu des "demandes" de "plus de 50 pays" pour plus de 1,2 milliard de doses. Dans l’impossibilité de produire ces doses localement, Moscou a aussi noué des accords de production avec plusieurs sociétés en Inde, au Brésil, en Chine ou en Corée du Sud. La prochaine étape que visent les autorités russes est d'obtenir le feu vert de l'Agence européenne du médicament. Une demande d'homologation a d'ailleurs été envoyée le 20 janvier. Le "Spoutnik V" bientôt utilisé en Europe? Cette hypothèse n'a rien du mirage comme l'a d'ailleurs laissé entendre Angela Merkel. "J'ai proposé que nos spécialistes puissent aider les Russes pour que le 'Spoutnik' soit autorisé le plus rapidement possible dans l'Union européenne. Et lorsque ce sera le cas, alors nous pourrons envisager une production commune", a indiqué la chancelière.

Lyft grimpe de 13% après que l'application de covoiturage a déclaré qu'elle pourrait générer un bénéfice d'ici la fin de l'année - si les vaccins entraînaient un rebond, le stock de

 Lyft grimpe de 13% après que l'application de covoiturage a déclaré qu'elle pourrait générer un bénéfice d'ici la fin de l'année - si les vaccins entraînaient un rebond, le stock de Lyft a chuté en 2020 mais a depuis fortement rebondi grâce à l'optimisme concernant les vaccins contre les coronavirus The Lyft le cours de l'action a bondi de 13% en pré-bourse après ses résultats du 4ème trimestre. La réduction des coûts et un profit potentiel ont poussé les investisseurs à prendre des parts dans l'application de covoiturage. Les marchés se réchauffent pour les entreprises qui ont tout à gagner d'un rebond lié aux vaccins.

Cela serait en tout cas un gros coup pour Vladimir Poutine comme l'affirme l'expert en géopolitique, François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique. "C’est un enjeu très fort pour les Russes qui veulent apparaître aux yeux du monde comme une grande puissance sur ce sujet, juge-t-il. Il y a aussi la bataille de l’image: le gouvernement russe veut exporter le plus possible son vaccin et apparaître comme le sauveur."

Seul pays européen à avoir déjà validé le "Spoutnik V", la Hongrie a également autorisé le 29 janvier le vaccin du laboratoire chinois Sinopharm. Celui-ci est dit "inactivé", c'est-à-dire qu'il utilise une méthode très classique faisant appel à un virus "tué" pour déclencher une réaction immunitaire chez le sujet. "La technologie est moins pointue que l'ARN Messager ou l'adénovirus et on ne connaît pas véritablement son efficacité même si les Chinois avancent le chiffre de 79%, estime le scientifique cité plus haut. Il fait aussi voir que Pékin en fait une véritable arme diplomatique, c'est un instrument au service des ambitions chinoises comme le 'Spoutnik' l'est pour la Russie." Dernier pays à avoir misé sur le vaccin chinois, les Émirats arabes unis. Abu Dhabi et Dubaï ont en effet annoncé ce week-end vouloir devenir la plateforme de vaccination anti-Covid du Moyen-Orient en produisant le BBIBP-corV de Sinopharm.

Vaccin : l'Europe négocie son contrat avec Moderna, pour doubler les doses .
L'Union Européenne négocie avec Moderna un doublement des livraisons de doses de vaccins contre le coronavirus, pour compenser la baisse surprise annoncée par AstraZeneca. L'Union européenne discute avec Moderna de l'achat supplémentaire de vaccins contre le COVID-19, tandis que le laboratoire AstraZeneca a laissé entendre qu'il pourrait fournir au bloc des doses produites en dehors d'Europe pour compenser la baisse prévue de ses livraisons, ont déclaré à Reuters deux sources européennes.

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C'est intéressant!