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Immobilier Derrière l’« exode urbain », l’accaparement foncier ?

11:11  06 décembre  2021
11:11  06 décembre  2021 Source:   nouvelobs.com

«Vivre et se loger» : 8 000 manifestants à Bayonne pour le logement au Pays basque

  «Vivre et se loger» : 8 000 manifestants à Bayonne pour le logement au Pays basque Samedi, trente-deux organisations, soutenues par une centaine de personnalités locales, ont mobilisé la population basque sur la question de l’accès au logement, devenu difficile d’accès à cause de l’attractivité de la région.La tension monte sur le sujet depuis plusieurs mois, après quelques tags ou occupations d’agences immobilières ou de logements vacants. Derrière l’image d’un littoral préservé, d’une succession de villages authentiques, le Pays basque butte depuis plusieurs années sur une dégradation chronique des conditions d’accès au logement pour les locaux.

  Derrière l’« exode urbain », l’accaparement foncier ? © Copyright 2021, L'Obs

L’« exode urbain » provoqué par la crise sanitaire alimente aujourd’hui tous les fantasmes. Après une quarantaine d’années de creusement des inégalités entre des métropoles triomphantes, qui concentrent les gagnants de la mondialisation et les investissements, et une France des villes moyennes en déclin et des ruralités enclavées vouée à l’abandon, aux friches et aux fermetures des services publics, assisterait-on enfin à un rééquilibrage du territoire ?

« Aujourd’hui, les enfants ont tout le temps le rose aux joues » : ces Français qui quittent la ville pour changer d’air

La figure clé, ici, a été identifiée d’emblée par les médias : le « Parisien », cadre en télétravail, déterminé à fuir coûte que coûte les loyers prohibitifs et le métro saturé en quête d’une vie plus saine. On assiste depuis à un déferlement continu d’articles suivant à peu près toujours le même fil directeur, autour de l’interview par les journalistes de quelques-unes de leurs connaissances (généralement du même milieu social). Même son de cloche du côté des maires ruraux. Dès le premier déconfinement de l’été 2020, ces derniers se félicitaient que les maisons longtemps vacantes des bourgs déshérités aient toutes trouvé preneurs. La phrase choc, de Brest à Montpellier : « Tout est parti dans ma commune, il n’y a plus rien à vendre. » Les écoles vont pouvoir rouvrir avec ces promesses de nouvelles familles, les commerces s’implanter en raison de la nouvelle clientèle, de nouvelles entreprises se créer… Bref, le bonheur serait (enfin) dans le pré !

Plus de logements à venir pour Mansfield au milieu de la population post-pandémie

 Plus de logements à venir pour Mansfield au milieu de la population post-pandémie © fourni par ABC News La ville victorienne de Mansfield a connu une croissance importante de la population à la suite de Covid-19. (Fourni: Chris McConnell) La ville victorienne régionale de Mansfield a été touchée par une poussée de population à la suite de Covid, mais plus de logements est sur le chemin. Niché dans les contreforts des Alpes victoriennes, Mansfield dispose d'une toile de fond de montagnes robustes, de neige plaines et de vastes prairies.

Beaucoup de transactions immobilières, peu d’installations

Sauf que… Un an après, le soufflé est clairement retombé. Nombreux sont les maires qui ont aujourd’hui déchanté. Certes, il y a eu des transactions, beaucoup même. Mais le problème est que celles-ci n’ont pas pour autant été toujours suivies d’installations pérennes. Loin de là. Parfois même, les maisons délabrées n’ont pas été réhabilitées. Elles ont certes un nouveau propriétaire (toujours inconnu au village), mais elles continuent de baigner dans leur jus. Comment expliquer une telle promesse déçue ? En l’absence de données actualisées sur les migrations, une hypothèse remonte des notaires, des agents immobiliers, des banques et des élus locaux : de nombreux achats n’ont en fait pas été effectués dans le but d’un déménagement – que celui-ci soit suivi du maintien du même emploi (télétravail) ou d’un changement d’activité radical (transition rurale).

La pénurie de logements neufs fait exploser les prix

  La pénurie de logements neufs fait exploser les prix Acheter un appartement neuf, aujourd’hui, en France, quelle galère! Car il s’en construit de moins en moins. Et pire, ils sont de plus en plus chers. Les acheteurs doivent donc être de plus en plus riches et être prêts à s’installer là où il en reste à vendre. Challenges vous donne des pistes sur les villes où les prix flambent et les autres.Car ces acheteurs, souvent de jeunes ménages, ont de plus en plus de difficultés à boucler leur budget. D’abord à cause des banques, qui s’attachent désormais, sur les ordres de la Banque de France, à ce que les remboursements des emprunteurs ne dépassent pas 30% de leurs ressources. Ensuite, parce que les prix du neuf sont entrés dans une spirale inflationniste infernale.

Jean-Laurent Cassely : « Les citadins ressentent une forme de fatigue urbaine »

La vague d’achats observée dans les périphéries françaises depuis l’année dernière évoque davantage l’accélération d’une évolution des motivations de l’acquisition de logement. Traditionnellement, celle-ci obéit à deux objectifs : soit il s’agit d’y vivre (propriétaire occupant), soit il s’agit de le louer (bailleur). Or d’après les retours de terrain, nombre des achats post-confinement suivent une logique hybride. Il s’agit en partie d’investissements, car les taux de rentabilité sont particulièrement attractifs (en raison de la faiblesse des prix dans la France déshéritée) ; et cet investissement lui-même se voit rendu encore plus rentable grâce aux plateformes de location de courte durée (Airbnb en tête, qui investit désormais les territoires non métropolitains). Mais il ne s’agit pas pour autant d’un simple investissement, car la location courte durée offre un second avantage : elle permet de revenir précipitamment jouir d’un cadre de vie confortable, en cas de nouveau confinement.

Grand Paris : environ 8.000 logements vont être construits d’ici à 2032

  Grand Paris : environ 8.000 logements vont être construits d’ici à 2032 La Société du Grand Paris (SGP) va construire près d’un million de mètres carrés dans les dix prochaines années. L’article Grand Paris : environ 8.000 logements vont être construits d’ici à 2032 est apparu en premier sur Mieux Vivre Votre Argent.

Rencontre improbable entre la collapsologie et la rente foncière

Il n’est donc pas étonnant que les régions les plus concernées par ces achats hybrides soient celles qui aient été les plus épargnées par la pandémie mais aussi celles qui jouissent des projections climatiques les meilleures, comme la Bretagne ou le Massif Central. C’est qu’elles garantissent un investissement profitable tout en offrant un refuge à plus ou moins long terme en cas d’aggravation de la situation climatique ou sanitaire. Bref, elles permettent au citadin anxieux de s’acheter la possibilité de s’extraire des menaces qui se précisent, en se garantissant une autonomie pensée uniquement à l’échelle individuelle. Mais en attendant, elles lui permettent de prélever à distance la rente foncière. C’est la raison pour laquelle, même situées au fin fond des Cévennes, les maisons avec des sources, notamment, sont particulièrement prisées, aux dires des agents immobiliers. Et bien sûr, c’est aussi la raison pour laquelle le jardin figure souvent parmi les principaux critères d’achat. Le jardin permet de respirer bien sûr, mais il permet aussi tout simplement… d’être en mesure de manger, ce qui peut s’avérer précieux en cas de rupture des chaînes d’approvisionnement.

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Bretagne : quand les « Parisiens » raflent l’immobilier

Cette rencontre improbable entre la collapsologie et la rente foncière puise ses sources dans la collision entre deux phénomènes, l’un structurel, l’autre conjoncturel. Le premier, c’est bien sûr la montée de l’anxiété climatique, particulièrement prégnante en France. Le second, c’est la hausse de l’épargne disponible, en partie des citadins les plus aisés. Dans les territoires concernés, ce cocktail explosif ne produit pas une gentrification des campagnes – puisque ces achats ne sont pas suivis de migrations –, mais un décollage des prix couplé à une pénurie de l’offre – car la location à la nuitée ne s’adresse pas à la demande locale, en particulier celle qui émane des plus précaires. Comme ces achats se concentrent dans les villes-centres et les premières couronnes des agglomérations moyennes, ils menacent le droit à la ville des populations locales. Pour les plus jeunes et les plus modestes, il ne reste que trois options :

une décohabitation retardée (jusqu’à quand ?), avec tous les troubles de la construction de soi ;une relégation de plus en plus loin dans l’arrière-pays, comme sur la côte bretonne ;le refuge dans des formes d’habitat précaire (autoconstruction, cabanisation) ou le nomadisme (vie en camion), comme dans les Cévennes ou les contreforts des Pyrénées.

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  Immobilier : surélévation de logement, mode d'emploi Le foncier aérien offre un vrai potentiel d’optimisation immobilière, à condition d’en maîtriser les différents aspects. © DR Ajouter un étage supplémentaire à sa maison ou construire sur le toit d’un immeuble peut être une solution pratique et écologique pour lutter contre l’étalement urbain et la pénurie de logements et de foncier.

Relégation des plus pauvres

Bref, l’« exode urbain », s’il existe, est bien loin de coïncider avec l’image d’Epinal constamment brandie par les médias, celle du cadre supérieur en télétravail dans le jardin de sa longère normande ou du néorural du Massif Central ravi de se lancer dans la permaculture après avoir plaqué son job dans le marketing. Il signale avant tout des changements profonds dans l’usage de la propriété foncière sous l’effet de l’extension récente à la classe moyenne des logiques sécessionnistes de l’élite face à la montée de l’angoisse environnementale. Leur conséquence immédiate : une pénurie de logements accessibles, encore redoublée par l’entrée en vigueur de l’objectif « zéro artificialisation nette ».

C’est pourquoi au final, derrière ce réinvestissement des périphéries se cache peut-être l’arrivée en France d’un phénomène que l’on croyait réservé aux pays des Suds : le land grabbing, ou accaparement foncier. En Afrique notamment, firmes privées et Etats achètent massivement des terres fertiles et irriguées afin de garantir leur sécurité alimentaire face aux menaces climatiques. Ce faisant, elles expulsent les populations paysannes pauvres. Sous l’effet de la crise sanitaire, c’est peut-être bien cette logique qui est finalement à l’œuvre en France, derrière l’appellation trompeuse d’« exode urbain ». Et cette logique est suivie du même résultat que dans les Suds : la relégation des plus pauvres. D’ores et déjà, des territoires s’organisent face à ces effets dévastateurs, des petites communes des Cévennes qui ouvrent à l’année leur camping municipal aux nomades des camions aux collectivités locales bretonnes qui réfléchissent à la création d’organismes de foncier solidaire. Il reste que dans un pays où la propriété est sacrée depuis la Révolution, le nouveau combat contre la climatisation de la rente foncière s’annonce bien difficile.

Aurélie Delage est maître de conférences et chercheuse en aménagement et urbanisme à l’université de Perpignan. Max Rousseau, docteur en sciences politiques, est chargé de recherche au Centre de Coopération internationale en Recherche agronomique pour le Développement (Cirad).

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Les bases locatives cadastrales, qui servent de support au calcul des impôts locaux, seront fortement revalorisées l’année prochaine à cause de l’inflation. Un souci majeur pour l’Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI), qui a écrit à Bercy. Les propriétaires immobiliers le savent déjà, l’année prochaine sera synonyme d’une hausse importante des impôts locaux.

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C'est intéressant!