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France Echec du RN, abstention record, prime aux sortants… Les leçons du premier tour des régionales

03:05  21 juin  2021
03:05  21 juin  2021 Source:   nouvelobs.com

Abstention record en vue aux régionales

  Abstention record en vue aux régionales Plus de 27 millions d'abstentionnistes sont annoncés pour le premier tour des élections régionales et départementales qui a lieu dimanche. © Stéphane Lemouton/pool/ABACAPRESS.COM S'il est un résultat qui semble déjà acquis pour le 1er tour dimanche des élections régionales et départementales, c'est le faible niveau de participation qui fera une nouvelle fois des plus de 27 millions d'abstentionnistes annoncés le premier parti de France. Il est en revanche un peu plus délicat de prévoir les forces politiques qui pourraient en tirer profit électoralement.

  Echec du RN, abstention record, prime aux sortants… Les leçons du premier tour des régionales © Copyright 2021, L'Obs

C’est un premier tour qui ne ressemble pas vraiment à ce que prévoyaient les sondages. Et pour cause, plus de 30 millions de Français ne se sont pas déplacés pour aller voter au premier tour de ces élections régionales et départementales. Reste que le Rassemblement national sort affaibli de ce premier tour, tout comme la majorité présidentielle, tandis que les candidats sortants sont les grands gagnants de ce scrutin. Notre analyse.

Fatigue démocratique

Plus de 66 % d’abstention, soit deux Français sur trois qui boudent les urnes ! C’est 17 points de plus qu’à la précédente édition en 2015. Le premier tour de ces élections régionales et départementales a été historiquement boudé par les électeurs.

DIRECT. Le taux de participation est de 26,72 % à 17 heures, en forte baisse par rapport à 2015

  DIRECT. Le taux de participation est de 26,72 % à 17 heures, en forte baisse par rapport à 2015 Les bureaux de vote ont ouvert ce dimanche à 8 heures pour le premier tour des élections régionales et départementales. Carte d’électeur, carte d’identité, mais aussi masques sont de rigueur pour ces élections dont les dates ont été repoussées de mars à juin à cause de la crise sanitaire.Poussée du Rassemblement national, qui pourrait pour la première fois prendre la tête d’une région ? Déconvenue pour la majorité LREM en mal d’ancrage local ? Les résultats de ces élections seront scrutés à la loupe par les partis qui s’engageront ensuite dans la course à la présidentielle.

Comment expliquer ce triste record, qui confirme la tendance déjà observée aux municipales l’an passé ? Plusieurs facteurs jouent : d’abord un désintérêt des Français, déjà visible pendant la campagne, pour les enjeux de cette double élection, régionale et départementale. La réforme opérée par François Hollande en 2014 redessinant 13 grandes régions n’a pas porté ses fruits : les compétences ne sont pas plus claires pour les électeurs. Les candidats ne les ont pas aidés en faisant campagne sur la sécurité ou contre les éoliennes, qui ne relèvent pas des Conseils régionaux. Certains d’entre eux se sont également plaints ces derniers jours du manque d’informations et de la distribution catastrophique du matériel de propagande, tel Matthieu Orphelin, tête de liste écolo en Pays-de-la-Loire qui s’en est ému par courrier auprès du ministre de l’Intérieur.

La droite tient bon, déconvenues en pagaille pour le RN... Tous les résultats des régionales

  La droite tient bon, déconvenues en pagaille pour le RN... Tous les résultats des régionales La droite tire son épingle du jeu : Xavier Bertrand et Laurent Wauquiez sont très bien placés pour être réélus et l’horizon s’éclaircit pour Renaud Muselier en Provence-Alpes-Côte d’Azur.La liste arrivée en tête dans chaque région (20 juin 2021)

Depuis la crise du Covid, on peut aussi supposer que les Français ont la tête ailleurs. L’abstention avait en effet été forte, mais dans une moindre mesure, lors des dernières élections municipales. Enfin, chaque scrutin confirme désormais une forme de fatigue démocratique, comme si une partie grandissante des citoyens, désabusés par la politique ou les politiques, ne jugeait plus utile de voter. Cette abstention massive bouscule en tout cas toutes les prévisions des sondages.

Record d'abstention pour des élections régionales

Le gagnant, c’est Bertrand

Il a été le premier à prendre la parole, manière de mettre les projecteurs sur lui. Xavier Bertrand est incontestablement l’un des grands gagnants de la soirée. Le match serré annoncé avec le RN n’a pas eu lieu, c’est plutôt une victoire par KO pour le président sortant du Conseil régional même s’il lui faudra attendre le second tour pour être réélu. En tout cas, le candidat déclaré à la présidentielle peut déjà asseoir son image d’homme capable de battre le RN, « mon seul et unique ennemi », a-t-il déclaré. Il inverse le rapport de force avec le parti de Marine Le Pen par rapport à 2015 : cette fois, c’est lui qui dépasse les 40 % et le RN est relégué loin derrière. Pour l’ancien ministre, ce score est un tremplin idéal pour sa candidature à la présidentielle et pour tenter d’installer un leadership à droite.

Premier tour des régionales : les réactions des principaux leaders politiques

  Premier tour des régionales : les réactions des principaux leaders politiques A l'issue du résultat du premier tour des élections régionales et départementales - marqué par une abstention historique - voici quelques unes des réactions des personnalités politiques. © Abaca Jean-Luc Mélenchon, leader de la France Insoumise : "Ne pas donner de région au Rassemblement national""Nous lançons un appel pour ne pas ajouter à tous les malheurs de notre démocratie, une affliction de plus. Nous ferons ce qu'il faut pour convaincre chacune et chacun qu'il ne faut pas donner de région au Rassemblement national", a-t-il déclaré depuis son QG de campagne.

« Il est devenu l’homme à abattre » : comment l’Elysée veut faire tomber Xavier Bertrand

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Une autre liste est KO debout : celle de la République en Marche qui comptait pas moins de cinq ministres dont le garde des Sceaux. Elle n’atteint même pas les 10 %. Pour Eric Dupond-Moretti, ce premier baptême du feu est un échec. La gauche, qui autrefois dirigeait la région, n’est guère en forme non plus : la liste de Karima Delli, qui rassemble PS/EELV/LFI ne totalise que 17,5 %. Petite consolation : la menace RN se dégonflant, elle pourra se maintenir au second tour sans la pression du front républicain.

L’échec RN

Il était annoncé haut dans les sondages. L’abstention n’a pas du tout réussi au parti de Marine Le Pen qui connaît de nombreuses déconvenues. Alors qu’il avait viré en tête dans 6 régions en 2015, il n’arrive en tête que dans une région : Provence-Alpes-Côte d’Azur. Thierry Mariani, transfuge de la droite, vire bien devant mais n’y creuse pas autant l’écart qu’annoncé ; le second tour s’annonce serré. Dans les Hauts-de-France, où Marine Le Pen avait recueilli 40,6 % aux dernières régionales, Sébastien Chenu tombe aux alentours de 24 %. Désillusion aussi pour le RN en Bourgogne-Franche-Comté où Julien Odoul arrive derrière la présidente sortante PS, en Centre-Val-de-Loire ou encore dans la région Grand-Est.

TRIBUNE. L’explosion de l’abstention ou le désenchantement de la politique partisane

  TRIBUNE. L’explosion de l’abstention ou le désenchantement de la politique partisane Pour Antoine Bristielle, directeur de l’Observatoire de l’opinion de la Fondation Jean-Jaurès et chercheur en sciences politiques, le record d’abstention observé lors de ce premier tour des régionales présente « un danger majeur » pour la présidentielle de l’année prochaine.Pourtant, à lire les différents commentaires et politiques depuis dimanche, il semblerait que la donne ait changé. D’une part, les niveaux d’abstention sont bien plus élevés qu’anticipés dans les différents sondages. D’autre part, la fracture générationnelle est manifeste : alors que 47 % des 65 ans et plus se sont déplacés, ce n’est le cas que de 19 % des 25-34 ans et 16 % des 18-24 ans.

Au RN après le premier tour des régionales : « Est-ce parce qu’on est trop banalisé ? »

Comment expliquer ces échecs ? Tient-elle à l’abstention qui aurait plus touché l’électorat FN (ce qui n’était pas forcément le cas jusqu’ici) ? Au choix des candidats ? A la stratégie de « banalisation » voulue par Marine Le Pen ? Pour celle qui se lance dans sa troisième candidature à la présidentielle, c’est en tout cas une sérieuse alerte et cela ne lui est pas souvent arrivé ces dernières années. « Râler c’est bien, mais voter c’est mieux », a tenté de mobiliser Jordan Bardella à la télévision, dont le mot d’ordre des candidats RN, de Mariani à Odoul en passant par Chenu, pour tenter de mobiliser leurs troupes pour le second tour.

La prime aux sortants

Malgré l’abstention, les présidents sortants peuvent avoir le sourire. A droite, Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse, Jean Rottner ou encore Hervé Morin sont désormais bien placés pour être réélus. Tout comme à gauche Carole Delga en Occitanie ou Alain Rousset en Nouvelle Aquitaine. En Bretagne, alors qu’on le donnait au coude à coude avec LREM, le socialiste Loïg Chesnais-Girard vire en tête et pourrait repartir pour un second mandat (surtout en cas d’accord avec EELV). Au sein de la gauche, les écolos tirent leur épingle du jeu quand il n’y avait pas de sortant PS : c’est le cas en Ile-de-France où Julien Bayou gagne la petite primaire avec Audrey Pulvar et Clémentine Autain. C’est aussi le cas en Pays de la Loire où l’ex-EELV et Marcheur Matthieu Orphelin termine devant le socialiste Guillaume Garot et peut encore espérer jouer la victoire face à la sortante LR (en cas de fusion des listes de gauche).

Régionales : le vote électronique est-il vraiment une solution à l'abstention ?

  Régionales : le vote électronique est-il vraiment une solution à l'abstention ? L'abstention a atteint un niveau historique au sortir du premier tour des élections régionales, au point de pousser la classe politique à chercher une solution. Et cette dernière pourrait s'inspirer de nos voisins européens qui ont opté pour plusieurs méthodes : du vote obligatoire au bulletin envoyé à domicile, en passant par le vote électronique. Il est devenu l'un des enjeux de ces élections régionales et départementales : le taux d'abstention.

La liste arrivée en tête dans chaque région (20 juin 2021)

Macron rate la marche

Mauvaise soirée pour le président de la République. Ses candidats enregistrent des scores décevants, parfois sous les 10 % permettant de se maintenir et de jouer un rôle au second tour. C’est le cas dans les Hauts-de-France pour la liste Pietraszewski. Malgré ses cinq ministres, elle enregistre un échec cuisant. Déconvenue aussi pour le député Bruno Bonnell en Auvergne-Rhône-Alpes ou pour Vincent Terrail-Novès en Occitanie. Autre désillusion : le Modem Marc Fesneau, le meilleur espoir macroniste pour décrocher une région, termine quatrième du premier tour. En Bretagne, la bataille des héritiers de Le Drian tourne au profit du socialiste plutôt que du Marcheur.

Pour le chef de l’Etat, cette élection confirme ce qu’il savait déjà : son parti a toutes les peines du monde à s’implanter localement. Faut-il aussi voir dans ces résultats une forme de vote sanction ? Non selon l’Ifop : à peine trois votants sur dix (30 %) déclarent qu’ils ont voté pour sanctionner la politique du président de la République et du Gouvernement, soit une proportion presque deux fois plus faible que celle que l’Ifop observait aux dernières élections régionales (39 % en 2015) et européennes (38 % en 2019).

En vue de 2022, cette soirée révèle une autre mauvaise nouvelle pour Emmanuel Macron : Xavier Bertrand, rival déclaré pour la présidentielle, sort renforcé, avec en prime la preuve qu’il peut seul, sans le renfort des macronistes, battre le RN. Il reste quand même une bonne nouvelle pour l’Elysée : l’échec inattendu du parti de Marine Le Pen à ce premier tour.

Les cinq leçons du second tour des élections régionales .
Le second tour des élections régionales n’aura pas permis de sursaut de la participation. Mais plusieurs enseignements peuvent être retirés de ce scrutin, notamment dans la perspective de 2022. 1.

usr: 2
C'est intéressant!