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France Variant Omicron : « Plusieurs indices font qu’une vigilance s’impose »

22:35  29 novembre  2021
22:35  29 novembre  2021 Source:   lemonde.fr

Covid-19 : ce que l'on sait du nouveau variant baptisé Omicron, qui pousse l'Europe à fermer ses frontières

  Covid-19 : ce que l'on sait du nouveau variant baptisé Omicron, qui pousse l'Europe à fermer ses frontières Plus contagieux que le variant Delta, selon les scientifiques sud-africains, ce nouveau variant inquiète la communauté scientifique et les gouvernements, qui commencent à fermer leurs frontières aux vols en provenance d'Afrique australe.A peine identifié, il fait déjà grand bruit. Le nouveau variant B.1.1.529, qui devrait être nommé prochainement Omicron (la 15e lettre de l'alphabet grec) par l'OMS, a été détecté en Afrique du Sud en début de semaine. Il inquiète les autorités scientifiques car, selon les premières études menées sur lui, il est plus contagieux que le variant Delta qui sévit actuellement en Europe.

Profil génétique, situation épidémique en Afrique du Sud, détection de plusieurs cas dans le monde… Deux journalistes des services Science et Economie ont répondu aux questions des internautes sur le variant B.1.1.529, classé comme « préoccupant » par l’OMS.

Que sait-on réellement de ce variant ? Pourquoi de si nombreux pays ont-ils choisi de fermer leurs frontières ? Nos journalistes des services Science et Economie David Larousserie et Eric Albert (à Londres, en correspondance) ont répondu aux questions lors d’un tchat, lundi 29 novembre, sur le site du Monde.

Les inquiétudes et inconnues du nouveau variant Omicron En France, les économistes restent sereins malgré les incertitudes liées au variant Omicron

Antoine : Pourquoi une telle réaction à la baisse de la part des marchés financiers lors de l’annonce de l’apparition de ce variant alors que ça n’était pas le cas pour le variant Delta ?

Covid-19 : plusieurs cas du variant Omicron détectés en Europe

  Covid-19 : plusieurs cas du variant Omicron détectés en Europe Vendredi, aux États-Unis, se tenait le traditionnel Black Friday. Pendant quelques jours, les consommateurs américains ont eu accès à des produits à prix bradés. Mais cette année, l'inflation et les conséquences économiques de la crise du Covid-19 semblent avoir atténué l'ampleur de l'événement. Reportage.

Eric Albert : Il faut remettre la forte chute des Bourses de vendredi dans son contexte. Le recul est effectivement lourd (5 % pour le CAC 40, par exemple), mais il fait suite à plusieurs mois d’envolée des cours. Sur l’ensemble de l’année, le CAC 40 demeure en hausse de 20 %, par exemple. D’une certaine manière, les marchés attendaient une excuse pour corriger. Preuve que la nervosité était limitée, les Bourses sont reparties en légère hausse aujourd’hui.

En Europe, le nouveau variant Omicron assombrit l’horizon économique

Par ailleurs, une autre raison de la baisse boursière en Europe est que les mauvaises nouvelles économiques s’accumulent. Après un rebond impressionnant à la suite des campagnes de vaccination et de la réouverture des économies, on assiste au retour des restrictions sanitaires un peu partout, surtout en Europe du Nord : Pays-Bas, Belgique, Allemagne… et en Autriche, où vingt jours de vrai confinement ont été décidés. Ce phénomène n’a rien à voir avec le nouveau variant, il lui est antérieur, mais un coup de frein sur la reprise est attendu. L’Allemagne pourrait même passer à un PIB négatif au quatrième trimestre.

«Nous sommes engagés dans une course contre la montre» : la contagion du variant Omicron se poursuit en Europe

  «Nous sommes engagés dans une course contre la montre» : la contagion du variant Omicron se poursuit en Europe «Nous sommes engagés dans une course contre la montre» : la contagion du variant Omicron se poursuit en Europe

Louis28c : Pourquoi ce variant semble préoccuper davantage les autorités mondiales ?

David Larousserie : Vous avez raison Louis28c, on ne sait pas encore beaucoup de choses sur Omicron, mais plusieurs indices font qu’une vigilance s’impose. Nous allons les détailler dans les réponses, mais en résumé les voici : le profil génétique, la situation épidémique en Afrique du Sud, la détection de cas un peu partout dans le monde.

O : Quelle est la différence avec les autres variants ?

D. L. : Génétiquement, il sort du lot. Une cinquantaine de mutations, dont une trentaine sur la protéine par laquelle le virus infecte les cellules et le reste sur d’autres protéines importantes pour le cycle du virus.

Omicron sort aussi du lot car on ne l’a pas vu « arriver » : presque aucune séquence n’a pu lui être apparentée. Cela fait pencher vers l’hypothèse d’une évolution lente d’un virus dans le corps d’une personne immunodéprimée, qui a permis ainsi aux mutations de s’accumuler, alors qu’elles auraient dû disparaître sinon.

EN DIRECT - Covid-19 : l’Afrique du Sud devrait dépasser les 10 000 contaminations quotidiennes cette semaine

  EN DIRECT - Covid-19 : l’Afrique du Sud devrait dépasser les 10 000 contaminations quotidiennes cette semaine Cinquième vague, nouveau variant, troisième dose, bilan épidémique, nouveaux traitements contre le virus… Retrouvez les dernières informations sur la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19.- Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a détaillé les différentes mesures destinées à faire face à la cinquième vague du Covid-19 qui touche la France. Alors que la troisième dose s’est ouverte à tous les plus de 18 ans ce samedi, dès cinq mois après la dernière injection ou infection, les réservations pour un rappel se multiplient sur les plateformes de prises de rendez-vous.

Henriette : En quoi la cinquantaine de mutations d’Omicron représente-t-elle un danger supplémentaire ?

D. L. : Les traits principaux du virus sont ses capacités à infecter les cellules, à se transmettre plus ou moins, à causer des formes graves ou à échapper aux anticorps et aux vaccins. Ces propriétés dépendent des protéines qui composent ce virus, qui elles-mêmes changent avec les mutations du génome. Or, parmi les mutations repérées sur Omicron, certaines sont connues pour faciliter l’accrochage du virus à la cellule, d’autres, pour empêcher les anticorps de se lier, d’autres, encore, pour favoriser la pénétration dans la cellule.

Omicron compte des mutations déjà présentes sur les autres variants préoccupants, mais aussi des mutations qui, en théorie, devraient lui être profitables. On ignore si cette combinaison inédite de toutes ces mutations pourrait être plus redoutable que les précédentes.

Chercheacomprendre : Pourquoi faut-il deux à trois semaines pour mieux connaître la dangerosité et l’impact sur la santé du variant ?

D. L. : La période actuelle doit éclaircir les nombreuses inconnues quant à ce variant.

Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Canada… La liste des pays où le variant Omicron a été identifié s’allonge

  Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Canada… La liste des pays où le variant Omicron a été identifié s’allonge Après avoir été identifié pour la première fois en Afrique du Sud, le nouveau variant du Covid baptisé Omicron a été repéré dans plusieurs pays. En France, huit cas possibles sont examinés.Parmi les derniers en date à annoncer des cas identifiés, le Canada a fait état dimanche de deux cas chez des personnes ayant voyagé récemment au Nigeria. Elles ont été placées à l’isolement à Ottawa.

Les chercheurs vont tester la réaction d’un pseudo-virus (reproduisant les principales mutations d’Omicron) avec des sérums de patients vaccinés ou ayant été contaminés, afin de voir si les anticorps sont encore neutralisants. Cela prend deux ou trois semaines, en effet.

Il faudra aussi surveiller les hospitalisations en Afrique du Sud, pays, pour l’instant, le plus touché, afin de savoir si les formes graves sont plus nombreuses ou non. Cela aussi ne se verra que dans une semaine ou deux.

Plusieurs mois ensuite seront utiles pour vérifier l’effet de la vaccination sur ce nouveau variant, mais la couverture vaccinale et le type de vaccins sont différents en Afrique du Sud et en Europe.

Elise : Les tests PCR effectués ces jours-ci et positifs sont-ils systématiquement analysés pour savoir si les malades sont porteurs du variant Omicron ?

D. L. : Seul le séquençage permet de connaître la nature du virus impliqué. Comme il y a en ce moment plus de cas positifs (tous variants confondus) que de capacité à séquencer (200 000 séquences par semaine en théorie, 15 000 au maximum en pratique jusqu’à présent), on peut « rater » des variants Omicron.

C’est pour cela que certains tests PCR positifs vont être orientés systématiquement vers du séquençage. En effet, les PCR (« réaction de polymérisation en chaîne ») de criblage cherchent trois mutations (pour distinguer le variant Delta des autres). Or, Omicron n’a aucune de ces trois mutations. Les autorités de santé ont donc décidé qu’une PCR de criblage « triplement négative » est un indice de suspicion d’Omicron, à confirmer par séquençage.

EN DIRECT - Covid-19 : le variant omicron complique l’organisation des JO d’hiver de Pékin, admet la Chine

  EN DIRECT - Covid-19 : le variant omicron complique l’organisation des JO d’hiver de Pékin, admet la Chine Cinquième vague, nouveau variant, troisième dose, bilan épidémique, nouveaux traitements contre le virus… Retrouvez les dernières informations sur la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19.- Contre le variant omicron, le G7 appelle à une «action urgente». Qualifié de «hautement transmissible», il présenterait un «risque très élevé» au niveau mondial, selon l’Organisation mondiale de la santé.

Les kits PCR utilisés en début d’épidémie, encore utilisés en Afrique du Sud, ont aussi la propriété de révéler la présence suspecte d’Omicron.

Ce séquençage de confirmation prend trois jours environ. On saura donc bientôt si la France, comme d’autres pays voisins, compte des cas d’Omicron.

Stéphane : Quels pourront être les effets sur le domaine financier et le domaine politique à l’approche de l’élection présidentielle ?

E. A. : Mêmes causes, mêmes conséquences : si le virus se propage trop et nécessite des restrictions sanitaires sévères, l’économie chutera (ce n’est pas une prévision, mais un constat). Néanmoins, les économistes soulignent que chaque vague fait moins de dégâts économiques. La première, avec confinement complet, avait provoqué une chute du PIB sans précédent en temps de paix.

Aujourd’hui, la situation n’a plus rien à voir : les populations sont vaccinées, ce qui brise partiellement le lien entre contaminations et hospitalisations ; les écoles restent ouvertes ; les entreprises se sont adaptées au télétravail…

Sauf si le variant Omicron se révèle résistant aux vaccins (ce qui changerait tout, mais n’est absolument pas prouvé), les économistes parlent pour l’Allemagne d’une baisse d’un demi-point de PIB en cas de nouvelles restrictions sanitaires. Pour la France, ce serait du même ordre de grandeur.

Aurele : Au-delà des risques directs pour l’activité économique, ne doit-on pas craindre que les embouteillages sur les chaînes logistiques, qu’on espérait voir se réduire d’ici six ou douze mois, soient encore accentués ?

Variant Omicron : l’OMS recommande aux plus de 60 ans de reporter leurs voyages

  Variant Omicron : l’OMS recommande aux plus de 60 ans de reporter leurs voyages L’OMS suggère aux personnes vulnérables de ne pas voyager, assurant cependant que les interdictions de voyage n’empêcheront pas sa propagation. « Les interdictions générales de voyager n’empêcheront pas la propagation » de ce variant qui inquiète la planète, a estimé l’OMS dans un document technique, recommandant toutefois aux « personnes qui ne sont pas en bonne santé ou qui risquent de développer une forme grave » du Covid-19 de renoncer à leurs projets de voyage.

E. A. : C’est une excellente question, d’autant que les problèmes logistiques ont surpris par leur durée et leur ampleur. Ce qui paraissait au départ un simple retard dans les livraisons a fait boule de neige. Aujourd’hui, les embouteillages de porte-conteneurs dans les ports demeurent très importants. En Allemagne, l’industrie automobile, qui représente 4 % du PIB, ne fonctionne qu’à la moitié de sa capacité à cause de la pénurie de puces. Au Royaume-Uni, la production automobile est au plus bas depuis… 1956, pour la même raison.

Certains économistes commençaient à voir les signes d’un retour à l’ordre. Le prix du transport de conteneurs, qui s’était envolé, est redescendu (tout en restant à des niveaux élevés). Concernant les pénuries de bois, la situation tendait à se résoudre – les prix ont baissé de moitié depuis leur pic de juin (tout en restant élevés). L’espoir était celui d’un retour progressif à la normale concernant les questions logistiques courant 2022. Mais si les fermetures des frontières et les restrictions sanitaires liées au variant Omicron durent longtemps (ce qui n’est pas certain), cet espoir s’envolera.

Marredesefairepiquer : Est-il pertinent de lancer la campagne de rappel vaccinal alors qu’a été évoquée la nécessité d’adapter le vaccin à ce nouveau variant ?

D. L. : Le problème est qu’Omicron débarque en Europe alors que plusieurs pays sont dans une nouvelle vague et déjà confrontés à de nombreux cas, hospitalisations et décès. Et cela alors que l’efficacité vaccinale diminue avec le temps. Le rappel est donc défendu pour réduire les effets de cette vague due à Delta. Omicron n’y change rien.

En outre, tout ce qui contribue à réduire les transmissions (gestes barrières, aération, limitation volontaire des contacts, vaccin…) a un effet sur Delta et sur Omicron. Enfin, personne n’imagine que l’efficacité des vaccins contre Omicron serait de zéro. Elle pourrait être plus réduite (ça, on ne sait pas encore), mais pas nulle.

EN DIRECT - Covid-19 : «13 cas suspects» de variant omicron en France, selon Attal

  EN DIRECT - Covid-19 : «13 cas suspects» de variant omicron en France, selon Attal Cinquième vague, troisième dose, bilan épidémique, nouveaux traitements, mutation du virus… Retrouvez les dernières informations sur la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19.- Contre la cinquième vague et le variant omicron, plusieurs voix s’élèvent pour ouvrir le débat sur la vaccination obligatoire En France, François Bayrou, président du Modem et proche de Macron, et Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique, mettent la question sur la table. Idem à l’échelle européenne avec la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

Victor Schoelcher : Qu’en est-il de la situation à Mayotte, l’île se trouvant à proximité de l’origine du variant ?

D. L. : Attention, l’Afrique du Sud n’est pas forcément à l’origine du nouveau variant. C’est l’endroit où il a été repéré en premier, mais ce serait prématuré de lui en imputer l’origine (le gouvernement sud-africain met, par ailleurs, en garde contre cette confusion).

Mais vous avez raison, Mayotte et La Réunion vont être surveillées de près. Il y a des capacités de séquençage locales et le variant précédent, dit Bêta, avait beaucoup circulé sur ces îles. Lui aussi avait été détecté pour la première fois par l’Afrique du Sud.

Covid-19 : Alpha, Bêta, Gamma, Delta, Epsilon… l’émergence sans fin des variants

Clo91 : Que deviennent les autres variants lorsqu’un nouveau variant apparaît ? Les variants Alpha et Delta vont-ils disparaître pour laisser leur place à Omicron ? Merci.

D. L. : C’est la question qui agite pas mal les esprits. Jusqu’à présent, un variant a toujours fini par s’imposer : Alpha puis Delta en France, devant Bêta, ou Gamma, ou la souche d’origine. Les spécialistes pensent que c’est lié à une plus grande transmissibilité des uns par rapport aux autres.

Pour Omicron, on ne sait pas encore quel sera son destin, car, d’une part, on ne connaît pas encore ses propriétés et, d’autre part, il arrive en pleine vague de Delta en Europe.

Peut-être qu’il se répand en Afrique du Sud en profitant d’un environnement favorable, mais qu’il n’est pas plus dangereux que Delta.

Les idées claires sur le Covid-19 : les variants

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Cinquième vague, troisième dose, bilan épidémique, nouveaux traitements, mutation du virus… Retrouvez les dernières informations sur la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19.- Contre la cinquième vague et le variant omicron, plusieurs voix s’élèvent pour ouvrir le débat sur la vaccination obligatoire En France, François Bayrou, président du Modem et proche de Macron, et Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique, mettent la question sur la table. Idem à l’échelle européenne avec la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

usr: 1
C'est intéressant!