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FranceProcès Baupin : "On savait tous et on savait presque tout"

12:25  08 février  2019
12:25  08 février  2019 Source:   lexpress.fr

L'affaire Baupin arrive devant la justice : "C'est étrange de se retrouver dans une position d'accusée alors que l'on se sent victime"

L'affaire Baupin arrive devant la justice : Après avoir été accusé de harcèlement sexuel, le député Denis Baupin a porté plainte contre ses accusatrices pour diffamation. Cette plainte est jugée à partir de lundi, à Paris. L'affaire Baupin arrive devant le tribunal, lundi. Denis Baupin, ancien député Europe-Écologie-Les Verts, avait été publiquement accusé en 2016 de harcèlement sexuel (notamment par SMS) et de tentatives d'agression sexuelle, par plusieurs femmes (élues ou militantes) de son parti. Il avait alors démissionné de son poste de vice-président de l'Assemblée nationale et renoncé, un an plus tard, à se représenter.

Ce procès est devenu celui de l'omerta des Verts. En filigrane, l'amitié entre Duflot et Cosse. Et l'absence d'un homme.

Procès Baupin : "On savait tous et on savait presque tout" © AFP PHOTO / JEAN-SEBASTIEN EVRARD Denis Baupin, qui a toujours nié les allégations, a attaqué Mediapart et France inter, pour avoir publié des accusations d'agression sexuelle et de harcèlement de plusieurs femmes, dont d'ex-cadres écologistes.

Cette audience narre l'histoire d'un divorce, à la fois politique, générationnel et amical. Devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, le procès en diffamation contre Mediapart, France Inter et leurs témoins, s'est mué jeudi en charge contre Denis Baupin, et contre l'omerta qui a régné au sein du parti des Verts. L'ancien vice-président de l'Assemblée nationale, qui a toujours nié les allégations, a attaqué les deux médias pour avoir publié des accusations d'agression sexuelle et de harcèlement de plusieurs femmes, dont d'ex-cadres écologistes.

"On savait tous et on savait presque tout" : au tribunal, les témoignages accablent Denis Baupin

Le procès de Mediapart et France Inter, attaqués par l'ancien vice-président de l'Assemblée nationale en diffamation, s'est mué en charge contre le principal intéressé, absent des débats. Il doit prendre fin vendredi. © JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP "On savait tous et on savait presque tout" : au tribunal, les témoignages accablent Denis Baupin "A l'occasion d'une pause, je suis sortie. Il m'attendait. Il m'a plaquée contre le mur, a cherché à m'embrasser, m'a mis les mains sur les seins.

Cécile Duflot s'avance d'abord à la barre. Emue, l'ex-secrétaire du parti et ex-ministre du Logement, livre pour la première fois publiquement son témoignage. Le même qu'elle a confié à la police le 27 mai 2016. Les faits remontent à l'année 2008. A l'époque, Denis Baupin est adjoint au maire de Paris chargé des transports et de la voirie. Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts. Tous les deux se trouvent au congrès mondial des écologistes à Sao Paulo, au Brésil.

Après une journée de travail, Cécile Duflot se repose dans sa chambre d'hôtel. "Très fatiguée", "vulnérable", elle a accouché deux mois plus tôt de sa fille. "Je l'allaite, donc je dois tirer mon lait toutes les quatre heures", explique-t-elle, la voix pleine de sanglots. Denis Baupin lui envoie un texto pour connaître son numéro de chambre. "Je n'ai pas réfléchi, je le lui ai donné". Quelques secondes plus tard, il toque à sa porte.

Sala, le mercato l’a tué ?

Sala, le mercato l’a tué ? C’est à demi-mots, et tenaillé par la douleur de la perte de son joueur, l’idée soutenue par Vahid Halilhodzic, coach d’Emiliano Sala, qui appelle à la suppression du marché hivernal. Les conditions de la disparition de l’Argentin pose question, jusque dans les plus hautes instances… © ICON SPORT On savait Vahid Halilhodzic opposé au départ cet hiver de son meilleur buteur, lui-même à l’origine pas vraiment chaud pour rejoindre Cardiff.

"Son regard m'a fait peur"

"Avant même qu'il ouvre la bouche, j'ai compris qu'il y avait un problème, il me regardait bizarrement, son regard m'a fait peur, il m'a dit: 'je savais que tu en avais autant envie que moi". Il met sa main sur mon cou et me dit: 'laisse-toi faire'. J'ai eu un bon réflexe, je lui ai donné un coup de pied dans le tibia. Je l'ai poussé dehors et j'ai claqué la porte". Cécile Duflot fait alors tout pour éviter Denis Baupin et ne dit rien de la tentative d'agression dont elle dit être victime. En cause : la candidature de Denis Baupin à la présidence du parti, contre elle. "Et puis, ça ne m'a jamais traversé l'esprit de porter plainte", ajoute-t-elle.

Depuis quand était-elle au courant des agissements de l'ex-cadre du parti ? "Dès 2003, j'ai eu connaissance de rumeurs, mais ce n'était que des rumeurs". Face aux regrets de ne pas avoir agi, Cécile Duflot témoigne de sa prise de conscience. Celle qui est devenue "une femme solide, trop solide", à qui la politique a appris à "encaisser", pointe son "grand sens du collectif du parti", sa capacité à "se taire pour l'intérêt général" : "J'ai été capable de dire à des femmes des choses comme: 'si tu es choquée parce qu'un mec te demande de le sucer, ça nous arrive tous les jours' ou 'c'est le genre de mec avec qui il est plus facile de coucher que de résister'."

Après son témoignage dans l'affaire Denis Baupin, Cécile Duflot visée par des insultes sur Twitter

Après son témoignage dans l'affaire Denis Baupin, Cécile Duflot visée par des insultes sur Twitter Contactée par franceinfo, Cécile Duflot réfléchit à une éventuelle plainte. © Fournis par France Télévisions Des messages particulièrement violents. Quelques jours après avoir témoigné dans l'affaire Denis Baupin, Cécile Duflot annonce sur Twitter, dimanche 10 février, avoir reçu de très nombreux messages d'insultes sur le réseau social. Contactée par franceinfo, Cécile Duflot ne souhaite pas s'exprimer et confie réfléchir à une éventuelle plainte. depuis jeudi je reçois ça, environ toutes les heures... imparable, adresse à chaque fois différente, inbloquable....

L'ancienne ministre dessine une génération d'hommes et femmes politiques "complaisants avec la violence", à une époque où "la lutte" passait avant les femmes, et met en avant le clivage entre la génération de Dominique Voynet - qui l'a précédée - et la sienne, "intermédiaire", avant #MeToo. Elle se souvient enfin des SMS "salaces" reçus par Véronique Massonneau, une élue qui témoigne ici en faveur de Baupin. "Emmanuelle [Cosse] était en train d'accoucher, ça m'a terriblement choqué", précise-t-elle, décrivant son "immense amitié" pour elle, "comme on n'en rencontre qu'une fois dans sa vie". Une amie à qui elle n'a jamais réussi à raconter l'inracontable.

"Il n'est en aucun cas un agresseur ou un harceleur"

Désormais, l'amitié de ces deux femmes meurtries appartient au passé. Elles ne se croiseront pas dans la salle d'audience. Quand Emmanuelle Cosse arrive à la barre, elle n'a qu'un objectif : défendre Denis Baupin, son mari, le père de ses enfants, grand absent de ce procès. Le couple qu'ils forment a résisté à la tempête judiciaire et médiatique. "Il n'est en aucun cas un agresseur ou un harceleur", assure, combative et digne, l'ancienne patronne du parti et ex-ministre du Logement, sous François Hollande. Si j'avais été au courant de quoi que ce soit, en aucun cas je n'aurais fait ma vie avec lui."

Cécile Duflot violemment attaquée sur Twitter après son témoignage dans l'affaire Baupin

Cécile Duflot violemment attaquée sur Twitter après son témoignage dans l'affaire Baupin Sur Twitter, l’ancienne ministre, aujourd'hui directrice générale d'Oxfam France, a subi une violente campagne de cyberharcèlement après qu'elle eut révélé avoir été, elle aussi, agressée par l’ancien député de Paris. © Eric Piermont / AFP Depuis son témoignage dans l'affaire Baupin, Cécile Duflot est la cible de nombreux messages d'une grande violence. (Paris, le 6 décembre 2018.) C'est une série de tweets dont l'ignominie le dispute à l'indécence. Depuis jeudi 8 février, Cécilé Duflot est victime, sur le réseau social, de messages d'une violence qui dépasse l'entendement.

L'ancienne militante féministe et ex-présidente d'Act-up brosse le portrait d'"un séducteur", mais aussi d'un homme "angoissé, stressé, qui avait du mal avec la violence dans le parti écologiste." Le président cherche à comprendre sa personnalité : "Est-ce que vous estimez qu'il a eu un problème avec les femmes ?" Son épouse répète : "Il aimait le jeu de la séduction, plus que de conclure. Beaucoup d'hommes n'ont pas réglé ces choses-là. Il aimait envoyer des SMS à certaines femmes. La vraie question est la différence entre la séduction et le harcèlement."

Blessée, Emmanuelle Cosse dépeint Cécile Duflot comme "une proche" qu'elle a longtemps "servie" : "Je ne comprends pas qu'elle dise ce qu'elle dit sur mon conjoint et que nous ayons eu une relation aussi forte. Si mon conjoint est vraiment l'homme qu'elle décrit, pourquoi est-elle venue à la maternité quand j'ai accouché, à notre mariage, dîner chez nous en petit comité, avec son conjoint?" "Notre amitié aurait voulu qu'elle me conseille de me séparer de cet homme", ajoute-t-elle. Emmanuelle Cosse dit sa douleur de voir Pierre Serne, son témoin de mariage et ancien directeur du cabinet de Denis Baupin à la mairie de Paris entre 2005 et 2008, "vomir" sur son couple. Elle évoque enfin les injures dans la rue, "une grande déflagration" dans sa famille, notamment pour ses enfants.

Procès Baupin: Cécile Duflot cible d'attaques sur Twitter

Procès Baupin: Cécile Duflot cible d'attaques sur Twitter Jeudi, l'ex-secrétaire nationale des Verts avait raconté à la barre le jour où Denis Baupin l'a attaquée, en 2008 au Brésil. Your browser does not support this video require(["binding"], function (binding) { binding("wcVideoPlayer", "#video_player_c70e3a1e-1206-438c-886c-9106602e6dc3").all(); }); Le même message, toutes les heures, depuis des comptes différents. Depuis jeudi et son témoignage au procès Baupin, l'écologiste Cécile Duflot, directrice générale d'Oxfam France et ancienne ministre du Logement, est la cible d'attaques sur Twitter.

"Madame Cosse n'est pas Monsieur Baupin"

Les avocats des prévenues la pressent, la mettent face à ses contradictions, citent les SMS envoyés par son mari. Les mains jointes dans le dos, ses doigts se serrent, mais elle ne craque pas. "Comment pouvez-vous penser que ces 15 femmes ne soient pas sincères ?", lui demande un avocat. "Je ne pense pas que mon mari se méprenne sur la question du harcèlement. Je n'ai aucun conflit de loyauté, j'ai fait le choix d'épouser un homme honnête et droit". "Madame Cosse n'est pas Monsieur Baupin", rappelle le président du tribunal.

Ce quatrième jour d'audience est aussi une douloureuse introspection. Des cadres d'EELV, témoins des prévenues et des parties civiles, se succèdent à la barre. Soit pour décrire la loi du silence dans un parti qui se revendique féministe et paritaire, ou au contraire pour mettre en doute les accusations à l'encontre de Baupin. Comme deux de ses anciennes compagnes. La première est "tombée de l'armoire" quand elle a appris la nature des accusations. "C'est quelqu'un de doux, je n'ai jamais eu le moindre écho d'un comportement de harceleur." Même chose pour la deuxième, qui évoque "uniquement des comportements de séduction", des "aventures", de "nombreuses liaisons consenties".

"Je n'ai pas été complice d'un silence, personne ne m'a dit quoi que ce soit", assure Jean-Luc Bennahmias, membre de la direction des Verts de 1994 à 2001. Autre pionnière du mouvement, Dominique Voynet : "Je suis féministe, je ne mets pas en doute la parole des femmes, je pense que le mouvement #Metoo peut les aider à prendre la parole." La cofondatrice du parti en 1984 est venue pour "respecter le contradictoire", car Denis Baupin "aurait violé des personnes handicapées et sans défense, cela n'aurait pas été plus grave dans les médias." Elle décrit "un dragueur, plutôt lourd, un peu pataud", d'"une culture une peu libertine", niant avoir entendu parler "de comportements de force ou de ruse", et préférant décrire une époque où "des comportements inadéquats étaient acceptables", où "la frontière entre la drague lourde et le harcèlement" n'était plus la même qu'aujourd'hui.

François de Rugy : le dîner qui dérange

François de Rugy : le dîner qui dérange Le ministre de la Transition écologique a invité Denis Baupin à un dîner la semaine dernière, alors que l'ex-député intentait un procès en diffamation aux femmes l'accusant de harcèlement et d'agressions sexuelles, ainsi qu'aux médias qui avaient révélé ces témoignages. «Et il y avait une cerise sur le gâteau?» Poursuivie pour diffamation par Denis Baupin, Sandrine Rousseau n’a pu retenir son indignation. Tout comme l’ex-députée écolo Isabelle Attard. Révélé par «Le Figaro», le dîner «amical et convivial» organisé la semaine dernière par François de Rugy en présence de Denis Baupin a suscité l’émoi.

"On a été au moins complices"

D'autres cadres, plus jeunes, concèdent avoir entendu des "rumeurs", reçu des confidences. Aucun d'eux n'a parlé. "Je fais partie de ceux à qui Sandrine Rousseau a raconté et qui n'ont rien fait, je m'en veux", reconnaît Alexis Braud, élu de la Sarte. Julien Bayou, porte-parole de EELV depuis 2013, dit osciller entre la "honte" de ne pas avoir protégé ces femmes et la "reconnaissance de leur courage" d'avoir témoigné.

"C'est très dur d'être là", admet Pierre Serne, parrain d'un des enfants du couple Baupin-Cosse. Cette affaire "a cassé des liens". Tous les trois ne se côtoient plus et ont quitté le parti. Serne parle d'"un cordon sanitaire" autour de Baupin pour "protéger les salariées et les stagiaires". "Il y avait la peur que s'il était mis en cause cela rejaillirait sur le parti et la mairie de Paris, se souvient-il. Delanoë (alors maire de Paris) lui avait dit: 'si ça sort, tu ne démissionnes pas, je te vire'". "Uniquement si ça sort ?", l'interroge un avocat. "Oui... Il y aurait des choses à dire sur qui savait quoi".

"On savait tous et on savait presque tout, c'était un secret de Polichinelle", tranche Stéphane Sitbon-Gomez, ancien bras droit de Cécile Duflot, "sa patronne, son amie, sa grande-soeur". Calme, la voix posée, il déroule : "La déposition que je fais aujourd'hui, beaucoup de cadres du parti pourrait la faire. Je me suis demandé pourquoi je n'ai rien fait, pourquoi le parti n'a rien fait. On s'abritait derrière deux excuses. Juridique; tant qu'elles ne portent pas plainte, on ne peut rien faire. Politique; on pensait que l'on était un parti féministe, mieux que les autres partis (...) J'ai milité pendant 15 ans, je n'ai jamais eu peur qu'on me mette une main aux fesses, qu'on m'embrasse de force. Tous les hommes que nous étions, à chaque fois que nous avons regardé ailleurs, nous avons été au moins complices, peut-être en partie coupables."

Dîner avec Baupin: Rugy regrette une «concordance de calendrier malvenue»

Dîner avec Baupin: Rugy regrette une «concordance de calendrier malvenue» LE SCAN POLITIQUE - Quatre jours avant l'ouverture de son procès, l'ancien cadre d'EELV, accusé d'agressions sexuelles, était présent à un dîner avec le ministre de la Transition écologique. Sur Europe 1 mardi, François de Rugy a assuré qu'il «ne savait pas que ce procès allait avoir lieu». C'est un dîner qui fait tache. Accusé d'agressions sexuelles - témoignages de plusieurs femmes à l'appui - par Mediapart et France Inter en 2016, Denis Baupin avait poursuivi les deux médias et les femmes concernées en diffamation.

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LE SCAN POLITIQUE - Quatre jours avant l'ouverture de son procès, l'ancien cadre d'EELV, accusé d'agressions sexuelles, était présent à un dîner avec le ministre de la Transition écologique. Sur Europe 1 mardi, François de Rugy a assuré qu'il «ne savait pas que ce procès allait avoir lieu». C'est un dîner qui fait tache. Accusé d'agressions sexuelles - témoignages de plusieurs femmes à l'appui - par Mediapart et France Inter en 2016, Denis Baupin avait poursuivi les deux médias et les femmes concernées en diffamation.

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