•   
  •   

France Militants, curieux, fêtards : vingt-quatre heures avec les participants à la Nuit debout

11:20  14 avril  2016
11:20  14 avril  2016 Source:   lemonde.fr

Véronique Genest en colère contre Nuit Debout : "Je me suis fait agresser"

  Véronique Genest en colère contre Nuit Debout : La comédienne ne compte pas en rester là et va prendre des mesures ... Alors que l'éviction de l'académicien Alain Finkielkraut du rassemblement Nuit Debout, place de la République à Paris, agite aussi bien les manifestants que la classe politique, voilà que la comédienne Véronique Genest affirme avoir elle aussi été prise à partie par des individus du mouvement...

Après deux semaines d’existence de Nuit debout , Le Monde. fr s’est intéressé au public qui compose le mouvement, né place de la République à Paris le 31 mars, et qui tente d’essaimer depuis : entre militants de longue date, simples curieux , « nuit -deboutistes » convaincus et fêtards , les raisons de

Vingt et une personnes ont été interpellées dans la nuit de vendredi à samedi en marge de la Nuit debout après des violences contre les forces de l’ordre et des dégradations commises dans le Lire aussi Militants , curieux , fêtards : vingt - quatre heures avec les participants de Nuit debout .

La place de la République, encore déserte, se réveille au milieu de tags. © JULIEN DANIEL/MYOP POUR LE MONDE La place de la République, encore déserte, se réveille au milieu de tags.

Pendant une journée et une nuit complètes, Le Monde.fr est allé écouter les participants à la Nuit debout, place de la République à Paris.

Après deux semaines d’existence de la Nuit debout, Le Monde. fr s’est intéressé au public qui compose le mouvement, né place de la République à Paris le 31mars, et qui tente d’essaimer depuis: entre militants de longue date, simples curieux, «nuit-deboutistes» convaincus et fêtards, les raisons de converger ici sont diverses. Pendant une journée et une nuit complètes, nous avons vu se succéder et parfois se rencontrer ces publics différents – mais somme toute assez homogènes – sur la place.

La Nuit debout face à la question de la violence

  La Nuit debout face à la question de la violence Au fil des nuits et des débordements, les militants de la Nuit debout se demandent s'il faut prendre position par rapport à la violence: est-elle étrangère au mouvement, "contre-productive" ou l'expression d'une révolte nécessaire?Ils sont divisés sur ce point qui a fait débat pendant le week-end. Après quinze jours d'existence, cette question pourrait être une ligne de faille dans ce mouvement lancé le 31 mars contre la loi travail et pour "penser un autre monde".

Lire aussi Militants , curieux , fêtards : vingt - quatre heures avec les participants de Nuit debout . Quelques voix se sont distinguées dans ce concert de critiques. Depuis le début du mouvement, la candidate à la primaire Nathalie Kosciusko-Morizet a exprimé son envie de se rendre place de la

Nuit debout et le grand retour de l'insulte "bobo". L'émergence du mouvement Nuit debout au cœur de Paris a été l'occasion de lancer une nouvelle saison de l'interminable série de définition Notre reportage : Militants , curieux , fêtards : vingt - quatre heures avec les participants à Nuit debout .

Il est dix heures, place de la République à Paris, mardi 12avril. Au petit matin, le lieu de rassemblement du mouvement Nuit debout depuis le 31mars a été évacué. CRS et policiers sont encore présents en nombre, leurs camions garés tout autour. Quelques passants pressent le pas jusqu’à leurs bureaux. Les murs d’une agence bancaire, vandalisée en marge du mouvement, sont en train d’être nettoyés.

Au milieu de la place encore vide, sous le regard vigilant des forces de l’ordre, ils sont une petite dizaine de militants à discuter. Parmi eux, François, 28 ans, vendeur dans une joaillerie. Il fait des allers-retours sur son temps libre, quelques heures par-ci, par-là, depuis une semaine. «C’est très différent des manifs habituelles, où tout le monde avance ensemble mais où personne ne se parle, explique-t-il. Ici, on a enfin un vrai espace où l’on entend des vrais gens parler.» Et pas des politiques ou des syndicalistes. «La nuit appartient à tout le monde, on ne se sent pas en danger. Venir ici, c’est comme aller dans un endroit où il y aurait toujours un ami qui nous attend», dit-il, enthousiaste.

Évacuation de Nuit debout : la droite satisfaite, la gauche divisée

  Évacuation de Nuit debout : la droite satisfaite, la gauche divisée LE SCAN POLITIQUE - La droite juge le mouvement incompatible avec l'état d'urgence, pendant que socialistes et gauche radicale se divisent sur l'attitude à adopter.Dans le sillage de François Fillon qui, dimanche, s'est dit «choqué» que le mouvement Nuit debout soit toléré pendant l'état d'urgence, la droite a multiplié les critiques à l'encontre du mouvement contestataire, dont les membres comptent réinvestir la place de la République malgré l'évacuation de lundi matin. Invité de France Inter lundi, le candidat à la primaire de la droite Bruno Le Maire s'est prononcé contre «une dictature de la minorité». «Il faut faire respecter la loi.

Quel joli temps, mon amour, au revoir. Quel joli temps pour jouer ces vingt ans. Sur la fumée des cigarettes, L'amour nous reviendra peut-être. Les vignes de l'année auront de beaux raisins. Quand tu me reviendras, avec les hirondelles, Car tu me reviendras, mon amour, à demain

Quatre pauvres tableaux, représentant une barque sur un fleuve, un navire sur la mer, un moulin dans une plaine et un bûcheron dans un bois, pendaient au milieu des quatre panneaux, au bout de cordons inégaux Elle le pria de s’asseoir ; puis, le regardant des pieds à la tête : « Comme vous êtes changé !

François, vendeur de diamants. Camille, pierceuse. Gérard, vacataire dans un musée. © JULIEN DANIEL/MYOP POUR LE MONDE François, vendeur de diamants. Camille, pierceuse. Gérard, vacataire dans un musée.

Un peu plus loin, Gérard erre sur la place toujours quasi déserte. A 59 ans, il enchaîne les petits contrats entrecoupés de périodes de chômage dans un musée parisien. «La loi El Khomri, ça fait quatre ans que je suis dedans», lance-t-il en levant les mains au ciel. Il vient «en pointillé», quand il le peut, et espère que Nuit debout, qu’il considère pour l’instant comme un «laboratoire de libre parole», débouche sur une grève générale. «Ça leur mettrait un coup, quand même», au gouvernement, et cela permettrait de «faire comprendre ce que l’on veut au reste du pays. Ils doivent nous prendre pour des gauchistes et des branleurs.»

En fin de matinée, la plupart des camions de police quittent la place, sirènes hurlantes. Le soleil a fait son apparition et, avec celui-ci, des dizaines de personnes. Une petite délégation de lycéens, qui viennent de manifester contre la loi travail, arrivent dans les cris, en soutien à Nuit debout. En l’espace de deux heures, l’atmosphère sur la place a radicalement changé. Les forces de l’ordre sont moins visibles, l’ambiance plus festive. Des petits groupes se forment.

Nuit debout : «Céder à la violence est contre-productif»

  Nuit debout : «Céder à la violence est contre-productif» Comme chaque jour depuis le lancement du mouvement Nuit debout, la place de la République s'est transformée en forum citoyen. Les stands se montent, les commissions se réunissent et les échanges s'enchaînent dans une ambiance studieuse et bon enfant. Sur l'économie sociale, le combat des sans-papiers ou l'organisation du processus de vote au sein du mouvement. Mais en ce samedi après-midi, un nouveau sujet s'est imposé en ouverture de l'assemblée générale de 18 heures : la

Ex. : quatre cent quatre- vingt - quatre . Attention. Lorsque vingt et cent sont employés dans des nombres ordinaux, ils demeurent invariables. Ouvrez votre manuel à la page quatre cent quatre-vingt. MILLE. Homophones grammaticaux. Nombre. Participe passé. Référence. Varia.

Vous avez probablement vu des films ou des vidéos sur la Russie où les gens boivent de la bière dans les parcs ; mais maintenant c'est interdit par la loi. En fait, vous ne pouvez boire de l'alcool qu’ à la maison ou dans les établissements sous licence.

L’après-midi, les poussettes se joignent aux lycéens

Vers 14heures, une séance de débats s’ouvre devant une petite centaine de participants. Riverains et vacanciers curieux passent une tête, jettent un œil. Marie-Thérèse*, un peu à l’écart, écoute attentivement. Cette Brestoise profite d’un déplacement à Paris pour se faire son propre avis. «Je ne suis pas d’accord avec ces jeunes», commence-t-elle, visiblement émue. Cette enseignante à la retraite, qui a vécu Mai-68, regrette «une certaine inconscience» de leur part, notamment concernant leur sécurité, qui «monopolise la police». «Ça me touche. Mais ils feraient mieux d’aller en cours s’ils veulent améliorer les choses», glisse-t-elle.

A côté, Camille discute avec quelques CRS. Elle n’est pas pour l’occupation de la place, et plaide pour un grand débat public, avec «M.Hollande, le gouvernement et les médias», et un temps de parole pour tous. En février, la jeune femme a décidé de quitter la France pour l’Allemagne. «Je ne me sentais plus à l’aise dans mon pays. Mais dès que j’ai entendu parler de Nuit debout, je suis revenue. Parce qu’il y a de l’espoir, quelque chose à faire.»

Les violences mettent-elles en péril Nuit Debout ?

  Les violences mettent-elles en péril Nuit Debout ? Depuis une semaine, les violences en marge des rassemblements Nuit Debout se succèdent presque quotidiennement. Dégradations, heurts avec les policiers: les cortèges sauvages et débordements en marge de la Nuit debout à Paris se succèdent en fin de soirée depuis une semaine. Au risque de mettre en péril ce mouvement citoyen inédit ?Dans la nuit de vendredi à samedi, alors que le rassemblement pacifique touchait à sa fin et avait rassemblé 3.

La nuit était déjà presque passée quand j'entendis au-dessous de moi notre hôte et sa femme parler et se disputer. ‒ Doucement, va doucement! Puis il entre, son couteau dans les dents, et venu à la hauteur du lit, où le pauvre jeune homme était étendu, d’une main prend son couteau, et de l’autre

L'affaire coïncide avec l 'ouverture, à Lisbonne, du championnat du monde. La compagnie pétrolière américaine Chevron Texaco a fermé une de ses exploitations dans le sud-ouest du Nigeria à la suite d'une nouvelle action de protestation de femmes.

La commission éducation populaire est la première à se tenir, en début d'après-midi. © JULIEN DANIEL/MYOP POUR LE MONDE La commission éducation populaire est la première à se tenir, en début d'après-midi.

En milieu d’après-midi, ils sont quelques centaines à avoir investi la place. Des poussettes font leur apparition. Au pied de la statue, une jeune fille cherche désespérément à passer le micro à une femme, «au nom de la parité», lors d’une commission sur le féminisme. Nicole, 38 ans, tend l’oreille. Cette économiste est venue avec sa petite fille de 3 mois. Elle aurait bien aimé assister aux assemblées générales (AG) les soirs précédents, mais n’a pas eu le cœur de laisser son bébé, et «c’est compliqué de venir avec». Depuis quelques jours, elle suit l’évolution du mouvement sur TV Debout, et s’est décidée à venir pour la première fois après avoir entendu qu’il n’y avait «pas que des jeunes». «Sympathisante PS», même si elle a «un peu honte de le dire aujourd’hui», Nicole juge les débats inégaux, mais salue la naissance du mouvement, «en espérant qu’il ne dégénère pas».

L’Assemblée générale rassemble militants et curieux

Vers 18heures, la place se remplit soudainement lorsque l’AG commence. Une jeune fille salue un copain à vélo croisé par hasard.

«Toi t’es touriste?

— Oui, je passais juste par là. Et toi, t’es révoltée?

— Oui. Bonne balade alors.

Nuit Debout : la place de la République évacuée, reprise du mouvement ce soir

  Nuit Debout : la place de la République évacuée, reprise du mouvement ce soir Au centre de la place de la République, où l'on a bouclé ce lundi matin une onzième « Nuit Debout », une centaine de CRS a évacué ce lundi matin le lieu emblématique des combats des de « Nuit-deboutistes ». Dans le calme, à partir de 5h30, ils ont demandé aux manifestants présents -quelques dizaines- de démonter les tentes encore présentes et de quitter les lieux. « En

— Merci, bonne AG.»

A côté d’eux, Medhi retrouve sa compagne, Marguerite, qui l’a convaincu de «venir voir» après leur travail. Cette professeure de 32 ans est prête à faire une croix sur ses vacances pour «monter une cabane “réfugiés”». Lui se montre plus sceptique. Aux yeux de ce jeune économiste franco-tunisien, qui a milité en Tunisie ces trois dernières années pour bâtir une nouvelle Constitution, «le discours anti-institution du mouvement [le] gêne un peu, ça a un côté enfant gâté». «C’est tellement dur à construire, des institutions. Il faut jouer le jeu d’abord», estime-t-il.

Anne, professeur retraitée. Larry*, lycéen. Marguerite, professeur. Nicole, économiste et sa fille de 3 mois. © OLGA KRAVETS POUR LE MONDE Anne, professeur retraitée. Larry*, lycéen. Marguerite, professeur. Nicole, économiste et sa fille de 3 mois.

Près de la statue, un groupe de lycéens s’installe en rond autour d’un pack de bières. Parmi eux, Larry*, 17 ans. Ce Parisien aux cheveux bouclés vient chaque soir à la fin de ses cours depuis deux semaines. Après son bac techno, en juin, il compte partir à Angers dès septembre pour devenir maraîcher, parce que «Paris c’est toxique». Il a toujours craché sur la capitale. Sauf en ce moment. «Je suis choqué de voir que Paris puisse faire un truc comme ça!», s’émerveille-t-il. Une Nuit debout pour «réinventer le monde». Larry veut «en faire partie». Il a pris la parole en commission pour proposer de «fêter l’anniversaire de la manifestation du 9avril [contre la loi travail] avec 31 bougies, parce que la mobilisation est si importante qu’elle se compte en jours, pas en années!», répète-t-il, lyrique. L’année prochaine, il aura le droit de vote. Il hésite entre le vote blanc et l’abstention. «Si la présidentielle a lieu», ajoute-t-il, car il rêve que, d’ici là, des assemblées générales nationales auront remplacé l’élection.

Nuit Debout: "Ma porte est ouverte" assure El Khomri

  Nuit Debout: La ministre du Travail, Myriam El Khomri, a assuré lundi que sa porte était "ouverte" aux membres du mouvement Nuit Debout qui souhaiteraient la rencontrer, tout en condamnant les violences et incidents survenus à l'occasion de ces rassemblements nocturnes. Alors qu'on lui demandait sur France Inter si elle était prête à se rendre Place de la République, la ministre a répondu: "C'est compliqué bien évidemment pour moi d'y aller actuellement".Mais "si certains membres du collectif Nuit Debout (le) souhaitent, ma porte est tout à fait ouverte pour les rencontrer", a-t-elle ajouté.

Cette mobilisation des jeunes réjouit Anne Puget, une professeure retraitée venue écouter les débats avec son compagnon. Elle se dit «solidaire». En mai1968, cette fille de policier était dans la rue. «Mais nous on est des nantis. On a eu un boulot, un toit, une retraite. Aujourd’hui c’est plus grave. Les libertés et la démocratie ne tiennent qu’à un fil.» Elle ne prendra pas la parole en AG, devant les centaines de personnes réunies ce soir encore. «On en a usé et abusé en 68, et ça n’a pas donné grand-chose.» Mais elle est là pour écouter celle des autres et faire nombre, parce que «tous les grains de sable empêchent que la machine s’emballe trop».

Caroline, 35 ans avec sa fille Lou-Ann. Des centaines de personnes se sont réunies, et débattent au centre de la place de la République. © OLGA KRAVETS POUR LE MONDE Caroline, 35 ans avec sa fille Lou-Ann. Des centaines de personnes se sont réunies, et débattent au centre de la place de la République.

La nuit tombée, le mouvement bat son plein

La nuit est tombée sur la place de la République. Parmi les orateurs de cette Nuit debout, il y a Jean-Marc, 52 ans. C’est la première fois que ce chercheur se rend place de la République, sur les conseils de sa fille, qui lui a assuré qu’il «se passait quelque chose». «Au départ, je pensais qu’il s’agissait de revendications ponctuelles. En fait, les gens veulent réellement que les choses changent», observe-t-il enthousiaste. Pour sa prise de parole, il a griffonné quelques notes sur un morceau de papier. «J’aurais aimé avoir plus de temps pour préparer…» Au micro, il plaide notamment pour la création d’un parti politique qu’il conçoit comme un groupe de pression à même de rivaliser avec les institutions politiques existantes. Après son intervention, plusieurs personnes l’abordent pour réagir. Une discussion entre inconnus démarre.

Arthur, architecte (à gauche), Jean-Marc, chercheur et Lounès, Marion et Adriana, étudiants à Science Po. © OLGA KRAVETS POUR LE MONDE Arthur, architecte (à gauche), Jean-Marc, chercheur et Lounès, Marion et Adriana, étudiants à Science Po.

A 23heures, la Nuit debout bat son plein. La place de la République grouille de monde venu pour s’engager, discuter ou simplement se rencontrer. Loin de l’AG, Arthur et son groupe d’amis ont tendu des cordes entre trois arbres pour s’adonner au «slackline», un sport qui ressemble au funambulisme. Ils ont décidé de venir à la Nuit debout pour «investir un espace qui est d’habitude interdit à la pratique de notre sport», explique cet architecte de 26 ans. Les curieux s’arrêtent, posent des questions et testent leur équilibre sur les cordes. Arrivé après le travail, aux alentours de 20heures, Arthur a l’intention de repartir avec le dernier métro. A sa gauche, une dizaine de personnes jouent des percussions. A sa droite, un cracheur de feu bénéficie d’un large public.

Paris : un homme chute de la statue de la République en marge de Nuit debout

  Paris : un homme chute de la statue de la République en marge de Nuit debout Agé d'une quarantaine d'années selon les pompiers, il a chuté vendredi soir d'une hauteur de trois mètres. Il a été hospitalisé en «urgence absolue». Il n'était pas établi qu'il participait effectivement au mouvement débuté il y a plus d'une semaine. Ce n'est toutefois pas la première fois qu'un drame similaire a lieu.Un homme a été gravement blessé dans la nuit de vendredi à samedi en chutant de la statue ornant la place de la République à Paris, cadre de l'opération Nuit debout, a indiqué la préfecture de police, tout en appelant à la prudence. L'homme, âgé d'une quarantaine d'années selon les pompiers, a chuté d'une hauteur de trois mètres environ.

Lounès, Marion et Adrianna, trois camarades de Sciences Po, discutent autour de quelques bières et d’une barquette de frites. Tous sont déjà venus place de la République après les cours, en milieu de soirée. C’est la cinquième fois pour Lounès et il n’est jamais déçu. «Il y a une plus grande résonance et pertinence dans les débats auxquels j’assiste ici que pendant mes cours», estime-t-il.

Camille, 26 ans, nettoie la place à la fin de l'AG. © JULIEN MIGNOT POUR LE MONDE Camille, 26 ans, nettoie la place à la fin de l'AG.

La fin de l’AG, un peu avant minuit, marque une étape dans la Nuit debout. La place se met en mouvement. Certains quittent les lieux, d’autres continuent de discuter en groupes. D’autres encore, à l’image de Camille, s’affairent au nettoyage de la place. Sac-poubelle orange à la main, elle ramasse les bouteilles de bières, les canettes et les emballages en tous genres laissés par terre. La voyant faire, plusieurs personnes lui réclament un sac et se mettent à l’imiter. A 26 ans, elle avait prévu de partir faire un voyage à vélo avant que le mouvement ne débute. Il y a deux jours, elle a finalement déposé sa bicyclette à République et décidé de prêter main-forte: «C’est aussi un voyage la Nuit debout».

A 2heures, il reste une dizaine de petits groupes dispersés à différents endroits de la place, mais les discussions se poursuivent. Yann est probablement le dernier arrivé à cette Nuit debout. Il débarque à vélo avec les réflexes d’un habitué: en abordant quelqu’un qu’il ne connaît pas pour parler. Ce soir, ce danseur professionnel de 31 ans est venu à sa sortie du théâtre pour avoir sa dose d’échanges. «Je viens car je constate que les gens se parlent réellement.» Il a passé plusieurs soirées ici, dont la première, le 31mars, et il a «envie de croire que, cette fois, ce mouvement va prendre».

Après l'AG, la place se met en mouvement. Certains quittent les lieux, d’autres continuent de discuter en groupes. © JULIEN MIGNOT POUR LE MONDE Après l'AG, la place se met en mouvement. Certains quittent les lieux, d’autres continuent de discuter en groupes.

Aux aurores, les irréductibles attendent d’être chassés de la place

Il est 3heures, il commence à pleuvoir sur la Nuit debout. Lola est assise en cercle avec son amie Léa, et un inconnu qu’elle a rencontré ce soir. «Même si l’AG est finie, on continue à parler, même à trois!» C’est la première fois qu’elle vient. «Je suis venue dans l’après-midi proposer mon aide à la commission logistique», explique cette intermittente, qui a «du temps» pour s’investir, c’est vrai, mais surtout parce qu’elle «choisit de le donner». Jusqu’à quand? «Jusqu’à ce que les flics arrivent.»

Chloé discute devant sa tente. Lola veut poursuivre le débat. Camille va dormir là, comme depuis plusieurs jours. © JULIEN MIGNOT POUR LE MONDE Chloé discute devant sa tente. Lola veut poursuivre le débat. Camille va dormir là, comme depuis plusieurs jours.

La météo en décidera autrement. Un groupe de CRS arrive par la rue du Temple, escortant environ 150 personnes qui se sont rendues un peu plus tôt dans un commissariat du 2e arrondissement pour réclamer la libération d’un lycéen placé en garde à vue. Mais la pluie fine de tout à l’heure s’est transformée en un orage qui se charge de disperser la petite foule survoltée revenue place de la République. Il ne reste bientôt que deux groupes d’une dizaine de personnes, plus là pour la fête que pour la Nuit debout, et les irréductibles campeurs qui veulent tenir la place.

Dans l’angle sud-est, quatre tentes sont dépliées. Camille et Chloé sont là depuis quatre jours. Chloé vit le reste de l’année dans un camion, qu’elle a laissé «en sécurité près de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes». Habituée des luttes et occupations, elle trouve que Paris, c’est beaucoup plus pénible. «Dans la forêt, les CRS viennent moins souvent, et puis il y a moins de bruit.»

Vers trois heures, un groupe de CRS escorte jusque sur la place de la République les manifestants partis demander la libération d'un lycéen en garde à vue dans le 2e arrondissement. © JULIEN MIGNOT POUR LE MONDE Vers trois heures, un groupe de CRS escorte jusque sur la place de la République les manifestants partis demander la libération d'un lycéen en garde à vue dans le 2e arrondissement.

Ici, on les attend aux alentours de 5h30, «à l’ouverture du métro», explique-t-elle. «Vous verrez, c’est rigolo: ils se mettent en cercle autour de nous, et toutes les minutes, ils avancent tous d’un pas.» Camille, elle, est très attachée à l’idée de «tenir la place». Un autre militant surenchérit: «Il reste quatre tentes. Si on s’en va, c’est fini.» Une quinzaine de personnes en tout resteront jusqu’au bout, à qui se mêlent ceux que l’on appelle ici les «relous» (les «lourds»): ces quelques passants, souvent alcoolisés, qui viennent réclamer une cigarette ou draguer les filles du groupe.

A 5h30, une voiture de police se gare au centre de la place. Quelques policiers s’approchent. «Voilà les bleus!», annonce quelqu’un. Ashair, guitare sur le dos, va quand même à leur rencontre, puis revient, serein. «Alors? Alors rien. Ils m’ont demandé comment ça allait.» Le jeune homme de 20 ans a perdu récemment son emploi «au black», puis le logement qu’il sous-louait. «Au début je suis venu à la Nuit debout parce que le mouvement me plaisait. Ce soir, c’est parce que je n’avais nulle part où dormir.»

Les derniers campeurs sont escortés par les CRS jusqu'au métro. © JULIEN MIGNOT POUR LE MONDE Les derniers campeurs sont escortés par les CRS jusqu'au métro.

Vingt minutes plus tard, comme prévu, une douzaine de CRS s’approche pour encercler les tentes détrempées. Aussitôt, les militants entreprennent de réveiller ceux qui dorment. Commence alors le rangement, un peu laborieux avec les bâches mouillées et le matériel qui refuse de se replier. Les manifestants seront escortés jusqu’à la bouche du métro. L’opération aura duré dix minutes. En partant, tente sous le bras, un militant lance aux CRS: «Bonne journée messieurs, à demain!»

*Les prénoms ont été changés

Paris : un homme chute de la statue de la République en marge de Nuit debout .
Agé d'une quarantaine d'années selon les pompiers, il a chuté vendredi soir d'une hauteur de trois mètres. Il a été hospitalisé en «urgence absolue». Il n'était pas établi qu'il participait effectivement au mouvement débuté il y a plus d'une semaine. Ce n'est toutefois pas la première fois qu'un drame similaire a lieu.Un homme a été gravement blessé dans la nuit de vendredi à samedi en chutant de la statue ornant la place de la République à Paris, cadre de l'opération Nuit debout, a indiqué la préfecture de police, tout en appelant à la prudence. L'homme, âgé d'une quarantaine d'années selon les pompiers, a chuté d'une hauteur de trois mètres environ.

usr: 1
C'est intéressant!