France: L'usine à gaz qui arrosait de vapeurs «irrespirables et corrosives» le Nord-Est parisien - PressFrom - France
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France L'usine à gaz qui arrosait de vapeurs «irrespirables et corrosives» le Nord-Est parisien

22:25  10 octobre  2019
22:25  10 octobre  2019 Source:   liberation.fr

Pendant un siècle, la raffinerie Lebaudy cassait du sucre à La Villette

  Pendant un siècle, la raffinerie Lebaudy cassait du sucre à La Villette Dans le nord-est parisien, de nombreuses industries sucrières se sont installées près des canaux. L'une d'entre elles avait pris ses quartiers au début de l'avenue de Flandre. Ceux qui se baladent aujourd’hui au bord du canal de l'Ourcq gentrifié et paisible pourraient avoir un peu de mal à imaginer que l’endroit était l’un des plus industriels de Paris il y a moins d’un siècle. L’un des plus pollués aussi. Les usines à gaz, abattoirs, commerces du bois fourmillaient sur les deux rives de cette voie d’eau, majeure pour le transport de marchandises parisien.

L'usine des goudrons de La Villette en 1880. L'usine des goudrons de La Villette en 1880.

Construite au milieu du XIXe siècle, l'usine de La Villette empestait un quartier déjà parmi les plus pollués de Paris. Le quartier Rosa Parks et la cité Curial sont en grande partie nées sur son emprise.

Un Parisien du Nord-Est de Paris parti depuis quarante ans serait sous le choc s’il revenait aujourd’hui près de la nouvelle station de RER E Rosa Parks. Il se souvient sûrement de ce «gigantesque puzzle urbain dont les morceaux, cousus par un réseau particulier de voies de chemin de fer, embranchées sur la Ceinture et sur [les voies de la gare de] l’Est, mordaient sur des portions entières de rues, par ailleurs construites et habitées», comme le narre l’historien Alain Faure (1). S’étaient installés des raffineries, les abattoirs de Paris, toute sorte d’industries qui profitaient des voies ferrées et des canaux de l’Ourcq et de Saint-Denis.

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Des usines à gaz aussi. La Compagnie parisienne d’éclairage et de chauffage par le gaz possédait 255 000 m2 de terrains sur lesquels on trouvait : les ateliers de distillation et de traitement de gaz ainsi qu’un parc à charbon, entre le boulevard MacDonald, la rue d’Aubervilliers et les voies de chemin de fer ; une chaudronnerie, des produits chimiques et les habitations des encadrants de l’autre côté de la rue d’Aubervilliers ; le chantier des gazomètres entre la rue d’Aubervilliers, la rue de l’Evangile et la rue Moussorgski ; un «chantier à coke» entre les rues Gaston-Tessier, Curial et de Crimée ; et, enfin, une usine des goudrons entre les rues Curial, de Cambrai et le passage Wattieaux. Selon une étude réalisée par ICF Environnement pour Gaz de France, «les Consorts Knab ont construit une usine à gaz sur le site de La Villette en 1856», acquise dans la foulée par la Compagnie générale du gaz, même si elle n’atteindra sa forme définitive qu’en 1885. En 1906, la ville de Paris devient propriétaire de l’usine et des terrains et, quarante ans plus tard, Gaz de France en prend possession après la nationalisation de cette ressource. En avril 1955, l’activité gazière cesse dans l’usine de La Villette et certaines parties des lieux sont démolies deux ans plus tard.

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«Fumées lourdes, d’une couleur jaunâtre»

L’activité est intense dans les différents bâtiments. En 1914, 450 000 m3 de gaz sont produits en vingt-quatre heures. Autre preuve du gigantisme du lieu, les ateliers de distillation et traitement du gaz comportent sept cheminées de 45 mètres de haut. Le charbon broyé y est amené du port du canal par tapis roulants. Le gaz alors produit est envoyé dans les gazomètres et «le coke issu de la distillation est recueilli dans des caisses à coke […] et amené par wagon jusqu’au chantier à coke avant d’être expédié vers d’autres industries lourdes comme combustible» (2). Les brûlures causées par les cokes et goudrons font par ailleurs partie des principaux motifs d’accidents du travail dans l’usine à gaz.

Compagnie Parisienne d' Eclairage et de Chauffage par le Gaz Usine à gaz de la Villette. Vue générale de la cantine. Photo Ecole nationale des ports et des chaussées.Gallica.BNF Compagnie Parisienne d' Eclairage et de Chauffage par le Gaz Usine à gaz de la Villette. Vue générale de la cantine. Photo Ecole nationale des ports et des chaussées.Gallica.BNF La cantine de l’usine à gaz de La Villette en 1880. (Photo BNF-Gallica)

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Une activité intense… et très polluante. Dans l’usine des goudrons, explique Alain Faure, «le stockage sans précaution des matières fut à l’origine d’infiltrations qui infectèrent les puits du voisinage. Attaquée en justice par une entreprise voisine, la compagnie fut condamnée en 1866 : elle dut indemniser ses voisins et entreprendre des travaux pour remédier à ce qu’elle reconnaissait être une "installation vicieuse"». Alain Faure poursuit sur la pollution de l’air de l’usine des goudrons qui «enfumait le quartier de façon insupportable. Pendant toute une époque, les goudrons étaient versés sans précaution dans les chaudières, et le produit de la distillation, le brai, lâché bouillant dans des fosses à l’air libre. "Des fumées lourdes, abondantes, d’une couleur jaunâtre, analogues à celles qui se dégagent pendant le travail des bitumiers dans les rues de Paris, se répandaient au loin", reconnut plus tard la Compagnie du gaz».

«Miasmes»

L’historien exhume également le témoignage d’un marchand de vin de la rue de l’Ourcq : «La nuit comme le jour, il n’est pas possible de vivre dans son habitation […] ; cette odeur prend à la gorge et vous étouffe ; une fumée noircit les maisons et les meubles ; je suis propriétaire, et à chaque terme, je reçois des congés pour cette cause.» Et enfin, des négociants, dont le célèbre Félix Potin, expliquent que «ces vapeurs "irrespirables et corrosives" sont si abondantes que les murs voisins de l’usine "sont recouverts des produits goudronneux dus à leur condensation. Il est alors impossible de transvaser ou de manipuler des produits alimentaires sans y introduire des miasmes aussi désagréables au goût que nuisibles à la santé"». La Compagnie du gaz a malgré tout eu conscience des nuisances et résout une partie d’entre elles à partir de 1880.

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Compagnie Parisienne d' Eclairage et de Chauffage par le Gaz Usine à gaz de la Villette. Ateliers de produits ammoniacaux Photo Ecole nationale des ports et des chaussées.Gallica.BNF Compagnie Parisienne d' Eclairage et de Chauffage par le Gaz Usine à gaz de la Villette. Ateliers de produits ammoniacaux Photo Ecole nationale des ports et des chaussées.Gallica.BNF Usine à gaz de La Villette en 1880. (Photo BNF-Gallica)

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En 1911, 2 190 ouvriers (dont 250 dans l’usine des goudrons) travaillent dans les usines à gaz, ce qui en fait la deuxième plus importante du bassin de La Villette après Potin. Très peu de jeunes et de femmes (contrairement aux raffineries) sont recrutés. Et, contrairement aussi à d’autres entreprises voisines, la Société du gaz embauchait peu de personnes habitant dans le XIXe arrondissement (un tiers), presque un salarié sur deux résidant plutôt dans le XVIIIe et Aubervilliers. Les conditions de travail, sans être les pires de l’industrie du Nord-Est parisien, étaient assez accidentogènes : en 1911, 20 % des ouvriers eurent un accident du travail.

Rassemblement devant le vestiaire des fosses à brai

Lors des grandes grèves de mai 1934, les ouvriers du gaz de La Villette sont moins mobilisés qu’ailleurs et se sont arrêtés de travailler une demi-heure : «50 ouvriers de la catégorie des fosses à brai et de la forge ont quitté le travail et se sont rassemblés devant le vestiaire des ouvriers des fosses à brai», selon l’Humanité, alors que nombre d’usines débrayaient bien plus en masse. Mais plusieurs communards (Joseph Pasteau, Alexandre Chevallier…) et militants chevronnés sont passés par les murs de l’usine, comme Corentin Cariou, célébré aujourd’hui par une rue et une station de métro près de là. Membre de la CGTU puis du PCF, il y travailla comme aide-forge à l’usine des goudrons puis aide-ajusteur. Il tint «le secrétariat et la trésorerie de la caisse de solidarité des gaziers unitaires de La Villette» et fut élu «au conseil municipal de Paris comme représentant du quartier du Pont-de-Flandre» en 1938. Forgeron à l’usine de gaz de La Villette dans les années 20, secrétaire général du CGTU du gaz de Paris puis maire communiste de Romainville (aujourd’hui en Seine-Saint-Denis) de 1936 à 1966, Pierre Kérautret représentait, comme Corentin Cariou, l’important contingent breton travaillant dans l’usine de gaz de La Villette.

Incendie de l’usine Lubrizol à Rouen : Grigny et Ris-Orangis demandent le départ d’entreprises classées Seveso

  Incendie de l’usine Lubrizol à Rouen : Grigny et Ris-Orangis demandent le départ d’entreprises classées Seveso Après l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, jeudi, les communes de Grigny et de Ris-Orangis ainsi que la communauté d’agglomération Grand Paris Sud exigent que l’Etat organise le départ d’entreprises classées Seveso © CHARLY TRIBALLEAU / AFP L'usine Lubrizol de Rouen, un site classé Seveso, est ravagée par les flammes, ce 26 septembre 2019 (photo d'illustration).

Aujourd’hui, les ateliers de distillation, la chaudronnerie et les bureaux ont été remplacés par des grands magasins et des immeubles d’habitations ; la chaudronnerie par des immeubles de bureaux ; les gazomètres par la zone industrielle Cap 18 et le chantier à coke ainsi que l’usine des goudrons par la cité Curial et ses impressionnantes tours, plus grande cité de Paris intra-muros (8 000 personnes).

(1) Alain Faure, «Les grands quartiers de l’industrie à Paris : l’exemple de La Villette», dans le XIXe arrondissement. Une cité nouvelle, dirigé par Jean-Marie Jenn, délégation à l’action artistique de la Ville de Paris et archives de Paris, 1996, p.98.

(2) Jean-Claude Farcy, «Les accidents du travail dans le XIXe arrondissement de Paris en 1912 d’après les procès-verbaux de déclarations d’accidents du travail», rapport de recherche pour l’université Paris-X-Nanterre et le CNRS, 1999.

  L'usine à gaz qui arrosait de vapeurs «irrespirables et corrosives» le Nord-Est parisien

Près de Rouen, une autre usine chimique classée Seveso "mise à l'arrêt" .
Cinq jours après l'accident de l'usine chimique Lubrizol à Rouen, le site Borealis de Grand-Quevilly, situé dans la zone portuaire de Rouen, spécialisé dans la production de fertilisants pour l'agriculture, a été mis à l'arrêt depuis 7h45 ce matin. À nouveau, la confusion semble régner dans la communication de crise, la CGT accusant la direction de minorer l'incident."L'usine Borealis (production d'engrais) (...) a déclenché son POI (Plan d'Organisation Interne) à la suite d'une perte d'alimentation électrique qui nécessite sa mise à l'arrêt pour mise en sécurité de l'installation", a indiqué la préfecture dans un communiqué, cinq jours après l'accident de l'usine chimique Lubrizol à Rouen.

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usr: 1
C'est intéressant!