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France Précarité des étudiants : le gouvernement laisse les syndicats sur leur faim

21:33  19 novembre  2019
21:33  19 novembre  2019 Source:   liberation.fr

Etudiant immolé à Lyon: Le ministère de l'Enseignement supérieur pris pour cible par des manifestants

  Etudiant immolé à Lyon: Le ministère de l'Enseignement supérieur pris pour cible par des manifestants Des débordements ont eu lieu, mardi soir, lors d'une manifestation contre la précarité © GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP Des étudiants manifestant contre la précarité ont forcé la grille du Le ministère de l'Enseignement supérieur, le 12 novembre 2019. PARIS - Des débordements ont eu lieu, mardi soir, lors d'une man Le calme est revenu à Paris.

Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, mardi à l'Assemblée nationale. © PHILIPPE LOPEZ Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, mardi à l'Assemblée nationale.

Près de deux semaines après l'immolation d'un étudiant à Lyon, la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a annoncé des mesures sur les aides et le logement jugées trop superficielles.

Surtout réagir vite, pour donner l’impression que le problème est tout en haut de la «to-do list» du gouvernement. Onze jours après l’immolation par le feu d’un étudiant lyonnais, brûlé à 90% et toujours dans un état critique, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a tenté de déminer la colère étudiante ce mardi matin. Elle a annoncé deux mesures qui paraissent, sinon cosmétiques, assez superficielles au regard des enjeux. Et balayé toute revalorisation de bourses, qui est pourtant la première demande des syndicats étudiants.

Étudiant immolé : l'université Lyon 2 fermée suite à des blocages

  Étudiant immolé : l'université Lyon 2 fermée suite à des blocages Des étudiants ont bloqué les accès à l'université Lyon 2, pour protester contre la précarité, alors qu'un jeune homme de cette fac s'est immolé vendredi dernier.

Présidente du premier syndicat, la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), Orlane François était dans le bureau de la ministre lundi. «C’est un peu comme quand on a rencontré le secrétaire d’Etat Gabriel Attal [la semaine passée, ndlr] : on a pu échanger sur des sujets fondamentaux, comme les aides, la santé, le logement, mais ce qu’elle a pu en dire est largement en deçà de ce qui est nécessaire», juge-t-elle. D’une manière générale, «on a une politique sociale qui est largement insuffisante et ne permet pas aux gens de faire leurs études en toute sérénité. Certains sont en situation de survie».

Même idée chez la présidente de l’Union nationale des étudiants de France (Unef), Mélanie Luce, reçue elle aussi par la ministre : «C’était une rencontre cordiale mais Frédérique Vidal a été très raide. Elle a par exemple évoqué le revenu universel d’activité, un sujet sur lequel on travaille, mais qui ne va pas se concrétiser tout de suite. Il faut des mesures maintenant, et celles qui sont annoncées sont insuffisantes.» Décryptage des annonces.

Rennes : Opération « cantine gratuite » pour alerter sur la précarité étudiante

  Rennes : Opération « cantine gratuite » pour alerter sur la précarité étudiante Plusieurs étudiants ont bloqué les caisses du restaurant universitaire de Rennes 2 © C. Allain / 20 Minutes L'entrée du restaurant universitaire Le Métronome, non loin de l'université Rennes 2. PRECARITE - Plusieurs étudiants ont bloqué les caisses du restau Cantine gratuite. Ce jeudi, une cinquantaine d’étudiants de plusieurs syndicats ont mené une opération « coup de poing » en bloquant les caisses du restaurant universitaire Le Métronome, situé à deux pas de l’université Rennes 2. Ils ont ainsi permis aux étudiants de se nourrir gratuitement.

Mesure 1 : créer un numéro d’appel pour les étudiants en situation d’urgence

Quel est l’objectif affiché ? Ce numéro vert devrait favoriser le recours aux «aides d’urgence», qui existent déjà pour les étudiants en difficulté, mais qui ne sont pas toutes utilisées… «Il reste chaque année un peu plus de 15 millions d’euros», a précisé la ministre sur RTL mardi matin. Avec ce numéro vert, promet Frédérique Vidal, les jeunes pourront «prendre un rendez-vous», «avoir accès à une assistante sociale» plus facilement.

Selon la ministre, à peine 50 000 demandent à bénéficier des aides d’urgence, alors que 125 000 étudiants seraient en situation de précarité selon l’enquête de l’Observatoire de la vie étudiante (qui n’a pas été actualisée depuis 2016).

Qu’en est-il aujourd’hui ? Ces aides d’urgence, dites «aides spécifiques», sont de deux sortes. La première est ponctuelle, versée en cas de difficultés momentanées pour un montant maximal de 1 669 euros. Elle peut s’ajouter aux bourses sur critères sociaux.

Etudiant immolé à Lyon : Anas est toujours en coma artificiel

  Etudiant immolé à Lyon : Anas est toujours en coma artificiel D’après ses proches, l’état de l’étudiant de 22 ans est « stationnaire ». « Il s’accroche et se bat ». © Google street view Le Parisien Son état est stable. Anas K., l’étudiant qui a tenté de s’immoler par le feu le 8 novembre pour dénoncer sa précarité et celle d’autres étudiants, est toujours en coma artificiel et se trouve ce lundi dans un « état stationnaire ».« Anas est en coma artificiel et son état se stabilise », a déclaré Louise Bihan, amie d’Anas et comme lui militante au syndicat Solidaires de l’université Lyon-2.

La seconde est annuelle, pour un montant maxi de 5 500 euros. Elle est réservée aux étudiants qui remplissent les mêmes conditions de diplôme, d’études, de nationalité que celles de la bourse sur critères sociaux, mais qui n’en bénéficient pas. Cas typique : rupture familiale, fiscalement indépendant, reprise d’étude tardive… Il n’est pas possible de cumuler cette aide spécifique et une bourse classique sur critères sociaux. Il faut déposer une demande auprès du Crous, qui examine chaque dossier en commission.

Comment réagissent les syndicats étudiants ? L’Unef dénonce la façon de présenter le problème. «C’est facile de dire qu’il y a des crédits disponibles, mais elle parle d’un chiffre total. Or il y a des Crous qui épuisent leur budget d’aides d’urgence, d’autres non. Cet argent devrait être redistribué entre les Crous [qui en ont le plus besoin] s’il n’est pas utilisé.», estime Mélanie Luce. Selon Orlane François, il s’agirait surtout de «renforcer la manière dont ces aides sont attribuées et les ressources en personnel pour gérer ces situations. [L’étudiant qui s’est immolé] en connaissait l’existence. Est-ce que le traitement des demandes est trop long ? Les critères d’attribution trop complexes ?»

Lyon: l'étudiant immolé toujours en coma artificiel

  Lyon: l'étudiant immolé toujours en coma artificiel L'étudiant qui s'est immolé par le feu le 8 novembre pour dénoncer sa précarité et celle d'autres étudiants, est toujours placé en coma artificiel et se trouvait lundi dans un "état stationnaire".L'étudiant de 22 ans, qui s'est immolé devant le siège du Crous à Lyon le 8 novembre, a évoqué dans une lettre ses difficultés financières - il avait perdu sa bourse en "triplant" sa deuxième année de licence - et dénoncé la précarité dans laquelle sont plongés nombre d'étudiants. En début de semaine dernière, ce drame a provoqué des mobilisations parfois ponctuées d'incidents sur des campus à Paris, Lyon où Lille.

Pour les deux représentantes syndicales, au-delà des aides d’urgence, il faut revaloriser le montant des bourses, ce que le gouvernement exclut, et, pour l’Unef, en élargir les critères d’attribution. «On sort de plusieurs années de gel des bourses. Le gouvernement dit qu’il a déjà revalorisé les bourses cet été, mais c’était inférieur à l’inflation : nous, on demande 20%, pas 1% [le pourcentage de revalorisation en 2019, ndlr]. Le gouvernement préfère investir dans le service national universel (SNU) qui va coûter 1 milliard d’euros par an. L’exécutif n’est pas à la hauteur du sujet», juge Mélanie Luce. Orlane François abonde : «La petite augmentation des bourses ne vient pas compenser les années où il n’y a rien eu. Depuis quatre ans, le coût de la vie, les dépenses, les frais d’inscription augmentent, mais pas réellement les bourses.»

Mesure 2 : instaurer la trêve hivernale dans les logements du Crous

Quel est l’objectif affiché ? «On va faire en sorte que la trêve hivernale s’applique dans les cités universitaires dès à présent», a promis la ministre. Jusqu’ici, les chambres universitaires, parce qu’elles appartiennent au domaine public, ont en effet un statut dérogatoire du droit commun. Pour ceux qui sont hébergés en résidence Crous, la trêve hivernale (qui suspend les expulsions du 1er novembre au 31 mars) ne s’appliquait pas (lire cet arrêt du Conseil d’Etat de 2017).

Précarité étudiante : Vidal annonce un numéro d'appel d'ici fin 2019

  Précarité étudiante : Vidal annonce un numéro d'appel d'ici fin 2019 La ministre de l'Enseignement supérieur a toutefois écarté la possibilité d'une nouvelle augmentation des bourses. © afp.com/LUDOVIC MARIN La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal, le 11 avril 2018 à Paris Après l'immolation d'un jeune homme à Lyon, comment répondre à la précarité étudiante? La ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a annoncé mardi sur RTL la création d'"un numéro d'appel (...) au plus tard d'ici la fin de l'année" pour accompagner les étudiants en difficulté.

Qu’en est-il aujourd’hui ? La crise du logement, avec l’envolée des loyers et des centres-villes de plus en plus occupés par des locations touristiques de type Airbnb, participe aussi à la précarisation du logement étudiant. Et met à mal des budgets déjà étriqués. Ceci dit, combien d’étudiants, parce qu’ils ne payaient pas leur chambre, se retrouvent ainsi expulsés ? Il n’existe pas de chiffre précis. De son côté, la Fage évoque «quelques cas» d’étudiants priés de quitter leur chambre en plein hiver.

Comment réagissent les syndicats étudiants ? Pour les syndicats, cette mesure proposée par Frédérique Vidal est l’archétype de l’effet d’annonce. Si, à l’évidence, personne ne songerait à s’y opposer, les représentants des étudiants la jugent tout à fait mineure au regard des enjeux réels du logement étudiant. Mélanie Luce : «On a un gouvernement qui effleure à peine le sujet de la précarité étudiante. La mise en place de la trêve hivernale dans les Crous, c’est une revendication qu’on portait depuis longtemps, mais ça reste insuffisant.»

Pour Orlane François, «c’est une bonne chose qu’on revienne au droit commun sur ces résidences, mais ça ne vient pas régler tous les problèmes de logement étudiant.» Elle donne un exemple : «Si elle marche assez bien dans le parc public, dans le parc privé, la Visale [un dispositif où l’Etat se porte garant pour le locataire, ndlr] ne fonctionne pas du tout. Couper les aides personnalisées au logement (APL) de 5 euros n’était pas non plus une bonne politique.»

Précarité étudiante : les loyers dans les résidences universitaires seront gelés en 2020 .
Le Crous annonce que les loyers en résidences universitaires seront gelés l'année prochaine. Une mesure qui répond à la mobilisation contre la précarité étudiante. © afp.com/PHILIPPE DESMAZES Des étudiants manifestent le 12 novembre 2019 devant le Crous à Lyon après l'immolation de l'un d'entre eux vendredi. C'était une mesure réclamée par les étudiants pour faire face à la précarité. Les loyers des résidences universitaires seront gelés en 2020, a annoncé ce jeudi le Crous, l'organisme gestionnaire de ces résidences, dans un communiqué.

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