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France A l’hôpital psychiatrique du Rouvray, rien n'a vraiment changé

21:25  26 novembre  2019
21:25  26 novembre  2019 Source:   liberation.fr

Danse avec les stars : une chorégraphie autour d'un hôpital psychiatrique crée la polémique

  Danse avec les stars : une chorégraphie autour d'un hôpital psychiatrique crée la polémique Une séquence de Danse avec les stars diffusée le 2 novembre 2019 où l'on voyait deux danseurs de l'émission évoluer dans un "univers psychiatrique" a profondément choqué une association de défense de droits de malades et/ou handicapés psychiques. Une chorégraphie de Danse avec les stars est au cœur d'une polémique. Le 2 novembre dernier, le show de TF1 fêtait Halloween. Vampires, zombies et autres personnages effrayants étaient au rendez-vous. Sami El Gueddari et Fauve Hautot, finalistes de cette dixième saison, livraient un tango dans un décor de cellule capitonnée.

Grève de la faim du personnel de l'hôpital psychiatrique du Rouvray le 7 juin 2018,  pour dénoncer les conditions de travail. © Martin COLOMBET Grève de la faim du personnel de l'hôpital psychiatrique du Rouvray le 7 juin 2018, pour dénoncer les conditions de travail.

Adeline Hazan, la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, estime que les patients de l'hôpital du Rouvray, près de Rouen, en grève au printemps 2018, sont accueillis dans des conditions indignes. Elle a lancé une procédure d'urgence.

A l’occasion du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, Libération ouvre ses pages aux auteurs et illustrateurs jeunesse, sous la direction de Marie Desplechin.

Que s’est-il passé au centre hospitalier du Rouvray (Seine-Maritime) entre juin 2018 et aujourd’hui ? Après deux mois de conflit, dont deux semaines de grève de la faim menée par huit soignants, le personnel hospitalier avait alors obtenu la création de trente postes. Une victoire dans un contexte budgétaire en baisse constante. A la suite d’une visite effectuée en octobre 2019, la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) a lancé une «procédure d’urgence», pointant des dysfonctionnements graves portant atteinte à la dignité et aux droits fondamentaux des patients : «Les locaux d’hospitalisation […] présentent des niveaux d’indignité variés», écrit Adeline Hazan.

Danse avec les stars : une prestation dans un décor d'hôpital psychiatrique crée la polémique...

  Danse avec les stars : une prestation dans un décor d'hôpital psychiatrique crée la polémique... DALS est au cœur de la polémique. Une association pointe du doit une danse jugée stigmatisante à l'égard des personnages malades ou handicapées psychiques. Une séquence de Danse avec les stars crée la polémique. En début de mois, le show de TF1 consacrait une soirée spéciale à Halloween. Vampires, zombies et autres personnages effrayants avaient alors défilé sur le plateau. Et c'est une danse réalisée par Fauve Hautot et Sami El Gueddari qui est pointée du doits par une association de défense de droits de malades et/ou handicapés psychiques.

Pour le dire plus crûment, les patients sont parfois contraints de chier dans des seaux, entassés dans des chambres doubles ou triples, souvent maintenus en isolement – avec ou sans contention – entre autres à cause du manque de personnel, alors que l’isolement et la contention devraient rester des pratiques de dernier recours. «Des patients isolés sont contraints de respirer l’air vicié par l’odeur de leurs propres excréments. Les patients doivent revêtir systématiquement le pyjama de l’hôpital, voire […] dans de rares cas, sont laissés nus dans la chambre d’isolement au motif d’un risque suicidaire.» La surveillance médicale est insuffisante. Les adolescents sont hospitalisés avec les adultes, ce qui les expose à des agressions violentes, parfois de nature sexuelle. «Très peu de patients sont autorisés à circuler librement dans le parc de l’établissement hospitalier. […] Les patients sont également entravés dans leur accès aux activités thérapeutiques ou occupationnelles.»

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Sotteville-lès-Rouen, le 7 juin 2018. Grève de la faim du personnel de l’hôpital psychiatrique du Rouvray, depuis 17 jours, pour dénoncer leurs conditions de travail. © Martin COLOMBET Sotteville-lès-Rouen, le 7 juin 2018. Grève de la faim du personnel de l’hôpital psychiatrique du Rouvray, depuis 17 jours, pour dénoncer leurs conditions de travail. Lors de la grève de la faim du personnel de l'hôpital psychiatrique du Rouvray en juin 2018. Photo Martin Colombet pour Libération

Pourtant, en juin 2018, après deux mois de conflit social, dont deux semaines de grève de la faim menée par huit soignants, le personnel hospitalier avait obtenu la création de trente postes, une première dans un contexte de réduction constante de postes et de lits dans les hôpitaux psychiatriques français. Un infirmier de l’hôpital, joint par téléphone, explique : «Un an et demi après la grève, la situation est encore plus grave. Des postes ont été créés mais les départs naturels ne sont pas remplacés. Le compte n’y est pas. Il y a deux fois plus d’absentéisme qu’avant la grève. Les conditions de travail sont trop dures, c’est devenu tellement insupportable que les gens ne viennent plus bosser. Je ramasse certains collègues à la petite cuillère. Il y a deux camps : ceux qui sont très en colère et ceux qui sont abattus.»

L'hôpital psychiatrique de Rouen «indigne», des enfants victimes

  L'hôpital psychiatrique de Rouen «indigne», des enfants victimes Des «dysfonctionnements graves» impactant «la dignité» et les «droits fondamentaux» des patients ont été constatés à l'hôpital psychiatrique du Rouvray par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté. Des «dysfonctionnements graves» et des conditions d’accueil «indignes», concernant notamment des enfants, ont été constatés à l’hôpital psychiatrique de la métropole de Rouen, a annoncé mardi le contrôleur général des lieux de privation de liberté.

Un nouveau directeur a été nommé par le ministère de la Santé en janvier. «C’est très tendu, avec ce nouveau directeur, poursuit l’infirmier. Il y a une volonté constante de jouer la montre. Quelles que soient nos revendications, il nous répond : "J’ai pas le budget". On demande des mesures d’urgence pour la création d’une unité ado. On nous répond : "Pas avant novembre 2020". On fait des réunions une fois par semaine et rien n’avance. C’est désespérant.» Que disent les médecins ? «Ils sont pas trop là, les médecins… Il y a une hémorragie de médecins. Ils se tirent ailleurs pour fuir cet endroit.» L’infirmier ajoute : «On est tous logés à la même enseigne. Au Rouvray, le directeur nous dit : "Vous êtes parmi les mieux lotis".»

Rouvray n’est pas le seul hôpital psychiatrique en grande souffrance. Ça fait un bail que la situation, explosive, se détériore. Toujours plus de malades pour toujours moins de soignants et de lits. Deux députées, Martine Wonner (LREM) et Caroline Fiat (LFI), ont récemment alerté sur «la prise en charge catastrophique» des malades en psychiatrie. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a nommé en avril le professeur Frank Bellivier délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie. Il doit faire «un tour de France» pour évaluer la situation dans les hôpitaux psychiatriques. En attendant une réelle prise en compte du désastre, les malades souffrent. Les soignants aussi.

Hôpital du Rouvray : des « conditions de prise en charge indignes » .
Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté dénonce des dysfonctionnements susceptibles de constituer un « traitement inhumain et dégradant » dans cet établissement en Seine-Maritime. © Fournis par Franceinfo « Des dysfonctionnements extrêmement graves et des conditions d’hébergement en chambre tout à fait inacceptables. » Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté, est venue sur le plateau du Magazine de la santé pour présenter son rapport sur l'hôpital psychiatrique du Rouvray en Seine-Maritime.

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