•   
  •   

France Liban. En désaccord avec le gouvernement, le ministre des Affaires étrangères annonce sa démission

18:40  03 août  2020
18:40  03 août  2020 Source:   ouest-france.fr

«Le Liban c'est la famille de la France»

  «Le Liban c'est la famille de la France» Emmanuel Macron est arrivé à Beyrouth le 6 août pour témoigner de l'amitié de la France au pays du cèdre après un drame de plus dans «ce pays bien-aimé», pour reprendre les mots du journaliste Jean‑Dominique Merchet. Une catastrophe qui fait la une des médias français et qui émeut, comme tous les drames traversés par le Liban. Pourquoi ce pays nous touche-t-il à ce point? Les liens historiques de la France avec lui sont connus: «Le Liban c'est la famille de la France», résume le ministre des Affaires étrangères Jean‑Yves le Drian. «Une évidence qui s'impose, parce que c'est le Liban, parce que c'est la France», dit le président français à son arrivée.

Le ministre libanais des Affaires étrangères, Nassif Hitti, dans son bureau à Beyrouth, au Liban, le 3 août 2020. © ANWAR AMRO / AFP Le ministre libanais des Affaires étrangères, Nassif Hitti, dans son bureau à Beyrouth, au Liban, le 3 août 2020.

Le chef de la diplomatie libanaise Nassif Hitti a démissionné lundi 3 août en raison de désaccords avec le gouvernement qui tarde à enclencher des réformes économiques nécessaires à la survie du pays, et a mis en garde contre le risque de « faillite étatique » du Liban.

Le Premier ministre Hassan Diab, après concertation avec le président Michel Aoun, a déjà nommé son successeur : Charbel Wehbé, ancien ambassadeur et conseiller diplomatique du chef de l’État.

Entre crises économique, politique et sociale, quel avenir pour le Liban ?

  Entre crises économique, politique et sociale, quel avenir pour le Liban ? Une semaine après l’explosion qui a dévasté une partie de Beyrouth et fait au moins 171 morts, le Liban n’a plus de gouvernement. Dans les rues de la capitale, les habitants nettoient les débris et s’insurgent contre l’ensemble de la classe dirigeante jugée corrompue. Entre les larmes et les cris de colère, des centaines de Libanais se sont réunis, mardi 11 août, près des ruines du port de Beyrouth. Au-delà de l’hommage aux victimes de l’explosion, qui a ravagé une grande partie de la ville, fait au moins 171 morts et 6 000 blessés, c’est aussi à la classe dirigeante qu’ils s’en sont pris.

Le Liban connaît sa pire crise économique depuis des décennies, marquée par une dépréciation monétaire inédite, une hyperinflation, des licenciements massifs et des restrictions bancaires drastiques, qui alimentent depuis plusieurs mois la grogne sociale.

Les autorités ont promis des réformes et initié mi-mai des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) mais le processus reste au point mort, tandis que la communauté internationale se montre sceptique concernant la possibilité d’un changement.

En annonçant sa démission dans un communiqué, Nassif Hitti a déploré « l’absence d’une réelle volonté pour entreprendre une réforme structurelle et totale qui est nécessaire et qui est réclamée par notre société et par la communauté internationale ».

L'offre d'aide israélienne au Liban a peu de chances de trouver un preneur

 L'offre d'aide israélienne au Liban a peu de chances de trouver un preneur © JACK GUEZ Même si Israël et le Liban restent techniquement en guerre, la mairie de Tel Aviv a été illuminée aux couleurs du drapeau national libanais en solidarité avec le peuple de Beyrouth après l'explosion catastrophique Pour certains, c'est un geste de bonne volonté, pour d'autres la pure hypocrisie: l'offre israélienne d'aide humanitaire au Liban après l'explosion massive de Beyrouth a peu de chances d'être acceptée.

« Faillite »

Le diplomate chevronné de 67 ans, qui a fait carrière au sein de la Ligue arabe et a été longtemps en poste à Paris, a aussi mis en garde contre le risque de « faillite étatique » au Liban.

Sa démission intervient plus d’une semaine après la visite au Liban du chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, qui avait fustigé « le côté passif » des autorités et réclamé des réformes attendues « depuis trop longtemps ».

Cette visite a provoqué des remous au Liban, le chef du gouvernement fustigeant notamment les positions du ministre français en estimant qu’il « manquait d’informations » sur les réformes entreprises par Beyrouth.

Selon les médias locaux, Nassif Hitti désapprouvait les positions de Hassan Diab.

Il aurait également démissionné pour cause de désaccords sur la gestion des dossiers internationaux par le Premier ministre, et pour sa mise à l’écart comme diplomate en chef.

Macron en déplacement au Liban : pourquoi les deux pays sont-ils si amis?

  Macron en déplacement au Liban : pourquoi les deux pays sont-ils si amis? Ancienne puissance mandataire, la France a laissé au Liban une importante marque culturelle, qui se retrouve encore dans la francophonie d'une partie des Libanais.

L’influent chef de la Sûreté générale Abbas Ibrahim a en effet été chargé ces dernières semaines d’effectuer une tournée dans les pays du Golfe.

Nassif Hitti a relevé dans son communiqué qu’il « ne pouvait mener à bien ses fonctions, à un moment historique et décisif » pour le Liban.

« Le navire coulera »

Le gouvernement Diab a été formé fin janvier, plusieurs mois après la démission de Saad Hariri sous la pression de la rue, après le déclenchement en octobre 2019 d’un mouvement de contestation inédit contre une classe politique accusée de corruption et d’incompétence, quasi inchangée depuis des décennies.

Le gouvernement actuel se présente comme une équipe de technocrates --réclamée par les manifestants-- mais les ministères ont été négociés et alloués par un seul camp politique, celui du mouvement chiite du Hezbollah et ses alliés.

Reconnu pour sa longue expérience diplomatique, Nassif Hitti avait été choisi par le Courant patriotique libre (CPL), le parti de Michel Aoun.

Cette « démission signale à tout le monde que le Liban est dans un état de confusion totale, sans gouvernail, qui avance sans direction claire », estime le politologue Hilal Khashan.

Explosions dans le port de Beyrouth : ce que l’on sait de l’accident

  Explosions dans le port de Beyrouth : ce que l’on sait de l’accident Deux puissantes explosions successives ont secoué Beyrouth et ses environs. L’accident s’est déroulé dans le secteur portuaire de la capitale libanaise. Les circonstances des explosions sont encore floues. D’après le dernier bilan communiqué par les autorités libanaises, l’accident a fait au moins 73 morts et 3 700 blessés. © Visactu Carte de la situation où les explosions ont été observées à Beyrouth au Liban. Deux violentes explosions ont secoué la capitale du Liban.

Près de la moitié de la population libanaise vit dans la pauvreté et 35 % de la population active est au chômage, selon des statistiques officielles.

Le gouvernement a adopté fin avril un plan de sauvetage économique visant à relancer la croissance et à assainir les finances publiques mais les réformes, notamment dans le domaine de l’électricité, peinent à se concrétiser.

Beyrouth espère obtenir environ 10 milliards de dollars du FMI. Cette aide est cruciale pour les autorités car elle pourrait rétablir la confiance des créanciers et débloquer 11 milliards de dollars promis en 2018 lors d’une conférence de soutien au Liban parrainée par Paris (CEDRE).

Assurant avoir accepté ce poste de ministre afin de « travailler pour le Liban », Nassif Hitti a déploré les « intérêts divergents » auxquels il a été confronté. Et d’avertir : « S’ils ne se rallient pas autour de l’intérêt du peuple libanais et pour le sauver, le navire coulera avec tout le monde ».

Au Liban, la démission du gouvernement n'apaise pas la colère .
Au Liban, la démission du gouvernement n'apaise pas la colèreBEYROUTH (Reuters) - La colère des Libanais ne semble pas retomber mardi au lendemain de la démission du gouvernement, une réaction jugée insuffisante à la catastrophe du port de Beyrouth et au rejet de l'ensemble d'une classe politique considérée comme corrompue et coupable des multiples crises dont souffre le pays.

—   Partager dans le Soc. Réseaux
usr: 0
C'est intéressant!