•   
  •   

France Covid-19 : la métropole Aix-Marseille a-t-elle été placée injustement en zone d'alerte maximale ?

23:05  01 octobre  2020
23:05  01 octobre  2020 Source:   liberation.fr

Virus: restrictions controversées en France, masques à Munich

  Virus: restrictions controversées en France, masques à Munich Le gouvernement français a annoncé mercredi de nouvelles mesures draconiennes contre le Covid-19 qui ont provoqué stupeur et colère dans la région de Marseille, et jeudi la ville allemande de Munich durcit elle aussi ses restrictions anti-virus. - Restrictions à Munich - La Bavière est particulièrement touchée, et le Land a décidé de durcir ses restrictions à Munich, où le port du masque dans une partie du centre ville sera obligatoire à partir de jeudi.


Vidéo: Covid-19 : quel impact économique des mesures sanitaires restrictives ? (France 24)


Olivier Véran à Paris, le 23 septembre. © ELIOT BLONDET Olivier Véran à Paris, le 23 septembre.

La publication d'un document sur Twitter contredit en apparence les chiffres communiqués par les autorités, et met en lumière l'opacité du système d'alerte.

Bonjour,

Vous nous interrogez sur une série de tweets postés par le compte @VirusWar, dénonçant le classement de Marseille en zone d'«alerte maximale», qui a précipité des mesures contestées.

Fermeture totale des bars et restaurants à Marseille et Aix-en-Provence ce dimanche à minuit

  Fermeture totale des bars et restaurants à Marseille et Aix-en-Provence ce dimanche à minuit Dès la publication officielle de l’arrêté, le président LR de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Renaud Muselier, a annoncé avoir déposé un recours collectif en référé-liberté, devant le tribunal administratif de Marseille.Dans ces deux communes, en « zone d’alerte maximale » face au Covid-19, bars et restaurants devront fermer leurs portes ce dimanche à minuit et jusqu’au 11 octobre inclus, sauf pour d’éventuelles activités de livraisons et de vente à emporter, selon l’arrêté signé par le préfet des Bouches-du-Rhône Christophe Mirmand.

Pour rappel, le gouvernement a rendu publique, le 23 septembre, une nouvelle cartographie de suivi de l’épidémie de Covid-19 en France. Celle-ci comprend désormais trois principales catégories («Alerte», «Alerte renforcée», et «Alerte maximale»), basés sur trois indicateurs: le taux d’incidence, soit le nombre de nouveaux cas positifs pour 100 000 habitants sur sept jours glissants, le taux d’incidence chez les personnes âgées, soit le nombre de cas pour 100 000 habitants chez les plus de 65 ans, toujours sur sept jours glissants. Et, enfin, la part des lits en réanimation occupés par des patients Covid.

Pour être placée en alerte maximale, et se voir imposer, entre autres, une «fermeture totale des bars et restaurants», un territoire doit avoir franchi trois seuils : le taux d’incidence global à 250, le taux d’incidence des + 65 ans à 100, et le taux d’occupation des lits en réanimation, à plus de 30%, par des patients Covid.

Covid-19 : Rejet du recours contre la fermeture des bars et restaurants à Marseille et Aix

  Covid-19 : Rejet du recours contre la fermeture des bars et restaurants à Marseille et Aix L'avocat de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih), premier syndicat patronal des cafés, hôtels, restaurants, Grégory Nicolaï, a annoncé son intention de saisir le Conseil d’État après le rejet du recours contre l'arrêté imposant la fermeture totale pour 15 jours des bars et restaurants à Marseille et Aix-en-Provence. © Fabien Dupoux/SIPA Le recours déposé par des restaurateurs et la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, entre autres, contre l'arrêté imposant la fermeture totale pour 15 jours des bars et restaurants à Marseille et Aix-en-Provence a été rejeté mercredi par le tribunal administratif de Marseil

Dans la foulée de la présentation de cette nouvelle carte, et sur la base de ces indicateurs, le ministre annonce qu’Aix-Marseille (et la Guadeloupe) basculent en zone d’alerte maximale. Un choix, contesté localement, mais que justifie, quatre jours plus tard, l’Agence régionale de santé (ARS) de Paca, dans un courrier au préfet. Courrier qui indique, noir sur blanc, que les trois indicateurs étaient bien dans le rouge quelques jours plus tôt, en l’occurrence pour la semaine du 15 au 21 septembre.

Un document publié sur Twitter sème le doute

Problème : un document, révélé par @VirusWar et repris par France Soir, est donc venu brouiller un peu la communication des autorités… Et mettre en lumière le flou artistique de ces indicateurs. Il s’agit d’une note de la direction générale de la santé («comité de crise sanitaire»), destinée à une «diffusion restreinte», et datée du 22 septembre. Le document indique que le taux d’incidence sur la métropole Aix-Marseille n’est «que» de 185,1. Loin de la barre de 250, au-delà de laquelle un territoire peut-être placé en alerte maximale. Même pour Marseille, le taux d’incidence apparaît légèrement inférieur, avec 240,8.

Covid-19 : la région parisienne pourrait passer en alerte maximale lundi, prévient Véran

  Covid-19 : la région parisienne pourrait passer en alerte maximale lundi, prévient Véran Le ministre de la Santé a expliqué jeudi que la capitale et la petite couronne, où la situation sanitaire se dégrade, pourraient être placées lundi dans cette catégorie. © LUDOVIC MARIN / AFP Paris et les départements de la petite couronne pourraient passer en zone d'alerte maximale dès lundi. Après la métropole Aix-Marseille-Provence et la Guadeloupe, Paris et une partie de la région parisienne vont-elles être placées en zone d'alerte maximale ? La réponse va être bientôt connue.

  Covid-19 : la métropole Aix-Marseille a-t-elle été placée injustement en zone d'alerte maximale ?

Dans ce même document, un graphique indique que la barre fatidique, pour Marseille, a bien été dépassée (et même celle des 300), mais lors de la semaine précédente…

  Covid-19 : la métropole Aix-Marseille a-t-elle été placée injustement en zone d'alerte maximale ?

Sauf que ces données confidentielles, inférieures en apparence au seuil, n’ont absolument rien à voir avec ce qui a été communiqué par les autorités. Dans le courrier émanant du directeur de l’ARS PACA, Philippe de Mester, au préfet des Bouches-du-Rhône, datant du 27 septembre et justifiant a posteriori le placement d’Aix-Marseille en zone d’alerte maximale, on lit en effet :

«Pour la semaine du 15 au 21 septembre : le taux d’incidence, toutes classes d’âge confondues, est de 275,56 pour 100 000 habitants. Le taux d’incidence chez les plus de 65 ans est de 356 pour 100 000 habitants. Le taux d’occupation des lits de réanimation par des patients Covid dans les établissements de santé de Marseille et d’Aix-en-Provence atteint 39% (seuil d’alerte maximal : 30%) à ce jour.»

Contradiction

Comment expliquer cette contradiction apparente ? Il n’y en a pas, selon l’ARS Paca, qui livre cette explication : le document ayant fuité communique les données pour la «métropole», englobant Aix-Marseille, mais aussi de nombreuses autres communes limitrophes. «L’intégration de villes limitrophes, dans le document de ce la cellule de crise sanitaire, fait donc chuter ces taux», explique l’ARS à CheckNews. A l’inverse, l’ARS, dans sa lettre au préfet, communique, elle, sur les seuls chiffres de Marseille et d’Aix. D’où des chiffres beaucoup plus élevés, en tout cas au-dessus des seuils.

Covid-19 : Paris proche de l'alerte maximale, amélioration à Marseille... Ce qu'il faut retenir des annonces d'Olivier Véran

  Covid-19 : Paris proche de l'alerte maximale, amélioration à Marseille... Ce qu'il faut retenir des annonces d'Olivier Véran La capitale et sa proche banlieue ont "franchi les trois seuils qui peuvent correspondre à la zone d'alerte maximale" de circulation du coronavirus. Un stade synonyme de restrictions radicales comme la fermeture totale des bars, restaurants et d'autres activités.Une semaine après un tour de vis contesté, Olivier Véran s'est voulu rassurant, jeudi 1er octobre, lors de sa conférence de presse hebdomadaire sur la progression du Covid-19 en France. "Nous avons appris collectivement à lutter", a souligné le ministre de la Santé, qui a mis en avant les efforts menés pour limiter la contagiosité du coronavirus.

Cet argument renvoie en revanche à un point particulièrement flottant : le niveau territorial retenu pour évaluer les indicateurs et prendre les décisions. Dans son dossier de presse diffusé le 23 septembre sur les nouvelles classifications en différents niveaux d’alerte, le ministère de la Santé indique clairement que le taux d’incidence globale sera observé au niveau métropolitain, le taux d’incidence des plus de 65 ans au niveau départemental, et le taux d’occupation des lits en réanimation au niveau de la région. Or dans son courrier, le directeur de l’ARS, comme on l’a vu, a justifié le classement d’Aix-Marseille en alerte maximale en se basant sur les trois indicateurs calculés au niveau des villes seulement. Si cette lecture peut être défendue d’un point de vue sanitaire, elle donne l’impression que les règles changent de manière arbitraire.

Interrogé par CheckNews, le cabinet d’Olivier Véran reconnaît que les indicateurs, contrairement à ce que suggérait le dossier de presse, sont observés à un niveau plus fin que l’approche départementale, régionale, ou métropolitain.

Des indicateurs introuvables

La polémique suscitée par la diffusion du document confidentiel s’explique surtout par un autre – gros – problème : les indicateurs servant à classer les territoires, sont, pour au moins deux d’entre eux, introuvables. Il est ainsi impossible d’accéder aux chiffres justifiant qu’un territoire est passé, ou va passer, dans telle ou telle catégorie d’alerte.

Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, avait pourtant annoncé, lundi, que ces chiffres seraient publiés : «Le président a souhaité que désormais l’intégralité des indicateurs localisés soient rendus publics chaque jour, c’est-à-dire, notamment, les indicateurs qui tiennent lieu de critères lorsque nous prenons des mesures plus restrictives dans certains territoires. Je pense par exemple au taux d’incidence sur les personnes âgées, au taux d’occupation des réanimations. Tous ces critères territorialisés et localisés seront désormais publiés chaque jour.» Ce jeudi en fin d’après-midi, rien n’avait encore été fait pour rendre ces données accessibles.

Coronavirus : Lille, Lyon, Grenoble et Saint-Etienne placées en zone d'alerte maximale dès samedi .
Toulouse et Montpellier pourraient suivre, si les indicateurs ne s’améliorent pas d’ici quelques jours © PHILIPPE DESMAZES / AFP Dans les rues de Lyon, le 22 août 2020. EPIDEMIE - Toulouse et Montpellier pourraient suivre, si les indicateurs ne s’améli Lille, Lyon, Grenoble et Saint-Etienne passeront à partir de samedi en zone d’alerte maximale en raison de la dégradation des indicateurs liés à l’épidémie de Covid-19, a annoncé ce jeudi le ministre de la Santé Olivier Véran.

usr: 0
C'est intéressant!