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France « Pas de suicide après le couvre-feu »

23:50  16 octobre  2020
23:50  16 octobre  2020 Source:   nouvelobs.com

Covid-19 : ces villes qui ont déjà décrété un couvre-feu pour lutter contre l'épidémie

  Covid-19 : ces villes qui ont déjà décrété un couvre-feu pour lutter contre l'épidémie Afin d'éviter un confinement, plusieurs villes dans le monde ont déjà adoptés la solution du couvre-feu. Une option qui serait envisagée par le gouvernement français. © VALERY HACHE / AFP) Nice a été la première ville à instaurer un couvre-feu contre le coronavirus en France. C'est une solution intermédiaire entre la situation actuelle et des confinements locaux pour lutter contre la deuxième vague de coronavirus qui touche la France de plein fouet.

  « Pas de suicide après le couvre-feu » © Copyright 2020, L'Obs

Crises, guerres, tremblements de terre, dictatures… Au début du XIXe siècle, le couvre-feu n’est plus qu’un lointain souvenir des temps « ténébreux ». Il serait apparu au Moyen-Age. Dans les villes européennes, à la tombée de la nuit, quand les cloches sonnaient, il fallait recouvrir les feux d’un couvercle de métal pour éviter d’éventuels incendies.

Le « couvre-feu », brûlants souvenirs

En mars 1857, six ans après le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte et la restauration de l’Empire, « le Charivari » , quotidien satirique républicain, maintes fois condamné par les tribunaux, publie une fable à destination de ceux qui pourraient être tentés par des lois « moyenâgeuses ». Elle est signée du journaliste et homme politique de gauche Taxile Delord. Il s’agit d’un dialogue fictif entre un monarque et son serviteur sur un couvre-feu qui permettrait de viser les « Napolitains ». Les Italiens, les migrants de l’époque avec les Belges, étaient alors accusés de tous les maux.

Covid-19 : quelle forme pourrait prendre le couvre-feu ?

  Covid-19 : quelle forme pourrait prendre le couvre-feu ? Emmanuel Macron pourrait annoncer la mise en place de cette mesure, déjà expérimentée en Guyane et par plusieurs pays, dans les zones où la situation sanitaire s'est dégradée.

« Pourquoi les Napolitains sortiraient-ils le soir ? Les ténèbres sont faites pour le crime. Est-ce que tu sors le soir, Cocomero ?

Jamais, sire.

– Tu restes chez toi, tu restes avec ta femme et tes enfants ?

– Oui, Majesté.

– Tu joues aux dames ?

– Quelquefois, sire.

– Ou au loto ?

– C’est selon, Majesté.

– C’est que tu n’es pas un démagogue, toi.

– Je m’en flatte, sire.

– Décidément il n’y a que les démagogues qui sortent de chez eux le soir. A partir d’aujourd’hui je défends qu’on allume les réverbères. A huit heures, on sonnera le couvre-feu, et tout habitant qu’on rencontrera passé cette heure-là dans les rues sera condamné à la bastonnade. Le couvre-feu est une excellente institution, Cocomero.

– Je ne dis pas le contraire, sire.

– Ah ! Si nous pouvions de même ressusciter toutes les autres lois du Moyen Age.

Sport, sorties, transports… La vie sous couvre-feu en 7 questions pratiques

  Sport, sorties, transports… La vie sous couvre-feu en 7 questions pratiques Emmanuel Macron a annoncé mercredi l’instauration d’un couvre-feu en Ile-de-France et dans huit métropoles à compter de vendredi soir minuit. De nombreuses questions émergent déjà sur l’application de cette mesure.Ce couvre-feu, qui concerne environ 20 millions de personnes, s’appliquera à partir de vendredi soir pour une durée d’au moins quatre semaines.

– Ça viendra, Majesté. »

Est-ce que tu sors le soir Cocomero ?"

Cinquante ans, plus tard, la révolution industrielle a bouleversé l’économie française, l’urbanisation a vidé les campagnes, et la Troisième République mis un terme au Second Empire, mais l’insécurité reste un thème médiatique majeur. La presse va à nouveau exhumer la méthode ancestrale du couvre-feu. Cette fois sans ironie ni second degré. Le supplément dominical du « Petit Journal« , alors un des plus gros quotidiens du pays, se remémore les paroles des « Huguenots » l’opéra de Giacomo Meyerbeer, qui se déroule au XVIe siècle, en pleine guerre religieuse entre catholiques et protestants.

« Paris, la nuit, est un coupe-gorge. La police y est insuffisante. Voulons-nous être protégés contre les attaques des malandrins, il nous faudra payer encore, payer toujours. A ce prix-là seulement, nous aurons nos veilleurs de nuit, et peut-être les gens que leurs travaux ou leurs plaisirs retiennent le soir loin de chez eux pourront-ils regagner leur domicile sans craindre, à chaque pas, quelque fâcheuse rencontre. Nous voilà donc revenus au temps ténébreux où l’on n’allait par la ville qu’escorté d’une garde et où le veilleur, flanqué de soldats du guet, agitait sa cloche par les rues pour annoncer au populaire que l’heure était venue où tout bruit et toute lumière devaient s’éteindre.

Covid-19. Avions, trains… Qu’est-ce qui change ou pas avec le couvre-feu ? Ouest-France Vous Répond

  Covid-19. Avions, trains… Qu’est-ce qui change ou pas avec le couvre-feu ? Ouest-France Vous Répond Le couvre-feu va-t-il figer le trafic aérien ou ferroviaire dans les métropoles où se situent les grandes gares et les grands aéroports ? Cette perspective a suscité l’inquiétude chez tous ceux qui avaient prévu un vol ou un trajet dans les jours à venir. Qu’en est-il ? On vous répond. « Bonjour. Je me rends à Aix-en-Provence, mardi prochain pour 4 jours. Mon avion atterrit à 21 h 15 à l’aéroport de Marseille et un ami doit venir me chercher pour me déposer à ma location en plein cœur d’Aix-en-Provence. Comment ça se passe pour circuler pour moi et aussi pour mon ami ? »La question nous a été posée par David.

Vous rappelez-vous, dans les “Huguenots”, l’épisode impressionnant du couvre-feu ?

Rentrez, habitants de Paris.

Tenez-vous clos en vos logis,

Quittez ce lieu,

Car voici l’heure

Du couvre-feu.  »

"Voulons-nous être protégés contre les attaques des malandrins" ?

La Seconde Guerre mondiale et l’Occupation allemande renvoient pour de bon les Français se barricader chez eux dès le soir tombé. La presse alors ne s’embarrasse pas de pédagogie, encore moins d’une quelconque protestation. Elle publie intégralement les communiqués des préfectures annonçant les horaires à respecter en zone occupée.

« Selon les instructions du chef de l’administration militaire allemande en France, l’heure du couvre-feu pour la population civile de tous les départements est fixée à 23 heures et l’heure limite pour la circulation des civils dans les rues à 23h30, la circulation civile ne reprenant qu’à 3 heures du matin ».

"Le couvre-feu est fixé à 23 heures en zone occupée"

Elle diffuse aussi sans barguigner l’arrêté qui en donne les modalités et qui est signé du commandement militaire du grand Paris : « Kommandant von Gross-Paris Verwaltungsstab ». Avec des exemptions guère éloignées de celle du couvre-feu sanitaire actuel, mais des laissez-passer nettement plus contraignants qu’une simple attestation sur l’honneur.

EN DIRECT - Coronavirus : le couvre-feu entre en vigueur ce soir à minuit

  EN DIRECT - Coronavirus : le couvre-feu entre en vigueur ce soir à minuit Vendredi à minuit, le couvre-feu décidé par le gouvernement pour lutter contre l‘épidémie de coronavirus entre en vigueur en Ile-de-France et dans huit métropoles placées en alerte maximale. La maladie poursuit elle sa progression, en France et dans le monde. Suivez l’évolution de la situation en direct. Dernière soirée de liberté pour les habitants d’Ile-de-France et de huit métropoles françaises placées en alerte maximale. Vendredi à minuit, le couvre-feu décrété par le gouvernement pour freiner l’épidémie de coronavirus entre en effet en vigueur dans ces territoires.

« Pendant la durée des dispositions prévues par l’arrêté susvisé, tous les laissez-passer et toutes les permissions de nuit sont annulés. Des laissez-passer spéciaux permettant de circuler sur la voie publique après l’heure du couvre-feu seront délivrés :

    A la Préfecture de Police ou aux bureaux de police qu’elle désignera pour les personnes entrant dans l’une des catégories ci-après : médecins, sages-femmes, etc., employés et ouvriers des entreprises industrielles, commerciales et artisanales, employés et ouvriers des administrations, voyageurs en partance munis de billets. Aux gares pour les voyageurs qui arrivent. Aux barrages établis aux portes de la ville pour les conducteurs de voitures Aux barrages établis aux portes de la ville pour les conducteurs de voitures transportant des marchandises et les personnes arrivant par la route. »

"Des laissez-passer spéciaux"

Le monde des arts et du spectacle, comme aujourd’hui, s’alarme d’être privé de son public nocturne. « Dans le monde du cinéma et du théâtre, du plus grand au plus petit, tous espèrent que les décisions qui s’imposent leur épargneront le retour de pareilles sanctions », écrit « l’Œuvre »  en septembre 1940. « En raison des événements, les spectacles n’auront lieu qu’en matinée. De nombreux théâtres joueront lundi à 15 heures. »

Covid-19. Le couvre-feu risque-t-il d’être étendu à d’autres villes dans les prochains jours ?

  Covid-19. Le couvre-feu risque-t-il d’être étendu à d’autres villes dans les prochains jours ? À minuit, dans la nuit de vendredi à samedi, le couvre-feu sanitaire pour lutter contre la propagation du coronavirus s’applique dans toute la région Île-de-France et huit métropoles en France. Mais d’autres territoires pourraient être concernés dans les prochains jours. Dans le cadre de la lutte contre la propagation du Covid-19, le couvre-feu sanitaire va s’appliquer à minuit dans la nuit de ce vendredi 16 à samedi 17 octobre et jusqu’au 1er décembre pour l’Île-de-France et huit métropoles : Lille, Lyon, Aix-Marseille, Grenoble, Toulouse, Montpellier, Saint-Etienne et Rouen.

Le couvre-feu s’allégera et se renforcera au fil des événements et attentats tout au long de la guerre. Après le dynamitage d’un cercle militaire allemand à Paris par des résistants en décembre 1941, « le couvre-feu est ordonné à partir de 18 heures dans le département de la Seine […], tous les restaurants, tous les lieux de plaisir, tous les cinémas et théâtres devront être fermés dès 17 heures […]. Toute personne contrevenant aux dispositions de cette ordonnance sera punie de la façon la plus sévère. Les sentinelles et les patrouilles allemandes feront usage de leurs armes si c’est nécessaire. »L’exposition « le Juif et la France » ferme ses portes à 16 heures.

La presse publie aussi le télégramme d’excuses envoyé par le maréchal Pétain à Adolf Hitler pour lui dire combien lui et tous les Français réprouvent de tels attentats :

« Je prie Votre Excellence d’agréer l’expression de mes condoléances personnelles et celles du gouvernement français pour les odieux attentats qui se sont renouvelés contre des membres de l’armée d’occupation. Nous réprouvons tous de tels agissements et nous nous efforçons avec les moyens qui sont en notre pouvoir de découvrir et d’arrêter les auteurs de ces crimes dont la lâcheté fait horreur à tous les Français. »

Les auteurs des attentats "dont la lâcheté fait horreur à tous les Français "

Toujours aussi zélés et le doigt sur la couture du pantalon, les journaux partent même sur le terrain vérifier si le couvre-feu est correctement respecté, les Français étant, déjà, perçus comme de mauvais élèves.

Première soirée sous couvre-feu pour 20 millions de Français, 12 000 policiers et gendarmes mobilisés

  Première soirée sous couvre-feu pour 20 millions de Français, 12 000 policiers et gendarmes mobilisés Le gouvernement défend les couvre-feux comme la seule mesure qui permette d’éviter un reconfinement.Ce confinement nocturne frappe les habitants d’Île-de-France et des métropoles de Lyon, Lille, Toulouse, Montpellier, Saint-Etienne, Aix-Marseille, Rouen et Grenoble.

« Le Parisien a la réputation d’être frondeur. Ce qualificatif n’est certes pas abusif. Les preuves en ont été flagrantes. Restait à savoir comment cette population turbulente, ou, considérée comme telle allait réagir devant la décision prise par les autorités d’occupation, ordonnant la fermeture de tout établissement à 20 heures et le couvre-feu une heure plus tard.

Il était intéressant de sonder, en cette soirée du samedi, généralement l’une des plus bruyantes de la semaine, les réactions pouvant résulter de cette mesure. Que chacun se rassure, le calme le plus absolu n’a cessé de régner et, nulle intervention digne de ce nom ne vint troubler les premières heures de la nuit. Dès vingt heures les patrouilles allemandes, casque au côté, sillonnaient les principales artères afin de vérifier la fermeture des restaurants, débits, salles de spectacle et tous autres lieux publics. Partout la consigne était observée. Sans récrimination, les clients avaient, abandonnant leurs chères habitudes, quitté les lieux habituels de leur délassement. […]. Paris compte un nombre incalculable de “nuiteux”, qui ne veulent abdiquer, et ne regagnent leur logis qu’à l’heure limite. »

"Partout la consigne était observée"

Même ceux qui ont tenté de mettre fin à leur vie en dehors des heures légales sont traînés au commissariat : « Pas de suicide après le couvre-feu ».

« La nuit dernière, un garçon de café, René Burgière, 21 ans, demeurant 32, rue Cavé, se jetait dans le canal de la Bastille. Peu après, il reprenait pied sur le quai et s’apprêtait à rentrer chez lui, lorsque des gardiens de la paix, effectuant une ronde, l’interpellèrent et lui firent constater qu’il était plus de minuit et qu’il se trouvait en infraction. Burgière eut beau expliquer qu’il avait voulu se suicider, il fut emmené au commissariat où ses vêtements eurent le temps de sécher avant l’heure l’égale, à laquelle il fut relâché.  »

Covid-19. Couvre-feu étendu, aides économiques… : ce qu’il faut retenir des annonces de Jean Castex

  Covid-19. Couvre-feu étendu, aides économiques… : ce qu’il faut retenir des annonces de Jean Castex Accompagné de plusieurs membres de son gouvernement, le Premier ministre a fait un nouveau point sur la situation épidémique en France, ce jeudi 22 octobre. Jean Castex a notamment annoncé l’extension du couvre-feu à 38 départements supplémentaires, ainsi qu’en Polynésie. On fait le point. Ces dernières semaines, les prises de parole du gouvernement sur le Covid-19 sont à la fois attendues et redoutées. L’intervention de Jean Castex ce jeudi 22 octobre ne faisait pas exception à la règle.Le fait que le Premier ministre prenne lui-même la parole symbolisait l’inquiétude de l’exécutif face aux chiffres de l’épidémie.

Il "eut beau expliquer qu’il avait voulu se suicider"

Le couvre-feu reviendra avec la guerre d’Algérie. Il est mis en place à Alger, puis dans la plupart des grandes villes de l’autre côté de la Méditerranée, au moment de l’instauration de l’Etat d’urgence. La « loi n° 55-385 du 3 avril 1955 » en déclare « l’application en Algérie ». Son article 5 permet explicitement d’« interdire la circulation des personnes ou des véhicules dans les lieux et aux heures fixés par arrêté ».

"Etat d'urgence"

En 1958 puis en 1961, le couvre-feu s’installe en métropole, dans toute la région parisienne, mais seulement pour les musulmans d’origine algérienne. Le 17 octobre 1961, à l’appel de la fédération française du Front de Libération nationale (FLN), les immigrés algériens descendent dans la rue pour protester contre cette mesure discriminatoire qui leur interdit de sortir de chez eux dès 20h30. La consigne a été donnée par l’organisation de défiler pacifiquement. Le préfet de la Seine, Maurice Papon (qui sera condamné plus tard à dix ans de prison pour complicité de crimes contre l’humanité dans la déportation des juifs de la région bordelaise) organise la dispersion de la manifestation. Plus de 1 600 policiers et gendarmes sont envoyés dans la capitale. La répression est violente. Un bain de sang. Des dizaines et des dizaines d’Algériens seront rués de coups, assassinés, jetés dans la Seine.

Covid-19. Couvre-feu étendu, aides économiques… : ce qu’il faut retenir des annonces de Jean Castex .
Accompagné de plusieurs membres de son gouvernement, le Premier ministre a fait un nouveau point sur la situation épidémique en France, ce jeudi 22 octobre. Jean Castex a notamment annoncé l’extension du couvre-feu à 38 départements supplémentaires, ainsi qu’en Polynésie. On fait le point. Ces dernières semaines, les prises de parole du gouvernement sur le Covid-19 sont à la fois attendues et redoutées. L’intervention de Jean Castex ce jeudi 22 octobre ne faisait pas exception à la règle.Le fait que le Premier ministre prenne lui-même la parole symbolisait l’inquiétude de l’exécutif face aux chiffres de l’épidémie.

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C'est intéressant!