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France «Monsieur Paty, il était trop drôle, on voulait tous l'avoir»

16:05  18 octobre  2020
16:05  18 octobre  2020 Source:   liberation.fr

Attentat de Conflans : le terrible engrenage au collège du Bois-d'Aulne

  Attentat de Conflans : le terrible engrenage au collège du Bois-d'Aulne Après un cours sur la liberté de la presse ayant suscité l'inquiétude de certains parents d'élèves, Samuel Paty avait fait l'objet d'une campagne publique, appelant à son renvoi, par un père soutenu par des réseaux islamistes. Récit d'un emballement qui pourrait avoir mené à sa mort. Dans son cahier à carreaux, Célia (1), 13 ans, a soigneusement pris en note son cours sur la liberté de la presse. Au stylo rouge, l’élève de 4e 5 a écrit :Lundi 5 octobre. «Pendant le cours, il a demandé s’il y avait des musulmans dans la classe, plusieurs élèves ont levé la main, il leur a dit que s’ils préféraient sortir ou détourner les yeux c’était possible, et de même pour d’autres personnes si elles étaient choquées», relate Célia.

À l ’instar du père de famille qui a diffusé une vidéo dénonçant le cours, il a qualifié Samuel Paty de « voyou ». Nous sommes incapables de charger Disqus. Si vous êtes un modérateur, veuillez s' il vous plaît consulter notre guide de résolution des problèmes .

Un cours enseigné tous les ans " Monsieur Paty " avait l 'habitude d'aborder la liberté d'expression en cours d'éducation civique, et ce n'est pas la première fois Ce professeur d'histoire-géo a été décapité, vendredi, pour avoir montré des caricatures représentant Mahomet lors d'un cours d'éducation civique.

Samuel Paty. © Shutterstock/SIPA Samuel Paty.

L'enseignant de Conflans-Sainte-Honorine assassiné vendredi est décrit par ses élèves, anciens ou actuels, comme un prof «investi» et «à l'écoute».

Samuel Paty, le professeur d’histoire-géo assassiné vendredi, était apparemment un as en blagues. Charlotte (1), 13 ans, raconte combien il pouvait faire rire, en classe. «Il était trop drôle. Par exemple, quand il voyait que l’on s’endormait un peu, il disait d’un coup "Kinder bueno" assez fort. Forcément, on se réveillait.» Et Samuel Paty reprenait son cours… D’autres fois, il criait «allez hop, tous sur les PC…. En fait, non, je blague!» Charlotte se souvient aussi d’un «truc» qui la faisait rire par-dessus tout : «Quand il passait dans les rangs derrière nous et disait "hum, il n’y a pas d’interrupteur, c’est bien ce que je pensais". Gros blanc à chaque fois, et toute la classe rigolait.» Samuel Paty, 47 ans, enseignait depuis plusieurs années dans ce collège calme, d’un quartier pavillonnaire de Conflans-Sainte-Honorine. Il faisait partie des trois profs chouchous du bahut, à en croire Charlotte, «on voulait tous l’avoir». Ses élèves étaient nombreux ce samedi massés devant le collège pour lui rendre hommage. Certains ont déposé des fleurs, des roses blanches. Des professeurs aussi étaient là, mais plus discrets, ne souhaitant pas s'exprimer, assommés par l’émotion.  Une agent d'entretien de l'établissement, partie à la retraite le mois dernier, a déposé un petit mot: «que votre repos soit doux comme un duvet et léger comme un nuage». Quand elle saluait l'enseignant dans les couloirs «il me répondait avec une petite voix timide et très humble. Il semblait vraiment une personne introvertie qui portait la modestie en lui.»

A Paris, les personnalités politiques rendent hommage à Samuel Paty

  A Paris, les personnalités politiques rendent hommage à Samuel Paty Plusieurs personnalités politiques étaient présentes dimanche, place de la République, pour rendre hommage à Samuel Paty, le professeur tué vendredi à Conflans-Sainte-Honorine. 1/10 DIAPOSITIVES © Patrice Pierrot/Avenir Pictures/Abaca Valérie Pécresse et Jean Castex à l'hommage à Samuel Paty à Paris, le 18 octobre 2020. Valérie Pécresse et Jean Castex à l'hommage à Samuel Paty à Paris, le 18 octobre 2020. 2/10 DIAPOSITIVES © Patrice Pierrot/Avenir Pictures/Abaca Jean Castex à l'hommage à Samuel Paty à Paris, le 18 octobre 2020.

Un cours enseigné tous les ans " Monsieur Paty " avait l 'habitude d'aborder la liberté d'expression en cours d'éducation civique, et ce n'est pas la première fois Ce professeur d'histoire-géo a été décapité, vendredi, pour avoir montré des caricatures représentant Mahomet lors d'un cours d'éducation civique.

Il avait fait alors une grande démonstration de sa découverte à un Congrès International « Il était une fois un petit prince qui habitait une planète à peine plus grande que lui , et qui avait besoin d’un Là il est trop petit. J’hésite aussi sur la couleur de son costume. Alors je tâtonne comme ci et comme ça

«C’était un homme de dialogue»

Samuel Paty a fait ses études l’université Lumière, à Lyon-II puis à l’IUFM de Lyon. C’était au début des années 90. Christophe Capuano, maître de conférences, un copain de promo se souvient : «Un gros bosseur, un étudiant brillant et un très bon enseignant. C’était un homme de dialogue qui ne voulait jamais choquer. Il a mené sa mission d’enseignement avec courage.» En 1997, son Capes d’histoire-géo en poche, il atterrit comme beaucoup de jeunes profs en région parisienne. Il fera entre autres un passage à Torcy en Seine-et-Marne.

Tous les élèves à qui nous avons parlé emploient les mêmes mots, pour le décrire. «Monsieur Paty, il était drôle et gentil. Même ceux qui n’aimaient pas l’école étaient attentifs avec lui», assure Ilyes. Il ajoute – et sans doute un des plus beaux compliments pour un enseignant : «Monsieur Paty il donnait envie d’apprendre.» Jean-Philippe, aujourd’hui en classe de seconde: «Il soignait ses approches, dressait des ponts entre les différentes matières, montrant les évolutions de l’histoire des idées, les ancrant dans le contexte de l’époque. Il créait toujours des moments de débat, ne les orientant jamais vers un quelconque parti.» Ses cours étaient plutôt détendus. «On parlait un peu mais pas trop» (dixit Charlotte). «Comme on l’aimait bien, on n’avait pas envie de faire les foufous. ll était hyper gentil et ouvert mais il ne se faisait pas marcher dessus, s’il fallait mettre une heure de colle ou appeler les parents, il le faisait. Quand il voulait dire quelque chose, il le disait», ajoute Enzo (1), un élève de quatrième. Ludérick, un autre quatrième, se souvient qu’il portait tout le temps des chemises et des jeans. Enzo (1) en parle direct lui aussi: «Il portait toujours une chemise, toujours toujours. Ca nous faisait rire.» Une seule photo de lui circule en boucle sur les réseaux sociaux ce samedi. En tee-shirt, sac en bandoulière, au bord de la mer. Son regard, masqué par les lunettes de soleil, semble regarder au loin.

Meurtre de Samuel Paty : les réactions émues des personnalités

  Meurtre de Samuel Paty : les réactions émues des personnalités De nombreuses personnalités se sont jointes aux anonymes sur les réseaux sociaux pour rendre hommage à Samuel Paty. © Bestimage Dimanche, des milliers de personnes se sont rassemblées à Paris pour rendre hommage à Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie décapité en pleine rue deux jours auparavant à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) lors d'un attentat terroriste. Sur les réseaux sociaux, ce sont tout autant de personnes qui ont tenu à lui rendre hommage.

Ils m ’ ont tous quitté, tous… Elle montrait les objets qui l ’entouraient, et l ’on ne savait si elle parlait d’eux Cette vieille travailleuse ne parvenait pas à comprendre pourquoi sa force s’était tout à coup rompue; et Mais il était inquiet aussi. Depuis l ’enfance, il était habitué à la voir vaillante, résignée

«Je veux bien t'apprendre à lire et à écrire, si c'est ça que tu veux .» Sa voix était comme ses yeux, très calme et lointaine, comme s' il avait peur de faire L 'homme avait pris dans son sac de plage un vieux canif à manche rouge et il avait commencé à graver les signes des lettres sur des galets bien plats.

«Honorer sa mémoire»

Le souvenir de Ludérick est un peu flou sur ce fameux cours, où l’enseignant a montré les caricatures de Mahomet  : «Il a proposé aux élèves musulmans de sortir de la classe et il nous a montré une image de Mahomet nu. Il a expliqué que c’était une caricature. Après, les élèves sont revenus et voulaient savoir mais sur le moment, on n’a rien dit et on a repris les cours comme si de rien n’était.» Le professeur montrait les caricatures chaque année dans le cadre des cours d’éducation morale et civique (EMC). La fille de Mounia l’a eu comme enseignant pendant deux ans. Et les deux années, elle a fait la même séance autour des caricatures, sans que cela ne suscite d’émoi chez les élèves et leurs parents. La mère se souvient de la première fois. «Ma fille était surprise parce qu’elle ne connaissait pas du tout le monde de la caricature. Et comme ça touchait le prophète, ça l’a touchée. Je lui ai expliqué que c’était à prendre au second degré. C’est à nous, en tant que parents, de leur expliquer aussi, parce que selon la maturité des gamins, ça ne passe pas forcément.» Mounia veut surtout se rappeler de ce «prof très investi», qui a «assuré» pendant le confinement au printemps. «Il était bienveillant, à l’écoute des élèves et des parents. Il faisait bien son travail.» Sa fille est «sous le choc aujourd'hui. Elle l’adorait».

Ses élèves ont passé la moitié de la nuit de vendredi à samedi sur Snapchat, à réfléchir à comment «honorer sa mémoire». Charlotte raconte ce projet de dessin géant, que les élèves voudraient coller sur les vitres du collège. Il y a encore débat sur le contenu: certains penchent pour un dessin sur l’esclavage, qu’ils ont appris en classe avant de parler de l’islam. D’autres militent pour un dessin sur la liberté d’expression. Sur le site internet du collège, le prof avait posté des photos de l’exposition de dessins d’élèves qu’il avait organisée l’année dernière. Le thème était «Liberté, égalité, fraternité». L’Elysée a annoncé un hommage national mercredi.

Des étudiants ont payé pour identifier Samuel Paty avant la mort de l'enseignant, selon des responsables, le procureur antiterroriste de .
France a inculpé sept personnes dans l'affaire du meurtre du professeur d'histoire française Samuel Paty , dont deux mineurs. © Kiran Ridley / Getty Images PARIS, FRANCE - 21 OCTOBRE: Un membre de la foule regardant l'hommage national à l'instituteur assassiné Samuel Paty tient un tableau d'enseignants sur lequel on lit 'Teaching Kills? à la Place de la Sorbonne le 21 octobre 2020 à Paris, France.

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