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France Couvre-feu à Paris : «Je n’ose plus souhaiter une bonne soirée aux autres»

19:40  18 octobre  2020
19:40  18 octobre  2020 Source:   liberation.fr

Qu'est-ce qu'un couvre-feu?

  Qu'est-ce qu'un couvre-feu? Confronté à la résurgence de l'épidémie, le gouvernement devrait proposer des nouvelles mesures pour lutter contre le Covid-19. L'hypothèse d'un couvre-feu serait fortement envisagée. Mais, au fait, c'est quoi un couvre-feu?Confronté à la résurgence de l'épidémie, le gouvernement devrait proposer des nouvelles mesures pour lutter contre le Covid-19. L'hypothèse d'un couvre-feu serait fortement envisagée.

Samedi soir, quelques minutes avant le début du couvre-feu. © Cha Gonzalez Samedi soir, quelques minutes avant le début du couvre-feu.

Entre colère, tristesse et résignation, les Parisiens ont vécu leur première nuit d'interdiction de sortie entre 21 heures et 6 heures samedi soir.

Des voyageurs traînant leurs valises à bout de bras. Quelques éboueurs qui en finissent avec leur tournée. Une jeune femme sortie chercher ses médicaments, une autre rentrant du boulot. Des ambulanciers en attente de leur prochaine urgence. Des sans-abri à nouveau laissés à eux-mêmes. Une dizaine de pigeons juchés sur les consoles d’un balcon. Et un véhicule de police en patrouille à travers les avenues. Il ne reste plus qu’eux, dans les rues d’un Paris déserté. Samedi soir, pour la première fois depuis la période de l’Occupation, un couvre-feu est imposé dès 21 heures à l’ensemble de la capitale, placée en état d’urgence sanitaire comme sa région ainsi que huit autres grandes villes en France, pour au moins quatre semaines.

Covid-19. Cinq questions sur le couvre-feu instauré dès samedi dans plusieurs villes de France

  Covid-19. Cinq questions sur le couvre-feu instauré dès samedi dans plusieurs villes de France Dès samedi 17 octobre, l’Ile-de-France et huit métropoles vont devoir appliquer un couvre-feu. Cette annonce a été faite par Emmanuel Macron, lors de son allocution télévisée, mercredi soir. Objectif : faire baisser le nombre de contamination par jour et reprendre le contrôle sur l’épidémie de coronavirus. C’est l’annonce la plus forte depuis le confinement en mars dernier : un couvre-feu va être instauré dans plusieurs villes de France dès samedi 17 octobre, pour lutter contre la propagation du coronavirus. Emmanuel Macron l’a annoncé hier, lors de son allocution télévisée suivie par 21 millions de personnes.

«La mesure de trop», pour Mathilde, 23 ans, venue sauver les apparences avec ses amis à une terrasse vers 19h30 près de la place de Clichy, avant d’être réduite comme les autres à rester chez elle jusqu’à 6 heures du matin. «Aujourd’hui, je me sens emprisonnée», s’agace-t-elle. Sondée, la troupe qui l’entoure s’interroge autant sur cette appellation de couvre-feu – «On ne se sent pas en guerre» –, que sur le choix de son horaire : «21 heures, c’est incompréhensible. Tu prends un verre, tu en prends deux ! Là, on aura à peine le temps pour le premier», juge l’une d’entre eux, même si son ami, tout juste rentré de Londres, ne peut s’empêcher de trouver le contrôle de la situation moins chaotique en France.

17 octobre 2020, Paris. 23h15 près de place de la République, tout est vide. © Cha Gonzalez 17 octobre 2020, Paris. 23h15 près de place de la République, tout est vide. A Paris, près de la place de la République, samedi soir. Photo Cha Gonzalez pour Libération

Covid-19. Avions, trains… Qu’est-ce qui change ou pas avec le couvre-feu ? Ouest-France Vous Répond

  Covid-19. Avions, trains… Qu’est-ce qui change ou pas avec le couvre-feu ? Ouest-France Vous Répond Le couvre-feu va-t-il figer le trafic aérien ou ferroviaire dans les métropoles où se situent les grandes gares et les grands aéroports ? Cette perspective a suscité l’inquiétude chez tous ceux qui avaient prévu un vol ou un trajet dans les jours à venir. Qu’en est-il ? On vous répond. « Bonjour. Je me rends à Aix-en-Provence, mardi prochain pour 4 jours. Mon avion atterrit à 21 h 15 à l’aéroport de Marseille et un ami doit venir me chercher pour me déposer à ma location en plein cœur d’Aix-en-Provence. Comment ça se passe pour circuler pour moi et aussi pour mon ami ? »La question nous a été posée par David.

«Le problème, c’est que c’est une guerre invisible. Ce virus, on ne l’a jamais sous les yeux», estime Louis, cadre de 30 ans. En attendant sa boisson à l’entrée du bar le Dépanneur, il imagine se rattraper ailleurs, en ayant pensé s’échapper le temps d’un week-end au Touquet (Pas-de-Calais). En arrière-plan, deux de ses amies s’écharpent sur les effets attendus de cette mesure. Le couvre-feu est «acceptable», juge la première, tout en trouvant qu’il ne servira à rien. Et s’accorde au moins avec la seconde sur une chose : «On fera cet effort par civisme.» Un œil sur la montre, les trois amis affirment qu’ils ne prolongeront pas leur soirée de manière excessive. Même sagesse à la terrasse voisine, tandis qu’un peu plus bas dans la rue, Charles assimile cette mesure à «une fermeture déguisée des bars et des restaurants».

Dans le coin d’une terrasse du quartier des Abbesses, une jeune femme avoue son malaise lorsqu’elle repense à cette date du 17 octobre, cinquante-neuf ans jour pour jour après la répression des manifestations algériennes anti-confinement dans la capitale. «C’est dingue, je ne sais même pas si le gouvernement s’en est rendu compte.» A l’intérieur, trois connaissances alignent les shots tendus par le serveur, plus remuant que les soirs précédents. Son collègue rappelle aux troupes attablées la fermeture anticipée à 20h30. «Dans cinq minutes, je ne veux plus voir personne ici.» Deux habitués jouent avec la ligne, avant d’accepter d’accélérer le débit de leur descente. En face d’un restaurant déjà fermé, le bar se vide en un temps record, alors que les deux serveurs empilent les verres, avant de ranger les tables et les chaises qu’ils désinfectent une dernière fois. «La guerre est déclarée aux jeunes», scande une cliente à peine sortie du bar, tout en listant les apéritifs qu’elle proposera chez elle à ceux désirant l’accompagner.

EN DIRECT - Coronavirus : le couvre-feu entre en vigueur ce soir à minuit

  EN DIRECT - Coronavirus : le couvre-feu entre en vigueur ce soir à minuit Vendredi à minuit, le couvre-feu décidé par le gouvernement pour lutter contre l‘épidémie de coronavirus entre en vigueur en Ile-de-France et dans huit métropoles placées en alerte maximale. La maladie poursuit elle sa progression, en France et dans le monde. Suivez l’évolution de la situation en direct. Dernière soirée de liberté pour les habitants d’Ile-de-France et de huit métropoles françaises placées en alerte maximale. Vendredi à minuit, le couvre-feu décrété par le gouvernement pour freiner l’épidémie de coronavirus entre en effet en vigueur dans ces territoires.

17 octobre 2020, Paris. 23h10 sur les Grand Boulevards, quelques hommes restent dans les rues. © Cha Gonzalez 17 octobre 2020, Paris. 23h10 sur les Grand Boulevards, quelques hommes restent dans les rues. A 23h10 sur les Grand Boulevards, samedi. Photo Cha Gonzalez pour Libération

Covid-19. Le couvre-feu risque-t-il d’être étendu à d’autres villes dans les prochains jours ?

  Covid-19. Le couvre-feu risque-t-il d’être étendu à d’autres villes dans les prochains jours ? À minuit, dans la nuit de vendredi à samedi, le couvre-feu sanitaire pour lutter contre la propagation du coronavirus s’applique dans toute la région Île-de-France et huit métropoles en France. Mais d’autres territoires pourraient être concernés dans les prochains jours. Dans le cadre de la lutte contre la propagation du Covid-19, le couvre-feu sanitaire va s’appliquer à minuit dans la nuit de ce vendredi 16 à samedi 17 octobre et jusqu’au 1er décembre pour l’Île-de-France et huit métropoles : Lille, Lyon, Aix-Marseille, Grenoble, Toulouse, Montpellier, Saint-Etienne et Rouen.

Sous le métro aérien, un joggeur en finit avec son effort. Une première patrouille roule au pas, à une poignée de minutes de l’heure fatidique. Personne, pourtant, n’est décidé à presser l’allure, bien que certains cyclistes semblent appuyer un peu plus sur les pédales. Sur le quai de Barbès, Clément n’a pas prévu d’attestation de sortie. S’il confie avoir «calculé [son] temps de trajet», il reconnaît également que cela fera «un peu juste» pour arriver à temps chez lui, à quinze minutes d’ici.

Quelques centaines de mètres plus loin, en face de la gare du Nord, une rangée de camions de CRS attire les quelques curieux encore éparpillés. Devant eux, les participants d’une manifestation sauvage viennent d’être dispersés par les forces de l’ordre. Parti des Halles trente minutes plus tôt, le rassemblement a été lancé à l’appel du collectif «Bas les masques», et dénonce le couvre-feu appliqué dans la capitale pour endiguer l’épidémie de coronavirus. «On était près d’une centaine», compte David. Il est venu sans masque et sans dérogation, «mais avec mes jambes et mon vélo pour rentrer à République !» lâche-t-il avant d’enfourcher sa machine sous le regard pressant des agents. Vincent, lui, était à une autre manifestation, près de la place de la Bastille. Le scénariste de 42 ans en revient révolté : «Je ne comprends pas qu’on ne se rebelle pas contre cette mesure. On atteint à nos libertés les plus fondamentales.» Sans dérogation, il est parvenu à passer trois postes de contrôle, pas le quatrième. Résultat : une amende de 135 euros, «Je leur ai gueulé dessus», sourit-il, visiblement peu dissuadé par le montant, et assure qu’il tentera «d’organiser les prochaines manifs».

Covid-19 : vendredi, dernière soirée sans couvre-feu pour l'Île de France et huit grandes villes

  Covid-19 : vendredi, dernière soirée sans couvre-feu pour l'Île de France et huit grandes villes Vendredi soir, les habitants de l'Île de France et des huit grandes villes placées en alerte maximale anti-Covid ont vécu leur dernière soirée avant le couvre-feu. 1/10 DIAPOSITIVES © Michel Spingler/AP/SIPA Dans les rues de Lille avant le couvre-feu, le 16 octobre 2020. Dans les rues de Lille avant le couvre-feu, le 16 octobre 2020. 2/10 DIAPOSITIVES © Michel Spingler/AP/SIPA Dans les rues de Lille avant le couvre-feu, le 16 octobre 2020. Dans les rues de Lille avant le couvre-feu, le 16 octobre 2020.

17 octobre 2020, Paris. 21h28, aux environs de Gare du Nord. Des policiers contrôlent un jeune homme qui sort sa dérogation sur son téléphone. © Cha Gonzalez 17 octobre 2020, Paris. 21h28, aux environs de Gare du Nord. Des policiers contrôlent un jeune homme qui sort sa dérogation sur son téléphone. Autour de la gare du Nord peu avant 21h30. Photo Cha Gonzalez pour Libération

Covid-19. Couvre-feu étendu, aides économiques… : ce qu’il faut retenir des annonces de Jean Castex

  Covid-19. Couvre-feu étendu, aides économiques… : ce qu’il faut retenir des annonces de Jean Castex Accompagné de plusieurs membres de son gouvernement, le Premier ministre a fait un nouveau point sur la situation épidémique en France, ce jeudi 22 octobre. Jean Castex a notamment annoncé l’extension du couvre-feu à 38 départements supplémentaires, ainsi qu’en Polynésie. On fait le point. Ces dernières semaines, les prises de parole du gouvernement sur le Covid-19 sont à la fois attendues et redoutées. L’intervention de Jean Castex ce jeudi 22 octobre ne faisait pas exception à la règle.Le fait que le Premier ministre prenne lui-même la parole symbolisait l’inquiétude de l’exécutif face aux chiffres de l’épidémie.

Sur le parvis de la gare, il ne reste que les taxis, quelques bus rappellent que les transports publics continuent de tourner, à vide pour la plupart. En dix minutes, la ville est devenue muette, traversée ici et là par quelques retardataires. Attendus à une soirée, deux amis allongent la foulée. «On aurait dû être tous confinés jusqu’en août, ça nous éviterait aujourd’hui de prendre des demi-mesures toutes les deux semaines», tranche l’un d’eux, remonté. Valise à ses pieds, le docteur Cartier, débarqué vendredi soir à Paris pour un congrès médical, attend de son côté le dernier train pour Arras. Le dermatologue de 55 ans grimace devant ce «climat morose» et affirme : «Le couvre-feu n’aura pas de résultats probants.» Les jeunes, visés «à tort» par cette mesure avaient, selon lui, «pris conscience qu’il fallait protéger les plus anciens». Et de citer l’exemple de ses deux enfants, étudiants à Paris, qui ont eux-mêmes choisi de limiter leurs contacts sociaux. Devant lui, une autre voyageuse a rempli «dans le doute» son attestation de déplacement, ne sachant pas si son billet de train suffirait en cas de contrôle.

Coronavirus : Victoire de courte durée pour trois communes contre le couvre-feu

  Coronavirus : Victoire de courte durée pour trois communes contre le couvre-feu Les communes avaient été exemptées de couvre-feu le matin même avant de le voir instaurer à nouveau dans la journée © FRANCOIS GREUEZ/SIPA Le couvre-feu s'appliquera bel et bien EPIDEMIE - Les communes avaient été exemptées de couvre-feu le matin même avant de le voir insta Le préfet des Bouches-du-Rhône a officiellement étendu samedi à l’ensemble du département le couvre-feu qui visait seulement les communes de la métropole Aix-Marseille-Provence, annulant de facto la victoire judiciaire obtenue le même jour par trois petites communes du département contre un précédent

Loin de la déprime vespérale, les livreurs, eux, sont à pied d’œuvre. Plus que jamais ce soir, les rues de Paris sont à eux. Tandis qu’un de ses amis coche sa quatorzième commande de la soirée, Adnan, 30 ans, change de Vélib et repart livrer une formule d’un nouveau traiteur du quartier Saint-Georges. «On a encore plus de boulot mais les courses sont plus rapprochées parce que les gens commandent près de chez eux, donc on gagne un peu moins sur chacune», explique-t-il. Dans la seule enseigne à illuminer une partie de la ruelle, le responsable valide ce ressenti : «Ce soir, on a eu un bond des commandes vers 22 heures et il est possible que l’on garde ce rythme pour les semaines de couvre-feu.»

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Le patron d’un fast-food voisin préfère rester prudent sur les bénéfices attendus du couvre-feu. La gérante d’une grande brasserie du Xe arrondissement non loin de là a, elle, fermé boutique dès 21 heures, et admet que le dispositif de livraisons sera «plus compliqué à mettre en application» pour son établissement, membre d’un groupe de restaurants parisiens.

Au travers des allées, des badauds promènent leurs chiens, pour leur première sortie depuis le couvre-feu, autorisation prête à être dégainée sur le portable. A 71 ans, Evelyne a préféré la lumière des Grands Boulevards pour sortir ses deux petites chiennes ; il est autour de 22 heures, et on a l’impression d’être au milieu de la nuit. «J’ai déjà été interpellée par plusieurs passants, alors je me sens plus en sécurité sur les avenues.» La retraitée soupire : «Je n’ose plus souhaiter une bonne soirée aux autres», tout en désignant l’artère d’habitude si animée.

17 octobre 2020, Paris. 23h30 sur la place de la république, un homme passe. © Cha Gonzalez 17 octobre 2020, Paris. 23h30 sur la place de la république, un homme passe. Place de la République, samedi soir. Photo Cha Gonzalez pour Libération

Comme elle, Albane rentre seule. Pour l’actrice de 37 ans, un tournage s’est prolongé. Pas vraiment rassurée à l’idée de déambuler sans être accompagnée, d’autant qu’elle est arrivée dans la capitale le matin même et doit dormir pour la première fois chez une amie près de Belleville, la jeune femme plonge dans une bouche de métro dépeuplée, avant de se raviser. Et d’opter pour un taxi, «plus sûr», selon elle.

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Autour d’elle et malgré quelques soirées dont les effluves traversent les fenêtres, la place de la République est vide. Pas de quoi satisfaire ces taxis, qui n’ont enregistré aucun client depuis des heures. A côté d’eux, le halo de la pharmacie de garde se détache d’un recoin. Et sauve ce père de famille venu changer, sans dérogation, le biberon cassé de son nouveau-né. Marion lui succède. Venue illico depuis Pantin, elle s’est aperçue, à deux jours de son opération, qu’il lui manquait les deux seringues nécessaires à son injection. «C’est la première pharmacie que j’avais en tête, alors je n’ai pas réfléchi une minute.» Le pharmacien, lui, tarde à se manifester, avant de lui fournir les précieuses recommandations. Soulagée, la jeune femme aurait peut-être même pu s’épargner son attestation, tant les patrouilles ont brillé par leur discrétion durant cette étrange soirée parisienne. La première d’une longue série.

Coronavirus : Victoire de courte durée pour trois communes contre le couvre-feu .
Les communes avaient été exemptées de couvre-feu le matin même avant de le voir instaurer à nouveau dans la journée © FRANCOIS GREUEZ/SIPA Le couvre-feu s'appliquera bel et bien EPIDEMIE - Les communes avaient été exemptées de couvre-feu le matin même avant de le voir insta Le préfet des Bouches-du-Rhône a officiellement étendu samedi à l’ensemble du département le couvre-feu qui visait seulement les communes de la métropole Aix-Marseille-Provence, annulant de facto la victoire judiciaire obtenue le même jour par trois petites communes du département contre un précédent

usr: 3
C'est intéressant!