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France Après l'attentat de Nice, des appels à la vengeance venus d'extrême droite

21:25  30 octobre  2020
21:25  30 octobre  2020 Source:   liberation.fr

Gérald Darmanin : «Ce qu’on cherche à combattre, c’est une idéologie, pas une religion»

  Gérald Darmanin : «Ce qu’on cherche à combattre, c’est une idéologie, pas une religion» «Islamo-gauchisme», dissolution du CCIF, «rayons halal»… Quelques jours après l’assassinat terroriste de Samuel Paty, «Libération» s’est entretenu avec le ministre de l’Intérieur. Le ministre de l’Intérieur donne rendez-vous un dimanche soir dans un salon de la Place Beauvau. Quelques jours après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, les sujets sont brûlants : l’enquête, la dissolution des associations, la loi sur le séparatisme… Gérald Darmanin répond du tac au tac à Libé. Dix jours après l’assassinat de Samuel Paty, avez-vous identifié des failles dans la surveillance du terroriste Abdoullakh Anzorov  ? Cet attentat comporte plusieurs particularités.

A Nice, jeudi, lors d'une manifestation de groupes identitaires de Nice, hostile aux musulmans. © Arie BOTBOL A Nice, jeudi, lors d'une manifestation de groupes identitaires de Nice, hostile aux musulmans.

Dans la foulée de l’attentat de Notre-Dame de Nice, la frange la plus radicale de l’extrême droite a appelé à des représailles contre les islamistes et, plus largement, contre les musulmans.

Une dizaine d’individus, des fumigènes et une banderole faite à la va-vite qui clame : «Décapitons la République.» Le soir même de l’attentat à Nice qui a fait 3 victimes jeudi matin, des militants de l’Action française se sont réunis place de la Concorde à Paris pour dénoncer «cette République corrompue» qui serait selon eux «complaisante avec nos ennemis». «Si toi aussi tu refuses de mourir sans te battre, rejoins-nous», enjoint le mouvement royaliste dans un tweet revendiquant l’action.

3 morts dans une attaque au couteau «terroriste» dans une église française, deuxième décapitation en deux semaines

 3 morts dans une attaque au couteau «terroriste» dans une église française, deuxième décapitation en deux semaines Trois personnes ont été tuées dans une église de la ville de Nice, une attaque qui, selon le maire de la ville, est un acte de terrorisme. © Alexis Gilli, AP Des policiers et pompiers français se tiennent à côté de l'église Notre-Dame après une attaque au couteau, à Nice, France, le jeudi 29 octobre 2020.

Sur le site de Jeune nation, avatar numérique du mouvement pétainiste de l’Œuvre française dirigé par Yvan Benedetti, on s’interroge pour savoir si l’attentat islamiste de Nice n’est pas le prélude à «la guerre de libération nationale», comme l’a repéré Isabelle Kersimon l’Institut de recherches et d’études sur les radicalités politiques, religieuses et sociétales (Inrer). Car sur les réseaux sociaux de l’extrême droite c’était bien de violence et de guerre dont il est question, encore une fois, depuis l’attaque à Nice. De celle que nous mènent les organisations terroristes jihadistes et de celle qu’il faudrait mener selon la mouvance «en représailles» contre les musulmans.

Visuels de templiers

Dans les heures qui ont suivi l’attentat, on trouvait des appels à la vengeance dans les commentaires de la chaîne Telegram de Damien Rieu, collaborateur parlementaire de l’eurodéputé RN Philippe Olivier et figure de la mouvance identitaire. Ils ont désormais disparu mais on pouvait lire, entre autres choses, un message glaçant laissé par un anonyme : «Je suis en train de voir avec un ami si on décide de [se] faire une mosquée. […] Ça sera pas 2-3 morts.»

De l'Allemagne aux Etats-Unis, le monde indigné par l'attentat de Nice

  De l'Allemagne aux Etats-Unis, le monde indigné par l'attentat de Nice L'attaque au couteau qui a fait trois morts jeudi dans une église de Nice a suscité indignation dans le monde, et de nombreux pays ont exprimé leur solidarité avec la France. © REUTERS/Eric Gaillard La France a reçu des messages de soutien du monde entier après l'attaque au couteau dans la basilique Notre-Dame de Nice qui a coûté la vie à trois personnes. Le Premier ministre britannique Boris Johnson s'est dit «sous le choc» après cette «attaque barbare», dans un tweet en français. «Le Royaume-Uni est aux côtés de la France pour lutter contre la terreur et l'intolérance», a-t-il écrit.

Sur Instagram, on s’échange des visuels de templiers, un genou à terre sous une pluie de flèches fatimides en appelant à la croisade «car Dieu le veut», reprenant l’expression des croisés du XIe siècle. «Allez tous crever», «ils auront ma haine», «soit ils nous écrasent, soit nous les écrasons», «il faut maintenant passer à l’action», «si un de mes amis chasseurs a une carabine en trop… c’est pour un ami»… Autant de messages diffusés par des comptes de militants ou d’organisations radicales qui appellent à la vengeance et que Libération a pu consulter. A la vengeance contre qui ? Un internaute résume le point de vue de ces islamophobes convaincus par : «Quel est le lien entre un musulman radicalisé et un musulman modéré ? Un musulman radicalisé veut vous assassiner tandis qu’un musulman modéré veut qu’un musulman radicalisé vous assassine.» Le jeu macabre des jihadistes, qui souhaitent par leurs attaques déclencher une riposte (étatique ou non) contre les musulmans afin de provoquer une guerre civile, est ainsi fait.

La France sous le choc au lendemain de l'attentat jihadiste de Nice

  La France sous le choc au lendemain de l'attentat jihadiste de Nice Le président Emmanuel Macron réunit vendredi un conseil de défense au lendemain de l'attentat jihadiste contre une église de Nice qui a fait trois morts, laissant le pays sous le choc au premier jour du reconfinement décrété pour faire face à l'épidémie de Covid-19. Cible de deux attaques jihadistes sur son sol en moins de deux semaines, La France réunit vendredi un conseil de défense. Mi-octobre un professeur de collège de la région parisienne, Samuel Paty, avait été décapité par un islamiste d'origine russe tchétchène lui reprochant d'avoir montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves. M.

«Guerre civile»

Déjà l’attentat contre Samuel Paty avait provoqué des réactions similaires. Un homme avait appelé à «cramer» la mosquée de Béziers en représailles (il sera jugé en correctionnelle en janvier prochain). Des fidèles musulmans d’une commune de l’Eure avaient reçu un message menaçant de leur faire «payer pour la mort de Samuel». D’autres sur des forums islamophobes et antisémites annoncent «attendre le prochain live dans une mosquée comme on attend le messie». Une référence à l’attentat perpétré par le suprémaciste blanc Brenton Tarrant contre des mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande (mars 2019, 51 morts).

Au sein de l’extrême droite institutionnelle, les discours sont plus mesurés mais ils n’en restent pas moins radicaux. Jean Messiha, coutumier du fait, s’est fendu d’un amalgame entre «immigration et insécurité et immigration et terrorisme islamique». Depuis l’assassinat de Samuel Paty, le cadre du Rassemblement national multiplie les charges contre les musulmans vivants en France, au point d’être rappelé à l’ordre ce vendredi matin sur BFM par Marine Le Pen, qu’elle seule décidait «de la ligne du Rassemblement national», demandant de ne pas confondre «les islamistes et nos compatriotes musulmans». Débordée par sa droite au sein de son parti, elle l’est également par sa nièce, Marion Maréchal, qui a elle aussi évoqué jeudi dans une vidéo postée sur son compte Instagram la possibilité «d’une guerre civile».

Attentat à Nice : un mineur de 17 ans toujours en garde à vue .
Un mineur de 17 ans était toujours entendu, dans le cadre de l'enquête sur l'attaque mortelle au couteau dans la basilique de Nice. © REUTERS/Eric Gaillard La garde à vue d'un Tunisien de 29 ans, interpellé mardi dans le Val-d'Oise dans l'enquête sur l'attaque mortelle au couteau dans la basilique de Nice, a été levée jeudi tandis qu'un mineur de 17 ans était toujours entendu, a-t-on appris de source judiciaire.

usr: 30
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