•   
  •   

France Loi de sécurité globale: tensions autour de Reporters sans frontières

02:45  27 novembre  2020
02:45  27 novembre  2020 Source:   liberation.fr

Loi sur la « sécurité globale » : Pourquoi les débats sur l’encadrement des drones s’annoncent tendus à l’Assemblée

  Loi sur la « sécurité globale » : Pourquoi les débats sur l’encadrement des drones s’annoncent tendus à l’Assemblée Les députés examinent à partir de ce mardi soir la proposition de loi sur la « sécurité globale », portée par deux députés de la majorité © Mathieu Pattier/SIPA Des manifestants se sont réunis à Rennes ce mardi 17 novembre pour protester contre la proposition de loi sur la sécurité globale. SURVEILLANCE - Les députés examinent à partir de ce mardi soir la proposition de loi sur la « sécurité globale », portée p Un goéland qui chasse un drone.

Reporters sans frontières assure la promotion et la défense de la liberté d'informer et d'être informé partout dans le monde. L'organisation, basée à Paris, compte des bureaux à l'international (Berlin, Bruxelles, Genève, Madrid, Stockholm, Tripoli, Tunis, Vienne et Washington DC)

Gérald Darmanin évoquera aussi l'article 24 de la proposition de loi sur la « sécurité globale », qui concentre les critiques. Des manifestations sont prévues samedi contre cette disposition qui vise à encadrer la diffusion d'images des forces de l'ordre.

Des photographes de presse manifestent le 21 novembre à Marseille contre le projet de loi sécurité globale. © CLEMENT MAHOUDEAU Des photographes de presse manifestent le 21 novembre à Marseille contre le projet de loi sécurité globale.

La coordination des opposants à la loi voit d'un mauvais œil l'arrivée de l'ONG dans les discussions avec le gouvernement.

Reporters sans frontières est-il l’invité gênant de l’opposition à la loi de sécurité globale ? La scène se déroule lundi soir. Regroupés devant le ministère de l’Intérieur avant de rencontrer Gérald Darmanin, les quinze représentants de la coordination #StopLoiSécuritéGlobale attendent en groupe avant d’entrer. Parmi eux, on retrouve aussi bien Emmanuel Poupard du Syndicat national des journalistes qu’Arié Alimi de la Ligue des droits de l’homme, Jean-Baptiste Garat de la société des journalistes du Figaro, que Taha Bouhafs au nom du collectif Reporters en colère, le documentariste David Dufresne pour la Société des réalisateurs de films que le père de Cédric Chouviat, représentant les victimes de violences policières. Un front commun bigarré qui a notamment organisé un rassemblement place du Trocadéro à Paris le samedi précédent, réunissant 7 000 personnes.

Loi sur la sécurité globale : « On va empêcher les journalistes de travailler », alerte le SNJ

  Loi sur la sécurité globale : « On va empêcher les journalistes de travailler », alerte le SNJ La proposition de loi Sécurité globale, qui prévoit de pénaliser la diffusion d’images de forces de l’ordre en intervention, fait bondir Dominique Pradalié, la secrétaire générale du Syndicat national des journalistes (SNJ) © Mathieu Pattier/SIPA Des manifestants se sont réunis à Rennes ce mardi 17 novembre pour protester contre la proposition de loi sur la sécurité globale.

Le Premier ministre Jean Castex annonce, devant les députés, qu'il saisira lui-même le Conseil constitutionnel sur l'article 24 de la proposition de loi controversée de " sécurité globale " qui vise à pénaliser la diffusion malveillante de l'image des policiers.

© Copyright 2020, L'Obs. La manifestation prévue samedi 28 novembre à Paris contre la loi « Sécurité globale » a été interdite mardi 24 novembre par un arrêté du préfet de police Didier Lallement en raison de la crise sanitaire, nous apprend le site du « Figaro ».

Voilà que se pointe Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. «Mais qu’est-ce que tu fais là ?», lui renvoie la délégation. Il n’aurait pas reçu le mémo : à l’origine, une réunion était bien prévue entre le ministre de l’Intérieur et des organisations représentant les journalistes dont RSF. La semaine précédente en effet, une première liste d’invités comportait les quatre syndicats de journalistes, l’Alliance de la presse d’information générale, une association de journalistes spécialisés sur les questions de sécurité et Christophe Deloire. Cependant, entre-temps, la donne avait changé, la coordination avait mis un veto si n’étaient pas intégrés des représentants de la société civile comme la LDH ou Christian Chouviat. Le collectif plaide en effet que l’enjeu de la loi sécurité globale dépasse la simple question de la liberté de la presse. Finalement, le ministère de l’Intérieur autorisera la coordination à venir, avec quinze représentants. RSF n’en faisant pas partie, le nom de Deloire n’était pas sur la liste.

EN IMAGES. Loi "sécurité globale": des milliers de manifestants à Paris, Lille, Rennes...

  EN IMAGES. Loi Les manifestants ont en particulier pris pour cible la mesure pénalisant la diffusion de l'image des forces de l'ordre si elle porte "atteinte" à leur "intégrité physique ou psychique".

François Bayrou, haut-commissaire au Plan et président du MoDem, réagit jeudi au vote mardi par l'Assemblée nationale du texte controversé de la loi Sécurité globale et l'interdiction de diffusion des images de policiers dans un but malveillant, sa mesure phare.

Le vote solennel de la loi sécurité globale doit avoir lieu ce mardi à l'Assemblée nationale, mais son texte est toujours aussi contesté. La protestation redouble encore après la diffusion des images de l'évacuation violente d'un camp de migrants Place de la République à Paris lundi soir.

RSF contre les journalistes de terrain

L’organisme de défense de la liberté de la presse est vu d’un mauvais œil par une bonne partie de la délégation. Elle lui reproche une certaine tiédeur initiale dans son opposition à la loi sécurité globale. Dans un tweet, le 3 novembre, RSF semblait ainsi défendre en l’état le texte du fameux article 24 du projet de loi face à l’interprétation qu’en faisait Darmanin sur le plateau de RMC. Devant les propos du ministre de l’Intérieur, qui affirmait que «la loi prévoira l’interdiction de la diffusion des images des policiers (sur les réseaux sociaux)», RSF rétorquait que «cela ne correspond pas au texte de la PPL qui vise à sanctionner la diffusion, si elle est faite avec une intention de nuire».

Après avoir été interpellé par différents journalistes, RSF a tenté de s’expliquer plus en longueur le lendemain, semblant se rendre compte dans le même temps de la dangerosité du texte. «Qu’un organisme comme RSF n’ait pas compris tout de suite les dangers de la loi sécurité globale, c’est un problème», regrette ainsi David Dufresne. Depuis, Reporters sans frontières et Christophe Deloire sont montés progressivement au front sur le sujet. Le secrétaire général a même brièvement pris la parole samedi place du Trocadéro.

Loi « Sécurité globale ». Que contient le texte controversé que les députés ont adopté ?

  Loi « Sécurité globale ». Que contient le texte controversé que les députés ont adopté ? Au-delà de l’article 24 sur la diffusion d’images des forces de l’ordre, la loi Sécurité globale, adoptée ce mardi 24 novembre 2020 par l’Assemblée nationale, contient de nombreuses autres mesures. Des nouvelles prérogatives pour la police municipale à la sécurité privée en passant par les drones, tour d’horizon de ce que ce texte de loi controversé devrait changer. Les députés ont adopté, ce mardi 24 novembre, en première lecture la loi Sécurité globale : 388 voix pour, 104 contre. Le texte, loin de faire l’unanimité au sein même de la majorité, doit encore passer devant les sénateurs, qui pourraient amender certains de ses trente-deux articles.

En revanche, si la marche est interdite entre entre la place de la République et la place de la Bastille, le rassemblement "peut se tenir place de la République à Paris", selon l'arrêté de la préfecture. © Fournis par Franceinfo.

Sécurité globale : Daubresse « veut s'orienter vers une réécriture complète » de l'article 24. Après son adoption à l’Assemblée nationale, quel avenir pour la proposition de loi relative à la sécurité globale et son sulfureux article 24, introduit pour protéger les forces de l’ordre d’utilisation malveillantes

Mais plus largement, la fracture entre RSF et une partie des journalistes français semble s’être approfondie depuis plusieurs années. Des reporters de terrain alertant sur les violences policières comme Taha Bouhafs ou Gaspard Glanz lui reprochent de ne pas leur être venu en secours lorsqu’ils ont été maltraités par les forces de l’ordre, notamment pendant les gilets jaunes. «Ils ne disaient rien quand on recevait des rafales de LBD», résume Bouhafs à Libération. Mercredi soir, Bouhafs, Glanz et d’autres journalistes spécialistes des conflits sociaux ont ainsi compilé sur Twitter leurs griefs à l’encontre de Christophe Deloire et de RSF, allant parfois jusqu’à l’insulte : proximité avec le pouvoir, non-reconnaissance de leur statut de journaliste, financement par des subventions publiques…

Un peu plus tard dans la soirée, l’organisation de défense des journalistes a paradoxalement indiqué dans un tweet vouloir attaquer en justice les deux journalistes. RSF s’est ensuite défendue en affirmant que les subventions publiques correspondaient «à moins de 15% du budget de l’organisation», tout en compilant ses travaux sur la liberté de la presse en France depuis cinq ans.

"Sécurité globale" : pas à pas, le gouvernement contraint au recul sur l'article 24

  Le Premier ministre a annoncé jeudi soir qu'une commission serait chargée de réécrire la disposition la plus polémique du projet de loi sur la sécurité globale. © afp.com/Ludovic MARIN Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, le 20 octobre 2020 à Bobigny C'est le volet qui cristallise la majorité des critiques, au coeur d'un texte prompt à déclencher les polémiques. L'article 24 du projet de loi sur la sécurité globale est peu à peu vidé de sa substance, une semaine après son vote à l'Assemblée nationale, en attendant validation par le Sénat.

Dénonciations extrémistes


Vidéo: Projet de loi sur la sécurité globale : «Une manière d’intimider les journalistes» (Dailymotion)

Joint par Libération, Christophe Deloire répond aux attaques : «Pendant très longtemps, RSF n’a pas travaillé sur la France. On le fait depuis près de dix ans, sous l’impulsion de mon prédécesseur. Mais RSF est une organisation qui a des bureaux dans 14 pays. Je négocie avec des dirigeants dans le monde entier, pas qu’avec Macron. […] Les dénonciations extrémistes qu’on a subies, c’est de la critique facile de ceux qui se contentent de gueuler face à ceux qui bossent».

Pour David Dufresne, la fracture entre RSF et les journalistes de terrain comme Bouhafs et Glanz est nette. Selon lui, l’organisation semble vouloir continuer de ne pas reconnaître le travail de ces reporters qu’elle estime trop militants ou trop véhéments : «RSF a du retard à l’allumage là-dessus. Ces reporters renouent avec le sel de la profession, d’avant les écoles de journalisme, où le métier s’apprenait par la pratique. J’ai prévenu RSF depuis des mois qu’il y avait une fracture, ils n’en ont manifestement pas tenu compte», se révolte Dufresne.

Proximité avec le gouvernement

Les reproches ne s’arrêtent pas là. Dans les faits, Reporters sans frontières semble avoir plus un rapport de lobbying avec le gouvernement que les syndicats de journalistes. L’ONG a notamment été associée par le ministère de l’Intérieur à l’élaboration du nouveau schéma national du maintien de l’ordre (SNMO) publié en septembre. Un texte là aussi décrié par une grande partie de la profession pour de potentielles entraves à la liberté d’informer.

Loi « sécurité globale » : Où sont prévus les rassemblements ce samedi ?

  Loi « sécurité globale » : Où sont prévus les rassemblements ce samedi ? L’opposition au texte est désormais exacerbée par une série d’affaires de violences policières © FREDERIC SCHEIBER/SIPA Une pancarte brandie à Toulouse le 26 novembre 2020, dans une manifestation contre la loi « sécurité globale ». MANIFESTATION - L’opposition au texte est désormais exacerbée par une série d’af Restreindre la possibilité de filmer les forces de l’ordre. Telle est la mesure phare de la loi « sécurité globale », fortement controversée et qui fait descendre des milliers de citoyens dans la rue.

Le Syndicat national des journalistes, par la voix d’Emmanuel Poupard, regrette que «RSF, qui n’est pas dans les rédactions, soit consulté sur le SNMO, et pas la profession. RSF on respecte, on les rejoint sur des grandes causes comme la libération de Khaled Drareni (journaliste algérien emprisonné, ndlr), mais ils ne représentent pas la profession en France». Deloire plaide avoir pourtant introduit dans le SNMO une sensibilisation (à destination des forces de l’ordre) à la réalité du travail des journalistes pendant les manifestations et avoir envoyé une note dénonçant le principal point de tension du texte : l’accréditation de journalistes auprès de la préfecture pour couvrir des manifestations.

Dans une tribune publiée jeudi par le Monde, il expose les demandes de RSF au ministère de l’Intérieur et avance l’idée de la publication d’une «circulaire sur le rôle des journalistes dans les manifestations» pour clarifier la situation. Sur la question de la légitimité de RSF enfin, Deloire argue: «Chacun sa légitimité : les syndicats ont les journalistes qui les élisent. Nous… (on a), on a pour nous d’être une organisation internationale, avec un statut consultatif à l’ONU, et qui obtient des résultats.»

Fracture

Lundi, la fracture entre Reporters sans frontières et la coordination d’opposants s’est traduite concrètement par le refus de cette dernière de laisser rentrer RSF dans sa réunion avec Gérald Darmanin. Christophe Deloire n’était de toute façon pas sur la liste. Simple oubli du ministère de l’Intérieur ? Deloire s’était-il invité lui-même ? Le secrétaire général de RSF plaide le quiproquo : «Je n’ai pas été averti. Je me pose la question : pourquoi le ministère de l’Intérieur a joué ce jeu ?»

Loi « Sécurité globale » : des tensions éclatent dans la manifestation parisienne

  Loi « Sécurité globale » : des tensions éclatent dans la manifestation parisienne Des manifestants ont dressé des barricades face aux forces de l’ordre et jeté des projectiles. Plusieurs milliers de personnes défilent en France contre le texte de loi « Sécurité globale ». Des manifestants ont dressé samedi 28 novembre quelques barricades face aux forces de l’ordre et jeté des projectiles en marge de la manifestation parisienne contre la proposition de loi « Sécurité globale » et les violences policières.

Après un coup de téléphone, le ministère de l’Intérieur aurait rajouté, à la main, le nom de Christophe Deloire sur la liste avant de le laisser entrer. Finalement, il est seulement reçu par un conseiller du ministre. Dans le même temps, la coordination s’assoit face à Darmanin. La réunion tourne court, la délégation claquant la porte après avoir déclaré s’être heurtée au «déni» du ministre.

Le collectif demande dans la foulée à être reçu par Jean Castex. Le Premier ministre accepte: la réunion était prévue jeudi à 17 heures. Mais les interlocuteurs sont choisis, Matignon avançant que les conditions sanitaires ne permettent pas d’étendre l’invitation. Notamment à des représentants de la société civile comme le voudrait la coordination. «On a pourtant été reçu à quinze lundi à Beauvau», rétorque David Dufresne. Parmi les invités initialement prévus : quatre représentants de la coordination (les quatre syndicats représentatifs de journalistes), quatre syndicats patronaux d’éditeurs de presse (Alliance, Spiil, FNPS et SEPM), Jérôme Bouvier, directeur de l’association Journalisme & Citoyenneté, et… RSF.

Les syndicats de journalistes annoncent finalement leur boycott de la réunion jeudi après l’interdiction de la «Marche des libertés» prévue samedi à Paris, transformée en simple rassemblement place de la République. Deloire s’est lui rendu à Matignon à 17 heures, son nom étant bien sur la liste cette fois. Une réunion à laquelle, en définitive, aucun journaliste ne participait. A sa sortie, Christophe Deloire a transmis sur Twitter la volonté de Jean Castex de créer une commission indépendante pour statuer sur l’article 24 de la loi sécurité globale. Il affirme également avoir soulevé la question des violences policières contre les journalistes auprès du Premier ministre qui «s’est engagé à améliorer concrètement la situation», sans préciser par quels moyens.

Suffisant pour le collectif #StopLoiSécuritéGlobale ? Absolument pas : «Tout ça pour ça !», débute leur communiqué publié jeudi soir, en réaction aux annonces de Castex. Ils dénoncent une «opération de communication et de diversion» avec cette réunion sans journalistes et continuent d'exiger le retrait des articles 21, 22 et 24 de la loi sécurité globale ainsi que le SNMO. La coordination affirme aussi avoir déposé un référé-liberté après l'interdiction préfectorale de leur défilé prévu samedi à Paris et continue d’appeler à «passer outre l'interdit» en maintenant cette marche. D'autres manifestations sont par ailleurs prévues à travers la France ainsi qu'à Berlin et La Haye.

Loi « sécurité globale » : La « Marche des libertés » a réuni plus de 40.000 personnes à Paris entre « honte » et « inquiétude » .
Une semaine après une mobilisation nationale d’ampleur contre la proposition de loi « sécurité globale », des dizaines de milliers de manifestants ont participé à la « Marche des libertés » à Paris et dans plusieurs villes de France © Tom Hollmann Marche des libertés contre la proposition de loi "sécurité globale", à Paris, samedi 28 novembre MANIFESTATION - Une semaine après une mobilisation nationale d’ampleur contre la proposition de loi « sécurité globale », des dizaines de milliers de manifestants ont participé à la « Marche des libertés » à Paris et d « Traumatisme ».

usr: 9
C'est intéressant!