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France Le bio n'est "pas la solution miracle" : cette famille a préféré l'agriculture raisonnée

09:20  01 mars  2021
09:20  01 mars  2021 Source:   europe1.fr

Budget participatif de la région : le Val-de-Marne veut du vélo et de la biodiversité

  Budget participatif de la région : le Val-de-Marne veut du vélo et de la biodiversité Budget participatif de la région : le Val-de-Marne veut du vélo et de la biodiversitéCinq thèmes sont mis en avant cette année : biodiversité, vélo, propreté, énergie et santé. L'Île-de-France a sélectionné 722 propositions viables, en attente des votes des Franciliens. « C'est un chèque en blanc, explique la région. On dit aux Franciliens qu'on est prêt à mettre les moyens et que c'est à eux de se mobiliser ».

Au moment de reprendre l'exploitation familiale de Saint-Philbert-des-Champs, dans le Calvados, Nicolas de Radiguès, aidé par sa mère Isabelle, a songé à passer au bio. Avant d'opter pour une activité © Margaux Lannuzel/Europe 1 Au moment de reprendre l'exploitation familiale de Saint-Philbert-des-Champs, dans le Calvados, Nicolas de Radiguès, aidé par sa mère Isabelle, a songé à passer au bio. Avant d'opter pour une activité "raisonnée", compromis entre la volonté de limiter son impact environnemental et la nécessité d'un modèle économique stable.

"Quand je vais à des dîners et qu'il y a des invités qui ne me connaissent pas, je ne dis pas tout de suite que je suis agricultrice", sourit Isabelle de Radiguès. C'est vrai qu'en rencontrant la quinquagénaire, yeux bleus, long carré gris et accent conservé de sa Belgique natale, on pourrait lui attribuer mille autres professions. "Et quand je finis par me dévoiler en annonçant que je suis paysanne, souvent, ils demandent : 'ah, vous faites du bio ?'. Comme si c'était la seule manière acceptable de faire ce métier." L'illustration parfaite, selon elle, d'une "méconnaissance de la réalité".

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  PORTRAIT. André Pochon, le vieil homme et la terre À 89 ans, André Pochon a vécu tous les changements de l’agriculture. Il en a été un acteur passionné, prônant toute sa vie les vertus de l’herbe, de l’autonomie et de l’agriculture durable. Le visage barré d’un éternel sourire, André Pochon a l’enthousiasme communicatif. Et on imagine aisément qu’il ait pu convaincre des paysans, scientifiques et politiques de la pertinence de l’herbe. Il en a fait six livres. Il a parcouru la France et différents pays du monde pour expliquer comment on peut vivre de la terre en privilégiant la prairie.

Toute la semaine, en lieu et place du salon de l'agriculture, annulé en raison de la pandémie de Covid-19, Europe 1 va dans le salon des agriculteurs, à la rencontre de celles et ceux qui nous nourrissent. Lundi 1er mars, Sébastien Krebs présente le 5-7 en direct de la ferme de Forge, l'exploitation d'Isabelle de Radiguès. >>Ecoutez Europe matin en direct ici.

"En termes de pesticides, le pire est derrière nous"

Isabelle de Radiguès, elle, sait de quoi elle parle. Installée à Saint-Philbert-des-Champs (Calvados) au début des années 1980 avec son mari, elle a travaillé à ses côtés selon un modèle conventionnel pendant plusieurs décennies. Pour l'exploitation laitière - nécessitant de produire du maïs pour nourrir les vaches - mais aussi la culture des céréales, le couple a utilisé des produits "parfois atroces", réalise-t-elle avec le recul. "On ne peut pas nier les choses. Regardez les agriculteurs qui ont des cancers. Ils ont souvent la soixantaine, c'est la génération qui a traité comme ça."

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A l'époque, la famille - le couple a eu quatre enfants en Normandie - peinait à joindre les deux bouts et à amortir le coût des investissements et des différentes mises aux normes. "Pour prendre des risques et se poser des questions, il faut une situation relativement saine. Nous, on a fait ce qu'on nous disait", dans une course aux rendements jamais vraiment gagnée. "On faisait l'ensilage du maïs à la machine, sans rien de manuel, par exemple. Aujourd'hui, je me dis que si on avait passé un petit coup de balai après, à la main, peut-être qu'on aurait eu moins de pertes."

Mais les choses ont changé, assure-t-elle, assise dos à la cheminée de la salle à manger de la maison familiale. "C'est bien simple, il suffit d'écouter." On s'exécute, sans rien entendre d'autre que le chant des oiseaux. Rien d'exceptionnel à la campagne ? "Eh bien si. Il y a 35 ans, on ne les entendait pas." L'agricultrice y voit l'une des preuves qu'"en termes de pesticides, le pire est derrière nous". Grâce à l'interdiction successive de produits établis comme dangereux, mais aussi à l'évolution des pratiques des exploitants.

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Le bio ? "J'en ai parlé sur un ton presque provocateur"

En 2017, Nicolas de Radiguès, l'un des quatre enfants d'Isabelle, a pris la suite de son père, rentré en Belgique - sa mère est restée l'aider. "Il voulait changer beaucoup de choses." D'abord, mettre fin à l'élevage laitier, dont il avait vu ses parents devenir "esclaves" au fil des années, pour se concentrer sur les céréales. Mais aussi imaginer un modèle plus respectueux de l'environnement et en adéquation avec l'évolution des habitudes alimentaires. Pourquoi pas bio ?

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© Margaux Lannuzel/Europe 1

L'homme de 33 ans y a songé. "J'en ai même parlé au village, sur un ton presque provocateur", parce que le modèle d'exploitations agricoles toujours plus étendues et rentables n'a pas été abandonné par tous, loin de là. Mais les investissements nécessaires à la reprise - plusieurs machines achetées pour lui seul ou avec d'autres agriculteurs, à hauteur de 100.000 euros les deux premières années - ont poussé Nicolas de Radiguès à opter pour un modèle économique plus stable.

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  Faute de Salon cette année, les agriculteurs invitent les Français à la ferme Pour compenser l'annulation du Salon de l'Agriculture en raison de la situation sanitaire, 200 fermes à travers la France accueillent ce week-end, à l'initiative de la Confédération paysanne, les visiteurs pour les sensibiliser aux métiers du monde agricole et échanger sur la transition alimentaire. Il devait débuter ce samedi mais, Covid-19 oblige, il n'y aura pas de Salon de l'Agriculture cette année. Les agriculteurs de la Confédération paysanne invite donc les Français à venir les voir ce week-end, directement sur leurs exploitations.

Car dans d'immenses champs de céréales - l'exploitation fait 180 hectares -, un parasite peut rapidement menacer toute la récolte. Parfois, on ne peut rien faire : la Normandie ne produit par exemple presque plus de féverole, menacée par la bruche, un coléoptère qu'aucun des insecticides aujourd'hui autorisés en France ne permet d'éradiquer. Dans d'autres cas, certains produits ou associations de cultures font l'affaire.

"On intervient seulement s'il le faut"

Pour les identifier, Nicolas de Radiguès fait appel à un agrofournisseur, Dominique Jacob. Un enfant du pays - désormais proche de la retraite -, qui accompagne des exploitants "conventionnels, raisonnés et quelques bio". Le soleil est au rendez-vous pour leur "tour de plaine" : un passage en revue régulier de l'état des différentes cultures pour adapter les traitements. "On intervient seulement s'il le faut", commente le spécialiste.

Il faudra ainsi traiter le blé, envahi par de mauvaises herbes dans certaines parcelles. Pas de problème pour le colza, en revanche. Nicolas de Radiguès l'a fait pousser avec du fenugrec, une légumineuse utilisée comme "plante compagne", avec pour seul rôle d'éloigner les insectes. "Je ne suis plus du tout convaincu que le bio est la solution miracle pour les grandes cultures", analyse avec le recul celui qui est installé depuis plus de quatre ans - il s'en était donné cinq pour parvenir à stabiliser son activité.

« La Ferme préférée des Français » : l’agriculture de demain germe aussi au Bec-Hellouin

  « La Ferme préférée des Français » : l’agriculture de demain germe aussi au Bec-Hellouin Connue depuis 2006 comme un laboratoire agricole à ciel ouvert très respectueux de l’environnement, la ferme du Bec-Hellouin, dans l’Eure, se tourne vers la recherche, ciblant une agriculture résiliente. Elle participe à l’émission « La Ferme préférée des Français », diffusée sur « France 3 ». La ferme du Bec-Hellouin, dans l’Eure, est à l’image de l’abbaye Notre-Dame-du-Bec toute proche : préservée, apaisée, bienveillante. Et pour Charles et Perrine Hervé-Gruyer, ses propriétaires, la sélection de leur exploitation par France 3 dans l’émission La Ferme préférée des Français semble presque anecdotique.

"Je suis plus dans une optique de diminution du travail du sol, pour ne plus détruire la vie des micro-organismes chaque année. Mais aussi pour moins de coûts de labour et de fioul." Sa situation financière assainie, le jeune agriculteur se permet des essais inimaginables à l'époque de ses parents. Sur une parcelle de pommes de terres, qu'il loue à des patatiers de Caen, il a replanté du blé directement, sans attendre ni travailler la terre. "On verra bien ce que ça va donner. On fait des essais et on s'en parle entre agriculteurs, pour voir ce qui se développe le mieux."

"On doit rembourser beaucoup plus pour le même rendement"

Quand on remet le bio sur le tapis, Dominique Jacob esquisse, lui, toujours un petit sourire de celui qui sait. Pour ce qui est des céréales, "dans nos régions humides en hiver, on ne sait tout simplement pas faire en termes de désherbage", assure-t-il. Pour les autres activités agricoles, "une fois que l'on a fini toute sa phase de remboursement, ça peut rouler. Mais pour les jeunes, l'installation coûte systématiquement très cher."

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© Margaux Lannuzel/Europe 1

Nicolas de Radiguès a eu la chance de prendre la suite de son père. "Pour les autres, la reprise, c'est-à-dire l'équivalent du pas-de-porte pour un commerce, est de 10.000 à 15.000 euros par hectare en moyenne. Et vu la taille des structures, beaucoup plus étendues qu'il y a quarante ans, on doit rembourser beaucoup plus pour le même rendement. Dans ces conditions-là, le bio n'est pas une option."

"Vous avez remarqué, c'est un sujet un peu sensible", tempère Isabelle de Radiguès. "Mais c'est parce qu'on se sent parfois un peu pointés du doigt. Moi, les jeunes qui s'installent en bio, j'admire leur courage", lâche-t-elle. "Il faut juste arrêter de considérer que tous les autres sont des pollueurs. Le modèle français n'est pas si néfaste, il y a des améliorations." Dans le verger où la famille produit des pommes à cidre - 8 tonnes cette année -, plus aucun produit phytosanitaire n'a été employé depuis trois ans. "On mettait du glyphosate, et aujourd'hui, les orchidées sont revenues. Vous voyez bien que ça ne tue pas tout."

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Avec ses marques « Les 2 Vaches » et « Faire bien », la filiale bio de Danone affiche une hausse 19 % de son chiffre d’affaires en 2020. Encore une année faste pour les « Prés rient bio ». La petite filiale bio de Danone, qui commercialise principalement la marque de yaourts « Les 2 Vaches », a affiché l’an dernier une croissance de ses ventes de 19 %. Un beau succès après une année 2019 déjà record (+ 23 %). Avec un chiffre d’affaires porté à 65 millions d’euros, les « Prés rient bio » conforte leur place « de numéro 1 français dans l’ultrafrais bio », selon son directeur général, Christophe Audouin.

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