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France Traitement contre le Covid-19 : y a-t-il un conflit d’intérêt entre le labo Lilly et certains conseillers du gouvernement ?

13:10  02 mars  2021
13:10  02 mars  2021 Source:   liberation.fr

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Au siège du laboratoire Lilly, à Indianapolis, aux Etats-Unis, en mai. © David Morrison Au siège du laboratoire Lilly, à Indianapolis, aux Etats-Unis, en mai.

Dans la famille Cazeneuve, on demande la mère. Le 12 février, la branche française du laboratoire américain Eli Lilly a reçu, de la part de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), une autorisation d’utilisation pour le médicament Bamlanivimab, un anticorps monoclonal contre le Sars-CoV-2 en cours d’étude. Au sein du comité de direction, en charge de «l’accès national et régional et des nouveaux produits», comme l’indique le site du labo Lilly France, figure Béatrice Cazeneuve.

Un nom qui attire l’attention de plusieurs observateurs, en raison des nombreux liens familiaux supposés au sein de la majorité et de l’exécutif. Car si Béatrice Cazeneuve ne partage aucune parenté avec l’ex-Premier ministre Bernard, elle n’est autre que l’épouse du député LREM du Gers Jean-René Cazeneuve. Et la mère de deux conseillers proches de l’Elysée et de Matignon. Le premier, Pierre Cazeneuve, est conseiller municipal à Saint-Cloud, cofondateur du parti Allons enfants et conseiller technique, depuis septembre, auprès du chef de cabinet de la présidence de la République.

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Matignon, ARS et McKinsey

La seconde, Marguerite Cazeneuve, a occupé un poste stratégique pendant la réforme des retraites, entre l’Elysée et Matignon, en tant que conseillère technique en charge de la protection sociale et des comptes sociaux. Depuis le mois de juillet, elle est cheffe de pôle santé, solidarités et protection sociale auprès du Premier ministre. En outre, Marguerite Cazeneuve est l’épouse d’Aurélien Rousseau, patron de l’agence régionale de santé (ARS) Ile-de-france. Enfin, elle est passée, en 2013, par le cabinet de conseil en stratégie McKinsey, auquel l’exécutif a fait appel au sujet de la campagne de vaccination, dans le contexte d’un accord-cadre signé en 2018.

Autant de connexions qui en laissent plus d’un songeurs, certains s’interrogeant devant l’omniprésence de la famille Cazeneuve dans les sphères de pouvoir, d’autres n’hésitant pas à parler de «complet scandale». Pour eux, ce traitement aurait obtenu une validation précoce des autorités de santé et surtout bénéficié de commandes massives, alors même que les études cliniques ne sont pas terminées, en raison de conflits d’intérêts évidents.

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CheckNews a contacté le laboratoire Lilly France. Ce dernier nous assure que ni Béatrice Cazeneuve, d’une part, ni ses enfants et son mari, d’autre part, n’ont été impliqués dans le dossier Bamlanivimab : «L’octroi de l’autorisation ayant permis la mise à disposition du Bamlanivimab repose sur une procédure médico-réglementaire. De par ses responsabilités, Béatrice Cazeneuve n’a pas été impliquée dans les discussions relatives à cette autorisation, et plus largement sur le dossier Bamlanivimab. Elle est en charge de l’accès au marché des médicaments ayant obtenu une autorisation de mise sur le marché, ce qui n’est pas le cas ici. S’agissant de son mari, la délivrance d’une autorisation ne fait pas partie de ses attributions de parlementaire et relève de l’ANSM, établissement public soumis à des règles déontologiques. S’agissant de ses enfants, ni l’un ni l’autre ne sont intervenus sur ce dossier.»

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Côté Matignon, où travaille Marguerite Cazeneuve, on indique à Libération : «Nous réfutons tout conflit d’intérêts, dans la mesure où Marguerite Cazeneuve a proactivement déclaré les activités de sa mère et un déport de tous les sujets ayant trait aux traitements pharmaceutiques a été acté.» Libération a en effet pu consulter une lettre de Marguerite Cazeneuve en date du 23 juillet dans laquelle elle informe son directeur de cabinet qu’elle «s’abstiendra de connaître tout dossier ayant trait au groupe pharmaceutique Lilly», ainsi qu’une saisine de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).

La réponse de cette dernière lui donne un avis favorable : «Un déport sur l’ensemble du secteur des produits de santé apparaît excessif. En revanche, [Marguerite] Cazeneuve devra continuer à se déporter de toute décision ou discussion relative à une mission ou une prestation au profit de l’Etat pour laquelle une société du groupe Lilly serait candidate, directement ou indirectement, quel que soit le produit de santé concerné. […] Au regard des éléments communiqués, [Marguerite] Cazeneuve peut donc piloter la stratégie du cabinet du Premier ministre en rapport avec les vaccins et les tests Covid-19 tant que le groupe Lilly n’intervient pas, directement ou indirectement, dans ces deux domaines.» Ce qui n’est effectivement pas le cas puisque, rappelons-le, les laboratoires Lilly travaillent sur un anticorps et non un vaccin. Selon les documents que nous avons consultés, un premier déport avait été organisé dès 2017 et sa prise de fonction auprès d’Edouard Philippe.

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Enfin, concernant les anciennes activités de Marguerite Cazeneuve au sein du groupe McKinsey, Matignon détaille que ces liens ont été déclarés en 2017 auprès de la HATVP, qui n’a alors pas demandé de déport. En outre, les services du Premier ministre indiquent qu’il n’y a «aucun lien de quelque nature que ce soit entre Marguerite Cazeneuve et son ancien employeur et que Matignon n’a pas de contrat direct avec McKinsey».

Procédure classique

Concernant la procédure d’autorisation en elle-même, il apparaît que le Bamlanivimab a suivi un parcours relativement classique. En effet, l’ANSM n’a pas délivré à Lilly France une autorisation de mise sur le marché (AMM) mais une autorisation temporaire d’utilisation dite de cohorte (ATUc). Il s’agit d’une autorisation délivrée sous plusieurs conditions : lorsque ces spécialités pharmaceutiques «sont destinées à traiter, prévenir ou diagnostiquer des maladies graves ou rares», lorsqu’il «n’existe pas de traitement approprié disponible sur le marché» et, enfin, lorsque «leur efficacité et leur sécurité d’emploi sont présumées en l’état des connaissances scientifiques et [que] la mise en œuvre du traitement ne peut pas être différée», indique le site de l’ANSM.

L’agence, à l’heure où nous publions cet article, n’a pas encore répondu à nos questions, mais plusieurs documents concernant le Bamlanivimab sont en accès libre. Ainsi, l’ANSM, dans le protocole d’utilisation thérapeutique et de recueil d’informations mis en place le 26 février, justifie la délivrance de l’ATUc par le fait qu’«à ce jour, aucun anticorps monoclonal tel que le Bamlanivimab ne dispose d’une autorisation de mise sur le marché pour le traitement de la maladie Covid-19. La maladie est le plus souvent bénigne dans la population générale, mais peut s’aggraver et entraîner une mise en en jeu du pronostic vital chez certains groupes de patients au regard de leur immunodépression, de leur âge avancé ou de leurs comorbidités».

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En clair, donc, une ATUc permet l’utilisation à titre exceptionnel d’une spécialité pharmaceutique ne bénéficiant pas d’une AMM, dans un contexte d’urgence. Ce qui semble correspondre au profil du Bamlanivimab.

Des bases scientifiques fragiles

Demeure la question des commandes. Lors d’un point presse jeudi, Olivier Véran a annoncé que «quelque 83 centres hospitaliers ont déjà reçu des milliers de doses de ce traitement, qui pourra commencer à être administré avec prudence, initialement dans un cadre hospitalier pour des patients âgés de 80 ans et plus ou qui ont des troubles de l’immunité». Si les patients ciblés par l’administration de ce traitement correspondent aux profils recommandés par l’ANSM, la rapidité des commandes et le nombre de centres hospitaliers déjà desservis ont de quoi étonner.

En effet, les bases scientifiques concernant l’efficacité du Bamlanivimab demeurent fragiles. Une étude clinique de phase 2, encadrée par l’octroi de l’ATUc, est bien en cours, mais rien n’indique, pour l’instant, que le médicament constituera une réussite thérapeutique. Ses résultats seront étroitement suivis par l’ANSM, au moyen de remontées de rapports de synthèse mensuels obligatoires transmis par le laboratoire. Mais là encore, il ne s’agit pas d’une garantie de réussite.

La Société française de pharmacologie et de thérapeutique (SFPT) se montre, elle, franchement sceptique quant à l’issue des essais, après avoir observé les données d’évaluation clinique. Dans un communiqué publié lundi, elle explique : «Cette étude de phase 2 a été correctement conçue et réalisée, mais, comme toutes les études de phase 2, sa finalité est purement exploratoire et n’est pas de démontrer l’intérêt clinique du traitement évalué. […] Au total, […] cette étude expose à un risque non contrôlé de recommander à tort un traitement.» La SFPT ajoute même que «la gravité de cette pandémie et l’urgence à traiter les patients ne justifient en rien l’utilisation à but compassionnel de traitement dont le bénéfice n’est pas connu».

Le Monde indique que cette annonce de commandes sur ce médicament «est le fruit de réunions sur les traitements présidées depuis quelques semaines par le président de la République, Emmanuel Macron». «La France a décidé de se positionner sur les traitements innovants pour redonner un élan à la réponse à la crise sanitaire», leur ont ainsi indiqué les services de la présidence. Dans ce cadre, Pierre Cazeneuze, travaillant au cabinet du président de la République, a-t-il pu jouer un rôle ? Pour l’heure, nous n’en saurons pas plus. Malgré nos multiples relances, ni Pierre Cazeneuve ni les services de l’Elysée n’ont répondu à nos questions.

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