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France Euthanasie : droit de mourir ou paternalisme médical ?

05:50  08 avril  2021
05:50  08 avril  2021 Source:   liberation.fr

Euthanasie: 5 questions autour de la proposition de loi étudiée à l'Assemblée

  Euthanasie: 5 questions autour de la proposition de loi étudiée à l'Assemblée De quoi parle-t-on? Que contient cette loi? Pourquoi a-t-elle peu de chances de passer? Le Figaro répond à cinq questions concernant la proposition de loi pour une légalisation de l'euthanasie ce jeudi 8 avril à l'Assemblée nationale. » LIRE AUSSI - Ces médecins inquiets de la proposition de loi sur l’euthanasie

Lors d'une manif autour du cas Vincent Lambert, le 20 mai 2019 à Paris. © Kenzo Tribouillard Lors d'une manif autour du cas Vincent Lambert, le 20 mai 2019 à Paris.

Considérée pendant longtemps comme une excentricité du Benelux ou une exception helvétique, la dépénalisation de l’euthanasie est récemment devenue une réalité dans trois pays très proches culturellement du nôtre. En effet, la Cour constitutionnelle italienne, dans une décision du 25 septembre 2019, rend possible le suicide assisté. Au Portugal, le texte de loi du 29 janvier 2021 sur la «mort médicalement assistée» réserve l’euthanasie aux résidents âgés de plus de 18 ans qui en font la demande. En Espagne, la loi du 18 mars sur la régulation de l’euthanasie autorise à la fois cette technique (lorsque le médecin provoque la mort du patient) et le suicide médicalement assisté lorsque le patient prend lui-même la dose prescrite.

« L’enjeu de cette proposition de loi est de permettre l’euthanasie ou l’assistance au suicide dans des conditions assez strictes »

  « L’enjeu de cette proposition de loi est de permettre l’euthanasie ou l’assistance au suicide dans des conditions assez strictes » Un texte ouvrant le droit à une « assistance médicalisée active à mourir » pour des personnes souffrant d’une maladie incurable est examiné jeudi 8 avril à l’Assemblée. Le professeur Régis Aubry, spécialiste de l’éthique et de la fin de vie, a répondu à vos questions lors d’un tchat. © Fournis par Le Monde Dans l’unité de soins palliatifs de l’hôpital Paul-Brousse à Villejuif (Val-de-Marne), en mars 2015. L’Assemblée nationale examine jeudi 8 avril la proposition de loi du député Olivier Falorni pour une « fin de vie libre et choisie ».

Si l’euthanasie élargit à n’en pas douter le champ des libertés, elle demeure dans l’état actuel du droit très limitée. Il s’agit effectivement d’un palliatif permettant de mettre fin à «une souffrance intolérable» dans le contexte d’une «maladie grave et incurable» ou de douleurs «chroniques plaçant l’individu dans une situation d’incapacité». Aussi, des conditions strictes encadrent la démarche, toujours effectuée dans un environnement médical et avec un document rédigé par le patient sans pressions extérieurs.

En France, une proposition de loi «donnant et garantissant le droit à une fin de vie libre et choisie» est débattue jeudi à l’Assemblée nationale. Elle a le mérite, théoriquement, de placer la question dans la perspective des libertés fondamentales parmi lesquelles celle de «choisir sa mort». S’agit-il cependant vraiment d’un droit ?

Françoise Hardy et l'euthanasie : comment elle a aidé sa mère à mourir

  Françoise Hardy et l'euthanasie : comment elle a aidé sa mère à mourir Au micro de RTL, Françoise Hardy a confié comment elle avait aidé sa mère, atteinte de la maladie de Charcot, à mourir dans la dignité. Un témoignage fort alors que l'Assemblée nationale examinera ce 8 avril une proposition de loi en faveur de l'euthanasie active.La mère de Françoise Hardy a eu la maladie de Charcot, une maladie neurodégénérative grave qui se traduit par une paralysie progressive des muscles impliqués dans le mouvement. Elle affecte également la parole et la déglutition. "Le médecin de ma mère lui avait dit : 'Madame Hardy, le jour où vous le déciderez, vous me le dites et vous pourrez compter sur moi'. Il lui a envoyé, le jour où elle l’a décidé, un médecin hospitalier.

En Occident, deux grandes traditions s’affrontent à l’heure de trancher une question aussi sensible que controversée. D’une part, celle de la philosophie antique de la «bonne mort», résumée comme suit par Sénèque dans ses Lettres à Lucilius : «Je choisis moi-même mon bateau quand je m’embarque et la maison où je vais habiter ; j’ai le même droit de choisir le genre de mort, par où je vais sortir de la vie» ; prolongée des siècles plus tard par la pensée de John Stuart Mill lorsqu’il affirmait qu’il fallait «poursuivre son propre bien selon sa propre voie» et, d’autre part, celle de la tradition judéo-chrétienne qui refuse de voir une distinction entre euthanasie et meurtre. L’acceptation, voir l’encouragement des soins palliatifs par l’Eglise catholique, depuis Pie XII, est venue nuancer la condamnation théologique et donner une dimension compassionnelle à la question. C’est dans cette tradition qu’ont été adoptées en France un certain nombre de dispositions relatives à la fin de vie depuis la circulaire du 26 août 1986 relative à «l’organisation des soins et à l’accompagnement des malades en phase terminale» et, plus tard, la loi du 9 juin 1999 «visant à garantir le droit à l’accès aux soins palliatifs», jusqu’à la loi du 2 février 2016 en passant par la loi Kouchner de 2002 et loi Leonetti de 2005. L’esprit de tous ces textes pourrait se résumer comme suit : mieux vaut respecter la vie du patient plutôt que sa volonté de mourir.

Françoise Hardy en colère contre Emmanuel Macron : "Le fait qu'il ne soit pas pour la légalisation de l'euthanasie me déçoit au plus haut point"

  Françoise Hardy en colère contre Emmanuel Macron : Contactée par BFTMTV ce jeudi 8 avril, Françoise Hardy a réagi au débat sur la légalisation de l'euthanasie en France. La chanteuse a également confié qu'elle était déçue par Emmanuel Macron. Ce jeudi 8 avril, une proposition de loi "donnant et garantissant le droit à une fin de vie libre et choisie" était examinée à l’Assemblée nationale. Un jour important pour les défenseurs de l’euthanasie dont Françoise Hardy fait partie.


Vidéo: Quelle situation dans les hôpitaux ? - 02/04 (BFMTV)

Un droit nécessaire mais insuffisant

Il s’agit cependant de deux questions distinctes. Les soins palliatifs, en tant qu’acte médical visant à soulager la douleur, à apaiser la souffrance psychique et à soutenir le malade et son entourage, constituent un droit nécessaire mais pas suffisant. Seule l’euthanasie active et surtout le suicide assisté garantissent l’autodétermination et la souveraineté individuelles à condition que le paternalisme médical ne vienne pas se substituer à la volonté de l’individu.

Le problème, c’est que l’histoire juridique de l’euthanasie en France montre bien que la question n’a jamais été vraiment traitée comme celle d’une liberté protégée par l’Etat mais comme celle d’un geste médical de compassion, dans les meilleurs des cas, ou comme un rempart contre les poursuites pénales ou disciplinaires pour non-assistance à personne en danger.

Il ne faut pas oublier, de surcroît, que c’est dans un climat d’émotion populaire provoquée par certaines affaires très médiatisées (Chantal Sébire, Vincent Humbert ou encore Vincent Lambert) que le politique a réagi en mobilisant son magistère d’experts agréés : commission de réflexion sur la fin de vie, sous la direction du professeur Didier Sicard, avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) sur la fin de vie, l’autonomie de la personne, la volonté de mourir, conférence de citoyens, espaces régionaux de réflexion éthique, rapport sur le débat public concernant la fin de vie du CCNE, états généraux de la bioéthique, etc. Le président Hollande avait même fait de ��l’assistance médicalisée de la mort» une promesse électorale jamais tenue.

Les bonnes intentions politiques et expertales relèvent plus du paternalisme et du dolorisme que de la recherche d’une solution émancipatrice respectueuse des libertés individuelles. Notre crainte est que la proposition de loi débattue à l’Assemblée nationale n’échappe pas à cette idéologie car il est clair que, lorsque subsistera une divergence entre l’équipe médicale et l’individu, la décision finale ne reviendra pas à ce dernier mais à la première, dont l’expertise cognitive lui assurerait une souveraineté décisionnelle. Plus que d’un droit subjectif à mourir permettant de contraindre le débiteur (médecin) à l’exécuter, l’euthanasie risque d’être abordée sous le paradigme du paternalisme médical, surtout dans un Parlement très peu libéral qui refuse d’aborder véritablement la fin de vie à partir du principe d’autodétermination du patient.

Françoise Hardy dans un état de "souffrance cauchemardesque", elle lance un appel à l’aide bouleversant .
Après plusieurs années de combat contre la maladie, Françoise Hardy n’en peut plus et lance un appel à l’aide au législateur afin de rendre l’euthanasie possible en France. © JLPPA / Bestimage Françoise Hardy dans un état de "souffrance cauchemardesque", elle lance un appel à l’aide bouleversant Elle ne tiendra pas longtemps. À 77 ans, et après plusieurs années de lutte contre son cancer du larynx et la souffrance, Françoise Hardy espère que la question de l’euthanasie change, et que son pays, la France, rende cette procédure possible et légale.

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C'est intéressant!