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France « L’enjeu de cette proposition de loi est de permettre l’euthanasie ou l’assistance au suicide dans des conditions assez strictes »

18:37  08 avril  2021
18:37  08 avril  2021 Source:   lemonde.fr

Euthanasie: 5 questions autour de la proposition de loi étudiée à l'Assemblée

  Euthanasie: 5 questions autour de la proposition de loi étudiée à l'Assemblée De quoi parle-t-on? Que contient cette loi? Pourquoi a-t-elle peu de chances de passer? Le Figaro répond à cinq questions concernant la proposition de loi pour une légalisation de l'euthanasie ce jeudi 8 avril à l'Assemblée nationale. » LIRE AUSSI - Ces médecins inquiets de la proposition de loi sur l’euthanasie

Un texte ouvrant le droit à une « assistance médicalisée active à mourir » pour des personnes souffrant d’une maladie incurable est examiné jeudi 8 avril à l’Assemblée. Le professeur Régis Aubry, spécialiste de l’éthique et de la fin de vie, a répondu à vos questions lors d’un tchat.

Dans l’unité de soins palliatifs de l’hôpital Paul-Brousse à Villejuif (Val-de-Marne), en mars 2015. © Fournis par Le Monde Dans l’unité de soins palliatifs de l’hôpital Paul-Brousse à Villejuif (Val-de-Marne), en mars 2015.

L’Assemblée nationale examine jeudi 8 avril la proposition de loi du député Olivier Falorni pour une « fin de vie libre et choisie ». Avec les quelque 3 000 amendements qui ont été déposés, dont 2 300 de la part de cinq députés du groupe Les Républicains, la proposition de loi n’aura probablement pas le temps d’être votée.

Euthanasie : "une grande loi de liberté", plaide son défenseur Olivier Falorni

  Euthanasie : C'est une proposition de loi qui va faire trembler l'hémicycle. L'Assemblée nationale examinera jeudi un texte visant à adopter l'euthanasie. Le sujet divise les parlementaires et la droite a décidé de jouer l'obstruction parlementaire en déposant quelque 2.300 amendements, mais cela ne décourage pas pour autant son auteur, le député PRG Olivier Falorni, invité mercredi d'Europe 1.Depuis dix ans, le député du PRG se bat sur le sujet. Et il le répète, il n’est pas question de "tuer des enfants ou des dépressifs" comme l’avancent "beaucoup de fake news circulent sur le sujet".

Que savons-nous des problèmes posés par la fin de vie en France ? Que permet actuellement la loi ? Le professeur Régis Aubry, chef du pôle autonomie handicap du CHRU de Besançon et membre du Comité consultatif national d’éthique, a répondu aux questions des lecteurs du Monde.

AllôLaFrance : Que signifie véritablement « être en fin de vie » aujourd’hui en France ? Et pourquoi n’arrivons-nous pas à respecter le souhait de celles et ceux qui souffrent et veulent partir dignement ?

Régis Aubry : On est « en fin de vie » lorsque l’on est atteint d’une maladie que les traitements spécifiques ne permettent plus de guérir. Du fait des progrès de la médecine, les « fins de vies » s’allongent parce que l’on peut vivre de plus en plus longtemps avec une ou plusieurs maladies incurables.

"C'était une délivrance pour elle", témoigne Michel Philippin, qui a accompagné sa femme dans l'euthanasie

  Une proposition de loi créant un droit à l'euthanasie pour les personnes souffrant d'une pathologie incurable va être examiné jeudi à l'Assemblée mais ne devrait pas être adopté en raison du dépôt de milliers d'amendements. "Ce sont les pays civilisés qui ont adopté cette loi", défend Michel Philippin, qui a accompagné sa femme jusqu'à la mort en Suisse en 2014, mercredi sur Europe 1. Le devenir de la proposition de loi instituant un "droit à une fin de vie libre et choisie" replace le sujet de l'euthanasie au centre de l'actualité en France.

Le débat sur la fin de vie à l’Assemblée nationale entravé par une manœuvre parlementaire

Toutefois, lorsque les législateurs parlent de fin de vie, il faut l’entendre comme proche de la mort, de quelques jours à quelques semaines maximum, même si, bien entendu, il est impossible d’avoir des certitudes de cet ordre.

M : Quelle est la différence entre euthanasie et suicide assisté ?

La distinction est la suivante : l’assistance au suicide, c’est la personne qui s’injecte ou absorbe le produit létal en exerçant son autonomie, au terme d’une réflexion. Dans le cas de l’euthanasie, l’administration du produit létal dépend d’un tiers.

Banshee : Pensez-vous que le problème de l’euthanasie soit aussi massif que celui du manque de soins palliatifs ?

Je pense que la question de l’éventuelle dépénalisation de l’euthanasie est « l’arbre qui cache la forêt » : il est nécessaire que la France se dote d’une politique de soins palliatifs plus ambitieuse, et qu’elle ait une politique, plus largement, d’accompagnement des personnes les plus vulnérables (maladies chroniques, grand âge…) afin que ces personnes n’aient pas le sentiment d’être un « problème » (c’est malheureusement souvent le cas actuellement).

Françoise Hardy en colère contre Emmanuel Macron : "Le fait qu'il ne soit pas pour la légalisation de l'euthanasie me déçoit au plus haut point"

  Françoise Hardy en colère contre Emmanuel Macron : Contactée par BFTMTV ce jeudi 8 avril, Françoise Hardy a réagi au débat sur la légalisation de l'euthanasie en France. La chanteuse a également confié qu'elle était déçue par Emmanuel Macron. Ce jeudi 8 avril, une proposition de loi "donnant et garantissant le droit à une fin de vie libre et choisie" était examinée à l’Assemblée nationale. Un jour important pour les défenseurs de l’euthanasie dont Françoise Hardy fait partie.

« Il faut éviter de produire des situations de survie insensée qui peuvent générer un véritable désir de mort chez certaines personnes »

Il faut également que la médecine fasse sa mue… Il faut éviter de produire des situations de survie insensée qui peuvent générer un véritable désir de mort chez certaines personnes. Autrement dit, il faut que les futurs professionnels de santé se forment pour apprendre à ne pas faire au seul motif que l’on sait faire, si faire contribue à faire souffrir… La médecine de demain doit être une médecine empreinte de modestie et d’humilité, respectant la question des limites du savoir, des limites de la vie, respectant les personnes dans leurs limites et leurs droits.

Loi sur la fin de vie : « Cette proposition de loi ne peut être considérée comme la seule réponse à cet enjeu »

Simo : Dans le cadre de cette nouvelle loi, de quelle manière le patient pourra demander son droit à l’euthanasie ? Comment sera-t-il encadré ?

L’enjeu de cette proposition de loi est de permettre l’euthanasie (une tierce personne injecte ou administre un produit létal) ou l’assistance au suicide (c’est la personne qui prend un produit létal), dans des conditions assez strictes (personnes atteintes d’une maladie incurable et évoluée…) avec nécessité de plusieurs avis (2 ou 3) médicaux préalables et mise en place d’une commission de contrôle.

3.000 amendements, révolte de 272 députés : pourquoi l'Assemblée se déchire sur la fin de vie

  3.000 amendements, révolte de 272 députés : pourquoi l'Assemblée se déchire sur la fin de vie Une proposition de loi portant sur la fin de vie doit être débattue jeudi à l'Assemblée. Mais le dépôt de 3.000 amendements met en péril le vote du texte, poussant 272 députés à dénoncer dimanche dans le JDD une "obstruction" parlementaire. De quoi relancer le débat sur une question sensible et douloureuse en France. Ce que prévoit le texte. Une proposition de loi sur la fin de vie arrive jeudi à l'Assemblée nationale. Déposée par le député Olivier Falorni (groupe Libertés et Territoires), elle est prévue dans le cadre de la niche parlementaire attribuée à son groupe.

Loulou : Ne pensez-vous pas que la sédation « profonde et continue » est une hypocrisie française ?

Non, je ne crois pas. La sédation profonde et continue jusqu’au décès répond à la demande suivante : « Je ne veux plus être conscient pour les quelques heures et quelques jours qui me restent à vivre. » Il me semble que le législateur a essayé de répondre à la question suivante : est-il justifié qu’une personne, à la toute fin de sa vie, reste consciente si elle ne le souhaite pas ?

« Nous sommes parlementaires Les Républicains (LR) et nous sommes favorables à l’aide active à mourir »

Marie : Quels sont les arguments des détracteurs de cette loi sur l’euthanasie, dans la mesure où il s’agit là de la volonté du patient d’avoir une mort plus « acceptable » que sa maladie et la loi actuelle sur la fin de vie lui proposent ?

Les arguments des gens qui sont réticents ou opposants à cette évolution de la loi sont de plusieurs ordres : que signifie une demande de mort formulée par une personne en fin de vie ? Est-ce qu’elle correspond à une demande de ne plus vivre ou à une demande de ne plus vivre comme au moment de la demande, ou à une demande de ne plus souffrir, ou à une demande de ne plus être conscient ? Pour le clinicien, un enjeu majeur, quelle que soit l’évolution de la loi, sera de discerner le sens de la demande.

Aide aidée Enquête Mourir essentielle, le top chirurgien dit

 Aide aidée Enquête Mourir essentielle, le top chirurgien dit L'un des principaux chirurgiens cérébraux du Royaume-Uni, qui a une enquête sur le cancer de la prostate avancée, a déclaré qu'une enquête sur la mort aidée est "absolument essentielle". Henry Marsh, un neurochone à la retraite et un auteur à la retraite, a reçu son diagnostic il y a six mois. Il a appuyé un appel de politiciens pour le gouvernement de tenir une enquête.

Maly : Sait-on si la déshydratation et l’absence d’alimentation en fin de vie proviennent de la douleur chez les patients ?

La cachexie, qui est la conséquence d’une perte de l’appétit, une diminution de l’alimentation et de l’hydratation chez les patients en fin de vie, est liée au fait que l’évolution propre de la maladie l’emporte sur les moyens de défense naturelle que sont boire et se nourrir.

Manu : J’ai un frère célibataire et sans enfants. Il est atteint de SLA (maladie de Charcot). Il souhaite tout arrêter avant de se retrouver dans un état d’assistance total. Qu’est-ce qui est possible aujourd’hui ?

Le droit français actuel interdit que l’on contraigne une personne à prendre des traitements qui peuvent contribuer à la maintenir en vie. Dès lors qu’une personne confirme qu’elle ne souhaite plus prolonger sa vie, tout doit être mis en œuvre pour qu’elle puisse vivre une fin de vie, non prolongée, et avec le moins d’inconfort possible. Quand bien même cela doit passer par une mise dans le coma pour que la personne n’ait pas le sentiment de sa propre asphyxie (dans le cas de la SLA).

Loi sur la fin de vie : « Les forces conservatrices sont puissantes dans notre pays »

Telly : Quand peut-on espérer ne plus être obligé de quitter la France pour mourir dignement ?

L’évolution de la loi dépend du Parlement. Mais je ne suis pas choqué que l’on prenne du temps pour aborder des questions aussi complexes, essentielles. Le Comité consultatif national d’éthique serait favorable, avant une modification éventuelle de la loi, à de véritables Etats généraux de la fin de vie, pour que toutes et tous puissent s’exprimer afin que l’évolution du droit ne soit pas autre chose que l’expression d’une volonté démocratique, très nuancée et très argumentée.

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Eric61 : Pourquoi ne pas s’être inspirés de législations de pays voisins qui sont en application depuis longtemps et ne font pas débat dans la population, à de rares exceptions près ?

De fait, depuis 2002, les Pays-Bas, puis la Belgique, le Luxembourg et récemment l’Espagne ont fait évoluer leur législation. Je pense que nous avions un gros déficit de dialogue et de débat non passionné et non militant sur ces questions, qui s’ajoute à une difficulté culturelle, probablement historique également, à aborder la question de la mort, qui est un sujet tabou, et plus encore celle de l’euthanasie et du suicide assisté.

Mouche : Sera-t-il possible de refuser cette assistance à mourir si on ne la souhaite pas pour ses proches ?

Si la loi actuellement discutée est votée, il sera nécessaire de s’assurer que l’euthanasie ou le suicide assisté (étrangement la proposition de loi n’emploie pas ces mots) ne se fasse que si de tels actes sont bien l’expression de la volonté de la personne. Un tiers ne peut ou ne pourrait évidemment pas se substituer à une décision aussi intime et grave.

La fin de vie : un débat nécessaire

MT : Sait-on si des études d’impact sur le processus de deuil ont été menées dans les pays qui pratiquent l’euthanasie ? Quel est votre regard sur la question ?

Nous manquons vraiment de travaux de recherche sur ce point crucial ; c’est la raison pour laquelle nous avons créé une plate-forme nationale de recherche sur la fin de vie, pour pouvoir apporter des arguments tels que ceux-ci dans un débat qui est souvent très partisan. Nous avons besoin d’un véritable soutien de la recherche, qui est un peu sinistrée et le parent pauvre, alors que la question est centrale.

Suisse/France : On lit parfois qu’actuellement des malades partent en Suisse pour y mourir. Quelle est la spécificité de la Suisse à ce sujet ? Est-ce un exemple que la nouvelle loi veut suivre ?

En Suisse, il y a un vide juridique, qui fait que l’assistance au suicide (si elle n’est pas incitation au suicide) est tolérée. Ce sont des associations qui facilitent cette possibilité. La proposition de loi qui est discutée n’entre malheureusement pas dans ces différences entre euthanasie et assistance au suicide, alors que cette distinction m’apparaît essentielle.

Le dernier voyage

Chirurgien inactif : Quelle est la place des comités d’éthique locaux ? Les situations étant toutes particulières, ne devraient-ils pas être sollicités systématiquement ?

Je suis d’accord avec vous. Je pense que les comités d’éthique locaux pourraient devenir des sortes d’équipes mobiles de soutien au questionnement éthique, pour aider les professionnels confrontés à ces questions de fin de vie, par exemple.

'Je suis heureux': la femme péruvienne gagne la bataille historique à droite pour mourir .
de Marco Aquino et Carlos Valdez © Reuters / Sebastian Castaneda Fichier Photo: Ana Estrada, un avocat d'euthanasie qui souffre d'une condition incurable, se trouve au lit. chez elle à Lima Lima (Reuters) - Ana Estrada, qui est confinée à son lit, a déclaré qu'elle se sent «heureuse et content» de la décision historique des responsables péruviens de lui permettre une mort assistée, une décision remarquable dans ce dernier romain Pays catholique où l'euthanasie est illégale.

usr: 2
C'est intéressant!