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France Vaccine-t-on assez vite pour atteindre l’objectif de 30 millions de primovaccinés mi-juin ?

15:10  01 mai  2021
15:10  01 mai  2021 Source:   nouvelobs.com

Johnson & Johnson Vaccin approuvé à nouveau avec préavis, CDC dit

 Johnson & Johnson Vaccin approuvé à nouveau avec préavis, CDC dit © fournis par des personnes Justin Tallis / AFP via Getty Images Johnson & Johnson Covid-19 Vaccin Johnson & Johnson's Covid-19 Vaccin doit être utilisé aux États-Unis. Encore une fois, les centres de contrôle des maladies ont déclaré vendredi, après avoir conseillé une pause dans les inoculations alors qu'ils ont étudié six cas d'une condition de coagulation sanguine rare chez les femmes qui ont reçu le vaccin.

  Vaccine-t-on assez vite pour atteindre l’objectif de 30 millions de primovaccinés mi-juin ? © Copyright 2021, L'Obs

Il faut vacciner « matin, midi et soir ». « Il n’y a pas de week-end et de jours fériés pour la vaccination » qui est « le cœur de la bataille ». En visite à Valenciennes, Emmanuel Macron avait sonné en mars l’appel à la mobilisation générale pour augmenter la cadence sur les injections, en élargissant, à l’époque, la cible à tous les plus de 70 ans.

« On va changer de dimension à partir d’avril »

, avait alors promis le chef de l’Etat. « C’est une course de vitesse. »

En échangeant avec des personnes venues se faire vacciner, Emmanuel Macron avait réaffirmé « l’objectif d’avoir vacciné mi-avril 10 millions de personnes », présenté quelques jours plus tôt par le Premier ministre et martelé tel un mantra depuis : « 10, 20, 30 ! ». Comprendre : 10 millions de premières doses mi-avril, 20 millions mi-mai, 30 millions mi-juin.

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 Syrie reçoit un don de 150 000 tirs de Covid de Chine Damas (Reuters) - Un don de la Chine de 150 000 doses de son vaccin Sinopharm Covid-19 est arrivé à Damas samedi, avec un autre lot de la même taille prévu, a déclaré que les responsables syriens.

Premier objectif atteint, presque facilement, mi-avril : la France affichait ainsi plus de 12 millions de premières injections le 15 avril, la barre des 10 millions ayant été franchie le 8 avril, avec donc une semaine d’avance. Une avance nous permettant d’être optimiste pour les deux objectifs suivants ? Rien n’est moins sûr. Si la France a atteint 12 millions de primo-vaccinés le 15 avril (en plus de 3 mois et demi donc), elle n’aura qu’un mois pour injecter 8 millions de premières doses supplémentaires. Impossible sans une accélération de la campagne vaccinale. Et si l’objectif est atteint mi-mai, il faudra de nouveau accélérer d’ici à mi-juin pour injecter 10 millions de premières doses en un mois, alors même qu’une part importante des doses livrées sera utilisée… pour les secondes doses !

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Le tocsin sonné par Emmanuel Macron et la mobilisation générale désirée par le gouvernement dès mars suffiront-ils pour atteindre les objectifs affichés ? Une nouvelle fois, « l’Obs » s’est penché sur les chiffres, ici de la vaccination, pour tenter de répondre à cette interrogation, à l’heure où la polémique enfle sur des milliers de doses non utilisées et où les rumeurs d’un ralentissement de la vaccination inquiètent…

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Une accélération indispensable

A la date du 27 avril 2021, 14 601 130 Français ont reçu une première dose de vaccin, dont 271 960 ce seul mardi 27 avril. Un chiffre qui sera « consolidé » (revu à la hausse en y ajoutant les dernières remontées d’informations) dans les prochains jours, mais qui restera évidemment bien plus faible que les 301 149 premières doses injectées le 13 avril. Notre graphique le montre : le nombre de premières doses injectées a fortement baissé entre le 15 et le 23 avril, passant de 258 000 premières doses injectées par jour en moyenne à 211 000 doses (en moyenne lissée sur sept jours, pour « effacer » l’effet du week-end), avant d’augmenter de nouveau lentement ces derniers jours (courbe rouge). Une tendance qui peut s’expliquer, en partie, par la hausse sensible du nombre de seconde doses injectées (courbe orange), qui a fortement augmenté depuis le début du mois d’avril. La courbe du nombre total de doses injectées (courbe jaune) ayant, elle, beaucoup moins baissé. Cette dernière courbe est d’ailleurs intéressante à observer, puisqu’elle représente le rythme global d’injections, qui devrait (logiquement) constamment augmenter. Or il a fortement baissé par deux fois : entre le 15 et le 22 mars, sous l’effet de la suspension de l’AstraZeneca et aux alentours du lundi de Pâques, venu perturber la moyenne lissée des jours précédents et suivants. Or, même si c’est faiblement, ce chiffre a bien baissé ces derniers jours…

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Nombre d'injections quotidiennes de premières doses

Comment lire ce graphique ? Le diagramme en bâtons (ou en barres) verts représente le nombre de premières doses injectées chaque jour. Les courbes représentent des moyennes lissées sur sept jours du nombre de premières doses, de secondes doses et de doses cumulées injectées par jour.

L’autre leçon que l’on peut tirer de ce graphique est que l’appel d’Emmanuel Macron à vacciner tous les jours, « week-end et jours fériés » compris, n’a que partiellement été mis en œuvre sur le terrain. En effet, si la vaccination a visiblement augmenté le samedi, sans rattraper pour autant les chiffres obtenus en semaine, les dimanches et jours fériés (comme le lundi de Pâques) restent des jours de très faible vaccination, avec des chiffres le plus souvent trois à cinq fois plus faibles que ceux de la semaine.

A cette vitesse, est-il possible d’atteindre les objectifs du gouvernement, de 20 millions de premières doses injectées mi-mai et 30 millions mi-juin ? Pour cela, et afin une nouvelle fois d’effacer l’effet des dimanches, « l’Obs » a calculé la moyenne du nombre de primo-injections ces sept derniers jours (218 913 injections), mais également des 14 derniers jours (225 244 injections), la moyenne des sept jours précédents (231 576 injections) étant plus élevée.

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Et le constat est simple : à ce rythme (quel que soit le « rythme » retenu), il est tout bonnement inenvisageable d’atteindre les objectifs du gouvernement (courbe grise). Dans le meilleur des cas l’objectif de 20 millions de premières injections serait atteint le 21 mai au lieu de mi-mai. Pire encore : l’objectif de 30 millions ne serait atteint que le 3, le 5 ou le 7 juillet en fonction du scénario retenu, au lieu de mi-juin. L’accélération est donc indispensable.

Cumul des premières doses injectées en France, et projections

Comment lire ce graphique ? La courbe bleue représente le cumul des injections de premières doses, communiqué par les autorités. Les courbes violettes, les projections réalisées par « l’Obs ». La courbe grise, les objectifs du gouvernement.

Un ralentissement attribuable à l’AstraZeneca ?

En y regardant de plus près est-il possible d’attribuer le « petit » ralentissement de la vaccination aux déboires de l’AstraZeneca ? Pour cela, intéressons-nous aux chiffres de vaccination, par types de vaccin : le Pfizer, le Moderna, l’AstraZeneca et le Janssen.

Nombre d'injections quotidiennes de premières doses, par types de vaccins

Comment lire ce graphique ? Le diagramme en bâtons (ou en barres) représente le nombre de premières doses injectées chaque jour, une couleur par type de vaccin. Les courbes représentent des moyennes lissées sur sept jours du nombre de premières doses injectées de chaque type de vaccin.

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Notre première intuition semble se vérifier. Si le nombre de premières injections de Pfizer reste globalement très élevé, celui des premières injections d’AstraZeneca a globalement chuté, d’environ 100 000 par jour en moyenne mi-mars à 36 000 par jour ce 27 avril. Pire encore, on dénombrait 162 829 premières doses injectées le vendredi 26 mars, 159 230 le vendredi 9 avril pour… seulement 68 657 premières doses injectées le 23 avril !

AstraZeneca : comment un vaccin prometteur tourne au désastre

Effet des secondes doses, problème de livraison, rejet de la vaccination avec l’AstraZeneca… Comment expliquer cette chute ? La première hypothèse peut être rapidement écartée pour l’instant, car la distribution des secondes doses de l’AstraZeneca n’en est qu’à ses débuts. Ainsi, 1 224 secondes doses seulement ont été administrées mardi 27 avril et il s’agit du chiffre le plus élevé depuis le début de la campagne vaccinale. A moins que les autorités ne provisionnent des doses pour les secondes injections à venir, mais c’est peu probable : ce n’est en tout cas pas une politique adoptée pour le vaccin Pfizer, comme nous allons le voir ci-dessous.

Existe-t-il un problème de livraison (et/ou de production d’AstraZeneca) ? Du point de vue de l’Etat, oui. L’Union européenne a même lancé une action en justice contre le laboratoire suédo-britannique, auquel elle reproche de ne pas avoir tenu ses engagements sur les livraisons de son vaccin anti-Covid. Reste que, comme on peut le voir sur notre graphique, la baisse du nombre de premières injections ne semble pas due à ces retards de livraisons puisque… plus de 5 millions de doses d’AstraZeneca ont été livrées au total depuis le début de la campagne de vaccination pour seulement 3,8 millions de doses injectées, soit environ 75 % des doses livrées. Une vérité à l’instant T, car le 10 avril, juste avant une grosse livraison de vaccins, 2 971 000 doses avaient été injectées sur 2 974 000 doses livrées !

L'Allemagne n'est pas satisfaite du soutien de Biden pour renoncer aux brevets de vaccin Covid-19, prédisant des «complications sévères»

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Livraisons d'AstraZeneca et doses injectées

Comment lire ce graphique ? La courbe « en escalier » correspond au nombre de doses livrées (ou attendues) par la France. Elle apparaît en escalier car les autorités ne communiquent les chiffres de livraisons que le dimanche, pour toutes les livraisons de la semaine.

Par comparaison, on remarque que l’injection des doses du vaccin Pfizer se fait beaucoup plus à flux tendu. Les doses livrées sont rapidement injectées.

Livraisons de Pfizer et doses injectées

Comment lire ce graphique ? La courbe « en escalier » correspond au nombre de doses livrées (ou attendues) par la France. Elle apparaît en escalier car les autorités ne communiquent les chiffres de livraisons que le dimanche, pour toutes les livraisons de la semaine.

Mais il est toutefois possible que la procédure de vaccination par l’AstraZeneca, décentralisée, reposant en partie sur la distribution de doses aux pharmacies et aux médecins de ville, prenne plus de temps pour écouler les livraisons que celle du Pfizer, essentiellement injecté dans les centres de vaccination, centralisés. Tous vaccins confondus, la vaccination semble en effet fonctionner à flux tendu.

Doses injectées et doses livrées à la France (ou attendues), par type de vaccins

Comment lire ce graphique ? La courbe « en escalier » correspond au nombre de doses livrées (ou attendues) par la France, pour chaque vaccin. Elle apparaît en escalier car les autorités ne communiquent les chiffres de livraisons que le dimanche, pour toutes les livraisons de la semaine.

Il n’empêche, les polémiques successives ont très probablement émoussé le désir d’AstraZeneca chez les Français, qui se traduit par ce recul des premières injections. Autre facteur à prendre en compte (et pas des moindres) : la population visée par l’AstraZeneca. Le vaccin est en effet déconseillé aux moins de 55 ans. Mais dans le même temps, le gouvernement a ouvert la vaccination avec le Pfizer ou le Moderna aux plus de 60 ans. Conséquence, alors que l’AstraZeneca a pu faire débat quant à ses effets secondaires (et notamment au risque de thrombose) ou son efficacité sur les variants sud-africain et brésilien, il est plus ou moins désormais limité aux 55-60 ans, qui pourraient être tentés d’attendre le nouvel élargissement de la vaccination avec les vaccins à ARN… prévu pour le 15 mai.

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AstraZeneca et Janssen « indispensables »

Que faire alors du vaccin AstraZeneca (et de son petit frère, le Janssen, reposant sur la même technologie et qui semble lui aussi entraîner de très rares cas de thromboses) ? Peut-on s’en passer définitivement ? Se limiter aux secondes doses des 55 ans et plus (les moins de 55 ans ayant reçu une première dose d’AstraZeneca − les soignants notamment, dont le ministre de la Santé Olivier Véran − recevront en effet une seconde dose de Pfizer) ?

Les vaccins d’AstraZeneca et de Janssen sont « indispensables » pour atteindre les objectifs de la campagne de vaccination, assure le ministère de la Santé.

« Nous n’avons pas d’inquiétude sur notre capacité à atteindre nos objectifs et cela, en intégrant des hypothèses plutôt prudentes sur le niveau de consommation d’AstraZeneca et de Janssen », reconnaît-on toutefois au ministère. En revanche, « s’il n’y a plus aucune administration d’AstraZeneca ou de Janssen en ville dans les semaines à venir, pour le coup les objectifs seront largement remis en question ».

« On ne souhaite pas laisser entendre que la France pourrait se permettre de ne pas injecter les doses AstraZeneca reçues. Dans un contexte de course contre la montre contre un virus qui tue, on ne peut pas se permettre de faire l’impasse sur le déploiement d’un vaccin qui permet de sauver des vies. »

Et le ministère de souligner que « c’est un vaccin qui trouve preneur dans le dialogue de confiance avec les professionnels de santé », notamment en ville.

Intégrons donc « des hypothèses plutôt prudentes » de consommation d’AstraZeneca et de Janssen et revenons-en aux objectifs du gouvernement. Leur atteinte, reconnaît le ministère, sera plutôt facilitée par l’accélération annoncée la semaine dernière des livraisons du vaccin Pfizer-BioNTech, qui représente les deux tiers des doses jusqu’ici reçues en France.

Sur les 50 millions de doses supplémentaires promises pour l’UE au long du deuxième trimestre, 7,3 millions reviendront à la France : « Plus de 3 millions de doses sur la dernière semaine d’avril et mai, et 4 millions de doses pour juin », détaille le ministère de l’Economie.

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Les objectifs sont-ils alors réalisables ?

Regardons donc vers le 15 juin et l’objectif des 30 millions de doses. Comme nous l’écrivions plus haut, les projections au rythme actuel de vaccination rendent impossible la réalisation des objectifs du gouvernement. L’accélération potentielle repose donc sur, d’une part, les livraisons et, d’autre part, la capacité des centres de vaccinations à les injecter (et, au passage, la motivation des Français à se faire vacciner).

La France étant pour l’instant bridée par les doses livrées, vérifions ce qu’il en sera au 15 juin.

Projection des premières doses injectées et cumul des doses livrées et attendues par la France, par type de vaccins

A cette date, le pays aura reçu environ 48 millions de doses de vaccins, dont 35 millions de Pfizer. Trois des quatre vaccins nécessitant deux doses (et Janssen ne prévoyant de livrer que quelques centaines de milliers de doses d’ici au 15 juin), cela signifie que seulement 24 millions de Français pourraient avoir reçu deux doses à cette date. Sauf que le décalage entre les deux doses permet de délivrer des premières doses avant le 15 juin (pour atteindre l’objectif) et des secondes après le 15 juin. Mieux encore, les délais entre les deux doses de vaccins à ARN (initialement de 3 à 4 semaines) ont été allongés, ce qui change tout.

Schématiquement, en partant du principe que l’objectif de la mi-mai sera atteint (20 millions de premières doses), il aurait fallu le double de doses à la mi-juin (40 millions) si les délais entre les deux injections étaient de moins d’un mois. En y ajoutant 10 millions de primo-injections de plus pour atteindre l’objectif des 30 millions de premières doses, nous devrions avoir sous la main 50 millions de doses, ce que nous n’aurons pas. Etendre les délais entre les deux doses va donc permettre, comme au Royaume-Uni par exemple, ou au Danemark, d’accélérer l’injection des premières doses, au détriment, dans un premier temps, des secondes. La France avait refusé de s’y résoudre au début de la campagne de vaccination, par peur que l’efficacité de la vaccination soit insuffisante pour les publics à risque. Certains médecins avaient également pointé le risque d’une couverture vaccinale moins efficace, et le risque de favoriser l’émergence de variants résistants aux vaccins.

La France s’y résout donc désormais, ce qui permettra donc probablement d’atteindre l’objectif du gouvernement à la mi-juin, à condition que les doses puissent, ensuite, être injectées. Il faudrait, en effet, assurer un rythme de 315 000 premières doses injectées par jour en moyenne, dimanche compris, pour tenir l’objectif. Un rythme jamais atteint jusqu’à maintenant. Pire, on a pu voir ces derniers jours naître une polémique sur des créneaux libres de vaccination (attention, chaque créneau libre ne voulant pas dire une dose de vaccin à pourvoir, ni, pire encore, une dose de vaccin jetée !). Il semble toutefois que les doses derrière ces créneaux non pourvus, limités à certains vaccinodromes, aient finalement, le plus souvent, trouvé preneurs.

Eviter les grains de sable dans la machine

Quels impondérables pourraient empêcher d’atteindre l’objectif gouvernemental ? Des livraisons en deçà de celles prévues compliqueraient très probablement les plans gouvernementaux. Un arrêt de la vaccination avec AstraZeneca et Janssen rendrait quant à lui les objectifs quasi-inatteignables : les laboratoires Pfizer et Moderna auront en effet livré à eux deux 40 millions de doses à la mi-juin.

Si les injections d’AstraZeneca s’arrêtaient, par exemple, cette semaine (par décision gouvernementale, comme au Danemark, ou par rejet total des Français), moins de 4 millions de Français auraient reçu une première dose de ce vaccin. Il faudrait donc que les deux vaccins à ARN supportent à eux seuls plus de 26 millions de premières doses, leur laissant moins de 14 millions pour les secondes doses. Or les vaccins à ARN devraient prendre en charge à la fois leurs deuxièmes doses (plus de 10 millions minimum, dont 6 millions déjà injectées) et celles d’AstraZeneca (comme c’est notamment prévu pour les personnes de moins de 55 ans ayant reçu une première dose d’AstraZeneca, mais dont le nombre est relativement faible, eu égard aux quatre millions de primo-vaccinés). Soit un total de 14 millions de doses minimum, aucune marge de manœuvre n’étant possible. Impossible donc que la machine ne se grippe pas dans de telles conditions… Mais il s’agirait évidemment du pire des scénarios.

Vaccination annuelle, fin du masque, éradication du virus… Les pronostics d’Alain Fischer .
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C'est intéressant!