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Monde Iran. Qui est Ebrahim Raïssi, le nouveau président ultraconservateur ?

16:45  19 juin  2021
16:45  19 juin  2021 Source:   ouest-france.fr

Accord nucléaire, succession du Guide suprême: les enjeux de la présidentielle en Iran

  Accord nucléaire, succession du Guide suprême: les enjeux de la présidentielle en Iran Le 18 juin prochain, les Iraniens sont appelés aux urnes. La décision du Conseil des gardiens de la Constitution de ne valider la candidature d'aucun des réformateurs proches du président sortant Hassan Rohani, ni même celle du pragmatique Ali Larijani, pourtant proche conseiller du Guide suprême Ali Khamenei, a créé la surprise et l'indignation au sein de la population. L'élimination de tout potentiel rival au candidat ultra-conservateur Ebrahim Raïssi laisse penser à la victoire de l'aile dure du régime.

Ebrahim Raïssi, 60 ans, est le nouveau président de l’Iran.  © AFP / ATTA KENARE Ebrahim Raïssi, 60 ans, est le nouveau président de l’Iran. 

Ebrahim Raïssi, 60 ans, est le nouveau président de l’Iran. Il a emporté la présidentielle de vendredi, dès le premier tour avec plus de 60 %, mais aussi avec une abstention massive de la population. Ultraconservateur, proche du Guide suprême Ali Khamenei, le véritable détenteur du pouvoir, Raïssi est un dur du régime. Mais il pourrait paradoxalement renouer le dialogue avec l’Occident sur le dossier du nucléaire.

L’ultraconservateur Ebrahim Raïssi, 60 ans, a remporté sans surprise la présidentielle iranienne de vendredi dès le premier tour, avec plus de 62 % des voix, selon des résultats quasi définitifs publiés ce samedi 19 juin. Raïssi un pur produit du régime de l’Iran, poulain ​du guide suprême Ali Khamenei et partisan sans états d’âme de la manière forte.

Présidentielle en Iran : victoire promise à Ebrahim Raïssi

  Présidentielle en Iran : victoire promise à Ebrahim Raïssi Le candidat ultraconservateur devrait sans encombre remporter l?élection présidentielle de vendredi 18 juin, sur fond d?abstention massive.Après trois semaines d'une campagne électorale terne, sur fond de ras-le-bol général à cause de la grave crise économique qui frappe l'Iran, les autorités ont décidé d'allonger la période d'ouverture des bureaux de vote jusqu'à minuit avec une extension possible jusqu'à 2 heures du matin samedi. Il s'agit officiellement de permettre au plus grand nombre, parmi les près de 60 millions d'Iraniens en âge de voter, de se rendre aux urnes sereinement alors que le pays est durement frappé par la pandémie de Covid-19.

Raïssi, l’homme du régime

Toujours coiffé du turban noir des seyyed (les descendants de Mahomet), vêtu d’un long manteau de religieux et le nez chaussé de fines lunettes, l’austère et sans charisme Ebrahim Raissi est une caricature des religieux au pouvoir dans la République islamique d’Iran, dont il est devenu le président. Normal car l’homme est un pur produit du régime issu de la Révolution qui a renversé, en 1979, la monarchie iranienne soutenue par l’Occident.

Né en novembre 1960 dans la ville sainte de Machhad (nord-est), Raïssi est devenu, à seulement 20 ans, procureur général de Karaj, à côté de Téhéran, chargé notamment de poursuivre les ennemis du nouveau régime, attaqué au même moment par l’Irak de Saddam Hussein. La guerre (1980-1988) fait quelque 500 000 morts iraniens, pendant que Raïssi grimpe les échelons de l’appareil judiciaire. Procureur général de Téhéran (1989-1994), il est ensuite chef adjoint de l’Autorité judiciaire de 2004 à 2014, année de sa nomination au poste de procureur général du pays.

Élections présidentielles en Iran. Le scrutin est désormais clos, résultats attendus samedi

  Élections présidentielles en Iran. Le scrutin est désormais clos, résultats attendus samedi Les Iraniens ont voté vendredi pour leur nouveau président. Le scrutin a été clos officiellement et les résultats sont attendus pour samedi. Cette élection est annoncée gagnée d’avance pour l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi. Les Iraniens ont voté vendredi pour désigner un nouveau président à l’occasion d’une élection annoncée gagnée d’avance pour l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi sur fond de grogne face à la grave crise économique et sociale qui ronge le pays.

Ebrahim Raïssi (à droite) avec l’ayatollah Ali Khamenei. Des médias iraniens font de Raïssi un possible successeur du Guide suprême, qui détient la réalité du pouvoir en Iran. © AFP Ebrahim Raïssi (à droite) avec l’ayatollah Ali Khamenei. Des médias iraniens font de Raïssi un possible successeur du Guide suprême, qui détient la réalité du pouvoir en Iran.

L’homme du Guide suprême

Dans sa jeunesse, Ebrahim Raïssi a suivi à l’école de Machhad les cours de religion et de jurisprudence islamique de l’ayatollah Ali Khamenei. Il est très proche du Guide suprême, qui détient depuis 1989 le véritable pouvoir en Iran, ce qui explique son ascension. Le poids de Raïssi est devenu une évidence en 2016, quand Khamenei l’a placé à la tête de la puissante fondation caritative Astan-é Qods Razavi, qui gère le très saint mausolée de l’Imam-Réza à Machhad, ainsi qu’un immense patrimoine industriel et immobilier.

L’année suivante, en 2017, il est le candidat du camp conservateur (et donc du Guide) à la présidentielle. Il avait alors échoué avec 38 % des voix face à Hassan Rohani, réélu au premier tour, qui ne pouvait briguer un troisième mandat samedi. Des médias iraniens n’hésitent pas à faire de Raïssi un successeur potentiel du guide, aujourd’hui âgé de 82 ans. L’homme est d’ailleurs membre du bureau directeur de l’Assemblée des experts, à qui il revient de nommer le Guide. Sa biographie officielle signale désormais qu’il enseigne depuis 2018 dans un séminaire chiite de Machhad. Pour muscler le CV religieux de celui qui n’est que hodjatoleslam, un rang inférieur à ayatollah dans le clergé chiite ?

Iran : l’ultraconservateur Raïssi remporte la présidentielle

  Iran : l’ultraconservateur Raïssi remporte la présidentielle Favori du scrutin, Ebrahim Raïssi a été élu au premier tour du scrutin organisé vendredi, avec 62,2% selon des résultats officiels partiels publiés samedi.La campagne électorale a été fade, sur fond de ras-le-bol général face à la crise. Le pays riche en hydrocarbures est toujours soumis à des sanctions américaines. Se présentant comme le champion de la lutte anticorruption et le défenseur des classes populaires au pouvoir d’achat miné par l’inflation, Ebrahim Raïssi est le seul des quatre candidats à avoir véritablement fait campagne.

Par son mariage avec Jamileh Alamolhoda, professeure de sciences de l’éducation à l’université Chahid-Béhechti de Téhéran, avec laquelle il a eu deux filles diplômées du supérieur, Raïssi est aussi le gendre d’Ahmad Alamolhoda, imam important et représentant provincial du Guide à Machhad.

L’homme de la répression

Ebrahim Raissi est un ultraconservateur, sans états d’âme, et partisan assumé de l’ordre. Pour l’opposition et les organisations de défense des droits humains, son nom est associé aux exécutions massives de détenus en 1988, à l’époque où il était jeune procureur adjoint du tribunal révolutionnaire de Téhéran.

Interrogé en 2018 et en 2020 sur cette page noire, au cours de laquelle des milliers de militants de gauche, qui avaient pourtant participé à la révolution, ont été exécutés, Raïssi a nié y avoir joué un rôle direct. Mais il a rendu hommage ​à l’ordre donné par l’ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique, de procéder à cette épuration.

Les militants politiques et de la société civile en Iran s’attendent à des jours sombres sous la présidence Raïssi. Ils rappellent qu’en 2009, lors du Mouvement vert de protestation populaire contre la réélection du président ultrraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, Raïssi avait lancé : À qui nous parle de compassion islamique et de pardon, nous répondons : nous allons continuer d’affronter les émeutiers jusqu’à la fin et nous déracinerons la sédition.

Présidentielle en Iran : L'ONG Amnesty International appelle à enquêter sur le nouveau président iranien pour « crimes »

  Présidentielle en Iran : L'ONG Amnesty International appelle à enquêter sur le nouveau président iranien pour « crimes » L’organisation de défense des droits humains a notamment accusé Ebrahim Raïssi d’avoir été membre d’une « Commission de la mort » lorsqu’il servait comme procureur adjoint du tribunal révolutionnaire de Téhéran en 1988. DROITS HUMAINS - L’organisation de défense des droits humains a notamment accusé Ebrahim Raïssi d’avoir été membre d’une « Commission de la mort » lorsqu’il servait comme procureur adjoint du tribunal révol La réaction ne s’est pas fait attendre.

C’est sous son règne à la tête de l’autorité judiciaire (2019-2021) que l’ONG caritative Imam Ali, active depuis plus de vingt ans dans la lutte contre la pauvreté, a été interdite. Ou encore qu’en 2020, le dissident Rouhollah Zam, exilé en France d’où il animait une chaîne d’information sur la messagerie Telegram, a été kidnappé en Irak, jugé en Iran et exécuté.

L’homme de la lutte contre la corruption

Ebrahim Raïssi a sans surprise été élu dès le premier tour, avec près des deux tiers des voix. Il faisait figure d’archifavori, faute de concurrence réelle après la disqualification de presque tous les candidats, dit « réformateurs » , dans la ligne du président sortant Hassan Rohani. Les premiers chiffres de la commission électorale laissent entrevoir une participation autour de 50 %, probablement gonflée pour donner davantage de légitimité au vainqueur.

Une majorité d’Iraniens ne sont pas allés voter, épuisés par la crise économique aggravée par les sanctions américaines et la pandémie (82 000 morts, sans doute bien plus). Au-delà de la base conservatrice qui s’est mobilisée pour Raïssi, à l’image des murs de Téhéran saturés par son portrait, ceux qui ont voté Ebrahim Raïssi l’ont fait dans l’espoir, souvent sans grande illusion, d’une amélioration de leurs conditions de vie. Loin de toute considération sociétale ou religieuse.

Iran: le nouveau président Ebrahim Raïssi fixe ses priorités

  Iran: le nouveau président Ebrahim Raïssi fixe ses priorités Selon les chiffres officiels, 48,8% des 59 millions d'Iraniens ont participé au scrutin. À Téhéran et dans les villes de province, les partisans du président élu Ebrahim RaÏssi sont descendus dans la rue samedi soir 19 juin pour fêter sa victoire. Avec notre correspondant à Téhéran, Siavosh Ghazi Le taux de participation est bien supérieur aux chiffres des sondages des dernières semaines qui avaient parlé de 33%. Avec environ 49% de participation, le pouvoir peut être satisfait face à tous ceux qui avaient appelé les électeurs à boycotter le scrutin.Par ailleurs, Ebrahim Raïssi, soutenu par l'ensemble du pouvoir, a obtenu près de 18 millions de voix, soit 62%.

Raïssi a joué à fond sur son image d’homme, certes austère, mais incorruptible.

L’homme du compromis nucléaire ?

C’est le paradoxe de cette élection. L’ultraconservateur Raïssi, celui qui avait fait campagne en 2017 en fustigeant la faiblesse du réformateur Rohani dans le bras de fer nucléaire avec l’Occident, pourrait bien être celui qui renoue le dialogue sur ce dossier. L’accord a été validé par le Guide suprême et nous nous engageons à le respecter, a-t-il soutenu lors d’un débat à la télévision nationale.

Au diable l’idéologie, et vive le pragmatisme ! L’Iran, dont l’économie est au plus mal, a besoin d’une levée des sanctions américaines, que l’administration Trump a renforcées après avoir envoyé promener l’accord conclu en 2015. Il prévoyait de réintégrer l’Iran dans le commerce mondial en échange d’un contrôle de son programme nucléaire civil pour éviter un usage militaire. Téhéran qui s’est affranchi de ses obligations est prêt à revenir au texte de 2015.

De toute façon sur ce dossier sensible, comme sur les autres, notamment le rapprochement en cours avec l’ennemi saoudien, le futur président Raïssi, qui prendra ses fonctions en août, a peu de marges de manœuvre. Toutes ces questions essentielles relèvent du Guide suprême.

Iran: premier discours très ferme du nouveau président iranien à l'égard des Occidentaux .
Le nouveau président iranien, le conservateur Ebrahim Raïssi, a tenu un discours de fermeté face aux États-Unis et aux pays européens en leur demandant de respecter leurs engagements prévus par l'accord nucléaire de 2015. Avec notre correspondant à Téhéran, Siavosh Ghazi Lors de sa première conférence de presse, deux jours après l'annonce de sa victoire, Ebrahim Raïssi a tenu un discours de fermeté face aux États-Unis. Interrogé pour savoir s'ilAvec notre correspondant à Téhéran, Siavosh Ghazi

usr: 1
C'est intéressant!