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Monde Parlement suspendu, ministres limogés, médias visés... la Tunisie plonge dans l’inconnu

01:10  27 juillet  2021
01:10  27 juillet  2021 Source:   nouvelobs.com

Tunisie : le ministre de la Santé limogé en plein rebond de l’épidémie

  Tunisie : le ministre de la Santé limogé en plein rebond de l’épidémie Faouzi Mehdi va être remplacé par le ministre des Affaires sociales, Mohamed Trabelsi, qui deviendra ministre de la Santé par intérim.Faouzi Mehdi est en effet à l?origine de l?ouverture temporaire de la vaccination à tous les Tunisiens de plus de 18 ans pendant deux jours mardi et mercredi, à l?occasion des jours fériés de l?Aïd al-Adha, la plus importante des fêtes musulmanes. Cette ouverture a entraîné une ruée dans les 29 centres de vaccination concernés, causant des scènes de bousculades et de nombreuses déceptions face à l?épuisement rapide des doses disponibles.

Des hauts fonctionnaires sont limogés en série en Tunisie . Lundi 26 juillet, le président tunisien , Kaïs Saïed, a annoncé dans un communiqué lapidaire le départ de son ministre de la défense, Ibrahim Bartagi, et celui de la porte-parole du gouvernement, Hasna Ben Slimane, qui est également ministre de la fonction publique et de la justice par intérim. Plus tôt dans la journée, des affrontements avaient éclaté devant le Parlement tunisien au lendemain de la suspension de ses activités et du limogeage du premier ministre , Hichem Mechichi, plongeant la jeune démocratie dans une crise constitutionnelle.

Le président tunisien , Kais Saied, a limogé lundi le ministre de la Défense et le porte-parole du gouvernement – qui dirigeait aussi le ministère de la Fonction publique et celui de la Justice de manière intérimaire. Dans l ’opposition, le Courant démocratique, parti sociodémocrate qui a plusieurs fois soutenu M. Saied, a rejeté sa prise de pouvoir, imputant néanmoins la responsabilité de la tension populaire et de la crise à la coalition gouvernementale. Le Parlement tunisien est complètement bouclé.

  Parlement suspendu, ministres limogés, médias visés... la Tunisie plonge dans l’inconnu © Copyright 2021, L'Obs

Empêtrée dans des crises politique et sanitaire, la Tunisie s’enfonce encore davantage dans la crise. A la surprise générale, le président tunisien Kais Saïed a annoncé dimanche 25 juillet au soir qu’il gelait les activités du Parlement, et démettait de ses fonctions le chef du gouvernement Hichem Mechichi, plongeant le pays dans l’incertitude.

« Dès que j’en ai l’occasion, je pars » : en Tunisie, rencontre avec une jeunesse naufragée

Cette annonce fait suite aux manifestations de milliers de Tunisiens contre les dirigeants, notamment contre le principal parti parlementaire Ennahdha, dont les désaccords avec la présidence bloquent toute avancée depuis six mois, notamment dans la gestion de la crise sanitaire.

Les chancelleries enjoignent la Tunisie à éviter «la violence»

  Les chancelleries enjoignent la Tunisie à éviter «la violence» En Tunisie, 36 heures après du limogeage de son Premier ministre et de la suspension du Parlement, le président Kaïs Saïed a annoncé lundi 26 juillet le limogeage du ministre de la Défense. La démarche présidentielle reçoit des soutiens appuyés dans la classe politique. Ennahdha dénonce toujours de son côté « un coup d'État » et la communauté internationale s'inquiète d'une possible dérive autoritaire. Avec notre correspondante à Tunis, Lilia BlaiseAprès les scènes de liesses dans les rues du pays dimanche soir, de nombreux poids lourds de la politique tunisienne ont apporté leur soutien à la démarche présidentielle ce lundi.

Peu après ces heurts, le président tunisien a décidé de limoger son ministre de la Défense, Brahim Bartaji. Le motif de cette décision n'a pas pour l'heure été révélé. Empêché de se rendre au Parlement , Rached Ghannouchi observe un sit-in. Plus tôt dans la matinée, Rached Ghannouchi, président du Parlement et leader du mouvement d'obédience islamiste, a marqué son opposition à la décision de Kaïs Saïed de suspendre les travaux parlementaires, en observant un sit-in devant la chambre après avoir été empêché d'y accéder par des forces militaires.

Le président tunisien Kaïs Saïed, engagé depuis des mois dans un bras de fer avec le principal parti parlementaire Ennahda, a gelé dimanche 25 juillet les travaux du Parlement et pris en main le pouvoir exécutif, après une journée de manifestations en pleine crise sanitaire. Le principal parti au pouvoir "Selon la Constitution, j'ai pris des décisions que nécessite la situation afin de sauver la Tunisie , l'État et le peuple tunisien ", a déclaré Kaïs Saïed à l'issue d'une réunion d'urgence au Palais de Carthage avec des responsables des forces de sécurité. "Nous traversons des moments très délicats dans

« L’Obs » refait le point sur les événements de ces dernières heures.

    Acte I : Kais Saïed suspend le Parlement

Après une journée de manifestations en Tunisie, le président Kais Saïed annonce dimanche 25 juillet au soir qu’il gèle les activités du Parlement. Dans la foulée, il démet de ses fonctions le chef du gouvernement Hichem Mechichi.

« La Constitution ne permet pas la dissolution du Parlement mais elle permet le gel de ses activités », déclare-t-il, s’appuyant sur l’article 80 qui permet ce type de mesure en cas de « péril imminent ». Il est désormais en charge du pouvoir exécutif avec « l’aide du gouvernement » qui sera dirigé par un nouveau chef désigné par le président de la République. En outre, l’immunité parlementaire des députés est levée.

Tunisie. L’Union européenne appelle à « stabiliser le pays » et à « préserver la démocratie »

  Tunisie. L’Union européenne appelle à « stabiliser le pays » et à « préserver la démocratie » L’Union européenne a appelé mardi 27 juillet au « rétablissement de la stabilité institutionnelle dans les meilleurs délais » en Tunisie après la suspension des activités du Parlement et le limogeage du Premier ministre par le président Kais Saied. « La préservation de la démocratie et la stabilité (de la Tunisie) sont des priorités », a affirmé le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell dans un communiqué ce mardi 27 juillet, appelant « à la reprise de l’activité parlementaire, au respect des droits fondamentaux et à l’abstention de toute forme de violence […] » ainsi qu’au « rétablissement de la stabilité institutionnelle

«Le peuple tunisien n'acceptera jamais un pouvoir autoritaire quelles que soient vos tentatives, donc ne continuez pas dans ce jeu», a réagi alors Rached Ghannouchi. Les Tunisiens sont sortis dans la rue. Après le discours de Saied, des Tunisiens , exaspérés par les luttes de pouvoir et la dégradation de la situation sociale et sanitaire, étaient sortis dans la rue dimanche soir, en dépit du couvre-feu, tirant des feux d'artifice et klaxonnant avec enthousiasme à Tunis et dans plusieurs autres villes.

Des centaines de Tunisiens sont sortis dans les rues, pour célébrer ou questionner les annonces de leur président. Après son allocution, Kaïs Saied s'est offert un bain de foule. Le président a limogé son premier ministre , Hichem Mechichi, et s'est octroyé le pouvoir exécutif.

Le directeur d’un hôpital tunisien fond en larmes, bouleversé par la pénurie d’oxygène dans son établissement

Après cette annonce surprise, des explosions de joie ont retenti dans les rues. Klaxons, feux d’artifice, youyous : des centaines de personnes ont bravé le couvre-feu imposé de 20 heures à 5 heures pour limiter la propagation de l’épidémie de Covid-19. Des rassemblements ont eu lieu sur l’avenue Bourguiba, la principale artère de Tunis, mais aussi dans de nombreux quartiers de la capitale et d’autres villes du pays.

    Acte II : Ennahdha dénonce un « coup d’Etat »

Le principal parti au pouvoir en Tunisie, la formation islamiste Ennahdha, condamne dans la foulée un « coup d’Etat contre la révolution et contre la Constitution, et les partisans de Ennahdha ainsi que le peuple tunisien défendront la révolution ».


Vidéo: Tunisie : le président suspend le Parlement, les Tunisiens exultent (Dailymotion)

Tunisie : "Ennahdha fait volte-face avec la volonté de préserver l’unité du pays"

  Tunisie : Après avoir accusé le président tunisien Kaïs Saïed de perpétrer un coup d’État, Ennahdha, a appelé au dialogue.En moins de deux jours, le président tunisien, Kaïs Saïed, a ordonné la suspension des travaux du Parlement pour un mois, limogé le chef du gouvernement Hichem Mechichi et s'est octroyé le pouvoir exécutif. Des décisions prises au moment où le pays est frappé de plein fouet par une crise économique et sociale accentuée par la pandémie de Covid-19. Elles suscitent la colère du principal parti au Parlement, Ennahdha, qui a fustigé lundi "un coup d’État contre la Révolution et la Constitution".

La Tunisie , qui n'a reçu qu'un sixième des doses promises dans le cadre du programme Covax destiné aux pays défavorisés et chapeauté par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) se retrouve avec l'un des pires taux de mortalité lié au Covid au monde. Les internautes tunisiens partagent des vidéos de familles paniquées car ne trouvant pas de lit pour leur proche, de soignants craignant la pénurie d'oxygène, et de corps entassés dans des morgues débordées. Les hôpitaux publics, déjà démunis en temps normal en raison d'un manque de moyens, ont à nouveau appelé à l'aide au début de l'été pour

Plusieurs milliers de Tunisiens ont battu le pavé le 25 juillet contre la gestion de la pandémie de Covid-19 ainsi que la crise politique qui s'éternise dans le pays. Ennahda, le principal parti parlementaire, était dans le viseur des protestataires. Elles ont notamment crié des slogans hostiles à la formation Ennahdha et au Premier ministre , Hichem Mechichi. Un journaliste blessé au cours des heurts qui opposaient manifestants et forces de l'ordre. Plusieurs protestataires ont été arrêtés selon l'AFP.

Le président du Parlement monocaméral tunisien, Rached Ghannouchi, du parti Ennahdha, se rend en plein milieu de la nuit devant la chambre. Après avoir été empêché d’y accéder par des forces militaires, il débute un sit-in dans sa voiture.

« Nous voulons entrer au Parlement ! […] nous sommes les protecteurs de la Constitution », déclare Samira Chaouachi, la vice-présidente de l’Assemblée qui accompagne Rached Ghannouchi, aux militaires déployés derrière une porte fermée du Parlement, selon une vidéo publiée par des médias locaux et partagée sur les réseaux sociaux.

« Nous sommes les protecteurs de la nation », a répondu l’un des militaires avant d’ajouter qu’il appliquait « les instructions ». « Le peuple tunisien n’acceptera jamais un pouvoir autoritaire quelles que soient vos tentatives, donc ne continuez pas dans ce jeu », réagit alors Rached Ghannouchi.

Ce lundi après-midi, des affrontements éclatent. Jets de bouteilles, jets de pierres… Devant le Parlement, plusieurs centaines de partisans du président Saïed empêchent les partisans du principal parti parlementaire Ennahdha de se rapprocher de Rached Ghannouchi.

Les événements de Tunisie vus d’Alger : les « Frères » toujours solidaires

  Les événements de Tunisie vus d’Alger : les « Frères » toujours solidaires REPORTAGE. Les partis islamistes algériens, proches des Frères musulmans, ont, sans surprise, condamné ce qu'ils qualifient de « coup d'État ».À LIRE AUSSILuc de Barochez ? Les fruits amers de la crise tunisienne

    Acte III : la police ferme les bureaux d’Al-Jazeera

Ce lundi après-midi, des agents de police ferment le bureau de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazeera à Tunis, après avoir expulsé tous les journalistes sur place, comme l’indique à l’AFP son directeur Lotfi Hajji. La raison : le Qatar est considéré proche du mouvement Ennahdha.

Selon le Lotfi Hajji, « une quinzaine de policiers, certains en uniforme et d’autres en civil, se sont introduits dans notre bureau et nous ont demandé de le quitter », sans aucune explication ni aucune décision judiciaire fournie. « Nous appliquons les instructions, disaient seulement ces agents ».

« Les Printemps arabes – De l’espoir au désespoir », un anniversaire au goût amer

Tous les journalistes ont quitté le siège d’Al-Jazeera et les clés du bureau ont été confisquées, rapporte encore le directeur. « Ce qui se passe est très dangereux, c’est une preuve que la liberté de la presse est menacée. Aujourd’hui c’est Al-Jazeera, un autre jour un autre média ! », avertit-il.

Pourtant, depuis la chute en 2011 du régime de Zine el Abidine Ben Ali, la Tunisie jouit d’une importante liberté de la presse. Celle-ci est même considérée comme une des réussites de la révolution.

    Acte IV : Kais Saïed limoge deux ministres

Nouveau rebondissement lundi en fin de journée : le président tunisien limoge cette fois son ministre de la Défense et celui de la Justice par intérim, qui occupe également les postes de porte-parole du gouvernement et de ministre de la Fonction publique.

Plusieurs pays se sont dits « inquiets » de ce coup de théâtre qui précipite le pays dans l’inconnu. La Turquie, alliée d’Ennahdha, demande de restaurer la « légitimité démocratique ».

En Tunisie, « la révolution se poursuit mais son avenir est plus que jamais incertain »

De son côté, l’Allemagne appelle au « respect des libertés civiles, qui est l’un des gains les plus importants de la révolution tunisienne » de 2011. En France, le quai d’Orsay dit souhaiter le retour « dans les meilleurs délais » à un « fonctionnement normal des institutions », tandis que les Etats-Unis, « préoccupés », appellent au respect des « principes démocratiques ».

Covid-19 : la Tunisie reçoit un million de doses de vaccin des Etats-Unis .
Covid-19 : la Tunisie reçoit un million de doses de vaccin des Etats-UnisImpuissante à enrayer un nouveau rebond épidémique, avec ses hôpitaux démunis qui manquent d’oxygène, la Tunisie est actuellement dans une situation critique. Ce petit pays du Maghreb de presque 12 millions d’habitants enregistre l’un des pires taux de mortalité officiels du monde, avec la mort de 19 000 personnes liée au nouveau coronavirus.

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