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Monde À Beyrouth, l’Hôpital Libanais Geitaoui se reconstruit dans un secteur médical laminé

17:15  02 août  2021
17:15  02 août  2021 Source:   france24.com

Liban/virus: les hôpitaux démunis en cas de nouvelle vague, avertit un médecin

  Liban/virus: les hôpitaux démunis en cas de nouvelle vague, avertit un médecin L'effondrement économique et les pénuries d'électricité au Liban rendent les hôpitaux très vulnérables et moins équipés pour faire face à une éventuelle nouvelle vague de l'épidémie de Covid-19, avertit le directeur du plus grand hôpital public du pays. "Tous les hôpitaux () sont désormais moins préparés qu'ils ne l'étaient au moment de la vague survenue au début de l'année", déplore auprès de l'AFP Firass Abiad, directeur de l'hôpitalOutre l'émigration de membres du personnel soignant et les pénuries de médicaments, les hôpitaux font face à des coupures de courant frôlant parfois les 22 heures par jour ainsi qu'à une raréfaction du mazout, indispensable au fonctionnement des générateurs priv

L'unité de soins cardiaques de l’Hôpital Libanais Geitaoui, situé dans l'est de Beyrouth. © Marc Daou, France 24 L'unité de soins cardiaques de l’Hôpital Libanais Geitaoui, situé dans l'est de Beyrouth.

Près d’un an après avoir été dévasté par les explosions du 4 août 2020, l’Hôpital Libanais Geitaoui tente de poursuivre sa mission. Une vocation mise à mal par la lente descente aux enfers du secteur médical au Liban, grevé comme l’ensemble du pays par les crises socio-économique et sanitaire.

Installés provisoirement au dernier étage de l’Hôpital Libanais Geitaoui, depuis que le secteur réservé à l’administration a été soufflé lors des explosions du 4 août 2020, les co-directeurs de l’établissement, sœur Hadia Abi Chebli, et le professeur Pierre Yared ne peuvent que se remémorer quotidiennement et visuellement cette journée meurtrière et dévastatrice.

Explosion à Beyrouth : Un an après, l’enquête piétine, freinée par des interventions politiques

  Explosion à Beyrouth : Un an après, l’enquête piétine, freinée par des interventions politiques L’opinion publique attend toujours les conclusions de l’enquête libanaise, dénonçant des ingérences politiques © Hassan Ammar/AP/SIPA Un an après l'explosion survenue à Beyrouth, des zones d'ombres subsistent et les mêmes questions restent sans réponse. JUSTICE - L’opinion publique attend toujours les conclusions de l’enquête libanaise, dénon Un an après, les zones d’ombre subsistent toujours.

Et pour cause : les fenêtres de leur bureau de substitution donnent directement sur l’épicentre de la tragédie. Sous leurs yeux s’étend le port de Beyrouth, ses gigantesques silos à grains éventrés et le cratère où se trouvait le hangar numéro 12, où étaient stockées les 2 750 tonnes de nitrates d’ammonium à l’origine des explosions.

L’hôpital, situé dans le quartier densément peuplé de Geitaoui, dans l’est de la capitale, avait été très sévèrement endommagé alors qu’il abritait 120 patients ce jour-là. En pleine crise sanitaire, son unité Covid-19 avait notamment été détruite.

L'établissement avait même été déclaré hors-service pour 48 heures dès le lendemain, même si les équipes médicales avaient pu traiter et opérer, dans la soirée du 4 août, des dizaines de blessés dans les rares espaces jugés suffisamment sécurisés.

Droits Groupe: Les responsables libanais ont échoué à protéger les résidents

 Droits Groupe: Les responsables libanais ont échoué à protéger les résidents Beyrouth (AP) - Les hauts responsables libanais connaissaient les risques posés par le matériel hautement explosif stocké pendant des années au port de Beyrouth et ne faisaient rien pour protéger le public contre elle, des droits de l'homme internationaux groupe dit mardi. © Fourni par Associated Press Fichier - Dans cet août 5, 2020 Photo de fichier, une caméra de drone capture la scène d'une explosion qui frappe le port maritime de Beyrouth, au Liban.

"Ce jour-là, les soignants et de nombreux patients ont été touchés, nous n’avons eu que quelques minutes pour retrouver nos esprits avant qu’un flot de personnes blessées par l’explosion n’affluent, se remémore avec précision le docteur Naji Abi Rached, directeur médical de l’hôpital et chef du service de réanimation cardiaque. Nous avons dû réagir très vite, alors que les 8 étages du centre hospitalier universitaire et ses capacités logistiques avaient subi des dégâts, en utilisant toutes les zones à notre portée et en transformant le parking des urgences en espace de soins".

Un an après le cataclysme, l'établissement, qui a une capacité de 260 lits, poursuit sa reconstruction, à l'instar des deux centres hospitaliers situés dans la même zone. "Nous avons miraculeusement pu réparer environ 80 % des dégâts en près de 8 mois, et désormais la plupart des étages sont fonctionnels, détaille le professeur Pierre Yared. Jusqu’ici, nous avons dû régler une facture de 7 millions de dollars, et ce n’est pas fini puisqu’il reste des réparations à faire, notamment dans le service des urgences et celui de l’accueil des patients".

Explosion du port de Beyrouth: «Les responsables libanais savaient qu’il y avait un risque»

  Explosion du port de Beyrouth: «Les responsables libanais savaient qu’il y avait un risque» L'ONG Human Rights Watch (HRW) accuse les autorités libanaises de négligence criminelle, de violation du droit à la vie et de faire barrage à l'enquête locale sur l'explosion dévastatrice du 4 août 2020 au port de Beyrouth. L'organisation recommande la mise en place d'une mission d'investigation indépendante de l'ONU et des sanctions internationales contre les hauts responsables libanais. La gigantesque déflagration du 4 août 2020 a fait au moins 214 morts et plus de 6 500 blessés. Elle a été déclenchée par l'explosion de plusieurs centaines de tonnes d'ammonium stockées depuis 2014 dans un entrepôt délabré au port.

La somme a été financée par de nombreux acteurs – donateurs, compagnies privées, ONG, groupes internationaux et même le Vatican, tous venus au chevet de cet hôpital privé à but non-lucratif, rattaché à une institution religieuse, la Congrégation des Sœurs Maronites de la Sainte Famille.

"Nous n’avons reçu aucun centime de la part de l’État libanais alors que des commissions avaient été envoyées pour évaluer les dégâts, mais nous n'avons plus eu de leurs nouvelles, même un an après l’explosion", ironise le professeur Pierre Yared, spécialiste de chirurgie viscérale, alors que le coût total des dégâts de l’hôpital est estimé à 15 millions de dollars.

La direction espère rouvrir l’ensemble des départements de l’hôpital fin septembre et ainsi lui permettre de retrouver 100 % de ses capacités.

"Je lance un appel au secours, un SOS"

Mais le temps des réparations, le Liban a continué à s’enfoncer dans les multiples crises qui plombent le pays depuis deux ans et dont les conséquences sont venues se greffer à celles des explosions du 4 août. Ces crises, qui donnent chaque jour des sueurs froides aux deux co-directeurs de l’Hôpital Libanais Geitaoui, sont liées à la désastreuse situation économique du pays du Cèdre et à la chute vertigineuse de sa monnaie qui poussent médecins et infirmières, à l’instar de nombreux Libanais, à partir à l’étranger.

Liban. Un an après l’explosion du port de Beyrouth, une enquête enlisée et un deuil impossible

  Liban. Un an après l’explosion du port de Beyrouth, une enquête enlisée et un deuil impossible Au Liban, un an après la double explosion du 4 août 2020 sur le port de Beyrouth, qui a fait plus de 200 morts et 6 500 blessés, l’enquête est au point mort. Pour les proches et familles de victimes, le deuil est impossible. Dans un village de montagne à une heure de Beyrouth, le salon de la famille Noun ressemble à un mausolée. Le visage rond et souriant de Joe, l’un des dix pompiers disparus en première ligne de l’explosion il y a un an, est partout.Sous un grand portrait, Zeina, sa mère, allume une bougie. Les larmes lui montent à chaque fois qu’elle parle de son fils, mort à 27 ans.On a mis sa photo partout pour continuer à le voir.

"Je lance un appel au secours, un SOS, aux pays européens, et surtout à la France, qui représente notre espace culturel et francophone, pour nous aider à stopper cette hémorragie qui va nous coûter très cher, dit le professeur d’un air grave. Car il ne sert à rien d’avoir un hôpital disposant des meilleurs équipements s’il n’y a plus de médecins pour les utiliser".


Vidéo: Crise au Liban : des heurts à Beyrouth après le renoncement de Saad Hariri (France 24)

De son côté, sœur Hadia Abi Chebli, infirmière de formation, appelle à la résistance face à ce qu’elle qualifie d’ "exode". L’hôpital Geitaoui n’échappe pas au phénomène : 30 soignants qui y travaillaient sont partis à l’étranger au cours des deux dernières années. "Il ne faut pas quitter, il faut résister, le Liban est notre pays, à qui va-t-on le laisser ? Il faut tenir bon !"

Depuis son fief de l’unité de soins cardiaques, qui avait elle aussi été détruite en quelques secondes par les explosions, le docteur Naji Abi Rached a répondu à cet appel à la résistance, même s’il ne cache pas son désarroi face à la situation.

"Malheureusement, les départs vont crescendo, puisque plus de 1 000 médecins ont déjà quitté le Liban et autour de 1 500 demandent à partir, déplore le cardiologue, tout en gardant l’œil sur un patient à peine réveillé, dans une des chambres restaurées de l’unité. Ces professionnels de santé font partie de l’élite des médecins et sont en train de prendre le chemin de l’Europe et des pays du Golfe parce qu'ils offrent des perspectives attractives".

Le 4 août, un "jour maudit" pour les pompiers de Beyrouth et les familles des victimes

  Le 4 août, un "Le 4 août est un jour maudit sur Terre, une malédiction qui a tué Beyrouth, ses habitants et ses pompiers". Dans la caserne de la Brigade des pompiers de Beyrouth, qui a perdu dix de ses membres envoyés à une mort certaine au pied du hangar numéro 12, épicentre des explosions du port de Beyrouth, la douleur reste intacte un an après. Comme la soif de justice. Dix vies sacrifiées. Un an après, la Brigade des pompiers de Beyrouth pleure toujours les dix membres de la caserne de Karantina, située dans l’est de la capitale libanaise.

Le coup est rude pour le secteur médical libanais, alors que le pays était qualifié d’ "hôpital du monde arabe" pour la qualité réputée de ses services médicaux, mais aussi la renommée de ses médecins. Ces derniers sont formés localement à l’Université américaine de Beyrouth et la Faculté de médecine de l’Université Saint-Joseph, avant de partir se spécialiser à l’étranger, notamment en France et aux États-Unis.

"Malgré la crise économique, l’instabilité politique et l’absence de perspectives d’avenir, il y a quand même des médecins qui doivent rester, parce qu’on ne peut pas tous abandonner le bateau, poursuit le docteur Naji Abi Rached, qui a fait sa spécialisation en France. J'ai moi-même choisi de rester parce que j’ai des responsabilités et parce que je garde l’espoir de retrouver un Liban meilleur".

Un futur auquel ne semble déjà plus croire, à 29 ans, le docteur Patrice Nasas, résident en troisième année en médecine interne, venu prendre des nouvelles d’un patient dans l’unité de soins cardiaques. "J’avais beaucoup d’espoirs pour le Liban, mais dans le contexte actuel, je pense à partir aux États-Unis, alors que je n’aime pas l’idée de quitter mon pays, confesse-t-il. Je connais personnellement beaucoup de personnes du secteur qui ont franchi le pas et qui sont déjà parties, qu’ils soient étudiants en médecine, docteurs établis, ou infirmières".

Avec la crise de la monnaie, le salaire en livres libanaises de Patrice Nasas équivaut à tout juste 65 dollars par mois, selon les taux du marché noir (1 dollar pour 18 000 livres ces derniers jours, contre 1 dollar pour 1 500, selon le taux officiel), alors qu’avant la crise il oscillait entre 800 et 900 dollars.

Les images du port de Beyrouth, toujours dévasté un an après l’explosion

  Les images du port de Beyrouth, toujours dévasté un an après l’explosion VIDÉO. Une gigantesque explosion a frappé le cœur de Beyrouth, le 4 août 2020. Les débris toujours présents dans le port libanais témoignent de l’extrême violence de la déflagration, et de l’ampleur du chantier de reconstruction.Gravats qui s’amoncellent, bâtiments éventrés, bateau renversé : ces dégâts toujours visibles permettent de mesurer l’ampleur de la reconstruction qui reste à mener.

"Pour s’en sortir, ajoute-t-il, certains soignants essayent de cumuler deux emplois, en prenant des gardes dans un hôpital et qui acceptent d’autres gardes non-officielles dans un autre établissement, d’autres demandent de l’aide à leurs parents, eux-mêmes fragilisés financièrement puisque que la situation devient difficile pour tout le monde".

"Parfois, je ne sais vraiment plus quoi dire aux patients"

Zélia Francis, docteur et chef de service d’endocrinologie de l’hôpital, qui a vécu et suivi une partie de ses études à Paris dans les années 2000, pense, elle aussi, à quitter le pays. "J’ai très envie de rester dans mon pays qui passe par une période difficile, que j’espère transitoire, et je suis encore là juste pour assurer une continuité à mes malades, mais honnêtement, si les choses ne changent pas et si l’on ne voit pas de lueur d’espoir, c’est vrai qu’il est très tentant de partir".

Elle dit se sentir parfois désemparée et impuissante face à ses patients à mesure de l’aggravation de la situation. "Alors que de nombreux médicaments ne sont plus disponibles dans le pays, nous avons reçu, il y a quelques jours, une alerte sur les stocks d’insuline qui se réduisent, confie-t-elle en serrant dans sa main son téléphone portable. De mon côté, je reçois tous les jours des centaines d’appels de patients me demandant de leur prescrire des traitements de substitution, alors que je sais que ceux-ci ne sont plus disponibles depuis quelques semaines et que personne ne réagit".

Et de soupirer : "C’est une situation très compliquée à gérer psychologiquement, même si l’on a essayé de trouver des solutions temporaires, mais la crise devient de plus en plus aigüe au point que je ne sais vraiment plus quoi dire aux patients".

Les pénuries de médicaments et de matériels risquent de se multiplier dans les prochaines semaines, faute de devises étrangères, précisément de dollars américains nécessaires pour les importations.

Les Libanais rendent hommage aux victimes de l'explosion et crient leur colère dans la rue

  Les Libanais rendent hommage aux victimes de l'explosion et crient leur colère dans la rue À Beyrouth, un an jour pour jour après la spectaculaire explosion dans le port de la capitale libanaise, plusieurs milliers de Libanais se sont rassemblés ce mercredi soir en hommage aux victimes mais aussi pour dire leur colère contre leurs dirigeants incapables de former un gouvernement et de sortir le pays de la crise. Sur l'autoroute surplombant le port de Beyrouth, ils sont des milliers. Une minute de silence, des applaudissements, puis ce slogan quasi-absent des rues depuis l'explosion meurtrière il y a un an : « révolution ».

"Un orthopédiste me disait récemment qu’il allait être obligé d’opérer de jeunes patients, bien qu’il ne dispose pas de prothèse de hanche à la taille de cette tranche d’âge, confiait plus tôt le professeur Pierre Yared. Il est impossible de planifier l’achat de matériel en raison de la flambée des prix, des pénuries et du manque de transparence dans la gestion de la crise par la Banque du Liban, le ministère de la Santé et les fournisseurs de matériels et de médicaments".

Au cours du mois de juin, le syndicat des propriétaires d’hôpitaux privés avait prévenu que les établissements hospitaliers pourraient se trouver dans l’incapacité d’administrer certains traitements, notamment des hémodialyses. Pour sa part, l’Hôpital Libanais Geitaoui a trouvé une solution temporaire.

"Un donateur a répondu à un appel qu’on avait lancé et sa générosité nous permettra d’assurer à nos patients des dialyses pendant les trois prochains mois, certifie la co-directrice de l'établissement, sœur Hadia Abi Chebli. Mais nous ne savons pas ce qui se passera après cette date car c'est une crise que l’on gère, au jour le jour et au cas par cas".

En réaction à l’aggravation de la crise économique et aux pénuries, l'hôpital a récemment inauguré un dispensaire afin d’assurer des soins de santé primaires aux plus démunis pour un prix symbolique, avec l’aide de plusieurs ONG, du ministère de la Santé et de l’Organisation mondiale de la santé.

"Nous avons réfléchi à l’installation de ce centre après l'explosion au port de Beyrouth, la dégradation de la situation socio-économique du pays et la paupérisation de la population, précise le docteur Naji Abi Rached, venu échanger avec l’équipe du dispensaire, situé dans un bâtiment à quelques pas de l’hôpital. Nous y recevons de plus en plus de monde et nous nous attendons à une explosion de la demande vu la situation actuelle et des pénuries".

Et selon lui, tous les scénarios doivent être désormais envisagés. Non seulement en raison des pénuries qui posent des problèmes et des départs à l’étranger, mais aussi pour des questions de simple logistique, alors que l’électricité fournie par l’État est rationnée et qu’il est difficile de se ravitailler en fioul pour faire fonctionner les générateurs de l’hôpital.

"Dans ce cas de problèmes logistiques, la capacité d’accueil ne sera plus la même face à une éventuelle nouvelle vague de Covid-19, et la situation peut encore s'aggraver s’il n’y a pas de solution proposée par l’État, conclut-il. Or nous voyons que les dirigeants n’ont pas beaucoup de réactions vis-à-vis de cette crise et c’est pour cela que nous nous attendons au pire : c’est-à-dire à l’écroulement total du secteur sanitaire au Liban, qui mènerait au scénario catastrophe et à une crise humanitaire".

Les Libanais rendent hommage aux victimes de l'explosion et crient leur colère dans la rue .
À Beyrouth, un an jour pour jour après la spectaculaire explosion dans le port de la capitale libanaise, plusieurs milliers de Libanais se sont rassemblés ce mercredi soir en hommage aux victimes mais aussi pour dire leur colère contre leurs dirigeants incapables de former un gouvernement et de sortir le pays de la crise. Sur l'autoroute surplombant le port de Beyrouth, ils sont des milliers. Une minute de silence, des applaudissements, puis ce slogan quasi-absent des rues depuis l'explosion meurtrière il y a un an : « révolution ».

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