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Monde L'affaire des sous-marins australiens torpille les relations entre Paris et Washington

21:10  16 septembre  2021
21:10  16 septembre  2021 Source:   france24.com

Obsèques de Jean-Paul Belmondo : sa fille Stella accrochée à sa maman, union face à la douleur

  Obsèques de Jean-Paul Belmondo : sa fille Stella accrochée à sa maman, union face à la douleur Les obsèques de Jean-Paul Belmondo se sont déroulées ce vendredi 10 septembre 2021 en l'église Saint-Germain-des-Prés, à Paris. La foule était une nouvelle fois présente pour ce dernier adieu au Magnifique, un regroupement en masse qui a du faire chaud au coeur à ses proches. Stella Belmondo, la fille de 18 ans de Bebel, est arrivée peu avant 11 heures avec sa maman, Natty, main dans la main.Après un hommage national organisé dans la Cour des Invalides hier, les obsèques de Jean-Paul Belmondo se sont déroulées ce vendredi 10 septembre en l'église Saint-Germain-des-Prés, à Paris.

Le président français, Emmanuel Macron, s'entretient avec le président Joe Biden, lors d'un sommet de l'Otan, à Bruxelles, le 14 juin 2021. © Brendan Smialowski, AFP Le président français, Emmanuel Macron, s'entretient avec le président Joe Biden, lors d'un sommet de l'Otan, à Bruxelles, le 14 juin 2021.

Victime collatérale d’un accord politique entre Canberra, Londres et Washington pour contrer la Chine, la France voit lui échapper un contrat à 56 milliards d’euros avec l’Australie, et encaisse un revers diplomatique majeur dans la zone indo-pacifique.

Rarement la France aura connu une telle humiliation. L’Australie a annoncé, jeudi 16 septembre, l’annulation d’un contrat à 56 milliards d’euros conclu en 2016 portant sur la livraison de 12 sous-marins de dernière génération, au profit de technologies britanniques et américaines.

Contrat de sous-marins australiens. « Grande déception » du français Naval Group

  Contrat de sous-marins australiens. « Grande déception » du français Naval Group La décision de l'Australie de se doter de sous-marins à propulsion nucléaire en partenariat avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni constitue une « grande déception » pour Naval Group. Le Premier ministre australien Scott Morrison a annoncé mercredi que son pays allait se doter de sous-marins à propulsion nucléaire dans le cadre d'un nouveau partenariat dans la région indo-pacifique de concert avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

La ministre des Armées, Florence Parly, a déploré sur RFI "une très mauvaise nouvelle pour le respect de la parole donnée" et une décision "grave" en matière de politique internationale.

"Une décision unilatérale, brutale, imprévisible qui ressemble beaucoup à ce que faisait monsieur Trump", s’est emporté de son côté le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, visiblement furieux contre l’allié américain qui vient de lui souffler "le contrat du siècle".

La colère et la stupeur des autorités françaises sont d’autant plus grandes que personne n’avait été prévenu de ce revirement australien.

La France a officiellement découvert sa mise à l’écart lors d’un événement présidé par Joe Biden à la Maison Blanche en compagnie, par écrans interposés, du Premier ministre australien, Scott Morrison, et de son homologue britannique, Boris Johnson.

L’Australie rompt un contrat de 56 milliards d’euros de sous-marins français

  L’Australie rompt un contrat de 56 milliards d’euros de sous-marins français L’Australie va finalement former un partenariat de sécurité avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni dans la zone indo-pacifique, torpillant d’office le « contrat du siècle » conclu en 2016 avec la France. « La décision que nous avons prise de ne pas continuer avec les sous-marins de classe Attack et de prendre un autre chemin n’est pas un changement d’avis, c’est un changement de besoin », a déclaré Scott Morrison.

À cette occasion, États-Unis, Royaume-Uni et Australie ont annoncé le lancement d’un partenariat stratégique inédit dans la zone indo-pacifique baptisé "Aukus" pour contrer les ambitions chinoises. Entre les menaces sur Taïwan et la revendication de zones contestées en mer de Chine méridionale, Pékin est de plus en plus considéré comme une menace par Washington.

Première manifestation concrète de ce partenariat : la construction de sous-marins à propulsion nucléaire, avec pour conséquence immédiate l’annulation de la livraison des sous-marins conventionnels français par Naval Group, une commande sur laquelle travaillaient 500 personnes à Cherbourg, dans le nord-ouest de la France.

Priorité géopolitique

Pour justifier sa décision, le Premier ministre australien a évoqué "non pas un changement d’avis, mais un changement de besoin". En clair, en proposant ce rare partage de technologie, une première depuis un accord conclu avec les Britanniques en 1958, les Américains auraient fait une offre que les Australiens n’ont pas pu refuser.

Sous-marins : l'Australie dit avoir prévenu la France d'une possible annulation de la commande

  Sous-marins : l'Australie dit avoir prévenu la France d'une possible annulation de la commande La France avait été informée dès le mois de juin de la possible annulation du contrat portant sur la livraison de sous-marins français, a affirmé vendredi Scott Morrison, le Premier ministre australien. Le Premier ministre australien Scott Morrison a déclaré, vendredi 17 septembre, avoir évoqué la possibilité que l'Australie annule la commande de sous-marins français lors de discussions avec le président français, Emmanuel Macron, en juin. LaLe Premier ministre australien Scott Morrison a déclaré, vendredi 17 septembre, avoir évoqué la possibilité que l'Australie annule la commande de sous-marins français lors de discussions avec le président français, Emmanuel Macron, en juin.

Mais cette explication ne tient pas, selon Jean-Pierre Maulny, spécialiste des questions de défense à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), joint par France 24. "Certes, la propulsion nucléaire permet plus de souplesse et une plus grande autonomie. Cependant, le sous-marin proposé par les Français, et qui correspondait à l’appel d’offres des Australiens, était un sous marin dit 'océanique' à grande allonge. Par ailleurs, la France était parfaitement capable de fournir des sous-marins à propulsion nucléaire en cas de changement de besoin."

>> À lire : Pourquoi la Chine tire à boulets rouges sur l’Australie

Avec cet accord, le Premier ministre australien fait en tout cas voler en éclats le tabou du nucléaire dans son pays, Canberra ayant formellement prohibé son utilisation en 1998, bien que l’Australie dispose de riches gisements d'uranium.

La Nouvelle-Zélande, qui interdit ses eaux à tout navire à propulsion nucléaire depuis 1985, a déjà annoncé que les futurs sous-marins de son voisin et allié australien ne seraient pas les bienvenus chez elle.

Affaire des sous-marins : la France rappelle deux ambassadeurs

  Affaire des sous-marins : la France rappelle deux ambassadeurs La France avait signé le « contrat du siècle » avec une commande de sous-marins pour l’Australie.  « A la demande du Président de la République, j’ai décidé du rappel immédiat à Paris pour consultations de nos deux ambassadeurs aux Etats-Unis et en Australie », a annoncé le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian dans un communiqué. « Cette décision exceptionnelle est justifiée par la gravité exceptionnelle des annonces effectuées le 15 septembre par l’Australie et les Etats-Unis », a-t-il ajouté.

Face aux critiques, Scott Morrison a insisté sur le fait que l'Australie "ne cherche pas à se doter d'armes nucléaires ou à développer le nucléaire civil". En effet, les futurs sous-marins nucléaires australiens, dont les modalités de construction feront l’objet de 18 mois de négociations, ne seront pas armés de têtes nucléaires, mais de missiles de croisière Tomahawk.

"L’histoire nous dira peut-être un jour à quelles pressions le gouvernement australien a-t-il été soumis", s’interroge Matthieu Mabin, le correspondant de France 24 à Washington, selon qui "ce retournement de veste est du jamais-vu dans l’histoire de la construction navale".

Pour Jean-Pierre Maulny, la France fait ici les frais de cet accord politique entre pays anglo-saxons, avec comme toile de fond une montée des tensions dans le Pacifique et la guerre commerciale menée par la Chine. "L’embargo chinois sur le charbon, notamment, a renforcé les inquiétudes de l’Australie concernant la montée en puissance de Pékin. Or, l’allié principal en termes de sécurité dans la région, ce sont les États-Unis, pas la France", explique-t-il.

Deux semaines après le retrait chaotique d’Afghanistan, Joe Biden, comme son prédécesseur Donald Trump, confirme ainsi la priorité des priorités géopolitiques pour les États-Unis : freiner l’influence chinoise dans le Pacifique. Le président américain réunit d'ailleurs, le 24 septembre, à Washington, les Premiers ministres australien, indien et japonais pour relancer un format diplomatique, le "Quad", au point mort depuis plusieurs années.

Crise des sous-marins : l’Australie se défend, prochain échange Biden-Macron

  Crise des sous-marins : l’Australie se défend, prochain échange Biden-Macron Le ministre de la défense australien a insisté sur le fait que Canberra avait été « franc, ouvert et honnête ».Le Premier ministre australien a répliqué dimanche aux accusations de « duplicité » formulées par Paris sur son intention de rompre un contrat d’achat de sous-marins, tandis que le président américain aura l’occasion de s’expliquer dans les prochains jours avec son homologue français lors d’un échange téléphonique.

Trahison entre alliés

Au-delà du revers industriel pour Naval Group, cette nouvelle alliance autour des États-Unis court-circuite la diplomatie française dans le Pacifique, seul pays européen présent dans la zone. Fondée sur des partenariats avec l'Inde et l’Australie, cette stratégie vise à favoriser un équilibre entre les différentes puissances régionales et surtout à éviter une confrontation directe avec la Chine.

>> À lire : Quand la France sillonne en sous-marin d’attaque la mer de Chine

Joe Biden a assuré que les États-Unis voulaient continuer à "travailler étroitement avec la France, (...) un partenaire-clé" dans cette région, mais il est peu probable que ces mots doux suffisent à calmer la colère de Paris, qui vit cette affaire comme une trahison de la part des États-Unis.

"Joe Biden a beau rappeler l’importance de la présence militaire française dans le Pacifique, ce coup bas laissera des traces et ne peut qu’éloigner Washington et son plus vieil allié", prédit Matthieu Mabin.

"Il y a aussi une forme d’incohérence dans la politique étrangère de Joe Biden", analyse Bruno Daroux, chroniqueur international à France 24. "Le président américain avait affirmé qu’il allait mettre en place une diplomatie fondée sur les alliances et les valeurs, contrairement à Donald Trump."

"Finalement, il n’y a pas plus de multilatéralisme sous Joe Biden qu’il n’y en avait sous Trump", assure Jean-Pierre Maulny. "Cela traduit l’évolution de la pensée stratégique américaine qui n’est pas liée au président mais plutôt au département d’État."

Ce nouveau soubresaut dans les relations transatlantiques rappelle cruellement aux Européens que les États-Unis n’ont que faire des questions de loyauté quand il s’agit de leurs intérêts stratégiques. Mais un cap a bien été franchi cette fois-ci, estiment des parlementaires français.

Dans un communiqué, la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat appelle à s’interroger "sur l'attitude récurrente de certains de nos alliés, qui se comportent plus comme des adversaires que comme des concurrents loyaux".

Entre l’achat par la Suisse d’avions américains F-35 aux dépens du Rafale français en juin dernier et la décision unilatérale du retrait d’Afghanistan, les contentieux s’accumulent entre Paris et Washington.

En attendant, Boris Johnson apparaît comme le grand gagnant dans cette affaire. Soucieux d’éviter l’isolement du Royaume-Uni après le Brexit, le Premier ministre britannique vient ici de réaliser l’un de ses plus beaux coups diplomatiques.

Crise des sous-marins : Naval Group va envoyer la facture à l’Australie .
L’industriel français doit envoyer à Canberra une "proposition détaillée et chiffrée" sur "les coûts déjà engagés et à venir" après la rupture du contrat pour la construction de douze sous-marins. L’entreprise n’a rien vu venir. Alors que les tensions semblent s’apaiser entre la France et les États-Unis, après la rupture d’un contrat de 56 milliards d’euros entre Paris et Canberra promis à la France au profit de la livraison de sous-marins nucléaires américains, le président de Naval Group a pris la parole, dans les colonnes du Figaro, mercredi 22 septembre.

usr: 1
C'est intéressant!