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Monde L’Australie choisit des sous-marins nucléaires : pourquoi ça change la donne

22:45  16 septembre  2021
22:45  16 septembre  2021 Source:   ouest-france.fr

Contrat de sous-marins australiens. « Grande déception » du français Naval Group

  Contrat de sous-marins australiens. « Grande déception » du français Naval Group La décision de l'Australie de se doter de sous-marins à propulsion nucléaire en partenariat avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni constitue une « grande déception » pour Naval Group. Le Premier ministre australien Scott Morrison a annoncé mercredi que son pays allait se doter de sous-marins à propulsion nucléaire dans le cadre d'un nouveau partenariat dans la région indo-pacifique de concert avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

En abandonnant les sous-marins diesel-électriques pour passer à la propulsion nucléaire, l’Australie troque en quelque sorte des scooters contre des Ferrari. D’une autonomie illimitée et armés de Tomahawks jusqu’aux dents, les sous-marins nucléaires d’attaque fournis par les Américains sont une menace des plus claire adressée à Pékin.

Sous l’amicale pression de Washington, l’Australie va passer du scooter à la Ferrari. Car un sous-marin nucléaire, ça change tout. Les Shortfin de Naval Group auraient certainement été les meilleurs au monde dans la catégorie des sous-marins classiques (à propulsion diesel-électrique). Mais, même avec un tonnage de 4 000 tonnes et une très bonne discrétion acoustique, un « classique » reste un « classique ». Après quelques jours à grande vitesse, ou une vingtaine à petite vitesse, il doit remonter en surface recharger ses batteries à l’aide de ses bruyants diesels. Là, il est vulnérable. Et il faut bien, régulièrement, rentrer au port faire le plein de gazole.

Contrat du siècle annulé par l'Australie : une "décision regrettable" pour la France

  Contrat du siècle annulé par l'Australie : une Cette décision constitue également une "grande déception" pour Naval Group, l'industriel de défense français qui devait s'en charger.Dans la foulée, le gouvernement français a fait état d'une "décision regrettable". "C’est une décision contraire à la lettre et à l’esprit de la coopération qui prévalait entre la France et l’Australie", a dénoncé le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. "Le choix américain qui conduit à écarter un allié et un partenaire européen comme la France d’un partenariat structurant avec l’Australie, au moment où nous faisons face à des défis sans précédent dans la région Indopacifique (...

Le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA), c’est un autre monde. Avec un cœur nucléaire durant 30 ans, son autonomie sous la mer est virtuellement infinie. Sa seule limite : les vivres et l’endurance de l’équipage, qu’on ne met pas à l’épreuve au-delà de deux mois.

Filant 24 nœuds, le double d’un classique, les SNA américains de type Virginia peuvent aussi, dans leurs 7 800 tonnes, emporter 37 armes (contre 28 pour le Shortfin français) : des torpilles, des missiles anti-navires et, surtout, des Tomahawks, capables de détruire une piste d’aviation à plusieurs milliers de kilomètres.

La France possède, elle aussi, et depuis peu, un missile de croisière naval (MDCN). Mais de portée moindre et en moins grand nombre à bord de ses tout nouveaux SNA, les Suffren. Le Shortfin vendu aux Australiens n’en était pas doté.

Les nouveaux sous-marins nucléaires de l'Australie devront rester hors des eaux néo-zélandaises

  Les nouveaux sous-marins nucléaires de l'Australie devront rester hors des eaux néo-zélandaises Les nouveaux sous-marins nucléaires de l'Australie devront rester hors des eaux néo-zélandaises © Reuters/POOL LES NOUVEAUX SOUS-MARINS NUCLÉAIRES DE L'AUSTRALIE DEVRONT RESTER HORS DES EAUX NÉO-ZÉLANDAISES WELLINGTON (Reuters) - Les nouveaux sous-marins nucléaires de l'Australie ne seront pas autorisés à entrer dans les eaux néo-zélandaises, a annoncé la Première ministre de Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern.

Une vraie menace adressée à Pékin

Les 12 sous-marins de Naval Group auraient été d’excellents patrouilleurs autour des (immenses) côtes australiennes. D’autant plus que le système de combat «made in USA» avait été imposé par les Américains. Mais les SNA – qui seront « au moins huit », ce qui ouvre les perspectives – constitueront, eux, une vraie menace adressée à la Chine. Ils auront l’autonomie pour se faufiler sur 4 000 milles jusqu’aux côtes chinoises. Jusqu’à Taïwan par exemple, cette porte vers le Pacifique que Pékin ne peut pas lâcher.

Puisque le meilleur détecteur de sous-marin, c’est un autre sous-marin, les SNA américains ne se priveront pas de pister ceux que la Chine met à l’eau au pas cadencé.

Tout ceci justifie que les États-Unis exportent la technologie de leur propulsion nucléaire pour la première fois depuis 62 ans.

Cependant, les ingénieurs et marins australiens vont devoir tout apprendre d’un atome absent de leur île continent. Cela prendra du temps. Et Joe Biden est pressé. D’ici là, peut-être fournira-t-il quelques « Virginia » d’occasion. Les chantiers navals américains en sortent deux par an, d’un nouveau type, ce qui accélère la sortie de flotte des plus anciens. Ceux-ci peuvent encore servir une bonne dizaine d’années. Il y a aussi la maintenance nucléaire, très complexe. Pas grave, l’US Navy a tout ce qu’il faut dans le Pacifique, à Guam et à Pearl Harbour. Pour impressionner Pékin, rien ne sera un problème.

Affaire des sous-marins : la France rappelle deux ambassadeurs .
La France avait signé le « contrat du siècle » avec une commande de sous-marins pour l’Australie.  « A la demande du Président de la République, j’ai décidé du rappel immédiat à Paris pour consultations de nos deux ambassadeurs aux Etats-Unis et en Australie », a annoncé le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian dans un communiqué. « Cette décision exceptionnelle est justifiée par la gravité exceptionnelle des annonces effectuées le 15 septembre par l’Australie et les Etats-Unis », a-t-il ajouté.

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C'est intéressant!