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Monde Tensions au Liban : le Hezbollah «dispose de 100 000 combattants», prévient son leader Hassan Nasrallah

04:45  19 octobre  2021
04:45  19 octobre  2021 Source:   abonnement.leparisien.fr

Le Liban privé d’électricité, faute de carburant pour alimenter les centrales

  Le Liban privé d’électricité, faute de carburant pour alimenter les centrales Les deux principales usines de production d’électricité étaient à l’arrêt, samedi 9 octobre, faute de gazole pour les alimenter. Englué dans une crise inédite, qualifiée par la Banque mondiale d’une des pires dans l’histoire du monde depuis 1850, le Liban connaît depuis des mois des rationnements draconiens de courant, culminant à plus de 22 h par jour, et peine à importer du carburant, sur fond d’une dégringolade historique de la monnaie nationale et d’un assèchement des devises étrangères.

Le dirigeant du Hezbollah Hassan Nasrallah. Al-Manar / AFP © - Le dirigeant du Hezbollah Hassan Nasrallah. Al-Manar / AFP

Les images ont marqué en fin de semaine dernière. Des combats en plein Beyrouth, des armes de guerre allant de la kalachnikov au RPG antichar. La tension est à son comble dans ce pays en pleine crise politique et économique depuis des mois. Le chef du Hezbollah au Liban, Hassan Nasrallah, a affirmé lundi que son mouvement disposait de « 100 000 combattants armés et entraînés », prévenant le parti chrétien des Forces libanaises qu’il ne vaudrait mieux pas ne pas l’entraîner dans « une guerre civile », quelques jours après des affrontements meurtriers.

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 Beyrouth, le leader du Liban - Le leader de Hezbollah a accusé lundi au juge dirigé l'enquête sur l'explosion du Port de Beyrouth sur la politique, racontant les victimes de l'explosion meurtrière "Vous n'aurez pas la vérité" .

Dans ses premières déclarations depuis les violences qui ont secoué Beyrouth jeudi, le secrétaire général du parti chiite a accusé le parti chrétien d’avoir ouvert le feu lors d’une manifestation sur ses partisans et ceux de son allié, le mouvement chiite Amal, faisant sept morts. Dans son discours télévisé, Hassan Nasrallah a accusé les Forces libanaises (FL), son principal adversaire dans le pays, de s’armer et de tenter de provoquer « une guerre civile ». « Je révèle pour la première fois ce chiffre : nous disposons de 100 000 combattants, entraînés et armés », a-t-il déclaré, précisant que ce chiffre concernait uniquement « les Libanais ».

Un juge dans le viseur

Le puissant Hezbollah, pro-iranien, combat également à l’étranger aux côtés du régime syrien de Bachar al-Assad et est accusé d’être présent militairement en Irak et au Yémen. Hassan Nasrallah a affirmé révéler la puissance militaire de son parti « pour empêcher une guerre et non pas pour menacer d’une guerre civile ». Des tirs ont éclaté dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, pour saluer cette annonce.

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  REPORTAGE. A Beyrouth, le Hezbollah prêt à tout pour saborder l'enquête sur l'explosion du port La manifestation contre les investigations du juge Bitar mettant en cause des proches du parti chiite dans l'explosion d'août 2020 a dégénéré, faisant six morts. © afp.com/JOSEPH EID Des blessés sont évacués après des heurts mortels lors d'une manifestation à Beyrouth, au Liban, le 14 octobre 2021 Dans les rues qui jouxtent le palais de justice de Beyrouth, une marée de jeunes hommes s'avançant vers le point de ralliement vient interrompre le silence de mort. Les magasins ont baissé leurs rideaux de fer et l'armée s'est déployée dans toute la zone pour empêcher la circulation.

Le Hezbollah et Amal avaient organisé jeudi une manifestation devant le Palais de justice de Beyrouth pour exiger le remplacement du juge Tareq Bitar chargé de l’enquête sur la gigantesque explosion au port de la capitale le 4 août 2020 (plus de 200 morts). Les deux formations chiites accusent les Forces libanaises d’avoir déployé lors de ce rassemblement des francs-tireurs sur les toits des immeubles de quartiers chrétiens environnants et d’avoir ouvert le feu.

Le chef des FL, Samir Geagea, a démenti et affirmé vendredi que les habitants du quartier chrétien de Aïn el-Remmaneh s’étaient « défendus » face aux « miliciens du Hezbollah qui ont tenté d’entrer dans leurs maisons ». Les circonstances exactes des violences restent cependant confuses.

Les tensions autour de la sonde de Beyrouth Soleil

 Les tensions autour de la sonde de Beyrouth Soleil Tensions au Liban sur une enquête sur une explosion dévastatrice de l'année dernière au port de Beyrouth se sont renversées dans la violence, les affrontements laissant au moins six personnes mortes. © Reuters Les troupes de l'armée ont été déployées après la violence de mercredi L'explosion colossale aurait testé n'importe quel pays, mais le Liban était déjà bloqué dans une crise économique approfondie, avec une inflation rampante, des coupures de courant et une pénurie de biens de base.

« Une mine qui peut exploser »

Les heurts de jeudi ont alimenté les craintes de voir le pays entraîné dans un nouveau cycle de violences. « Cette mine que nous avons réussi à désamorcer jeudi peut à nouveau exploser à tout moment et dans n’importe quelle région », a prévenu Hassan Nasrallah dans son discours. Les violences ont également accru la tension politique dans le pays, où le Hezbollah et ses alliés exigent le départ du juge Tareq Bitar. Ces violences ont provoqué la crise la plus grave pour le gouvernement de Najib Mikati depuis sa formation le mois dernier. Hassan Nasrallah n’a cependant pas demandé le remplacement du juge Bitar, comme il l’avait fait dans son dernier discours le 11 octobre.

Il a simplement répété que l’enquête sur l’explosion au port était « sélective » et qu’elle « cible politiquement nos alliés et nos amis ». Le Hezbollah avait déjà accusé le juge de politiser l’enquête et de cibler des personnalités de camps déterminés. Le Hezbollah est la seule formation au Liban à avoir pu conserver légalement ses armes après la fin de la guerre civile (1975-1990) au nom de la « résistance » contre Israël. Une guerre l’a opposé en 2006 à l’État hébreu.

Les FL ont pour leur part déposé les armes à la fin de la guerre civile et se sont transformées en partie, alors que leur chef est le seul des « seigneurs de guerre » de l’époque à avoir été emprisonné pendant 11 ans du temps de la domination syrienne sur le Liban.

Karim Émile Bitar : «La polarisation communautaire libanaise est très inquiétante et se renforce» .
ENTRETIEN - Après les affrontements de la semaine dernière, le directeur de l'Institut de sciences politiques à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth dénonce un climat «extrêmement malsain». Karim Émile BITAR. - Nous assistons à une sorte d'union sacrée de tous les partis politiques pour torpiller cette enquête et maintenir leur impunité. Il faut rappeler pour bien comprendre que tous sont habitués à cette impunité depuis la fin de la guerre civile libanaise. Il y a eu en effet une loi d'amnistie, votée à la sauvette, qui a permis aux chefs des milices d'être exonérés de leurs crimes et de troquer leurs treillis par des costumes-cravates pour s'intégrer au jeu politique.

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C'est intéressant!