•   
  •   

Monde Face au risque de « Polexit », passe d’armes entre le gouvernement polonais et Ursula von der Leyen

16:45  19 octobre  2021
16:45  19 octobre  2021 Source:   ouest-france.fr

TRIBUNE. « Le pouvoir polonais viole et la constitution, et les traités ! »

  TRIBUNE. « Le pouvoir polonais viole et la constitution, et les traités ! » Jaroslaw Kurski est vice-Rédacteur en chef du quotidien polonais Gazeta Wyborcza, fondé en 1989 et principal quotidien de l’opposition. Au lendemain de la décision du tribunal constitutionnel polonais de déclarer certains éléments des traités européens contraires à la constitution, son journal titrait à sa Une : « Polexit », ou la version polonaise du Brexit. Il lance un appel aux Européens à mesurer le risque qui pèse sur la Pologne et l’Europe. Le parti au pouvoir en Pologne s’est faussement attribué le nom de Droit et Justice mais, depuis six ans, il viole ouvertement le droit et se moque de la justice. Et, il fait sortir à petits pas la Pologne de l’Union européenne.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki lors de son discours devant le Parlement européen réuni à Strasbourg mardi 19 octobre 2021. © REUTERS Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki lors de son discours devant le Parlement européen réuni à Strasbourg mardi 19 octobre 2021.

Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a dénoncé mardi 19 octobre 2021 à Strasbourg un « chantage » de l’UE envers son pays sur la primauté du droit européen, alors que le plan de relance de Varsovie est gelé par Bruxelles.

Mateusz Morawiecki, le Premier ministre de la Pologne, s’est adressé dans la matinée de ce mardi 19 octobre 2021 au Parlement européen. Il a tenu à s’y expliquer dans un contexte de crainte d’un « Polexit » après la récente contestation par le Tribunal constitutionnel polonais de la primauté du droit européen.

«Polexit» : des dizaines de milliers de Polonais manifestent pour prouver leur attachement à l’UE

  «Polexit» : des dizaines de milliers de Polonais manifestent pour prouver leur attachement à l’UE «Polexit» : des dizaines de milliers de Polonais manifestent pour prouver leur attachement à l’UECette décision, refusant tout contrôle européen sur les lois polonaises, pourrait marquer un premier pas vers une sortie de la Pologne de l’Union européenne (UE). C’est contre cette idée d’un « Polexit » que les Polonais se sont mobilisés dimanche, à l’appel du chef de l’opposition et ancien président du Conseil européen Donald Tusk.

Juste avant lui, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est exprimée en se rappelant qu’il y a près de 40 ans, le régime soviétique en Pologne imposait la loi martiale. La population polonaise souhaitait alors la liberté, comme des millions d’Européens, de Tallinn à Bucarest.

Ursula von der Leyen s’est dite profondément inquiète ​de la décision du Tribunal constitutionnel. Elle remet en question les fondements de l’UE. Seul un ordre commun garantit des droits en commun​, a-t-elle rappelé avant d’ajouter que cela a des conséquences majeures pour la population polonaise car cet arrêt sape la protection de l’indépendance de la justice prévue à l’article 19 des traités​. Si le droit européen est appliqué différemment à Grenoble, Göttingen ou Gdansk​, a égrené la présidente de la Commission, alors les citoyens européens ne seront plus sûrs de bénéficier de leurs droits​.

UE a exporté plus d'un milliard de vaccins Covid-19

 UE a exporté plus d'un milliard de vaccins Covid-19 Bruxelles (Reuters) - Un milliard de vaccins Covid-19 produits dans l'Union européenne ont été exportés dans plus de 150 pays depuis le 20 décembre 2020, chef de la Commission européenne Ursula von Der Leyen a dit lundi.

Les trois options qu’il reste à la Commission pour agir

Ursula von der Leyen a également rappelé les moyens de rétorsion qu’il reste à la Commission après la remise en cause de la primauté du droit européen par le tribunal constitutionnel et le refus de revenir sur sa réforme judiciaire controversée. La Commission agira​, a-t-elle ainsi promis. D’autant plus que la Cour qui a pris la décision est celle qui est jugée comme non indépendante et illégitime​.

La première option, ce sont les procédures en infraction, nous contesterons donc d’abord l’arrêt.

Deuxième option, la pression financière en stoppant l’écoulement des fonds européens. Une demande rappelée par de nombreux eurodéputés qui ne comprennent pas pourquoi l’exécutif européen n’utilise pas ce moyen alors qu’il avait été validé en Conseil européen il y a moins d’un an. Sans citer le procès en cours sur cette question devant la Cour de Justice européenne, Ursula von der Leyen estime que le gouvernement polonais doit […] expliquer comment il va protéger les fonds européens contre des violations de l’État de droit​. Entre le plan de relance et le budget européen, ces fonds représenteraient 2 100 millions d’euros ​selon la présidente de la Commission. Il s’agit du denier public européen.

UE met en garde contre la Pologne, il paiera un défi de droit commun

 UE met en garde contre la Pologne, il paiera un défi de droit commun Le chef de la direction de la Commission européenne a averti la Pologne mardi que son défi de la suprême de la loi sur l'Union européenne a remis en question les fondements mêmes du Bloc de 27 pays et ne pouvaient pas aller impuni. © Yves Herman / Piscine / AFP / Getty Images Président de la Commission européenne Ursula von der Leyen livre un discours à Strasbourg le 15 septembre.

Dernière option, « l’article 7 »​, c’est-à-dire la suspension au sein du Conseil des représentants polonais, ce qui constitue l’outil le plus puissant de notre traité​.

Lire aussi : TRIBUNE. « Le pouvoir polonais viole et la constitution, et les traités ! »

En conclusion de son discours, la présidente de la Commission a lancé : La Pologne est et restera au centre de l’Europe. Restez au cœur de l’Europe. Vive la Pologne et vive l’Union.

Mateusz Morawiecki joue des intérêts réciproques entre Pologne et UE

Le Premier ministre polonais a tenu en réponse un discours d’une trentaine de minutes. L’intégration européenne est un choix civilisationnel pour nous. C’est ici que nous avons notre place​, a-t-il ainsi tenu à rappeler en début d’intervention.

Mateusz Morawiecki a tenté de montrer que la Pologne n’était pas qu’un simple bénéficiaire de fonds européens. La Pologne n’est pas arrivée dans l’UE les mains vides, mais en apportant beaucoup de bénéfices aux sociétés allemandes, italiennes ou françaises. Il n’y a qu’à voir les dividendes perçus par ces sociétés. C’était donc un élargissement couronné de succès​, estime-t-il.

Le chef de l'UE dit que la clé de la crise énergétique pousse la transaction verte

 Le chef de l'UE dit que la clé de la crise énergétique pousse la transaction verte Bruxelles (AP) - Le haut responsable de l'Union européenne a exhorté mercredi les 27 nations membres de se sevrer eux-mêmes de gaz naturel non seulement pour accélérer la transition vers une énergie propre mais aussi pour faire Le Bloc Un joueur plus indépendant dans le monde. © Fourni par Associated Press Européenne Commission President Ursula Von der Leyen fournit son discours mardi 19 octobre 2021 au Parlement européen à Strasbourg, dans l'est de la France.

En plus de la carotte, il y a aussi eu le bâton : Il existe encore des problèmes comme les paradis fiscaux dans les pays d’Europe de l’Ouest en particulier. Est-ce équitable ? J’en doute largement​, a-t-il lancé. Il a également regretté que les citoyens polonais puissent se sentir comme des citoyens de seconde zone, rappelant le scandale de produits manufacturés différemment en fonction du fait qu’ils soient vendus en Europe de l’Ouest ou de l’Est.

Il a aussi stigmatisé les institutions européennes, dont le Parlement européen qu’il juge partial et arbitraire ​à l’encontre de la Pologne. Je rejette cette langue des menaces et de la coercition, le chantage devient une méthode de certains États membres. Nous sommes un pays fier​, a-t-il rappelé. Pour lui, l’état de droit est utilisé à des fins politiques​.

Un argumentaire juridique

Je suis conscient que l’arrêt récent du tribunal constitutionnel fait l’objet d’un malentendu. Je veux éviter les récits erronés sur un éventuel Polexit. ​Le chef du gouvernement polonais a alors développé un long argumentaire juridique commencé d’une étrange manière : Nous pouvons parler de l’état de droit de différentes façons​, a-t-il ainsi estimé. Il a tenu à circonscrire les règles européennes dans le cadre des compétences établies par les traités de l’Union​, d’autant que l’Union européenne n’est pas un État​, au contraire des 27 États membres qui sont souverains, garants des traités et les maîtres des traités​. Une pique à l’encontre de la Commission dont la compétence de gardienne des traités européens est pourtant assez claire.

Un sommet européen assombri par le conflit ouvert avec la Pologne

  Un sommet européen assombri par le conflit ouvert avec la Pologne Le conflit ouvert entre l'Union européenne et Varsovie, qui rejette la suprématie du droit européen, s'est imposé à l'agenda du sommet des dirigeants des Vingt-Sept, réunis jeudi et vendredi à Bruxelles. Elle a provoqué des échanges tendus mardi au Parlement européen entre la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, qui a promis d'agir contre Varsovie, et le Premier ministre Mateusz Morawiecki qui a dénoncé un "chantage" deLes leaders doivent discuter de la flambée des prix de l'énergie, de la nécessité d'accroître encore la vaccination contre le Covid-19, de la préparation de la COP26 et des tensions avec le Bélarus autour des migrants notamment.

Mateusz Morawiecki reproche surtout à la Cour de justice de ne cesser de déduire de nouvelles compétences ​dans ses jurisprudences. Il a ainsi affirmé que le tribunal polonais n’a jamais dit que les dispositions des traités européens ne respecteraient pas la constitution. Il a dit qu’il y avait une interprétation des traités qui pourrait être anticonstitutionnelle.

Le chef du gouvernement polonais n’a pas pu cependant s’empêcher d’attaquer une Union européenne qui chercherait à prendre le pas sur la Pologne, à l’instar de ce qu’il a écrit dans une lettre la veille aux autres dirigeants du Conseil européen. Voulez-vous vraiment introduire l’anarchie et un chaos juridique inimaginable en Pologne ?​, a-t-il lancé à la tribune. « Cela signifierait que les États membres arrêteraient d’être souverains ou libres et qu’on aurait un organisme paranational qui imposerait à ses provinces ce qu’il désire. »

La bataille du temps de parole, un symbole de l’incompréhension actuelle

La fin du discours de Mateusz Morawiecki a également donné lieu à une scène très symbolique. Le vice-président du Parlement européen, Pedro Silva Pereira (PS – groupe S & D) a tenté par deux fois de rappeler au Premier ministre polonais que son temps de parole, à l’origine prévu à cinq minutes, était largement dépassé.

J’utiliserai le temps qu’on m’a promis​, a rétorqué le chef du gouvernement polonais, faisant référence à un message de David Sassoli, le président du Parlement européen retenu pour raisons de santé en Italie, qui lui aurait octroyé 30 à 35 minutes. Avant d’ajouter : Ne me dérangez plus s’il vous plaît​… Après une dernière tentative de Pedro Silva Pereira de le faire accélérer, Mateusz Morawiecki lui a répondu sans se retourner : Il me reste encore deux paragraphes et j’en aurai terminé​.

Ce mini-incident montre bien l’incompréhension actuelle entre le gouvernement du PiS qui s’estime au-dessus du niveau européen car légitimé par les urnes et des instances européennes qui tentent de faire respecter des règles du jeu communes à l’ensemble des participants.

Sommet européen : l’UE refuse de financer des "barbelés et murs" anti-migrants aux frontières .
La présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a affirmé vendredi que l’Union européenne ne financera pas de "barbelés et de murs" aux frontières, à l’issue du sommet européen à Bruxelles. C’est un non catégorique pour la présidente de la Commission européenne. L'Union européenne ne financera pas "de barbelés et de murs" aux frontières pour empêcher les arrivées de migrants, comme réclamé par douze pays dont la Lituanie et l'Autriche, a déclaré vendredi 22 octobre la présidente de la Commission Ursula von der Leyen.

usr: 0
C'est intéressant!