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Monde Coups de fouet et de filet: le Soudan renoue avec ses vieilles méthodes policières

23:15  27 octobre  2021
23:15  27 octobre  2021 Source:   lepoint.fr

Soudan: le gouvernement contourne le blocus de Port-Soudan pour approvisionner le pays

  Soudan: le gouvernement contourne le blocus de Port-Soudan pour approvisionner le pays Depuis plus d’un mois, des centaines de manifestants issus de la tribu des Beja continuent de bloquer les routes et les terminaux d’import-export de Port-Soudan. Menés par le chef de tribu Mohammed el-Amin Tirik, les protestataires demandent la démission du gouvernement et la renégociation des accords de paix de Juba qu’ils jugent défavorable. Dans la capitale, de nombreuses boulangeries ont fermé faute de farine. Devant le manque de pain, les écoles ferment plus tôt, renvoyant les élèves à la maison pour qu'ils puissent déjeuner. Le gouvernement, lui, cherche des moyens détournés pour pallier aux pénuries.

  Coups de fouet et de filet: le Soudan renoue avec ses vieilles méthodes policières © AFP

Coups de fouet, fouilles au corps et détentions arbitraires: depuis le coup d'Etat lundi au Soudan, les vieilles méthodes des forces de sécurité contre les manifestants sont de retour et font redouter le pire dans un pays sortant tout juste de la dictature.

Depuis plusieurs jours dans Khartoum, des pick-up tournent. Juchés dessus, des membres des forces de sécurité, tous armés mais en habits civils.

"On dirait exactement les forces de sécurité de Béchir", affirme Hanaa Hassan, une manifestante à l'AFP. Béchir, c'est le général Omar el-Béchir, qui après un coup d'Etat en 1989 a régné pendant 30 ans sans partage sur le Soudan.

Au Soudan, une journée de manifestation cruciale pour la transition démocratique

  Au Soudan, une journée de manifestation cruciale pour la transition démocratique La journée s’annonce déterminante pour la transition soudanaise, avec des mobilisations pro-civils et pro-militaires prévues jeudi. Des appels au calme ont été lancés et le général Abdel Fattah al-Burhane, à la tête des autorités intérimaires, a réitéré son attachement à la transition démocratique amorcée il y a deux ans. Khartoum peut-elle être le terrain d’une possible épreuve de force entre camps rivaux au Soudan ? Les partisans du régime militaire tiennent un sit-in devant le palais présidentiel depuis ce week-end, tandis que les pro-civils appellent, jeudi 21 octobre, à une manifestation dans les rues de la capitale soudanaise.

Deux ans après sa chute, le général Abdel Fattah al-Burhane qui a pris lundi les commandes du pays en arrêtant la quasi-totalité des civils au sein des autorités a, lui, tenté de montrer patte blanche.

Dans un long monologue devant la presse mardi, il a assuré que l'état d'urgence ne visait pas à réprimer l'opposition et qu'il tenait à ce que tout le monde puisse s'exprimer.

Mais chaque jour depuis lundi, des grenades lacrymogènes sont tirées sur des manifestants et quatre déjà sont morts sous les balles, selon des médecins. Le nombre de victimes est plus important selon des informations non confirmées citées par l'ambassade américaine à Khartoum.

Dortoir des filles

Nul ne connaît le nombre de manifestants arrêtés, emportés par des hommes en civil ou en uniforme aux abords des barricades, qu'ils avaient montées pour faire respecter leur "grève générale", ou jusque dans la cité universitaire de Khartoum.

Manifestations au Soudan: les soutiens au pouvoir civil manifestent en masse et crient leur impatience

  Manifestations au Soudan: les soutiens au pouvoir civil manifestent en masse et crient leur impatience Des centaines de milliers de manifestants ont défilé jeudi dans les rues du pays pour crier leur rejet des militaires toujours au pouvoir deux après la chute d’Omar el-Béchir. Les pro-militaires n'ont pas été en reste non plus. Les partisans d’un gouvernement civil ont réussi une démonstration de force au moment où le pays connaît « sa pire crise depuis deux ans » de l’aveu même du chef du gouvernement. Avec notre correspondant à Khartoum, Eliott BrachetAvec cette mobilisation conséquente, le Premier ministre civil Abdallah Hamdok a renforcé sa position. Dans la soirée, il s’est exprimé dans une courte vidéo.

Lundi soir, "des hommes armés en uniforme ont pris d'assaut notre dortoir", raconte à l'AFP Rayane, une étudiante qui a peur de donner son nom de famille.

"Ils nous ont toutes amenées dans la salle commune et nous ont confisqué nos téléphones" puis "ils ont donné des coups de fouet à certaines d'entre nous et nous ont obligé à quitter le dortoir immédiatement", poursuit-elle.

Côté garçons, Emad, un étudiant qui lui aussi refuse de divulguer son patronyme, a subi les quolibets des militaires pendant qu'il lui rasait la tête de force.

"Ils m'ont dit que mes cheveux étaient trop longs et ils ont frappé beaucoup d'entre nous", rapporte-t-il à l'AFP.

Sur les réseaux sociaux, des étudiants sont parvenus à diffuser des vidéos au moment même de l'attaque, se filmant en direct lors d'une rare reconnexion d'internet alors qu'ils tentaient de s'échapper.

L'une d'eux, le visage en sang, affirme avoir été "frappée à la tête et au bras par des militaires". "Je crois que ma main est cassée", lance-t-elle, essoufflée en courant dans les couloirs du dortoir des filles.

Au Soudan, l’armée suspend la démocratisation

  Au Soudan, l’armée suspend la démocratisation Le Premier ministre civil a été arrêté, le gouvernement dissous et l’état d’urgence proclamé par le général al-Buhrane. Mais les civils sont descendus en masse dans les rues de Khartoum pour défendre la démocratisation. La poursuite ou l’arrêt de la démocratisation amorcée il y a deux ans au Soudan, pays pauvre de 43 millions d’habitants, après l’éviction du dictateur Omar el-Béchir, un militaire au pouvoir depuis 1989, se joue vraisemblablement ces jours-ci.

"Vengeances"

La rafle en cours est organisée: elle vise notamment ceux qui se sont illustrés lors de la révolte de 2019 qui a mis fin à l'ère Béchir.

Plusieurs militants ont été emmenés, dont le célèbre Sedig Al-Sadig Al-Mahdi, numéro deux du plus grand parti soudanais, l'Oumma, ou Ismaïl al-Taj, figure emblématique de l'Association des professionnels soudanais, fer de lance du soulèvement populaire de 2019.

Pour l'Association des professionnels, le pays est entré dans une spirale de "vengeances" menées par "des forces putschistes la bave aux lèvres" qui se sont déchaînées au moment même où, en apparence, les putschistes faisaient un geste en ramenant chez lui le Premier ministre Abdallah Hamdok qui avait été arrêté lundi.

Décidés à en finir avec manifestants et barricades à Khartoum, des policiers en civils ont installé mercredi des barrages mobiles.

Ici, ils inspectaient des voitures dans leurs moindres recoins, là, ils fouillaient au corps des passants en réclamant leurs papiers d'identité.

Parfois à court de bras pour dégager branchages, pierres et pneus brûlés en travers des rues par des manifestants, ils forçaient même les passants à les aider sous peine de recevoir des coups de fouet, a constaté un journaliste de l'AFP.

Et même les institutions de l'Etat ne sont pas épargnées. Suna, l'agence officielle, a ainsi été prise d'assaut mercredi et ses journalistes forcés d'en sortir, rapporte l'un d'eux, sous couvert d'anonymat.

La dernière dépêche toujours en ligne de l'agence remonte à dimanche peu avant minuit. "Les Américains demandent aux dirigeants soudanais de se mettre d'accord sur une date pour remettre le pouvoir aux civils", titrait alors Suna.

Quelques heures plus tard, des soldats venaient arrêter la plupart des dirigeants civils du pays et le général Burhane se retrouvait seul aux manettes.

27/10/2021 17:52:55 -          Khartoum (AFP) -          © 2021 AFP

L’émissaire de l’ONU au Soudan a rencontré le général al-Burhane et le Premier ministre limogé .
L’émissaire de l’ONU au Soudan s’est entretenu avec le général impliqué dans le coup d’État qui a renversé le gouvernement civil et s’est entretenu avec le Premier ministre qui est assigné à résidence. L’émissaire de l’ONU au Soudan, l’Allemand Volker Perthes, a rencontré mercredi 27 octobre l’homme fort du pays, le général Abdel Fattah al-Burhane, et le Premier ministre limogé Abdallah Hamdok qui « n’est pas libre de ses mouvements », a indiqué le porte-parole des Nations unies, Stéphane Dujarric.Lire aussi : Soudan.

usr: 1
C'est intéressant!