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Monde «Guerre de la pêche» entre Londres et Paris: pourquoi un tel chahut autour des chalutiers?

16:30  03 novembre  2021
16:30  03 novembre  2021 Source:   slate.fr

Pêche : ce qu'il faut retenir des premières mesures de rétorsion contre la Grande-Bretagne

  Pêche : ce qu'il faut retenir des premières mesures de rétorsion contre la Grande-Bretagne Plusieurs mesures de rétorsion vont entrer en vigueur dès mardi prochain contre les îles anglo-normandes et Londres, à propos d'un désaccord sur des licences de pêches. © Sameer Al-DOUMY / AFP Des bateaux de pêche français protestant devant le port de Saint Helier, au large de l'île britannique de Jersey (image d'archive) "Interdiction de débarquement", contrôles douaniers accrus...

Cette photo prise le 3 novembre 2021 montre le chalutier Cornelis-Gert Jan Dumfries à quai dans le port du Havre (Seine-Maritime) alors qu'il attend l'autorisation de partir. | Sameer Al-Doumy / AFP © Cette photo prise le 3 novembre 2021 montre le chalutier Cornelis-Gert Jan Dumfries à quai dans le p... Cette photo prise le 3 novembre 2021 montre le chalutier Cornelis-Gert Jan Dumfries à quai dans le port du Havre (Seine-Maritime) alors qu'il attend l'autorisation de partir. | Sameer Al-Doumy / AFP

Le différend qui oppose le Royaume-Uni à la France au sujet des territoires de pêche s'est dernièrement intensifié. Le 28 octobre, les autorités françaises ont saisi un chalutier britannique. Londres a immédiatement réagi en convoquant l'ambassadrice de France.

Cet épisode survient dans un contexte marqué par des tensions croissantes autour des licences de pêche, que les bateaux français doivent désormais, du fait du Brexit, obtenir pour avoir le droit de continuer de travailler dans les eaux britanniques. Face aux nombreux rejets de demandes de licences dont se plaignent les pêcheurs normands (notamment à Jersey), le gouvernement français a menacé de soumettre les entreprises de pêche britanniques à une bureaucratie harassante, voire d'interdire aux chalutiers anglais l'accès aux ports de l'Hexagone, et même de couper l'alimentation électrique des îles anglo-normandes.

Pêche dans la Manche: la France contre-attaque

  Pêche dans la Manche: la France contre-attaque La France avait prévenu, elle met désormais ses menaces à exécution dans le dossier explosif de la pêche post-Brexit. Des mesures de rétorsion seront mises en place contre le Royaume-Uni à partir du 2 novembre. Paris réclame toujours des licences pour que les pêcheurs français puissent se rendre dans les eaux britanniques autour des îles Anglo-Normandes de Jersey et Guernesey. Des licences refusées par Londres. La confiance était déjà rompue entre Paris et Londres, mais voilà un nouveau coup de semonce dans le bras de fer franco-britannique.La France menaçait depuis un certain temps de prendre des mesures de restrictions.

De son côté, le gouvernement britannique a menacé de prendre des mesures de rétorsion et a mis des navires de la Royal Navy en état d'alerte, au cas où les pêcheurs français tenteraient de bloquer ces îles. Les discussions visant à résoudre le problème n'ont jusqu'ici pas permis d'aboutir à une solution définitive.

Londres a menacé de renforcer les contrôles des bateaux européens dans les eaux britanniques en réponse aux mesures de rétorsion annoncées par la France dans le litige sur les licences de pêche post-Brexit #AFP pic.twitter.com/iHd97s6vg7

— Agence France-Presse (@afpfr) October 29, 2021

Ces événements font suite à des affrontements antérieurs lors des négociations sur le Brexit, mais ils s'inscrivent aussi dans une histoire plus longue. La comparaison la plus évidente pourrait être les «guerres de la morue» des années 1950 et 1970, durant lesquelles le Royaume-Uni tenait le rôle inverse. À l'époque, l'Islande avait mis fin à un accord antérieur et exclu les pêcheurs britanniques des eaux territoriales islandaises.

Brexit : la pêche redonne la fièvre aux relations franco-britanniques, voici ce qui se passe

  Brexit : la pêche redonne la fièvre aux relations franco-britanniques, voici ce qui se passe Le feuilleton des tensions franco-britanniques autour du Brexit et de la pêche repart en force. En cause, les autorisations de pêche des navires français dans les eaux britanniques. S’il est un fait qu’on peut reconnaître au départ du Royaume-Uni de l’Union européenne, le Brexit voté en 2016 par les Britanniques, c’est qu’il a donné un coup de jeune aux échanges doux-amers qui font l’histoire des deux côtés de la Manche. Les négociations du départ, pendant quatre ans, avaient été peu amènes. Mais c’est peu de dire que l’entrée en vigueur du Brexit le 1er janvier, semble n’avoir rien changé.

En réalité, les conflits relatifs à la pêche remontent à bien plus loin encore. Un rappel de l'histoire de ces disputes autour des eaux territoriales et de l'accès aux ressources maritimes peut nous aider à comprendre pourquoi ces questions restent encore étroitement liées à l'identité nationale moderne –et pourquoi les deux gouvernements ont réagi de manière aussi spectaculaire.

Au début des années 1600, par exemple, la république des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas possédait la plus grande flotte de pêche d'Europe. Un avocat écossais, William Welwod, a écrit que la surpêche effectuée par cette flotte en mer du Nord menaçait les stocks marins de la région –un argument qui a donné à Londres un prétexte pour défier la domination néerlandaise et récupérer une partie des précieuses ressources. Les intérêts des dirigeants britanniques étaient, en l'occurrence, plus économiques qu'écologiques.

Bateaux de pêche arraisonnés, ambassadrice convoquée, menace de contrôles renforcés… La tension monte entre Londres et Paris

  Bateaux de pêche arraisonnés, ambassadrice convoquée, menace de contrôles renforcés… La tension monte entre Londres et Paris Ce vendredi, le Royaume-Uni a menacé de renforcer les contrôles sur tous les bateaux de l’UE dans ses eaux. A tel point qu’Emmanuel Macron et Boris Johnson devront s’entretenir sur le sujet en marge du G20, prévu ce week-end à Rome. L’Allemagne, de son côté, a aussi appelé les deux pays à résoudre leur différend en reprenant les négociations. Avant d’accompagner le président à la COP26, qui démarre ce dimanche à Glasgow, Catherine Colonna, ambassadrice de France au Royaume-Uni, devrait même opérer un petit détour par les bureaux du Foreign Office.

Ils ont donc essayé d'imposer de nouvelles licences et taxes aux navires de pêche néerlandais. Mais les efforts de la Royal Navy –à l'époque sous-financée, mal équipée et inefficace– pour faire appliquer cette politique se sont révélés largement insuffisants. Plus agiles et rapides, les navires néerlandais pouvaient littéralement se permettre de tourner autour de leurs poursuivants britanniques.

La «mer fermée»

Au XVIIe siècle, les Britanniques et les Néerlandais se sont fait la guerre trois fois pour la suprématie commerciale et maritime. Les politiques de pêche s'inscrivaient donc dans le cadre d'un conflit plus large autour de la souveraineté maritime. C'est de ce débat qu'est né le droit international moderne.

Le conflit a commencé avec la publication en 1609 de Mare Liberum (De la liberté des mers) par l'avocat et diplomate néerlandais Hugo Grotius. Dans ce texte, il proclame que personne ne peut contrôler la mer ou empêcher les autres de pêcher et de commercer. Ce livre était à l'origine destiné à l'Empire portugais, qui tentait d'empêcher les Néerlandais de commercer dans l'océan Indien. Mais ses idées ont également suscité une levée de boucliers en Grande-Bretagne.

Pêche : quelles sont les mesures de rétorsion de la France contre la Grande-Bretagne ?

  Pêche : quelles sont les mesures de rétorsion de la France contre la Grande-Bretagne ? Pêche : quelles sont les mesures de rétorsion de la France contre la Grande-Bretagne ?Les mesures de rétorsion « entreraient en vigueur ce soir minuit » si aucune avancée n’est enregistrée, avait réaffirmé lundi matin l’Élysée. Emmanuel Macron avait déjà averti la veille que « si les Britanniques ne font aucun mouvement, de manière évidente les mesures prévues à partir du 2 novembre devront se mettre en place ». Finalement, le président français a annoncé lundi soir que « la discussion se poursuivra » mardi, repoussant de 24 heures, à mercredi minuit, ces éventuelles mesures.

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Encouragés par les monarques Stuart, William Welwod et d'autres auteurs, dont l'avocat et député John Selden, ont répondu à Grotius pour défendre les eaux territoriales de la Grande-Bretagne. L'influent ouvrage de John Selden, Mare Clausum (Traité sur la politique de la mer), remet en question les affirmations d'Hugo Grotius et s'appuie sur des exemples historiques pour démontrer que les États ont le droit de revendiquer des parties de la mer.

Remontant jusqu'aux Romains et aux Grecs, l'avocat britannique mentionne aussi des États qui lui sont contemporains, comme Venise, et a fouillé dans l'histoire de l'Angleterre médiévale pour trouver des précédents appropriés, mais souvent douteux, notamment du temps du roi saxon Alfred au IXe siècle. John Selden fait grand cas du programme de construction navale lancé par Alfred, mentionné dans diverses chroniques saxonnes, mais celui-ci était très probablement exagéré.

La culture populaire a elle aussi participé d'une réécriture de l'histoire pour justifier les revendications britanniques sur la mer. La célèbre chanson «Rule, Britannia!», qui est scandée chaque année lors de la dernière soirée du festival des Proms, a été écrite au XVIIIe siècle dans le cadre d'une mascarade de cour qui dépeignait Alfred (encore une fois, de manière plutôt douteuse) comme un héros naval, censé mettre la Grande-Bretagne sur la voie de son destin maritime.

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  Pêche post-Brexit : la menace de sanctions françaises plane toujours Les relations restent tendues entre Paris et Londres autour de ce dossier brûlant. Mardi, les discussions se sont poursuivies. Et les menaces de sanction de la France planent toujours sur Londres. Le dossier "pêche" continue d'empoisonner les relations entre le Royaume-Uni et la France. Mardi 2 novembre, les pourparlers se sont poursuivis entre les deux puissances, afin de trouver une résolution convenable à ce contentieux qui porte sur les licences de pêche accordées aux Européens, post-Brexit.

Ces idées étaient bien sûr facilement manipulables à des fins de realpolitik. Lorsque les Néerlandais ont à leur tour tenté d'interdire aux Britanniques de commercer dans l'océan Indien, les négociateurs anglais ont cité les écrits d'Hugo Grotius à leurs homologues néerlandais (parmi lesquels, ironiquement, se trouvait Grotius lui-même).

L'ouverture

Au XVIIIe siècle, ces différends ont abouti à un large accord sur les eaux territoriales en Europe (la «limite des 3 miles», basée sur la portée d'un coup de canon), ainsi qu'à l'acceptation générale du principe de la liberté de la mer.

Tout au long des XVIIIe et XIXe siècles, avec l'expansion de l'Empire britannique et la recherche agressive de nouveaux marchés, le gouvernement anglais a adopté l'idée de la liberté des mers. Bien que les dirigeants du pays n'aient pas abandonné celle des eaux territoriales, ceux qui interrompaient le commerce britannique –généralement au nom de leur propre souveraineté maritime– étaient qualifiés de «pirates» et souvent détruits.

  «Guerre de la pêche» entre Londres et Paris: pourquoi un tel chahut autour des chalutiers? © Fournis par Slate

Carte de l'Empire britannique en 1886. | 準建築人手札網站 Forgemind ArchiMedia via Flickr

Ces préoccupations ont resurgi au cours du XXᵉ siècle, à la fois en raison du développement d'armes d'une portée supérieure à 3 miles et de l'importance croissante de l'accès au pétrole et aux autres ressources naturelles sous-marines.

Certains pays ont revendiqué des eaux territoriales s'étendant jusqu'à 200 miles en mer. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982 (influencée, en partie, par les «guerres de la morue») visait à résoudre certaines de ces questions mais plusieurs nations, dont les États-Unis, ne l'ont jamais ratifiée officiellement.

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  Licences de pêche : les discussions entre Londres et Paris se poursuivront la semaine prochaine Le gouvernement britannique a annoncé que les discussions entre la France et le Royaume-Uni au sujet des licences de pêche post-Brexit vont se poursuivre « en début de semaine prochaine. » Le secrétaire d’État David Frost et son homologue français Clément Beaune se sont réunis ce jeudi 4 novembre à Paris.Les discussions entre la France et le Royaume-Uni au sujet des licences de pêche post-Brexit vont se poursuivre « en début de semaine prochaine », a annoncé jeudi 4 novembre le gouvernement britannique à l’issue d’une réunion à Paris entre les secrétaires d’État britannique David Frost et français Clément Beaune.

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Si le différend actuel sur la pêche reprend à certains égards des arguments exprimés par le passé, il existe aussi une différence importante. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la pêche était économiquement vitale pour la Grande-Bretagne. En 2019, le secteur ne représente plus que 0,02% de l'économie nationale. Il dépend également de la coopération avec l'Union européenne, puisque près de la moitié des prises annuelles du Royaume-Uni y sont exportées.

La position intransigeante des gouvernements britannique et français dans ce conflit peut donc sembler excessive. Elle reflète toutefois le statut symbolique permanent de la pêche et de la souveraineté maritime, un statut qui a fait l'objet de débats répétés depuis au moins le XVIIe siècle.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

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Mardi 9 novembre 2021, une nouvelle rencontre a eu lieu entre Paris et Londres concernant les tensions liées à la pêche en contexte Post-Brexit. « Une solution rapide doit être trouvée », a estimé Clément Beaune.Le secrétaire d’État français aux Affaires européennes Clément Beaune annonce mardi 9 novembre sur Twitter s’être à nouveau entretenu dans la matinée avec le ministre britannique chargé du Brexit, David Frost.

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C'est intéressant!