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Monde Covid, vaccination, mortalité : comparer la situation des pays a-t-il un sens ?

11:50  18 novembre  2021
11:50  18 novembre  2021 Source:   ouest-france.fr

Covid-19 : pourquoi la vaccination des enfants pose des enjeux éthiques inédits

  Covid-19 : pourquoi la vaccination des enfants pose des enjeux éthiques inédits Alors que les Etats-Unis viennent d'ouvrir la vaccination contre le Covid-19 aux enfants de 5 à 11 ans, le débat est encore vif en France et en Europe. Le point sur la réflexion en cours avec Emmanuel Hirsch, professeur d'éthique médicale à l'Université Paris-Saclay.Aux États-Unis, la vaccination des enfants contre le Covid-19 vient d'être décidée. Les autorités d'évaluation scientifique ont estimé cette stratégie justifiée et acceptable au regard du désavantage possible d'une non-vaccination.

L’Iran reste le pays le plus touché et le plus endeuillé du Moyen-Orient par la pandémie de Covid-19. © ABEDIN TAHERKENAREH / EPA/MAXPPP L’Iran reste le pays le plus touché et le plus endeuillé du Moyen-Orient par la pandémie de Covid-19.

Taux d’incidence, de mortalité, de vaccination… depuis le début de la pandémie, la tentation est grande de comparer les pays. Nous autres médias, y cédons parfois. Mais l’exercice est toujours périlleux. Décryptage à partir d’une question de lecteur.

« Info ou intox ? Quand on regarde les chiffres dans le monde, on s’aperçoit que les pays les moins vaccinés sont les moins touchés en mortalité. Pologne, Iran, etc. Je ne dis pas que le vaccin n’est pas efficace pour les personnes vulnérables, mais la vaccination pour tous est-elle utile ? Certes on peut faire dire ce que l’on veut à des chiffres, mais ça vaut dans les deux sens… »

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 Malgré la surège de virus de la Croatie, les Russes volent pour obtenir des Jabs Zagreb, Croatie (AP) - Malgré sa surtension des infections, la Croatie devient une nouvelle destination favorisée pour les Russes cherchant la vaccination avec les Jabs occidentaux, dont ils ont besoin de voyager en Europe et le US © fourni par Associated Press Une infirmière prépare Johnson Covid-19 vaccin contre un citoyen russe à Zagreb, en Croatie, le mardi 9 novembre 2021.

Christian, mais il n’est pas le seul, porte un regard critique sur les chiffres qui circulent à propos de la pandémie de coronavirus. Et soyons clairs, douter n’est pas une mauvaise chose !

Comparer, un exercice qui a ses limites

Rappelons tout d’abord que comparaison n’est pas toujours raison. Le virus ne circule pas de la même façon dans un pays de plus de 67 millions d’habitants, comme la France, que dans un autre de 83 millions, l’Iran ou de 38 millions comme la Pologne. Les flux de population, les échanges commerciaux y sont différents.

L’âge médian est aussi à prendre en considération, une population plus âgée étant plus vulnérable face au Covid. Par exemple, les 65 ans et plus représentent seulement 5,48 % en Iran, 17,5 % en Pologne, contre 20,7 % en France. Notre pays est donc plus à risque face à l’épidémie de coronavirus, les plus de 65 ans, étant, dans tous les pays, la tranche d’âge que l’on retrouve le plus en réanimation.

Covid-19 : Merkel appelle à un «effort national» pour briser la nouvelle vague de la pandémie en Allemagne

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Autre critère à prendre en compte et qui peut, oui, dans un sens comme dans un autre, pondérer les chiffres de la mortalité, c’est l’état du système de santé. S’il est régulièrement décrié, le système français reste plus efficient que le système iranien. Globalement, on peut légitimement penser que l’on a plus de chance de survivre à une forme grave du Covid dans un pays développé que dans un pays en cours de développement.

Lire aussi : Covid-19. Non, les personnes vaccinées ne meurent pas plus que les non-vaccinées

Comme on peut le constater, les pays évoqués par Christian ne figurent pas dans le graphique ci-dessous. Précisons donc qu’en France, 74,9 % de la population est complètement vaccinée (22e rang mondial, selon le classement d’Our World in Data, plateforme en ligne qui rapporte les données du coronavirus depuis les sources gouvernementales, le 16 novembre). 49,6 % en Iran plaçant le pays au (89e rang). La Pologne est quant à elle au 85e rang avec 53,3 % de sa population complètement vaccinée.

La "cinquième vague" en France, l'Irlande serre la vis... Le point sur la pandémie

  La En France, le porte-parole du gouvernement déclare ce mercredi que "le virus reprend du terrain" tandis que l'Irlande opte pour de nouvelles mesures face à la pandémie. © afp.com/Ludovic MARIN Gabriel Attal le 23 juin 2021 à l'Elysée Le continent européen continue d'être l'otage de la pandémie. Entre le 1er et le 7 novembre, le continent a enregistré plus de 60 % des nouvelles infections par le Covid-19 diagnostiquées dans le monde. Face à cette nouvelle flambée, certains pays décident de jouer la prudence à l'instar de l'Irlande qui a mis en place de nouvelles restrictions.

Côté mortalité au 16 novembre, avec 4,4 décès par millions d’habitants, la Pologne pointe à la 26e place ; l’Iran déplore 1,4 décès par millions d’habitants, avec une 57e place. La France, qui vaccine donc plus que l’Iran ou la Pologne, affiche au 16 novembre 0,5 décès pour un million d’habitants et pointe au 86e rang dans le tableau mondial de la mortalité due au Covid.

En Iran, les vaccins ont tardé à arriver

Au-delà de ces chiffres, reste la réalité dans chaque pays évoqué ci-dessus. L’Iran reste le pays le plus touché et le plus endeuillé du Moyen-Orient par la pandémie de Covid-19 avec plus de 128 000 morts au total. Et de l’aveu même des autorités iraniennes, ces statistiques sous-estiment largement le nombre de cas et de décès.

Comme le montre le graphique ci-dessus, le pays a enregistré un record de cas en août, peinant à endiguer une cinquième vague de contaminations. Et malgré la jeunesse de la population, le pic de cas enregistrés fin juillet/début août s’est aussitôt traduit par une hausse de la mortalité jusqu’à atteindre 77,3 décès pour 10 millions d’habitants le 28 août. Quelque 51,1 millions de personnes avaient reçu à la même époque une première dose de vaccin et 30,1 millions de personnes ont été complètement vaccinées en Iran.

Quels sont les principaux effets indésirables des vaccins contre le Covid-19 ?

  Quels sont les principaux effets indésirables des vaccins contre le Covid-19 ? Les effets les plus fréquents ou les plus graves survenus en France après vaccination ont été mis en évidence dans les enquêtes de pharmacovigilance. L'Agence nationale de sécurité du médicament publie des rapports détaillés rendant compte de ces enquêtes, vaccin par vaccin. © Fournis par franceinfo Les vaccins contre le Covid-19 ? "Ils ont un profil de sécurité excellent ! On s'attendait à beaucoup plus d'effets graves", s'exclame le pharmacologue Francesco Salvo, maître de conférences, praticien hospitalier au CHU de Bordeaux (Gironde) et en charge du suivi national de la sécurité du vaccin de Pfizer.

Lire aussi : Covid-19. Les Iraniens vont se faire vacciner en Arménie : le pays durcit les règles

L’Iran, soumise aux sanctions internationales, a souhaité développer ses propres vaccins contre le coronavirus. Début janvier, le guide suprême iranien Ali Khamenei interdisait de toute façon l’importation de vaccins anti-coronavirus fabriqués aux États-Unis et au Royaume-Uni, estimant que ceux-ci pourraient servir à « contaminer » son pays. Téhéran s’est alors tourné vers Cuba

Les livraisons des vaccins chinois Sinopharm et russe Spoutnik V, n’ont pas permis une campagne de vaccination massive. Début novembre toutefois, le rythme de vaccination s’est accéléré, plaçant l’Iran au sommet du podium, en administrant des doses à 1,24 % de sa population chaque jour.

Pologne : un système de santé à la peine

Il y a eu en Pologne 3 230 634 cas de contamination et 79 161 décès liés au coronavirus depuis le début de l’épidémie. On l’a vu plus haut, au 16 novembre, avec 4,4 décès par millions d’habitants, la Pologne pointait à la 27e place du tragique classement de la mortalité par pays.

Comme pour l’Iran, ce graphique montre que les pics en Pologne s’accompagnent toujours actuellement d’une forte augmentation de la mortalité. Un constat observable notamment en avril avec 159 morts pour dix millions d’habitants, le 14 avril.

Non, il n'y a pas plus de "morts à cause des vaccins Covid-19" que de la maladie en Australie

  Non, il n'y a pas plus de Il y aurait eu davantage de morts à cause de la vaccination contre le Covid-19 que de la maladie elle-même en Australie cette année, selon des articles abondamment partagés sur Facebook depuis le 11 novembre. C'est faux : cette affirmation repose sur une utilisation trompeuse des chiffres des autorités de santé australiennes qui recensent les décès signalés après la vaccination mais pas nécessairement à cause d'elle. Le nombre total de décès liés au Covid est bien supérieur au nombre de décès imputés directement à la vaccination en Australie, selon l'agence australienne de sécurité des médicaments .

Il y a quelques jours, l’agence européenne chargée des maladies (ECDC) soulignant la dégradation de la situation épidémique en Europe mentionnait la Pologne, parmi les pays d’Europe les plus exposés : les plus grosses accélérations de la semaine écoulée (parmi ceux avec au moins 1 000 contaminations quotidiennes) étaient la Hongrie (+ 77 %, 6 600 nouveaux cas par jour), la Pologne (+ 66 %, 14 600), et l’Allemagne (+ 61 %, 31 700).

Mais encore une fois, les chiffres ne sont pas tout. Avec 238 médecins et 510 infirmières pour 100 000 habitants – l’un des plus faibles niveaux dans l’Union européenne –, la Pologne est depuis des années un vaste désert médical. Une situation que décrivait, il y a un an, notre correspondant à Varsovie dans cet article titré Coronavirus. En Pologne, mieux vaut ne pas tomber malade.

En France, les 65 ans et plus sont les premiers concernés

En France, on dénombrait, au 16 novembre, 118 271 décès. En valeur absolue, notre pays n’aurait pas vraiment à envier l’Iran. Sauf que ce dernier, on l’a vu, est plus peuplé : 16 millions de plus. Mais surtout, et c’est essentiel face au Covid, 13,6 millions de Français ont 65 ans et plus. Ainsi, si la France affichait aujourd’hui le même taux de vaccination que l’Iran, on peut penser que le Covid fera beaucoup plus de dégâts encore.

On le voit en tout cas dans ce tableau, alors que la vaccination générale était ouverte à l’ensemble de la population en juin 2021, la mortalité a de suite enregistré une baisse significative malgré le pic de cas enregistrés début septembre.

D’où la décision de l’exécutif français de pousser à la 3e dose, ainsi qu’à la vaccination des personnes n’ayant encore reçu aucune injection, pour que cette cinquième vague qui prend forme fasse le moins de victimes possible.

Et selon l’Assurance maladie, mi-octobre, les non-vaccinés étaient majoritaires dans les contaminations, les hospitalisations et les soins critiques. Le taux d’incidence des non-vaccinés était il y a un mois presque quatre fois supérieur à celui des vaccinés, sept fois plus nombreux à l’hôpital et plus de dix fois plus présents dans les services de réanimation.

grippe vs Covid: décès d'hiver excédentaire a atteint le taux le plus élevé en 50 ans - Data comparé .
Votre navigateur ne prend pas en charge cette vidéo Il y avait plus de 60 000 décès hivernaux excédentaires en Angleterre et au Pays de Galles à la période d'hiver 2020/2021. Il s'agit d'une augmentation de 6.1 sur l'hiver précédent et le taux enregistré le plus élevé depuis l'hiver 1969/1970. Express.co.uk analyse les dernières données de l'ONS pour montrer la comparaison entre les décès résultant de Influenza et Covid-19 .

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