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Monde Le général émirati Al-Raisi, accusé de torture, élu président d'Interpol

12:20  25 novembre  2021
12:20  25 novembre  2021 Source:   afp.com

Candidat émirati controversé, risque d’influence chinoise : Interpol en eaux troubles

  Candidat émirati controversé, risque d’influence chinoise : Interpol en eaux troubles La puissante organisation policière transnationale Interpol s’apprête à élire, fin novembre, son nouveau président. Le favori pour le poste, le général émirati Ahmed Naser al-Raisi, apparaît comme le pire des candidats possibles pour plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme. En parallèle, la candidature d’un responsable chinois pour entrer au comité exécutif inquiète des responsables politiques du monde entier. C’est une élection à haut risque pour Interpol.

Le général émirati Ahmed Nasser Al-Raisi (de face), élu le 25 novembre président d'Interpol, discute avec des délégués au premier jour de l'Assemblée générale de l'organisation, le 23 novembre 2021 à Istanbul © Ozan KOSE Le général émirati Ahmed Nasser Al-Raisi (de face), élu le 25 novembre président d'Interpol, discute avec des délégués au premier jour de l'Assemblée générale de l'organisation, le 23 novembre 2021 à Istanbul

Le général émirati Ahmed Nasser Al-Raisi, visé par plusieurs plaintes pour "torture", a été élu jeudi président d'Interpol, au grand dam des défenseurs des droits de l'Homme, qui estiment que son élection porte atteinte à la mission de l'organisation.

"M. Ahmed Nasser Al-Raisi (...) a été élu au poste de président", a indiqué l'organisation de coopération policière sur Twitter, alors que l'Assemblée générale d'Interpol se tient à Istanbul depuis mardi.

Présidence d’Interpol : le candidat du Golfe visé par plusieurs plaintes

  Présidence d’Interpol : le candidat du Golfe visé par plusieurs plaintes Ahmed Naser al-Raisi, l’Émirati favori pour la présidence de l’organisation internationale, est visé par plusieurs plaintes pour atteintes aux droits de l’homme. Quarante ans de service, autant de médailles sur la poitrine que de diplômes (anglais et américains) à son CV, un sourire avenant. Le général émirati Ahmed Naser al-Raisi possède la panoplie pour présider Interpol, organisation internationale où coopèrent les polices criminelles de 194 pays. Le sien, l’autoritaire Fédération des Émirats Arabes Unis, se vante d’être « l’un des plus sûrs du monde ».

La fonction de président est essentiellement honorifique, le vrai patron de l'organisation étant son Secrétaire général.

Pour autant, la candidature du général émirati, dont le pays est devenu ces dernières années le deuxième contributeur au budget d'Interpol, avait suscité l'indignation d'organisations de défense des droits de l'Homme et d'élus européens.

"Nous sommes profondément convaincus que l'élection du général Al-Raisi porterait atteinte à la mission et à la réputation d'Interpol et affecterait lourdement la capacité de l'organisation à s'acquitter efficacement de sa mission", écrivaient mi-novembre, à la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen, trois députés européens dont Marie Arena, présidente de la sous-commission des droits de l'Homme du Parlement européen.

Les élections interpollantes brillent de la lumière dure sur les régimes autoritaires

 Les élections interpollantes brillent de la lumière dure sur les régimes autoritaires Un United Emirats Arabes Unis (Émirats arabes unis) La pression de l'officiel de devenir président d'Interpol a suscité des préoccupations concernant l'influence de l'autoritarisme au sein de l'Organisation des services de police internationale. © Roslan Rahman / Getty Les préoccupations ont été soulevées en tant que responsable des EAU pourraient potentiellement être installées comme président d'Interpol après une nouvelle élection. Ici, un bâtiment INTERPOL à Singapour peut être vu.

En octobre 2020, dix-neuf ONG, dont Human Rights Watch (HRW), s'inquiétaient déjà du choix possible du général émirati, "membre d'un appareil sécuritaire qui prend systématiquement pour cible l'opposition pacifique".

En parallèle, plusieurs plaintes pour "torture" contre M. Al-Raisi, qui a rejoint les rangs de la police de son pays en 1980 et exercé en son sein plusieurs décennies durant, ont été déposées ces derniers mois en France, où siège l'organisation, et en Turquie, pays hôte de l'Assemblée générale.

L'ONG Gulf Centre for Human rights (GCHR) accuse dans l'une de ces plaintes le général émirati d'"actes de torture et de barbarie" contre l'opposant Ahmed Mansoor, détenu depuis 2017 dans une cellule de 4 m2 "sans matelas ni protection contre le froid", ni "accès à un médecin, à l'hygiène, à l'eau et aux installations sanitaires".

Ces procédures n'ont pas abouti jusqu'ici.

Emirati General accusé de torture élu président d'Interpol

 Emirati General accusé de torture élu président d'Interpol Un Emirati General accusé de torture a été élu président d'Interpol, a déclaré l'Agence de police mondiale, malgré des expressions de préoccupation des organisations de défense des droits de l'homme et des membres du Parlement européen.

- "Signal aux régimes autoritaires" -

L'élection du général Al-Raisi enverra "un signal aux autres régimes autoritaires", notamment qu'utiliser d'Interpol pour poursuivre des opposants à l'étranger "n'est pas un problème", expliquait avant l'élection à l'AFP Edward Lemon, enseignant à l'Université A&M du Texas et spécialiste des régimes autoritaires.

Un rapport britannique publié en mars a en effet conclu que les Emirats arabes unis ont détourné le système des notices rouges - les avis de recherche internationaux - pour faire pression sur des opposants. D'autres pays sont accusés d'en faire de même.

Dans une référence à peine voilée à M. Al-Raisi, la Tchèque Sarka Havrankova - seule autre candidate pour la présidence d'Interpol - avait rappelé jeudi matin sur Twitter que les statuts de l'organisation impliquent de "s'opposer aux arrestations et détentions arbitraires et de condamner la torture".

Une fois en fonction, le général Al-Raisi sera "susceptible de travailler avec des gouvernements aux vues similaires [aux siennes] pour contrecarrer les réformes allant vers une plus grande transparence d'Interpol", estime Edward Lemon.

Le nouveau chef d'interpolation accusé de torture

 Le nouveau chef d'interpolation accusé de torture Un général des Émirats arabes unis qui a été accusé de complicité de la torture a été élu président de l'Agence de police mondiale Interpol. © Reuters Gen Raisi, qui rejette les allégations, servira un mandat de quatre ans dans le rôle à temps partiel et non rémunéré Ahmed Nasser Al-Raisi, inspecteur général du ministère de l'Intérieur des Etats-Unis, servira un mandat de quatre ans dans le rôle à temps partiel et impayé.

Les Emirats arabes unis ont fait un don de 50 millions d'euros à Interpol en 2017 - une somme presque équivalente aux contributions statutaires des 195 pays membres de l'organisation, qui s'élevaient à 60 millions d'euros en 2020.

Sollicité mardi par l'AFP, l'entourage de M. Al-Raisi avait décliné toute demande d'interview.

Les Emirats, qui ont eux-mêmes accueilli l'Assemblée générale d'Interpol en 2018 et voulaient l'accueillir à nouveau en 2020, ont aussi "donné ou prêté 10 millions d'euros en 2019, environ 7% du budget annuel d'Interpol", souligne Edward Lemon, pour qui de tels financements sont un moyen d'acheter de l'influence.

Cette élection controversée pourrait enfin peser sur le maintien du siège d'Interpol à Lyon, dans le centre-est de la France: cette semaine, deux élus régionaux de poids s'en étaient inquiétés dans un courier adressé au ministre français de l'Intérieur, Gérard Darmanin.

"Une candidature entachée de plaintes poserait un vrai risque au fond et pourrait délégitimer l'institution et son accueil dans notre démocratie", prévenaient-ils.

Le président d'Interpol, désigné pour quatre ans, occupe ses fonctions à temps partiel et de façon bénévole et conserve ses fonctions dans son pays d'origine.

C'est le secrétaire général Jürgen Stock, renommé pour un second mandat de cinq ans en 2019, qui assure la gestion des affaires courantes.

rba/ach/ia

Interpol : le secrétaire général défend l'indépendance de l'organisation .
L'Allemand Jürgen Stock a réagi à l'élection controversée du général Ahmed Nasser Al-Raisi, accusé de torture, au poste de président d'Interpol.« Nous sommes bien sûr conscients qu'il y a des accusations sérieuses contre Ahmed Nasser Al-Raisi et nous avons noté que la présomption d'innocence doit s'appliquer », a dit Jürgen Stock à l'Agence France Presse, à son retour d'Istanbul. La liste du comité exécutif « comprend les USA, l'Espagne, la Chine, le Soudan, est-ce que ces gens ont une influence sur le travail de mon équipe ? Non », a-t-il dit en réponse aux critiques.

usr: 1
C'est intéressant!