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Monde Au Sahel, un convoi de l’armée française face à la colère populaire

14:20  30 novembre  2021
14:20  30 novembre  2021 Source:   lemonde.fr

Burkina Faso: confusion autour d'un convoi militaire français

  Burkina Faso: confusion autour d'un convoi militaire français Au Burkina Faso, c’est la confusion autour d'un convoi militaire français. Ayant quitté la ville de Kaya dans la nuit du samedi 20 au dimanche 21 novembre, il n’est pas rentré à Ouagadougou. Plusieurs témoins l’auraient aperçu à une cinquantaine de kilomètres au sud de Kaya. Pendant ce temps, des dizaines de jeunes attendaient son retour de Kaya. Parallèlement, il est difficile, depuis hier, de se connecter à internet. La connexion est suspendue et aucune explication n’a encore été donnée par les fournisseurs d'accès.

Une centaine de soldats ont été pris pour cible au Niger et au Burkina Faso, signe d’un sentiment antifrançais et du ressentiment lié à la dégradation de la situation sécuritaire.

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Des officiers de l’armée burkinabé patrouillent près d’un véhicule blindé français stationné à Kaya, le 20 novembre 2021. © Fournis par Le Monde Des officiers de l’armée burkinabé patrouillent près d’un véhicule blindé français stationné à Kaya, le 20 novembre 2021.

Ils sont arrivés dimanche 28 novembre à Gao, au Mali, certainement plus fatigués que d’ordinaire mais surtout plus instruits sur les difficultés de la France au Sahel et confus sur le sens de leur mission. En deux semaines d’un voyage qui les a vus traverser la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Niger et le Mali, la centaine de soldats de l’opération « Barkhane » chargés d’escorter un banal convoi de ravitaillement ont pu mesurer à quel point ils étaient tout à la fois étrangers dans cette région et parties prenantes à ses problèmes. Objets de fantasmes nourris par les réseaux sociaux, et de ressentiments profonds face à leur incapacité à enrayer une dégradation de la situation sécuritaire sur place.

L'armée française nie des blessures de manifestants au Burkina Faso

 L'armée française nie des blessures de manifestants au Burkina Faso Kaya, Burkina Faso (AP) - L'armée française a nié des civils blessés au Burkina Faso lors de la mise au point de coups d'avertissement pour disperser des manifestants qui avaient bloqué l'un de ses convois militaires. © Fourni par Associated Press Un soldat Burkinabe passe devant une partie du personnel blindé français une partie d'un convoi militaire français se dirigeant vers le Niger, arrêté par des manifestants à Kaya, Burkina Faso, le samedi 20 novembre 2021.

Dans les rues du Mali, les critiques de Macron suscitent l’amertume

A Téra, petite ville de l’ouest du Niger, samedi matin, les invectives, les cris « A bas la France ! », les barrages de pneus, de bois, de morceaux de béton qui depuis plusieurs jours jalonnaient leur périple ont tourné à l’incident tragique. Après des jets de pierres qui ont blessé deux chauffeurs civils du convoi, des manifestants, parmi le millier dénombré, ont tenté de monter sur des camions et d’en incendier certains, selon le récit de l’état-major des armées. « Des tirs au sol » ont alors été effectués, reconnaît tout au plus l’armée française qui n’endosse jusqu’ici la responsabilité d’aucun mort ni blessé.

Enquête

Le ministre nigérien de l’intérieur, Alkache Alhada, avait le jour de l’événement fait savoir qu’une enquête avait été ouverte puisque, « dans sa tentative de se dégager, elle [sans indiquer s’il s’agissait de la force « Barkhane » ou de l’escorte de gendarmes locaux] a fait usage de la force, malheureusement on déplore la mort de deux personnes et dix-huit blessés, dont onze graves ». Un troisième homme a depuis succombé à ses blessures, relatent plusieurs sources à Niamey, où le ministre a été remplacé lundi à l’issue d’un remaniement « prévu avant ces violences », assure un proche de Mohamed Bazoum, le chef de l’Etat et sûrement le meilleur avocat de Paris au Sahel.

Burkina Faso : une manifestation contre un convoi de l’armée française montre le désarroi du pays face au terrorisme

  Burkina Faso : une manifestation contre un convoi de l’armée française montre le désarroi du pays face au terrorisme Selon le gouvernement français, la Russie est à la manœuvre pour déstabiliser la France dans le Sahel et rendre ses troupes indésirables aux yeux des habitants. © Fournis par franceinfo Le 16 novembre dernier, à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, la population est descendue dans la rue pour réclamer la démission du président Roch Marc Christian Kaboré, face à la dégradation de la situation sécuritaire du Burkina Faso. L’attaque contre des gendarmes à Inata le 14 novembre, où 57 personnes dont 54 militaires, ont été tuées, a été vécue comme une humiliation dans le pays.

Vendredi, alors que Téra préparait le blocage du convoi tout juste arrivé du Burkina Faso, le président nigérien avait dit sa reconnaissance aux soldats français et sa désolation de « la campagne qui est menée contre eux ». « De tous les pays qui sont engagés à nos côtés dans la lutte contre le terrorisme, la France est le pays qui consent le plus de sacrifices. Ce sont 53 jeunes Français qui sont morts au Mali », saluait-il, avant d’asséner cette prédiction aux allures de mise en cause pour les militaires de la région : « Moi, je suis sûr que le jour où les Français plieront bagage à Gao, ce sera le chaos ! Les gens de Gao le savent de toute façon. »

Au Burkina Faso, la colère monte après l’attaque meurtrière du poste d’Inata

Seulement, « les populations ici n’adhèrent pas à cette ligne », corrige Idrissa Soumana, ancien premier adjoint au maire de Téra et désormais conseiller de cette région de Tillabéri, la plus affectée par les tueries successives qui frappent le Niger. Selon le décompte de plusieurs organisations, environ 600 Nigériens, essentiellement des civils, ont été tués lors d’attaques djihadistes depuis le début de l’année. « Quand ils ont eu écho par les réseaux sociaux des barrages à Kaya [au Burkina Faso], les enfants de Téra ont voulu les imiter car ils sont eux aussi convaincus que les Français ravitaillent les djihadistes », rapporte-t-il.

En route pour le Mali, un convoi militaire français reste bloqué au Burkina

  En route pour le Mali, un convoi militaire français reste bloqué au Burkina Un convoi militaire français se rendant au Mali en transitant par le Burkina Faso, était toujours bloqué jeudi dans ce pays à la suite de manifestations de colère contre la France, après être entré en territoire burkinabè la semaine dernière. Parti de Côte d'Ivoire, ce convoi logistique de plusieurs dizaines de véhicules doit ravitailler la base militaire française de Gao au Mali, en passant dans un premier temps par le Burkina Faso, puis par le Niger.A son entrée en territoire burkinabè la semaine dernière, le convoi a d'abord été ralenti dans sa progression par des manifestants à Bobo Dioulasso (sud-ouest), puis dans la capitale Ouagadougou (centre).

Crise de confiance avec la jeunesse

La vague de protestations au Niger est la fin d’une mèche allumée le 16 novembre au Burkina Faso, pays encore ébranlé deux jours plus tôt par le massacre de 57 personnes, dont 53 gendarmes, à Inata, attribué par des sources sécuritaires à Ansaroul Islam, un groupe proche du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans, la branche d’Al-Qaida au Sahel. A Bobo-Dioulasso, à Ouagadougou et surtout à Kaya, où au moins quatre manifestants ont été blessés par balles, sans qu’il soit là aussi possible de dire avec certitude si les tirs sont provenus d’armes françaises, les soldats de « Barkhane » ont pu constater la crise de confiance qui sépare Paris d’une partie de la jeunesse locale.

Jean-Yves Le Drian : « Nos concurrents n’ont ni tabous ni limites »

« Que la France livre des armes aux djihadistes ? Nous pensons que c’est possible », clame sans craindre les accusations de complotisme Roland Bayala, le porte-parole de la Coalition des patriotes africains du Burkina Faso. « Elle nous a trahis. Elle a une coopération avec notre armée qui s’est plainte du manque d’armes. La France a failli à son devoir et nous n’avons plus confiance dans sa coopération », martèle celui qui est l’un des fers de lance de cette mobilisation, prêt à ouvrir les portes « à tous ceux qui pourront garantir la paix » et qui revendique son « étroite collaboration » avec Yerewolo, un mouvement qui milite au Mali pour un départ de la France et une intervention militaire russe.

Si, à Ouagadougou, des opposants voient derrière ces protestations des manœuvres de diversion de certains cercles du pouvoir cherchant à instrumentaliser une vieille défiance à l’égard de la France pour se préserver de la colère populaire, nul doute que dans le contexte actuel, cette flamme antifrançaise réchauffe le cœur de Moscou. A Paris, l’état-major des armées tient, lui, à minimiser la portée de l’incident et dit étudier « différentes options pour les prochains convois. Pas d’inquiétude ».

L'hostilité à l'engagement armé de la France au Sahel de plus en plus visible .
L'engagement français au Sahel fait face à une hostilité de plus en plus visible, illustrée ces derniers jours au Burkina Faso puis au Niger par la mobilisation contre le passage d'un convoi militaire en route pour le Mali. La longue file de véhicules devait traverser le Burkina Faso puis le Niger pour se rendre dans le nord du Mali, à Gao, comme cela est fréquent depuis le début de l'intervention française au Sahel en 2013. Mais le chemin a été semé d'embûches: à Kaya (centre burkinabè), puis à Tera (ouest nigérien), dans des zones où les violences sont omniprésentes, des manifestants ont bloqué le convoi et caillassé les véhicules escortés par des forces de séc

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