•   
  •   

Monde Voici pourquoi l'Ukraine est le cauchemar de Joe Biden

00:25  23 janvier  2022
00:25  23 janvier  2022 Source:   lejdd.fr

Crise ukrainienne : nouvelle séquence diplomatique à Brest

  Crise ukrainienne : nouvelle séquence diplomatique à Brest Après Genève et Bruxelles, les ministres de la Défense de l'Union européenne sont réunis à Brest en France ce jeudi et pour deux jours. L'objectif de cette réunion est de discuter de la sécurité du continent et notamment de la crise en Ukraine. View on euronews © Olivier Hoslet/Copyright 2022 The Associated Press. All rights reserved Après Genève et Bruxelles, les ministres de la Défense de l'Union européenne sont réunis à Brest en France ce jeudi et pour deux jours. L'objectif de cette réunion est de discuter de la sécurité du continent et notamment de la crise ukrainienne.

La Maison Biden, saison 1, épisode 13. La gaffe commise mercredi par le président américain, Joe Biden, à propos d’une éventuelle © Reuters

La Maison Biden, saison 1, épisode 13. La gaffe commise mercredi par le président américain, Joe Biden, à propos d’une éventuelle "incursion mineure" de la Russie en Ukraine, traduit son souhait secret de voir ce conflit rester "mineur". Voici 7 éléments d'explications de la politique de Joe Biden en Ukraine.

1. Joe Biden a vécu jeune adulte la guerre froide

Joe Biden a 79 ans. C’est un homme qui a vécu jeune adulte la guerre froide et participé au pouvoir dans les années qui ont suivi la chute du communisme et le démantèlement de l’URSS. Il sait exactement ce qu’est la Charte de Paris signée par les pays de l’OSCE, dont la Russie, en 1990, et qui exige des signataires de s’"abstenir de recourir à la menace ou à l'emploi de la force contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout Etat".

Conflit en Ukraine : Pourquoi « l’incident à la frontière » pourrait déclencher une guerre avec la Russie

  Conflit en Ukraine : Pourquoi « l’incident à la frontière » pourrait déclencher une guerre avec la Russie La Russie semble être arrivée au point culminant d'une tension militaire avec l'Ukraine au sujet de sa possible entrée dans l'OtanL’escalade de tension entre la Russie et l’Occident à propos de l'Ukraine a-t-elle atteint le dernier échelon avant de basculer dans un conflit armé ? C’est en tout cas ce que craint le gouvernement américain après que la Biélorussie a annoncé, mardi, l’arrivée de troupes russes sur son territoire pour des exercices « de préparation au combat ». « Nous sommes à un stade où la Russie peut lancer à tout moment une attaque en Ukraine », a assuré la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki.

Il sait ce que recouvre le protocole de Budapest, signé sous la présidence Clinton en 1993, qui permet à l’Ukraine, en échange de renvoyer à la Russie les armes nucléaires stationnées sur son sol, de voir son indépendance et son intégrité territoriale garantie. C’est en tant que vice-président de Barack Obama qu’il était aux premières loges des évènements de Maidan à Kiev en 2013 qui ont précédé l’annexion de la Crimée et la sécession des pro-russes dans le Donbass. Pour lui, le révisionnisme de Vladimir Poutine qui reparle de zone d’influence et de restauration de la puissance russe à ses portes est un danger réel.

2 Joe Biden est l’un des présidents américains les plus pro-européens

Partisan du pivot de Barack Obama vers l’Asie, il souhaite intimement que l’Europe trouve les moyens politiques et militaires d’assurer davantage sa propre sécurité pour pouvoir laisser l’Amérique s’occuper en première ligne de la zone prioritaire qu’est devenue l’Asie et singulièrement la mer de Chine. Mais il est conscient dans le même temps qu’en attendant de voir l’Union européenne devenir plus "mature", selon l’expression de Wendy Sherman, l’OTAN reste le meilleur des outils pour dissuader la Russie de pousser ses pions plus loin.

Washington promet une réponse « sévère » en cas d’invasion russe en Ukraine, quelle qu’en soit l’ampleur

  Washington promet une réponse « sévère » en cas d’invasion russe en Ukraine, quelle qu’en soit l’ampleur Le président des Etats-Unis Joe Biden a tenu des propos ambigus, mercredi soir, lors d’une conférence de presse. La Maison-Blanche a ensuite rectifié. « Si des forces militaires russes franchissent la frontière de l’Ukraine, cela constituera une nouvelle invasion qui attirera une réponse rapide, sévère et unie des Etats-Unis et de nos alliés », a indiqué sa porte-parole Jen Psaki.

Lire aussi - Emmanuel Macron au JDD sur la crise ukrainienne : "La stratégie du dialogue est toujours payante"

3- Joe Biden se veut l’anti-Trump

Son prédécesseur avait essayé de couler sa campagne en tentant de monter un scandale autour de son fils Hunter, un temps embauché par une entreprise ukrainienne, afin de faire naitre des accusations de conflit d’intérêt et de corruption. Ce fut même pour obliger le président Zelensky à lui transmettre un dossier à charge sur Hunter Biden que Trump bloqua l'aide à l'Ukraine en 2019.

Lire aussi - Mauvais sondages, démocrates divisés... Jusqu'où le président américain Joe Biden peut-il encore s'enfoncer?

Biden, au contraire, lorsqu’il était vice-président, avait menacé de bloquer une aide à l’Ukraine pour forcer les autorités de l’époque à nommer un procureur anti-corruption qui s’attaque sérieusement aux oligarques. Dans le même temps, les enquêtes judiciaires et parlementaires ont montré que de nombreux proches de Trump, dont son avocat Rudolph Giuliani, ont largement profité de deals douteux avec des entreprises ukrainiennes.

Dans les photos: Russian Military Martrings près des frontières Ukraine

 Dans les photos: Russian Military Martrings près des frontières Ukraine Nouveaux photos par satellite Show Russie 'S accumulation militaire de Ukraine Alors que les nations occidentales craignent une invasion complète de l'ancien État soviétique. © Satellite Image © 2022 Maxar Technologies Vue plus proche des réservoirs, d'artillerie et de tentes dans un site de formation à Pogonovo, en Russie le 16 janvier. L'emplacement est à environ 165 kilomètres au nord / au nord-est de la frontière Russie-Ukraine.

Devenu président, Joe Biden sait bien que l’Ukraine ne se débarrassera pas du jour au lendemain de la corruption, dont une partie implique des oligarques pro-russes ou proches du Kremlin. Il sait que l’Ukraine ne peut pas non plus rejoindre l’UE ou l’Otan. Mais il ne veut, sous aucun prétexte que cet avenir lui soit interdit par une puissance extérieure.

4- Joe Biden croit (trop peut-être) en la diplomatie

Lui qui a occupé si longtemps les bancs de la Commission des affaires étrangères du Sénat (avec Tony Blinken comme principal conseiller), n’est pas convaincu que la force des armes peut tout régler. En Afghanistan, il a souvent préféré l’usage des drones et la palabre avec les acteurs locaux que d’envoyer la troupe dans des batailles aussi couteuses que vaines. En Irak, il a voté pour l’invasion décidée par George W. Bush avant de se rendre compte de cette erreur.

Ses formules de retrait qui impliquaient une solution politique basée sur une forme de fédéralisme frisaient l’utopie mais l’engagement de son fils Beau sur ce théâtre lui a fait comprendre les limites de l’action militaire. Avec Poutine, Biden croit qu’il peut négocier. Non pas sur les diktats qui lui sont imposés. Mais sur ses propositions à lui : retour aux discussions de désarmement stratégique et conventionnel, davantage de transparence dans les exercices militaires, dialogue et coopération. "Quand il dit qu’il ne parlera pas avec les Russes de l’Ukraine sans l’Ukraine, de l’Europe sans l’Europe et de l’Otan sans l’Otan, on est tous d’accord", confesse un diplomate. "Mais qu’il commence à poser des actes pour qu’on y croit". Je relève au passage à quel point l’Ukraine s’est rappelé à Biden plutôt que l’inverse : comment se fait-il qu’en treize mois, il n’ait même pas pu, su ou voulu nommer un ambassadeur en Ukraine ?

Le chef de la marine allemande démissionne sur l'Ukraine Commentaires

 Le chef de la marine allemande démissionne sur l'Ukraine Commentaires © DPA-Zentralbild Production - 22 juillet 2021, Mecklenburg-Western Poméranie, Rostock: Vice-amiral Kay-Achim Schönbach, inspecteur de la marine allemande, à la commande navale. Schönbach a repris le poste de vice-amiral Krause en mars 2021.

5 Joe Biden est catholique

C’est très anecdotique mais l’Ukraine abrite 4 millions de catholiques sur 25 millions d’habitants, en grande majorité orthodoxes. Les souvenirs de ce que fit l’Eglise pour aider les catholiques des pays de l’Est à combattre le communisme, notamment en Pologne avec Solidarnosc, sont intacts dans la mémoire de Joe Biden. Pour lui, l’alliance de l’Eglise orthodoxe russe avec le Kremlin et son imperium sur les orthodoxes ukrainiens font partie d’une volonté hégémonique qui doit être résistée. Il peut aussi, avec un pape François qui est en phase avec lui, élever le niveau d’exigence de la diplomatie, le meilleur moyen d’éviter le pire.

6. Joe Biden est dans une impasse en politique intérieure

Son incapacité à discipliner son parti, mais surtout les deux sénateurs "centristes" qui s’opposent à ses réformes d’investissement social et environnemental et d’élargissement et de garantie du droit de vote, lui coûte énormément. Les estimations et les projections pour les élections de mi-mandat le 8 novembre prochain sont chaque jour plus mauvaises. Cela signifie qu’en cas de victoire républicaine, avec un Congrès qui lui sera désormais hostile, Biden n’aura d’autre choix que de s’investir dans le seul domaine où il dispose encore d’autonomie, la politique étrangère. Ce qui fait de chacun des tests géopolitiques qui lui sont imposés ou qu’il choisit une épreuve de crédibilité supplémentaire.

Conflit Ukraine-Russie : « Si l’escalade continue, on risque le plus important conflit terrestre depuis la Seconde Guerre mondiale »

  Conflit Ukraine-Russie : « Si l’escalade continue, on risque le plus important conflit terrestre depuis la Seconde Guerre mondiale » Melinda Haring, directrice adjointe du centre pour l’Eurasie à l’Atlantic Council, analyse le changement de stratégie de Washington et les ambitions de Vladimir Poutine © /AP/SIPA Un convoi de véhicules blindés russes se déplace le long d'une autoroute en Crimée, le mardi 18 janvier 2022. La Russie a concentré environ 100 000 soldats avec des chars et d'autres armes lourdes près de l'Ukraine dans ce que l'Occident craint d'être le prélude à une invasion.

7. Joe Biden doit aussi réfléchir à l'impact de la crise en Ukraine sur ses relations avec la Chine

Ce qui nous ramène à la Chine. Endiguer la Chine dans sa volonté de s’imposer économiquement, commercialement et politiquement comme un modèle alternatif, reste la priorité de l’administration Biden. L’homme en charge de cette mission à la Maison Blanche, Kurt Campbell, s’est imposé au clan des "Européens" du Conseil national de sécurité qui souhaitaient rappeler au président les impératifs et permanences de l’alliance transatlantique.

Autrement dit, si Biden devait concéder ou reculer face à Poutine en Europe, quelle conséquence cela aurait-il sur la stratégie américaine en Asie, avec quelle confiance donnée aux pays de l’Asean qui se sentent menacés par Pékin? Quelle conséquence aussi sur Taïwan  La Chine ne se sentirait-elle pas plus audacieuse encore, sachant que Biden a laissé ses alliés européens assumer seuls ou à moitié leur responsabilités vis-à-vis de Kiev. A l’inverse, si Joe Biden estime que l’épreuve de force à laquelle Poutine l’oblige est la priorité du moment, comment ne pas craindre que la Chine en profite pour pousser son avantage tactique pendant que la grande puissance rivale est occupée ailleurs?

Une dernière chose : de multiples sources politiques et diplomatiques, à Paris, Kiev, Bruxelles et Washington laissent entendre ou spéculent sur le fait que les Russes n’envahiront pas l’Ukraine avant la fin des Jeux Olympiques d’hiver en Chine. Pourquoi? Pour ne pas froisser Pékin qui verrait les projecteurs de l’actualité se détourner des pistes de ski enneigées des olympiades pour se braquer sur les plaines glacées du Donbass et de la région de Marioupol.

Déjà en 2008, les autorités chinoises n’avaient pas apprécié que Poutine s’en prenne à la Géorgie pendant les jeux d’été. C’est un élément à prendre en compte mais le véritable calendrier est à la fois militaire et diplomatique. Combien de temps faut-il à Poutine pour finaliser ses plans d’attaque, si telle est son intention? Et combien de temps faut-il aux Européens et à Joe Biden pour l’en dissuader sans que le sang ne soit versé, même en cas d’"incursion mineure". On en est là.

Après USA 2008, Bureau ovale saisons 1 et 2 au cours de la présidence Obama, puis Trump Power de 2016 à 2020, ce nouveau blog de François Clemenceau a pour objectif d'analyser tous les aspects de la présidence Biden : politique, économique, diplomatique, ce qui sous-entend naturellement le débat et les actions de l'opposition républicaine.

Crise en Ukraine : inquiétude côté Etats-Unis, déception en Russie .
Crise en Ukraine : inquiétude côté Etats-Unis, déception en Russie

usr: 1
C'est intéressant!