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Monde La République islamique d'Iran ébranlée par la « révolution » des femmes

13:00  06 décembre  2022
13:00  06 décembre  2022 Source:   elle.fr

Iran. Quatre hommes condamnés à la peine de mort pour « coopération » avec Israël

  Iran. Quatre hommes condamnés à la peine de mort pour « coopération » avec Israël La peine de mort pour quatre hommes condamnés pour « coopération » avec Israël a été confirmée par la justice iranienne, ce mercredi 30 novembre 2022. L’Iran avait annoncé en mai avoir arrêté les membres d’un « réseau » agissant sous les ordres de l’État hébreu, impliqué dans une guerre de l’ombre avec la République islamique. Trois autres accusés ont été condamnés à des peines de prison. La justice iranienne a confirmé, ce mercredi 30 novembre 2022, la peine de mort pour quatre hommes condamnés pour « coopération » avec Israël, ennemi juré de la République islamique.

Le pouvoir en Iran termine l’année 2022 fragilisé par une vague de contestation lancée par les femmes qui ébranle les fondements de son idéologie et ne montre pas de signes de recul malgré la répression sanglante, selon des experts.

Le bilan des 10 premières semaines établi par les autorités s'élève à quelque 300 morts © Getty Images Le bilan des 10 premières semaines établi par les autorités s'élève à quelque 300 morts

Déclenchée voilà près de trois mois, cette mobilisation s’est cristallisée autour d’un visage, celui de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans décédée le 16 septembre après avoir été arrêtée à Téhéran par la police des mœurs qui lui reprochait d’avoir enfreint le code vestimentaire strict imposant le port du voile en public.

Iran : les autorités demandent au Parlement et à la justice d’examiner la loi sur le port du voile

  Iran : les autorités demandent au Parlement et à la justice d’examiner la loi sur le port du voile Les opposants au régime théocratique iranien sont sceptiques sur ce que donnera l’examen de cette loi mais c’est bien la première marque d’infléchissement du pouvoir face à la gronde populaire contre ses dirigeants.Samedi, le procureur général d’Iran, Mohammad Jafar Montazeri, a annoncé que «le Parlement et le pouvoir judiciaire travaillaient» sur la question du port du voile obligatoire, sans préciser ce qui pourrait être modifié dans la loi, d’autant que le président ultra-conservateur, Ebrahim Raïssi, a imposé cet été de nouvelles restrictions vestimentaires.

Depuis ses débuts en 1979, la République islamique d’Iran a été régulièrement secouée par des poussées de fièvre. Mais cette crise est inédite par sa durée, sa dispersion à travers les provinces, la participation de différents groupes ethniques et classes sociales et les appels directs à la fin du régime. Elle témoigne de la colère d’une bonne partie des 85 millions d’Iraniens face aux difficultés économiques et restrictions sociales, estiment des experts.

Au cours des trois derniers mois, des portraits du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, ont été brûlés, des femmes ont parcouru les rues sans voile et des manifestants ont défié les forces de sécurité. « L’humeur en Iran est révolutionnaire », affirme Kasra Aarabi, spécialiste du pays au Tony Blair Institute for Global Change.

La police des mœurs dissoute en Iran : pourquoi la forteresse vacille

  La police des mœurs dissoute en Iran : pourquoi la forteresse vacille En Iran, l’annonce de la dissolution de la police des mœurs témoigne de l’inquiétude du régime face au mouvement de contestation qui agite le pays depuis trois mois, dans la foulée de la mort de la jeune Mahsa Amini, arrêtée par cette même police des mœurs pour un voile « mal mis ». La société peut-elle gagner contre les ayatollahs ? Analyse.

« En 43 ans d’existence, jamais le régime n’est apparu aussi vulnérable », déclare au magazine américain Foreign Affairs Karim Sadjadpour, spécialiste de l’Iran au Carnegie Endowment for International Peace : « C’est un mouvement pour les droits qui est pour lui difficile à éteindre. »

« Bien rodé »

La mort de Mahsa Amini a provoqué une onde de choc, d’abord en province puis à Téhéran, où les femmes se mobilisent contre le port obligatoire du voile et, au-delà, contre l’ensemble des restrictions qui les pénalisent. Des hommes y participent et le mouvement cible de plus en plus les dirigeants. En réaction, le pouvoir s’appuie sur son « appareil de répression bien rodé » selon Amnesty International, qui dénonce le recours aux balles réelles contre les manifestants.

Le bilan des 10 premières semaines établi par les autorités s’élève à quelque 300 morts, incluant manifestants et forces de sécurité. L’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, a elle fait état de la mort d’au moins 448 personnes incluant 60 mineurs tués par les forces de l’ordre. D’après l’IHR, plus de la moitié des morts ont été répertoriés dans des régions peuplées de Kurdes et de Baloutches, deux minorités remontées contre le pouvoir.

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  Iran: des cartouches d’une entreprise franco-italienne utilisées dans la répression Depuis le 16 septembre, la répression des manifestations a fait près de 450 morts selon l'ONG Iran Human Rights. Ersahd Alijani est journaliste pour Les Observateurs de France 24 et à la rédaction persane de RFI. Il a mené une longue enquête sur l'utilisation de fusils de chasse contre les manifestants. Retour sur les principales révélations de son travail. RFI : Quel a été le point de départ de cette enquête ? Ershad Alijani : En fait, tout a commencé par une photo que nous avons reçue d’un internaute iranien. On y voyait une cartouche vide qu’il disait avoir trouvée après une manifestation.

Au moins 14 000 personnes ont été arrêtées selon l’ONU, notamment des personnalités de la culture ou du sport, des avocats, des militants et des journalistes. Six ont été condamnées à mort, un nombre qui pourrait augmenter, craignent des ONG. « Il était clair dès le départ que les manifestations n’étaient pas seulement pour les réformes ou contre la police des mœurs, mais visaient l’ensemble du régime », a estimé Shadi Sadr, cofondatrice du groupe Justice for Iran, basé à Londres. « Ce qui se passe est un défi fondamental pour le régime ».

« Tâche très difficile »

Pour le pouvoir, ces manifestations sont des « émeutes » encouragées par l’étranger. Il accuse pêle-mêle ses ennemis jurés - les États-Unis, Israël et leurs alliés - mais aussi des groupes d’opposition kurdes iraniens exilés en Irak qu’il a ciblés par des tirs de missiles. Mais à la surprise générale, le procureur général a annoncé samedi la dissolution de la police des mœurs. Un geste toutefois accueilli avec grand scepticisme par des militants, des ONG et des pays occidentaux. « Rien n’indique » que la situation va s’améliorer en Iran, ont jugé les États-Unis.

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LIRE AUSSI>> Fin de la police des mœurs en Iran ? : « Ils veulent donner l’illusion qu’ils sont en train de reculer »

Selon des militants et sa famille, Mahsa Amini a succombé après avoir été battue pendant sa détention, mais les autorités ont lié son décès à des problèmes de santé démentis par ses parents. Déjà en désaccord avec les Occidentaux sur le dossier nucléaire, l’Iran est en outre accusé de violation des droits humains - plus de 500 exécutions en 2022 selon l’IHR - de chercher à répandre son influence au Moyen-Orient, de participer activement aux guerres en Syrie et au Yémen et de fournir aux forces russes des drones utilisés dans sa guerre en Ukraine.

Pour Shadi Sadr, « démanteler un régime comme la République islamique est une tâche très difficile. »

« Sans retour en arrière »

Malgré la pression populaire, il n’y a pas de signes visibles de « divisions au sein du régime et des forces de sécurité », souligne Karim Sadjadpour. La stratégie appliquée est celle prônée par l’ayatollah Khamenei, qui est de « ne jamais céder un pouce » devant les protestataires.

Face au pouvoir, le mouvement de contestation manque de meneurs politiques et expérimentés. Mais pour Kasra Aarabi, les manifestants, en particulier les jeunes, trouvent l’inspiration auprès de personnalités aux profils divers et popularisées par les réseaux sociaux.

Comme le défenseur de la liberté d’expression Hossein Ronaghi, libéré en novembre, le dissident emprisonné Majid Tavakoli, et le défenseur des droits humains en détention Narges Mohammadi. « Je suis derrière les barreaux mais je n’ai aucun regret ou doute », a affirmé ce dernier dans un message au Parlement européen.

Pour les protestataires, estime Kasra Aarabi, « la révolution est en cours, sans retour en arrière possible ».

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