Monde: Shutdown : «On est juste des pions, tout ça parce que Trump veut se faire bien voir de ses électeurs» - PressFrom - France
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MondeShutdown : «On est juste des pions, tout ça parce que Trump veut se faire bien voir de ses électeurs»

12:40  11 janvier  2019
12:40  11 janvier  2019 Source:   liberation.fr

Pelosi prête à répondre à Trump s'il lève le "shutdown"

Pelosi prête à répondre à Trump s'il lève le Pelosi prête à répondre à Trump s'il lève le "shutdown" © Reuters/Jonathan Ernst PELOSI PRÊTE À RÉPONDRE À TRUMP S'IL LÈVE LE "SHUTDOWN" WASHINGTON (Reuters) - La présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi a réaffirmé vendredi que les démocrates répondront aux demandes de Donald Trump quand ce dernier aura mis fin au "shutdown" partiel de l'administration américaine. Le blocage d'environ un quart des agences fédérales, qui représentant quelque 800.000 fonctionnaires, va entrer samedi dans son 22e jour et devenir le plus long de l'histoire des Etats-Unis.

Jeudi à Washington, quelque 2 000 employés ont manifesté alors que le shutdown continue de les priver de salaire. Les administrations fédérales restent partiellement paralysées.

Sur la pancarte de Debbie, une colonne à gauche, en rouge, liste ses dépenses du mois de janvier. Celles-ci vont du semestre universitaire de sa fille (12 000 dollars, soit 10 400 euros) aux soins d’orthodontie de son fils (1 200 dollars), en passant par ses courses de produits alimentaires (300 dollars), ses factures de gaz (200 dollars) et d’électricité (100 dollars). Sur la colonne de droite, indiquant ses revenus, elle a tracé au feutre un gros zéro. Comme 800 000 Américains, cette employée de l’Environmental Protection Agency (EPA) ne touchera pas sa paye ce vendredi - le salaire des employés fédéraux est versé en deux fois au cours du mois. Et comme près de 2 000 employés fédéraux, de la Nasa, du fisc, des parcs nationaux, du département de la Justice ou de l’Agriculture, Debbie a bravé les bourrasques glaciales et manifestait jeudi près de la Maison Blanche, à Washington, à l’appel d’une dizaine d’organisations syndicales pour demander la fin du «shutdown».

Le drôle d’accueil réservé par Trump aux joueurs de Clemson

Le drôle d’accueil réservé par Trump aux joueurs de Clemson De passage à la Maison Blanche en l’honneur de leur titre NCAA, les joueurs de Clemson ont été accueillis par des burgers McDonald’s, Burger King and co… © Reuters Depuis l’élection de Donald Trump à l’automne 2016, de nombreuses équipes ont choisi de faire l’impasse sur les habituelles célébrations à la Maison-Blanche. C’est notamment le cas des Warriors, qui refusent depuis deux ans de rendre visite au président américain comme le veut la tradition. Champions universitaires, les joueurs de football américain de Clemson ont, eux, fait honneur à l’invitation de Donald Trump.

Bras de fer

Depuis le 22 décembre, les administrations fédérales sont partiellement paralysées. Certains employés fédéraux, aux fonctions jugées essentielles (sécurité des aéroports, prisons, etc), travaillent sans être payés. D’autres, au chômage technique, sont priés de rester chez eux. En cause, le bras de fer initié par Donald Trump avant Noël: pour financer son mur à la frontière avec le Mexique, emblématique promesse de campagne contre l’immigration illégale, il réclame près de 6 milliards de dollars au Congrès. Les démocrates, désormais majoritaires à la Chambre des représentants, s’y opposent, dénonçant l’inefficacité et le coût d’une telle construction. Ce désaccord a empêché le mois dernier l’adoption d’un budget, d’où le shutdown, qui entre ce vendredi dans son 21e jour. S’il continue, il sera, samedi, le plus long de l’histoire américaine.

Donald Trump s'accroche au mur et se dit prêt à un "shutdown" de longue durée

Donald Trump s'accroche au mur et se dit prêt à un Donald Trump a confirmé vendredi qu'il était prêt à ce que le "shutdown" dure "pendant très longtemps, des mois, voire des années". © Fournis par France Télévisions Donald Trump a une nouvelle fois défendu bec et ongles, vendredi 4 janvier, son projet de mur à la "dangereuse" frontière sud des Etats-Unis. Le président américain a averti qu'il était prêt à ce que, le "shutdown", la paralysie partielle de l'administration fédérale dure plusieurs mois, voire plus d'un an. Depuis le 22 décembre, quelque 800 000 employés fédéraux, soit un quart des agents des services publics, ne sont plus payés.

Car Donald Trump, qui a réitéré son message alarmiste et la nécessité d’un mur à la frontière lors d’un déplacement jeudi au Texas, envisage  une option radicale: l’adoption d’une procédure d’urgence qui lui permettrait de contourner le Congrès. D’après le Washington Post, jeudi soir, l’administration Trump aurait entamé un travail préparatoire lui permettant de reallouer des fonds prévus pour la réparation des sinistres, votés l’an dernier mais non dépensés, pour financer le mur. Un passage en force qui mettrait fin au shutdown mais provoquerait la fureur des démocrates, et une bataille judiciaire féroce.

«Mettez fin au shutdown»

Shutdown : «On est juste des pions, tout ça parce que Trump veut se faire bien voir de ses électeurs» © NICHOLAS KAMM Manifestation d'employés contre le shutdown, à Washington jeudi.

«Il est incroyable que le président des Etats-Unis soit prêt à refuser de verser leur salaire à 800 000 employés fédéraux, lance le sénateur du Vermont Bernie Sanders à la tribune, en début de manifestation. Il est incroyable que le président des Etats-Unis soit prêt à refuser à des millions d’Américains l’accès à des services publics de première nécessité. Aujourd’hui, nous demandons ceci au président: grandissez, faites votre boulot, et mettez fin au shutdown!» Une vingtaine d’élus du Congrès ont rejoint l’estrade ou le cortège, et notamment Ayanna Pressley, une des figures de la jeune garde démocrate élue à la Chambre lors des élections de mi-mandat, en novembre.

"Shutdown": son mari privé de salaire, elle gagne 100.000 dollars à la loterie

Son mari est momentanément sans salaire à cause du "shutdown", mais elle gagne à la loterie: l'épouse d'un fonctionnaire actuellement au chômage technique du fait de la paralysie du gouvernement fédéral a remporté 100.000 dollars et une voiture en Virginie. © Fournis par AFP L'essentiel des recettes de la loterie de Virginie contribue à financer les écoles publiques de l'Etat (Photo d'illustration) "J'ai pleuré. Je n'arrivais pas à y croire", a expliqué Carrie Walls à la loterie de Virginie après avoir appris qu'elle avait gagné au tirage de ce jeu en fin de semaine dernière, selon un communiqué de la Virginia Lottery.

«Je ne peux pas payer mon loyer», lit-on sur la pancarte de Janet, 28 ans, qui travaille depuis l’été dernier à l’IRS, le fisc américain, à Washington. «Je n’étais déjà pas large financièrement avant le shutdown, s’inquiète-t-elle. Mon colocataire m’a même proposé de me prêter de l’argent. Cette situation commence à me rendre dingue: on est juste des pions, on est pris en otage par cette administration, tout ça parce que Trump veut se faire bien voir de ses électeurs. Le tout pour une crise à la frontière qui existe surtout dans sa tête.»

Un peu plus loin, Jenny, une de ses collègues de l’IRS venue d’Ogden, dans l’Utah, s’alarme: «Comment je vais pouvoir régler mes factures? Rembourser mon prêt immobilier? Ma voiture? Mes crédits? Mes assurances? Ca me stresse énormément, lâche la quinquagénaire, veuve depuis cinq ans et dont les deux fils sont engagés dans l’armée. J’ai dû appeler ma banque pour négocier le report de certains paiements, mais ça va me rajouter des frais supplémentaires… Depuis quelques jours, plutôt que d’aller faire les courses, je mange ce qu’il y a dans mon congélateur, et mes voisins m’offrent de la nourriture.» Le shutdown vient rappeler la vulnérabilité de la petite classe moyenne américaine, souvent sans épargne ni filet de sécurité. «On vit d’une paye à l’autre», soupire Jenny. Quant à la «crise à la frontière» dénoncée par Donald Trump, elle hausse les épaules: «Il y a surtout une crise pour les travailleurs américains! Moi ce qui m’inquiète, c’est d’avoir ou non un toit au-dessus de la tête. On est punis pour quelque chose qui n’a rien à voir avec nous.»

"Shutdown" : le bras de fer budgétaire se poursuit aux États-Unis

Malgré un rendez-vous mercredi avec les chefs républicains et démocrates du Congrès, Donald Trump campe sur ses positions au sujet du mur frontalier et prévient que le "shutdown", la paralysie de l'administration, pourrait durer longtemps. Toujours pas d’accord en vue : au 12e jour du "shutdown", mercredi 2 janvier, Donald Trump s'est montré inflexible sur le mur qu'il veut édifier à la frontière avec le Mexique et pour lequel il réclame 5 milliards de dollars. Ses adversaires démocrates ont pour leur part réaffirmé leur refus catégorique de le financer.

Prestataires

Les 800 000 employés fédéraux ne sont pas les seuls à souffrir du shutdown. Sur 10 personnes qui travaillent pour le gouvernement américain, 4 sont des prestataires privés. Et des milliers d’entre eux sont potentiellement impactés par la paralysie actuelle. A l’instar de Chris, technicien informatique pour le département de la Justice. «Du jour au lendemain, on m’a expliqué qu’on ne pouvait pas me faire travailler. Je n’ai pas d’épargne, pas de revenus depuis Noël, et je dois pourtant rembourser des crédits, payer mes assurances… A l’heure qu’il est, je ne vois pas comment je vais pouvoir payer mon loyer de février». Chris redoute d’être expulsé de son domicile d’Arlington, sur l’autre rive du Potomac, qu’il occupe avec sa femme, enceinte de quatre mois, et leur fille de quatre ans. «Donald Trump n’a aucune morale, s’agace-t-il. Il n’a que faire de la situation des travailleurs américains. Les sénateurs républicains ne valent guère mieux: ils démontrent tous les jours qu’ils sont soumis à l’exécutif. Je ne sais pas où est passé l’équilibre des pouvoirs garanti par la Constitution…».

Debbie, retrouvée à la fin de la manifestation devant la Maison Blanche, explique que les Américains qui choisissent de travailler pour l’Etat fédéral le font pour deux raisons : «Parce qu’ils ont une certaine idée du service public, se sentent investis d’une mission pour ce pays. Et parce que ce sont des emplois supposément stables: on ne sera jamais riches, mais on aspire au mode de vie sécurisant de la classe moyenne. Donald Trump et son shutdown sapent ces deux objectifs.»

Etats-Unis : en représailles du "shutdown", Donald Trump annule les déplacements de sa rivale démocrate Nancy Pelosi.
L'élue démocrate devait normalement s'envoler pour la Belgique, l'Egypte et l'Afghanistan. Vu le contexte, le président américain lui a demandé, jeudi, de rester sur le sol américain. Et maintenant, les coups bas. Donald Trump a décidé, jeudi 17 janvier, d'annuler une série de déplacements de Nancy Pelosi à l'étranger à bord d'un avion militaire. Dans son courrier (plein d'ironie), le président américain souligne qu'il serait préférable qu'elle reste travailler à Washington.... où le "shutdown" dure depuis vingt-sept jours.

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