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MondePourquoi l'Irak n'exécute pas les djihadistes étrangers condamnés à mort

15:05  07 juin  2019
15:05  07 juin  2019 Source:   lejdd.fr

Birmanie: libération anticipée de sept soldats condamnés pour un massacre de Rohingyas

Birmanie: libération anticipée de sept soldats condamnés pour un massacre de Rohingyas Sept soldats birmans condamnés en 2018 à dix ans de prison pour un massacre de musulmans rohingyas ont bénéficié d'une libération anticipée, ont annoncé les autorités du pays. Les sept soldats "ne sont plus en détention", a annoncé lundi soir le chef de l'administration pénitentiaire, Myint Soe, se refusant à plus de détails. L'armée avait annoncé en avril 2018 la condamnation de ces sept soldats par un tribunal militaire pour le massacre du village de Inn Din.

Plus de 500 djihadistes étrangers ont été condamnés à mort depuis début 2018, mais l'Irak n'a procédé à aucune exécution. Pour Bagdad, les enjeux politiques et économiques sont énormes.

Les condamnations à mort s'enchaînent au tribunal antiterroriste de Bagdad. Depuis début 2018, environ 500 djihadistes étrangers ont été condamnés à la peine capitale, dont 11 Français ces derniers jours. Mais en un an et demi, aucun d'entre eux n'a été exécuté. Une Allemande a même vu sa condamnation à mort être commuée en appel à la prison à vie. Dans le même temps, des centaines de djihadistes irakiens ont pourtant été pendus. Un contraste qui s'explique par les ressorts complexes sur lesquels reposent ces dossiers.

Syrie: 450 Français liés à Daesh détenus par les Kurdes

Syrie: 450 Français liés à Daesh détenus par les Kurdes Jean-Yves Le Drian a rappelé que seuls les enfants étaient susceptibles d’être rapatriés en France © CHAUVEL PATRICK/SIPA Des femmes et des enfants de djihadistes au campement de Tanak, près de Baghouz (Syrie), le 1er mars 2019. Environ 450 ressortissants français affiliés à Daesh sont détenus par les Kurdes ou retenus dans des camps de réfugiés dans le nord-est de la Syrie, a indiqué mardi le chef de la diplomatie française.

Parfois, les condamnés ont tout simplement fait appel, bloquant de fait l'exécution de la peine dans l'attente d'un nouveau procès. C'est le cas de plusieurs Français condamnés à mort ces derniers jours à Bagdad. Pour les autres, plusieurs enjeux s'entremêlent : "Détenir des ressortissants occidentaux offre un moyen de pression diplomatique, décrypte pour le JDD le journaliste à France 24 Wassim Nasr, auteur du livre Etat islamique, le fait accompli. C'est encore plus vrai avec les djihadistes car cela ajoute un aspect politique."

Des leviers économiques et diplomatiques

En clair, Bagdad n'a pas intérêt à exécuter les djihadistes étrangers qu'il détient car ils lui offrent une monnaie d'échange pour négocier avec les grandes puissances qui ont un ou plusieurs de leurs ressortissants derrière les barreaux en Irak. "C'est un moyen de demander des financements, des contrats ou un levier qui pourra être activé à n'importe quel moment face à l'Etat d'origine" des djihadistes, poursuit Wassim Nasr.

Septième jihadiste français condamné à mort en Irak

Septième jihadiste français condamné à mort en Irak Mercredi, un jihadiste français a été condamné à mort par un tribunal à Bagdad. Le septième en quatre jours. © Rodi Said / Reuters Un tribunal de Bagdad a condamné à mort mercredi Yassine Sakkam pour appartenance au groupe jihadiste État islamique (EI), portant à sept le nombre de Français ayant écopé en quatre jours de la peine capitale dans ce pays, a constaté une journaliste de l'AFP. «Je reconnais avoir fait allégeance (à l'EI). Je touchais un salaire de 70 dollars» par mois, a dit lors de l'audience le jeune homme de 29 ans, l'un des Français de l'EI les plus médiatisés.

"Les Etats d'origine des djihadistes n'ont pas la main s'ils les laissent en Irak et risquent de subir les aléas de l’instabilité chronique du pays"

Une monnaie d'échange d'autant plus précieuse si comme la France, les Etats plaident pour que la peine de mort ne soit pas appliquée. Jeudi matin sur RMC, la garde des Sceaux Nicole Belloubet a répété la ligne française concernant les condamnés à mort : "Il y a des discussions en cours [...] Nous veillons à ce que la peine de mort ne soit pas exécutée pour les personnes dont nous avons la responsabilité". "Nous avons dit à plusieurs reprises à l'Etat irakien que la peine de mort ne peut pas être appliquée", a-t-elle ajouté.

Une "épée de Damoclès" au dessus de la France

Pour Wassim Nasr, cette situation "est une épée de Damoclès au-dessus de l'Etat français" car elle l'expose aux requêtes irakiennes. Selon l'AFP, Bagdad demanderait aux pays étrangers une somme de deux millions de dollars par djihadiste en échange des procès de leurs ressortissants. "Les Etats d'origine des djihadistes n'ont pas la main s'ils les laissent en Irak et risquent de subir les aléas de l’instabilité chronique du pays. Ce n'est donc pas un hasard si les Etats-Unis, par exemple, rapatrient leurs djihadistes", souligne-t-il.

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Emmanuel Macron «ne changera pas» et devra «lutter contre sa propre nature», selon Gérard Collomb Le maire de Lyon, invité de BFM TV hier soir, a été interrogé sur la nature du président de la République « Il est de l’intérêt qu’on lui dise un certain nombre de choses ». Invité de mercredi de BFM TV, Gérard Collomb, le maire de Lyon et ex-ministre de l’Intérieur, a estimé que son ancien protégé aurait tout à gagner à écouter son entourage. « Qu’on lui dise ce qui va, ce qui ne va pas, quelles sont les bonnes mesures et celles qu’on pourrait prendre demain », poursuit l’élu, persuadé que le chef d’Etat aura dû mal à déléguer. « Je ne crois pas qu’il puisse le faire (…).

Mercredi, Washington a encore rapatrié deux femmes et six enfants qui se trouvaient dans le camp de déplacés d'Al-Hol au nord-est de la Syrie, une zone sous contrôle kurde dont ont été transférés plusieurs des djihadistes français condamnés à mort à Bagdad. Alors que la France, par la voix de Jean-Yves Le Drian notamment, assure que les procès en Irak sont "équitables, d'autres pays ont procédé à des rapatriements massifs : le Kosovo (110 personnes fin avril) et l'Ouzbékistan (156 ressortissants rapatriés la semaine dernière) par exemple.

Mais la France, qui défend sa position de faire juger les djihadistes sur place depuis des semaines, peut difficilement opérer un virage à 180 degrés sur le sujet. En février, un sondage Odoxa-Dentsu Consulting montrait que 82% des Français étaient favorables à leur jugement en Irak. Au point que le rapatriement des femmes et des enfants est aussi sujet à polémique aujourd'hui. "Le gouvernement français est désormais prisonnier de ses discours et de sa communication", estime Wassim Nasr.

Pourquoi l'Irak n'exécute pas les djihadistes étrangers condamnés à mort © Reuters

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usr: 1
C'est intéressant!