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MondeIsraël : Nétanyahou promet d'annexer un tiers de la Cisjordanie s'il est réélu

17:05  11 septembre  2019
17:05  11 septembre  2019 Source:   liberation.fr

Netanyahu promet d'annexer la vallée du Jourdain après les législatives

Netanyahu promet d'annexer la vallée du Jourdain après les législatives Netanyahu promet d'annexer la vallée du Jourdain après les législatives © Reuters/AMIR COHEN NETANYAHU PROMET D'ANNEXER LA VALLÉE DU JOURDAIN APRÈS LES LÉGISLATIVES JERUSALEM (Reuters) - Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annoncé mardi son intention d'annexer la vallée du Jourdain, en Cisjordanie occupée, s'il remporte les élections législatives du 17 septembre.

Israël : Nétanyahou promet d'annexer un tiers de la Cisjordanie s'il est réélu © MENAHEM KAHANA Benjamin Nétanyahu pointe une carte de la vallée du Jourdain alors qu'il fait une déclaration à Ramat Gan, près de la ville côtière israélienne de Tel Aviv, mardi.

A moins d'une semaine des législatives, le Premier ministre, qui cherche à s'assurer les voix des colons, a affirmé qu'il appliquerait la souveraineté israélienne sur la vallée du Jourdain, large pan stratégique de la Cisjordanie occupée. L'annonce a suscité l'outrage du côté palestinien et la dérision de la droite israélienne, qui doute de sa sincérité.

A une semaine des législatives, les Israéliens connaissent désormais la musique : un sondage annonce Benyamin Nétanyahou à la baisse le matin, le Premier ministre promet une «déclaration dramatique» pour le soir même. Ainsi, vingt-quatre heures après avoir fait un flop avec une énième divulgation d’informations sur le nucléaire iranien, Nétanyahou est passé à la vitesse supérieure mardi soir en promettant «d’appliquer la souveraineté d’Israël sur la vallée du Jourdain et la partie nord de la mer Morte». A la condition, évidemment, d’être réélu. Soit la promesse d’annexer environ un tiers de la Cisjordanie occupée, ou, dit autrement, la frontière orientale d’une Palestine putative, aux terres fertiles et hautement stratégiques militairement.

À une semaine des législatives, Benjamin Netanyahu promet d'annexer un pan de la Cisjordanie

À une semaine des législatives, Benjamin Netanyahu promet d'annexer un pan de la Cisjordanie Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis mardi d'annexer un pan stratégique de la Cisjordanie occupée s'il remportait les élections législatives du 17 septembre. Une partie de la Cisjordanie occupée pourrait être annexée par Israël si Benjamin Netanyahu remportait les élections législatives du 17 septembre. C'est ce qu'a promis, mardi 10 septembre, le Premier ministre de l'État hébreu lors d'une conférence de presse à Ramat Gan, près de Tel-Aviv. "Aujourd'hui, j'annonce mon intention d'appliquer, avec un futur gouvernement, la souveraineté d'Israël sur la vallée du Jourdain et la partie nord de la mer Morte", a-t-il déclaré.

Selon la carte exhibée par Nétanyahou mardi, la ville palestinienne de Jéricho serait ainsi réduite à une enclave coupée des territoires palestiniens, et l’on voit difficilement comment la moribonde «solution à deux Etats» pourrait s’en remettre. Ironiquement, Jéricho fut la première ville dont le contrôle fut accordé à l’Autorité palestinienne après la signature des accords d’Oslo.

Raffermir son emprise sur l’électorat nationaliste religieux

Pour Nétanyahou, il ne s’agirait que d’un premier pas avant l’annexion de toutes les colonies de Cisjordanie. Ce qu’il a déjà maintes fois promis par le passé, sans toutefois passer à l’acte. Pour justifier son empressement soudain, interprété comme une tentative désespérée de raffermir son emprise sur l’électorat nationaliste religieux, Nétanyahou évoque «l’opportunité historique unique» que constituerait le «plan de paix» du président américain Donald Trump, dont les détails pourraient être révélés dans les jours suivant le scrutin du 17 septembre.

Israël: accueil critique à la promesse de Netanyahu d'annexer un pan de la Cisjordanie

Israël: accueil critique à la promesse de Netanyahu d'annexer un pan de la Cisjordanie Trop peu, trop tard, rhétorique ou dangereuse: la classe politique et la presse israélienne ont réservé mercredi un accueil critique à la promesse du Premier ministre Benjamin Netanyahu d'annexer un vaste pan de la Cisjordanie occupée s'il est réélu la semaine prochaine. Les Israéliens se sont réveillés avec les images du Premier ministre forcé d'interrompre un meeting électoral à Ashdod, ville située entre Tel-Aviv et la bande de Gaza, après des tirs de roquettes du mouvement islamiste palestinien Hamas qui ont déclenché les sirènes d'alarme.

«Nous n’avons pas eu une chance pareille depuis la guerre des Six Jours [en 1967, date de la conquête de la Cisjordanie par Israël, ndlr], je doute que nous en aurons une autre d’ici cinquante ans», a-t-il martelé, sous-entendant avoir reçu le feu vert du locataire de la Maison Blanche en mentionnant leur «relation personnelle».

En juin, David Friedman, l’ambassadeur américain en Israël, avait déjà affirmé que l’Etat hébreu serait dans son droit s’il décidait d’annexer une partie de la Cisjordanie, en rupture avec le consensus international sur le règlement du conflit israélo-palestinien.

Reprendre la main sur l’agenda politico-médiatique

Nétanyahou a fait de ses liens privilégiés avec Donald Trump l’un de ses principaux atouts, le président américain multipliant les offrandes diplomatiques à son «ami Bibi», comme la reconnaissance de l’annexion du Golan par Israël quelques semaines avant le scrutin d’avril. Néanmoins, le récent changement de ton de Washington envers Téhéran, allant ouvertement contre les avertissements stridents du Premier ministre israélien, semble indiquer que son crédit auprès de Trump n’est pas illimité.

Israël: accueil critique à la promesse de Netanyahu d'annexer un pan de la Cisjordanie

Israël: accueil critique à la promesse de Netanyahu d'annexer un pan de la Cisjordanie Trop peu, trop tard, rhétorique ou dangereuse: la classe politique et la presse israélienne ont réservé mercredi un accueil critique à la promesse du Premier ministre Benjamin Netanyahu d'annexer un vaste pan de la Cisjordanie occupée s'il est réélu la semaine prochaine. Les Israéliens se sont réveillés avec les images du Premier ministre forcé d'interrompre un meeting à Ashdod, ville située entre Tel-Aviv et la bande de Gaza, après des tirs de roquettes du mouvement islamiste palestinien Hamas qui ont déclenché les sirènes d'alarme.

Il fallait donc que Nétanyahou, «lâché» par Trump sur l’Iran et au coude à coude dans les sondages avec son rival centriste, le général Benny Gantz, reprenne la main sur l’agenda politico-médiatique, dominé par ses affaires de corruption, et réaffirme sa stature d’homme d’Etat au-dessus de la mêlée. Le tout en donnant de nouveaux gages aux colons, alors qu’il cherche à siphonner les votes de l’extrême droite, comme en témoigne sa rare visite à Hébron, lieu hautement disputé en Cisjordanie occupée, la semaine précédente. D’où la promesse d’annexion des colonies – Nétanyahou parle «d’application de la souveraineté israélienne» mais a reconnu dans une interview que, concrètement, les deux termes étaient interchangeables –, comme s’il jouait tapis, désignant pour la première fois un territoire spécifique et un semblant de calendrier (l’immédiat après-élections).

La réaction palestinienne ne s’est pas fait attendre. Du côté de Ramallah, Saeb Erekat, vétéran des négociations de paix, a averti qu’un tel développement «enterrerait» tout espoir de paix entre Israéliens et Palestiniens et prolongerait le conflit d’un siècle. Habitant de Jéricho, Erekat a ajouté : «La vallée du Jourdain est là où je vis, [Nétanyahou] veut confiner mes petits-enfants entre quatre murs.» Du côté de Gaza, ce sont les roquettes qui ont parlé. Deux projectiles ont été tirés depuis l’enclave sur le sud d’Israël, forçant Nétanyahou à quitter la tribune d’un meeting qu’il tenait à Ashdod. Les images du Premier ministre évacué au son des sirènes vers les abris antimissile étaient en boucle sur les télés israéliennes mardi soir.

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Législatives en Israël : Benny Gantz, chantre du Benny Gantz, déjà candidat en avril comme chef de file de la liste Bleu-blanc, dispose d’une deuxième chance de déloger l’inamovible Benjamin Netanyahu, Premier ministre d’Israël depuis 2009, lors des législatives anticipées du 17 septembre. Bis repetita. Pour un novice en politique, Benny Gantz, le principal rival du Premier ministre Benjamin Netanyahu aux législatives israéliennes anticipées du 17 septembre, peut se targuer d’avoir déjà mené deux rudes campagnes électorales législatives en moins de six mois.

Conserver une présence le long du Jourdain

Côté israélien, seuls l'Union démocratique (fusion du Meretz avec le micro-parti de l’ancien Premier ministre Ehud Barak) et les partis arabes se sont offusqués de la déclaration de Nétanyahou. L’idée qu’Israël doit conserver à jamais une présence le long du Jourdain est consensuelle dans l’establishment israélien, toujours imprégné du plan Allon, conçu en 1967 juste après la guerre de Six Jours. Ce plan, jamais officiellement adopté mais devenu doctrine, conçoit la vallée du Jourdain comme une frontière indispensable à la défense du pays.

Ainsi, le parti Bleu et Blanc de Benny Gantz s’est félicité de voir Nétanyahou «reprendre» l’une de ses propositions. Yamina, formation d’extrême droite pro-colons menée par son ancienne ministre de la Justice Ayelet Shaked, s’est dite sceptique sur la réelle motivation du Premier ministre d’aller jusqu’au bout, relayant les doutes de l’influent groupe pro-colons Regavim, qui réclame «des actions, pas des déclarations». L’ultranationaliste Avigdor Lieberman, que les sondeurs annoncent comme le futur arbitre de l’élection, s’est lui contenté d’un tweet reprenant l’expression «déclaration dramatique» de Nétanyahou, ponctué par deux émojis hilares. Avant de poursuivre, ironique, sur Facebook : «Vous connaissant, je peux garantir aux électeurs que vous n’allez appliquer la souveraineté sur la vallée du Jourdain qu’après l’avoir fait au Sahara…»

«Geste électoral»

Pour le chercheur de l’International Crisis Group Ofer Zalzberg, «il s’agit essentiellement d’un geste électoral, même si c’est la première fois que Nétanyahou est si spécifique. Mais il a déjà été en position d’annexer et a choisi de ne pas le faire, ce qui explique qu’il n’a pas réussi à convaincre la droite de sa sincérité. Et je note qu’il a présenté les choses de façon à se laisser la possibilité de revenir sur sa décision – en mentionnant qu’il fallait que sa coalition le suive et que ce soit coordonné avec les Etats-Unis». En revanche, si Nétanyahou passait réellement à l’acte, Zalzberg craint l’enclenchement d’un engrenage politique incontrôlable : «Post-annexion, la réalité du terrain ne changerait pas dramatiquement, que ce soit pour les Palestiniens ou les [colons] juifs. Mais la charge symbolique d’annexer 30 à 40% de la Cisjordanie catalyserait chez les Palestiniens de très forts sentiments, à même de remettre en cause la légitimité et l’existence même de l’Autorité palestinienne…»

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C'est intéressant!