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Monde Hong Kong: qui sont les «forces étrangères» dénoncées par Pékin?

13:00  23 octobre  2019
13:00  23 octobre  2019 Source:   rfi.fr

Situation de nouveau très tendue ce week-end dans le territoire de Hong Kong

  Situation de nouveau très tendue ce week-end dans le territoire de Hong Kong Après quelques rares journées de calme en milieu de semaine dernière, plusieurs échauffourées violentes ont de nouveau eu lieu ce week-end entre la police et les protestataires, non pas sur l’île de Hong Kong mais sur le continent. Une manifestation autorisée devait avoir lieu ce lundi 14 octobre à Central. Avec notre correspondante à Hong Kong, Florence de Changy Le week-end s’est terminé avec 37 des 94 stations de métro fermées. Compter ces dernières, c’est devenu une nouvelle manière d’évaluer le sérieux des désordres.

Pour le quotidien, « des forces étrangères saisissent l’opportunité d’avancer leur propre stratégie pour blesser la Chine en provoquant le chaos à Hongkong ». L’éditorial du China Daily est révélateur de l’embarras de Pékin . En Chine, toute manifestation non encadrée par le parti est interdite.

Pékin a mis en garde contre toute ingérence étrangère dans les événements de Hong Kong , où des dizaines de milliers de personnes paralysent Leung Chun-ying, qui est considéré par le mouvement pro-démocratie comme la marionnette de Pékin , a affirmé que les manifestations avaient désormais

Les manifestants pro-démocratie agitent des drapeaux américains en marchant vers le consulat des États-Unis à Hong Kong pour appeler Washington à faire pression sur Pékin pour répondre à leurs revendications, le 8 septembre 2019. © Vivek Prakash / Afp Les manifestants pro-démocratie agitent des drapeaux américains en marchant vers le consulat des États-Unis à Hong Kong pour appeler Washington à faire pression sur Pékin pour répondre à leurs revendications, le 8 septembre 2019.

Lundi 21 octobre, le ministre chinois des Affaires étrangères a accusé les « forces étrangères » d'être à l’œuvre derrière les « violences » à Hong Kong. Quelles sont les preuves de ce « complot politique » régulièrement dénoncé par Pékin ? Pourquoi l’agiter à nouveau maintenant ?

Le refrain est ancien. « Il y a des forces étrangères qui encouragent ce genre de violences dans la rue, dans le but de déstabiliser Hong Kong, de semer le chaos […] d’anéantir des projets historiques obtenus depuis l’application de la politique "un pays, deux systèmes" », a pesté ce lundi Wang Yi, le chef de la diplomatie chinoise de passage à Paris.

A Hong Kong, des dizaines de milliers de manifestants en appellent aux Etats-Unis

  A Hong Kong, des dizaines de milliers de manifestants en appellent aux Etats-Unis Lundi soir, les rues de Hong Kong étaient encore investies par des dizaines de milliers de militants pro-démocratie.Manifestation à Hong Kong, le 14 octobre 2019.

AFP, publié le lundi 21 octobre 2019 à 20h29. Le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi a fustigé lundi "la violence pure et simple" des manifestants à Hong Kong , estimant qu'elle était "encouragée par des forces étrangères ", dans un entretien exclusif à l'AFP à Paris.

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Ces déclarations interviennent après le 20e dimanche consécutif de manifestations à Hong Kong. Une nouvelle mobilisation marquée par les heurts entre policiers et manifestants en colère après l’agression de deux militants pro-démocratie.

Les accusations de Pékin sont-elles fondées ?

« Elles sont totalement infondées, repousse le spécialiste de Hong Kong Philippe Le Corre, chercheur à la Harvard Kennedy School. C’est une invention de toutes pièces. Les Chinois font référence aux "révolutions de couleur", aux printemps arabes, où des mouvements démocratiques ont pu être aidés par des agents étrangers. »

Le vocabulaire des « forces anti-chinoises » est un lexique régulièrement en vogue depuis la fondation de la République populaire en 1949, de la « révolution culturelle » à Tiananmen, puis lors des « printemps arabes » en 2011. Les nationalistes chinois avaient alors cru épingler l’ambassadeur américain Jon Huntsman, accusé de fomenter une « révolution de jasmin » en Chine par une simple apparition devant un McDonald’s à Pékin, le jour d’un rassemblement minuscule pour une manifestation qui n’eut jamais lieu.

LeBron James apporte son soutien à la Chine, son maillot piétiné par des manifestants

  LeBron James apporte son soutien à la Chine, son maillot piétiné par des manifestants Le basketteur a notamment reproché ses propos au manageur de la franchise NBA, Daryl Morey, qui avait défendu les manifestants hongkongais, le 4 octobre dernier. © afp.com/Meg Oliphant LeBron James, le 1er septembre 2019 à Los Angeles. Le maillot de LeBron James a été piétiné, parfois même brûlé, par les manifestants de Hong Kong, qui n'ont pas apprécié que le joueur de basket apporte son soutien à la Chine dans le conflit qui l'oppose aux révoltes hongkongaise, réclamant plus de libertés.

Cet avertissement est le plus fort lancé par Pékin depuis le début de la contestation, début juin, provoquée par un projet de loi «Cela doit être très clair pour le tout petit groupe de criminels violents et sans scrupules et les forces répugnantes qui se cachent derrière eux: ceux qui jouent avec le feu

EN IMAGES - Des forces chinoises se sont rassemblées ce jeudi 15 août dans un stade de Shenzhen, à proximité immédiate du territoire autonome de Hongkong . De nouvelles violences ont éclaté mercredi soir opposant manifestants et forces de police. Paris et Washington s’inquiètent de la situation.

Aux yeux de Philippe Le Corre, l’histoire du mouvement actuel à Hong Kong ne laisse pourtant aucun doute : « Cela part d’abord de la commémoration du trentenaire de Tiananmen. Cela se poursuit par des grandes manifestations contre le projet de loi d’extradition [notamment vers la Chine; NDLR], puis par une manifestation monstre avec plus d’un million de personnes dans la rue. Comment des puissances étrangères auraient-elles pu organiser un événement d’une telle ampleur ?! »

Quelles sont alors les preuves avancées par Pékin pour justifier ses accusations ? Selon le China Daily, organe anglophone du Parti communiste, il existe une série de faits « indubitables ». À commencer par la rencontre de Julie Eadeh, conseillère politique au consulat américain à Hong Kong, avec trois des leaders de la contestation hongkongaise, Martin Lee, Anson Chan et Joshua Wong. C’était le 6 août dernier. « C’est trop facile d’accuser les diplomates, objecte Philippe Le Corre. Ils font juste leur travail : ils rencontrent tous les acteurs politiques et sociaux de la ville. Mais ils ne viennent pas avec des valises de dollars ! »

« Plus ils répriment, plus on résiste » : Hong Kong vit son 20e week-end de manifestations

  « Plus ils répriment, plus on résiste » : Hong Kong vit son 20e week-end de manifestations La mobilisation est née en juin du rejet d’un projet de loi qui voulait autoriser les extraditions vers la Chine. Il a été suspendu début septembre, mais les manifestants ont entretemps considérablement élargi leurs revendications. Faute de concession de l’exécutif hongkongais et de Pékin, le mouvement a pris un tour de plus en plus conflictuel, menant à des affrontements de plus en plus violents entre manifestants radicaux et forces de l’ordre.Depuis une quinzaine de jours, le métro de Hong Kong ferme ses portes à 22 heures, et les heurts ont baissé en intensité.

Le « partenariat stratégique » signé entre l'Inde et l'Afghanistan doit permettre aux Indiens de démarrer la supervision étroite de l'entraînement des forces de sécurité afghanes Depuis le milieu du XIXe siècle et jusqu’au 1er juillet 1997, le Hong Kong a vécu sous le contrôle britannique.

Le gouvernement pro- Pékin de Hong Kong a refusé lundi d’enterrer un projet de loi controversé qui Une intransigeance dénoncée par ses adversaires qui appellent d’ores et déjà à manifester Les « forces étrangères ». L’ex-colonie britannique est cependant depuis une dizaine d’années le théâtre

Ce n’est pas tout, poursuit le China Daily. Quelques mois auparavant, les mêmes Martin Lee et Anson Chan, tout comme Jimmy Lai, propriétaire du journal hongkongais pro-démocratie Apple Daily, avaient rencontré à Washington le vice-président Mike Pence et le secrétaire d’État Mike Pompeo.

Ne cherchez plus, renchérit le tout aussi officiel Global Times, la « révolution de couleur » est en marche à Hong Kong. Là aussi, où sont les preuves ? Y aurait-il eu des rencontres officielles avalisant d’autres réunions secrètes, comme celle organisée en 2018 avec des militaires vénézuéliens désireux de renverser Nicolas Maduro ? Washington avait finalement décidé de ne pas soutenir de coup d’État à Caracas. À Hong Kong, jusqu’à présent, rien de tel n’a eu lieu.

La « main noire » de l’Amérique derrière les manifestants ?

Plus éclatant et plus décisif encore, soutient le China Daily, le financement de certaines ONG hongkongaises participant aux manifestations pro-démocratie : elles reçoivent de l’argent du National Endowment for Democracy (NED).

Qu’en penser ? Ce fonds de dotation privé à but non lucratif a été créé sous la présidence de Ronald Reagan en 1983. Il est massivement financé par le Trésor américain. La Chine, à l'instar de la Russie, avance que le NED est un « cache-nez de la CIA ». Il est en effet arrivé au fonds de paraître remplacer par du financement d’ONG les activités clandestines de la CIA en faveur des forces démocratiques à l’étranger, comme Solidarnösc en Pologne ou plus récemment en Ukraine.

Hong Kong: nouvelle manifestation après l’agression de deux militants

  Hong Kong: nouvelle manifestation après l’agression de deux militants Des milliers de Hongkongais en colère ont bravé dimanche l'interdiction de manifester afin de protester après les agressions dont ont été victimes cette semaine deux militants du camp pro-démocratie. La manifestation était interdite officiellement pour des raisons de sécurité. Mais cela n’a pas empêché des dizaines de milliers de personnes de se rassembler sous des parapluies, dimanche à la mi-journée, à Tsim Sha Tsui, un quartier de Hong KongLa manifestation était interdite officiellement pour des raisons de sécurité.

Le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi a fustigé lundi "la violence pure et simple" des manifestants à Hong Kong , estimant qu'elle était "encouragée par des forces étrangères ", dans un entretien exclusif à l'AFP à Paris.

"Il y a des forces étrangères qui encouragent ce genre de violences dans la rue dans le but de déstabiliser Hong Kong , de semer le chaos, ( ) d'anéantir les progrès historiques obtenus depuis l'application de la politique un pays-deux systèmes. Je peux vous dire que de tels agissement

En ce qui concerne Hong Kong, l’argument de Pékin n’est pas nouveau. Le régime chinois avait déjà accusé le NED d’être la « main noire » derrière le « mouvement des parapluies » en 2014. À l’époque, l’organisation américaine n’avait pas nié ses programmes de financement, qui existent à Hong Kong depuis vingt ans. Elle s’était défendue en arguant que ses subventions à des ONG locales servaient à organiser des ateliers de formation à la citoyenneté ou à la défense des droits de l’homme, et qu'elles ne pouvaient être assimilées à des menées insurrectionnelles pour un changement de régime.

Cinq ans plus tard, les preuves irréfutables de réunions préparatoires et de financement direct des manifestations en cours n’ont toujours pas été fournies. Ironie de l’histoire, l’administration Trump, dans son budget 2019, avait prévu de réduire drastiquement les subventions au NED, et de démanteler ses liens avec ses deux organisations subsidiaires, le National Democratic Institute (NDI) et l’International Republican Institute (IRI). Difficile donc de démontrer que l’ancien magnat de l’immobilier soutient ardemment l’actuel mouvement hongkongais.

Il n’est pas sûr non plus que les tweets du président américain apportent plus d’eau au moulin de Pékin. Le locataire de la Maison Blanche a commencé par assimiler les manifestants à des « émeutiers », le terme-même utilisé par la Chine et qui en droit hongkongais rime avec de lourdes peines pour les protestataires interpellés.

Hong Kong : la police s'excuse pour la dégradation d'une mosquée

  Hong Kong : la police s'excuse pour la dégradation d'une mosquée Lors d'une opération de dispersion des manifestants, un camion de la police avait projeté une teinture bleue sur l'édifice religieux.

de Hong Kong . Ils ont également illustré la vulnérabilité de Xi Jinping et des dirigeants La tactique de Pékin et celle du gouvernement de Hong Kong contrôlé par Pékin qui consiste à ignorer son propre rôle dans la perte de la loyauté du peuple et à blâmer les « forces étrangères hostiles » (ce

"Il y a des forces étrangères qui encouragent ce genre de violences dans la rue dans le but de déstabiliser Hong Kong , de semer le chaos, ( ) d'anéantir les progrès historiques obtenus depuis l'application de la politique un pays-deux systèmes.

Donald Trump a ensuite saisi le parti à tirer des événements à Hong Kong dans sa guerre commerciale avec Xi Jinping, conditionnant la conclusion de son deal avec la Chine à un dénouement « humain » à la crise. Bref, on reste loin d’un plaidoyer pour l’État de droit ou le suffrage universel, deux des revendications des manifestants hongkongais.

Vote prochain au Sénat américain sur Hong Kong

Pourquoi la rhétorique de Pékin s’enflamme-t-elle alors ces jours-ci ? C’est que le Sénat américain est appelé à voter la version 2019 de la « loi sur les droits de l’homme et la démocratie à Hong Kong ». Conçue en 2015 lors du « mouvement des parapluies », La Chambre des représentants l’a remise à jour et entérinée le 15 octobre dernier.

Qu’autorise cette loi ? Le département d’État américain pourrait imposer des sanctions contre les individus accusés de violer le principe « un pays, deux systèmes » à Hong Kong. Principe au cœur de l’accord de rétrocession signé en 1984 par Pékin et Londres : l’ancienne colonie britannique doit conserver un haut degré d’autonomie et de libertés civiles durant cinquante ans après son retour dans le giron de la mère-patrie.

Quand le vote du Sénat aura-t-il lieu ? « Cette semaine ou la suivante », a déclaré le 18 octobre Marco Rubio, sénateur de la Floride. Pourtant, ce vote ne suffira pas pour appliquer cette loi. Il faudra aussi la signature de Donald Trump. Or, le président américain n’a pas indiqué s’il apposerait son paraphe.

Certes, son secrétaire d’État Mike Pompeo a récemment affirmé son soutien à la protection du statut particulier de Hong Kong. « Le président Trump a dit que les Chinois devaient continuer à honorer leur engagement passé non seulement avec les Britanniques, mais avec les Nations unies et le monde. » Mais qui peut dire ce que l’imprévisible Donald Trump décidera au final ? En attendant, Pékin surfe allègrement sur l’incertitude pour pincer la corde nationaliste des Chinois.

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