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Monde [Berlin 1989] Jana Schlosser, ex-chanteuse punk : «Je n'étais pas vraiment en paix avec les gens de RDA»

20:05  09 novembre  2019
20:05  09 novembre  2019 Source:   liberation.fr

Wolf Biermann, chanteur et opposant de RDA : «Quand le mur est tombé, j'ai été surpris et un peu jaloux»

  Wolf Biermann, chanteur et opposant de RDA : «Quand le mur est tombé, j'ai été surpris et un peu jaloux» Quatrième épisode de notre série sur la vie à l'ombre du Mur. Wolf Biermann, est un chanteur à textes, un «Liedermacher», une légende en Allemagne. Il a aujourd'hui 82 ans, et son autobiographie vient d'être traduite en français. La vie du «faiseur de chansons» (Liedermacher) Wolf Biermann, 82 ans, est un précipité de l’Allemagne du XXe siècle. «Je suis né à Hambourg dans la quatrième année du Reich millénaire, le 15 novembre 1936, cinq minutes«J’ai toujours voulu prendre la plume pour écrire cette histoire folle», raconte le chanteur moustachu, jovial et enthousiaste, attablé dans le salon de l’ex-opposante Marianne Birthler, ancienne commissaire fédérale des Archives de la Stasi.

Jana Schlosser était chanteuse dans un groupe punk , Namenlos. Jana Schlosser était chanteuse dans un groupe punk , Namenlos. Le régime de RDA étant particulièrement C’est ainsi de l’église Saint-Nicolas de Leipzig qu’est parti le mouvement des «Prières pour la paix » en 1982.

[ Berlin 1989 ] Jana Schlosser , ex - chanteuse punk : « Je n ' étais pas vraiment en paix avec les gens de RDA ». Ses espoirs reposent sur un dernier recours, mais surtout, sur une annulation pure et simple de la première sentence, prononcée par l’ex-juge Sérgio Moro, qui l’avait condamné sans

Jana Schlosser était chanteuse dans le groupe punk Namenlos. Jana Schlosser était chanteuse dans le groupe punk Namenlos.

Deuxième épisode de notre série sur la vie à l'ombre du Mur. Jana Schlosser était chanteuse dans un groupe punk, Namenlos. Le régime de RDA étant particulièrement répressif à l'égard des punks, elle été condamnée à un an et demi de prison. Quand le Mur est tombé, elle venait tout juste de fuir à l'Ouest...

La vie de Jana Schlosser a basculé avec un poste de radio. Jusqu’ici, cette adolescente de Halle, en Saxe-Anhalt, menait une existence sans histoire à l’Est, avec des parents assez stricts et un baccalauréat à passer. Mais un jour de 1981, alors qu’elle a dix-sept ans, on lui offre un poste de radio. En fouillant les stations, elle tombe sur une station de radio de l’Ouest, où l’on diffuse un reportage sur des punks en Angleterre. C’est une déflagration.

30 ans de la chute du mur de Berlin : retour en archives

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«Parfois, on écoute la radio un peu distraitement, mais ce jour-là c’était différent. J’ai aimé ce que le journaliste disait sur les punks. Il expliquait qu’ils faisaient leurs vêtements avec des détritus, ce que j’ai trouvé super parce que je n’aimais pas les vêtements à l’Est. Il disait aussi qu’il y avait des bagarres avec les autres jeunes. Et puis j’ai entendu le mot "anarchie", mais je ne pouvais rien faire de ce mot-là à l’époque. Et la musique… Elle m’a saisi le cœur. Même si je n’ai rien compris aux paroles parce que je ne connaissais pas l’anglais, car je n’en avais pas fait à l’école. Mais le tout avait une énergie, un potentiel agressif, qui m’a ébranlée.»

«Le futur comme un présent sans fin»

Pour comprendre l’état d’esprit des jeunes Est-Allemands attirés par le punk à l’époque, il est utile de lire Too much future : le punk en RDA, de Michael Boehlke et Henryk Gericke (Allia, 2010). C’est l’histoire de la révolte d’une jeunesse étouffée par un régime omniprésent, où chaque étape de la vie est prise en charge par le Parti. «On me garantissait une place dans ce monde, y écrit le Berlinois Henryk Gericke, ex-chanteur des Leistungsleichen. Cela suffisait à justifier que le travail soit obligatoire et que la libre disposition de soi ne figure pas dans le Masterplan de notre Etat idéal. Je n’avais donc pas d’incertitudes face à l’avenir. Ce qui me minait au contraire, c’était la certitude de trop bien le connaître : une perspective sans perspective, un paysage d’apocalypse qui ne me laissait entrevoir aucun espoir de réaliser mes désirs ou mes aspirations, mais qui m’offrait à la place l’amitié indestructible de l’Union soviétique, l’unité du Peuple et du Parti, unité du Parti et de l’Etat, et le futur comme un présent sans fin.» Comme le disait Cornelia Schleime, chanteuse punk devenue peintresse célèbre dans toute l’Allemagne : «Le punk représentait pour moi le torpillage de la forme.» Ou Britta Bergmann, première Ostpunk recensée en 1977, originaire de Berlin-Köpenick : «Le futur que la RDA a prévu pour moi N’EST PAS SUPPORTABLE.» (1)

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Le choix d'un sport pour ses enfants n'est pas anodin et participe à la reproduction des classes sociales. [ Berlin 1989 ] Jana Schlosser , ex - chanteuse punk : « Je n ' étais pas vraiment en paix avec les gens de RDA ». 9 novembre 2019 à 17:05.

Les autorités se sentent rapidement menacées par ces punks dont les noms de groupes nihilistes sont une insulte au régime : il y a les Planlos, («Sans projet»), les Ahnungslos, («Ignorants», «Paumés»), les Unerwünscht («Indésirables»)… Le délit d’«asociabilité» existant dans le code pénal en RDA, il sera très utile aux autorités pour réprimer les punks, considérés comme des opposants politiques de première catégorie. La Stasi déploie donc à leur égard des techniques dites de «décomposition» («Zersetzung»), incluant harcèlement, chantage, pressions familiales, rumeurs, appels anonymes, effraction dans les logements où l’on mettait en évidence le déplacement d’objets…

Pendant ce temps, Jana Schlosser fréquente de plus en plus de gens «alternatifs», mais pas encore des punks. A l’époque, ce genre de faune trouvait plus ou moins refuge dans les églises, alors que le régime était particulièrement hostile au clergé. C’est ainsi de l’église Saint-Nicolas de Leipzig qu’est parti le mouvement des «Prières pour la paix» en 1982. Et c’est dans une église luthérienne berlinoise que Jana Schlosser assiste à son premier concert punk. Elle est éblouie.

Ulrich Pfeifer, "Fluchtelfer" qui creusait des tunnels sous le mur de Berlin

  Ulrich Pfeifer, De la construction du mur en 1961 jusqu’à sa chute en 1989, de nombreux Allemands de l’Est ont tenté de fuir vers l’Ouest. Certains ont utilisé de faux passeports, d’autres ont aménagé des caches dans des voitures, et puis il y a ceux qui ont creusé des passages sous terre, comme Ulrich Pfeifer. © Fournis par France Télévisions À la construction du mur, en 1961, Ulrich Pfeifer a 26 ans. Il est ingénieur à Berlin-Est alors que sa mère et sa soeur vivent de l'autre côté. Il les rejoindra finalement, aidé par des étudiants de Berlin-Ouest, en empruntant une canalisation d'eaux usées. Puis, c'est à son tour d'aider les autres.

«Nous faisions vaciller leur construction politique basée sur le mensonge»

«Certains mecs, qui dansaient comme des automates, étaient horrifiés de les voir sauter, bondir. Moi, j’ai adoré. J’ai commencé à m’habiller comme ça, à traîner avec eux. J’étais à Halle, je me promenais avec les punks et j’étais la seule femme à l’époque, avec ma coupe iroquoise. Je trouvais ça beau. Mais c’était de plus en plus difficile de rester là-bas. Un jour, j’ai croisé mes parents en balade avec le chien ; le chien est venu me faire la fête, mais mes parents ont continué leur chemin comme si de rien n’était. Ils n’arrivaient pas à assumer.»

En 1983, elle quitte Halle pour Berlin-Est. Les tissus et les matières premières étant là-bas moins variés qu’en Angleterre, il était plus difficile pour une punk de Prenzlauer Berg de se forger un look à la Vivienne Westwood qu’à Londres. Ainsi Jana Schlosser se confectionne-t-elle des vêtements avec des rideaux, se teint les cheveux au stylo à encre et devient la chanteuse du groupe Namenlos («Sans nom»), dont les chansons ne peuvent être accusées de complaisance avec le pouvoir en place.

Julia avait 10 ans quand le mur de Berlin est tombé

  Julia avait 10 ans quand le mur de Berlin est tombé Julia a 40 ans et elle a toujours vécu à Berlin, la capitale de l’Allemagne. Mais quand elle était petite, sa ville était bien différente. Jusqu’à ses 10 ans, elle était coupée en deux par un mur. Julia vivait dans la partie Ouest de Berlin et la vie à l’Est lui semblait très différente. «Les gens avaient l’air triste, ils étaient habillés différemment. La nourriture n’était pas bonne, il n’y avait pas de bonbons Haribo, de Nutella, les glaces n’avaient pas de goût parce que les supermarchés à l’Est manquaient de tout», se souvient-elle.

(Extrait des paroles : «Slogans rouges, pouvoir soviétique / Ils ont mis l’Allemagne à terre / Les porcs nazis sont de retour / De retour à Berlin»)

La Stasi, qui parle des punks comme d’une «jeunesse négative-décadente», les surveille de très près. Elle a placé des informateurs dans quasiment tous les groupes – l’un des cas les plus célèbres est celui d’Imad, guitariste du groupe Wutanfall, qui a espionné ses petits copains pendant des années, ces derniers ne l’ayant découvert qu’une fois leurs archives de la Stasi accessibles. Il faut dire que les Ostpunks ne sont «que» 900 dans toute la RDA en 1984, mais ils effraient terriblement le régime, qui ne parvient pas à les éradiquer. Ils procèdent donc à une nouvelle vague de répression. Les chansons de Namenlos parlant très clairement du Mur, de barbelés, de gens abattus à la frontière, de nazis et de la Stasi, ils sont particulièrement visés. «Ils avaient très peur de nous, parce que nous faisions vaciller leur construction politique, basée sur le mensonge. Nos paroles étaient politiques», dit Jana Schlosser. Les membres du groupe sont arrêtés. Au terme de son procès pour «dénigrement des institutions de l’Etat», elle est condamnée à un an et demi de rétention à la prison pour femmes de Hoheneck – dont 21 jours à l’isolement dans un cachot où il était impossible de s’allonger, sans journaux ni livres. «J’avais sous-estimé ce qui m’attendait, dit aujourd’hui Jana Schlosser. Les nuits ne sont pas les mêmes que ce qu’elles sont aujourd’hui.» Sortie de prison, elle devient jardinière au cimetière juif de Weissensee. Huit semaines avant la chute du Mur, elle quitte l’Est pour Berlin-Ouest.

Ce que la chute du Mur nous a appris

  Ce que la chute du Mur nous a appris SPÉCIAL MUR DE BERLIN. Le 9 novembre 1989, la chute du Mur qui séparait en deux Berlin – et le monde – symbolise la fin de la guerre froide. « L’Obs », appelé alors « le Nouvel Observateur », était là, au cœur des évènements. Des témoignages d’histoire à découvrir dans notre dossier spécial.« L’Obs », appelé alors « le Nouvel Observateur », était là. Avant. Pendant. Et après. Dans ce dossier spécial, voici ce que nous écrivions sur le moment. Des documents d’histoire immédiate. Qui disaient l’espoir immense – et, déjà, la vigilance.

«Si j’avais su que le Mur tomberait, dit-elle auourd’hui, je ne serais certainement pas partie huit semaines avant. J’ai épousé un homme exprès pour pouvoir partir. De manière générale, je n’étais pas vraiment en paix avec les gens de RDA, parce que beaucoup ont collaboré avec le régime. Et même si les vagues de manifestations en 89 sont devenues énormes, la plupart des Ossis que je venais de quitter étaient plutôt complaisants avec le régime. En plus, tout est vraiment rapidement une histoire de consommation, et ça m’a gonflée. La majorité des gens engagés politiquement ne voulaient pas l’ouverture du Mur pour pouvoir aller au KaDeWe ou acheter des bananes (2) ; ils voulaient du changement. Dans leur pays. Une autre ligne politique. Selon moi, ces gens ont été noyés dans cette frénésie consommatrice.»

Aujourd’hui, Jana Schlosser vit à Bernau, petite ville charmante dans le Brandebourg où, depuis la fenêtre de son salon, elle se plaît à contempler les chevaux. Elle a le cœur plutôt à gauche, mais ne parvient pas à voter Die Linke, parti pour elle encore trop associé au SED, parti unique de la RDA. Elle se produit parfois dans la capitale allemande, dans le cadre d’une pièce de théâtre appelée Atlas du communisme, au théâtre Gorki. Elle écoute encore de la musique punk, mais, dit-elle en souriant, «pas de manière aussi intense qu’autrefois».

(1) Citée dans Stirb nicht im Warteraum der Zukunft. Die Ostdeutschen Punks und der Fall der Mauer, de Tim Rohr.

(2) Le KaDeWe est un immense grand magasin de l’Ouest ; l’équivalent du Bon Marché à Paris. Après la chute du Mur, beaucoup d’Allemands de l’Est s’y sont rués. Quant aux bananes, elles étaient quasiment introuvables en RDA, ce fut l’un des premiers produits que les «Ossis» se sont procurés.

Disparition de Jana en Syrie : deux mères face-à-face au procès d’une djihadiste française .
Jihane Makhzoumi comparaissait, lundi, aux assises à Paris pour son ralliement à une organisation terroriste et l’abandon de sa belle-fille, Jana. Face à elle, Ilham Tarbouni n’a plus revu son enfant depuis cinq ans. © LP/Timothée Boutry Le Parisien Deux mères face à face. Une à la barre, qui témoigne de sa détresse. L’autre dans le box de la cour d’assises spéciale, mains jointes et tête basse. Au cœur de cette tension : le sort de Jana, une petite fille de 8 ans. Sa mère, Ilham Tarbouni, n’a plus reçu de nouvelles depuis cinq ans.

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