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Monde "Poutine et Erdogan ont l’ambition commune de restaurer une puissance passée"

19:10  16 janvier  2020
19:10  16 janvier  2020 Source:   parismatch.com

Poutine et Erdogan appellent à un cessez-le-feu en Libye

  Poutine et Erdogan appellent à un cessez-le-feu en Libye Leur entretien à Istanbul aura porté ses fruits : les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et russe Vladimir Poutine appellent ce mercredi à un cessez-le-feu en Libye à partir de ce dimanche 12 janvier à minuit. Dans un communiqué commun, les deux dirigeants – qui soutiennent des camps opposés en Libye – exhortent tous les belligérants à s'asseoir à une table de négociations. Avec notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer Recep TayyipAvec notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer

Directeur du programme de recherche pour la Turquie au Washington Institute for Near East Policy, Soner Cagabtay décrypte la relation complexe entre Poutine et Erdogan, acteurs clefs en Syrie et en Libye, rivaux ou alliés, amis ou ennemis selon les circonstances.

  © Sputnik/Alexei Druzhinin/Kremlin via REUTERS

Paris Match. Dans votre dernier livre « Erdogan's empire » (Ed. I.B. Tauris), vous décrivez comment le président turc a commis deux erreurs en Syrie en laissant passer 30.000 combattants étrangers, djihadistes pour la plupart. Sa première erreur étant de penser qu’il pouvait tenir ces groupes sous sa coupe et la seconde d’espérer ainsi renverser le régime de Bachar el-Assad. Erdogan a-t-il conscience de cet échec ?

Libye: les forces du maréchal Haftar annoncent un cessez-le-feu

  Libye: les forces du maréchal Haftar annoncent un cessez-le-feu Les forces de l'homme fort de l'est libyen, le maréchal Haftar, ont annoncé samedi un cessez-le-feu à partir de dimanche 00h00 (22h00 TU), conformément à l'appel lancé mercredi de Moscou et Ankara. Les forces du maréchal Haftar ont prévenu toutefois dans un bref communiqué, que la « riposte sera sévère en cas de violation de la trêve par le camp adverse », en allusion aux forces du gouvernement d'union nationale (GNA) reconnu par l'ONU et basé àLes forces du maréchal Haftar ont prévenu toutefois dans un bref communiqué, que la « riposte sera sévère en cas de violation de la trêve par le camp adverse », en allusion aux forces du gouvernement d'union nationale (GNA) reconnu par l'ONU et basé à Tripoli.

Je pense qu’il a conscience que sa stratégie en Syrie n’a pas vraiment marché. Sa politique l’a mis dans une situation de conflit avec ceux qui constituaient jusque récemment les trois principales forces dans cette guerre asymétrique : le régime syrien, les kurdes du YPG-PKK et Daech. La Turquie est aujourd’hui contrainte de trouver un modus vivendi au moins avec l’un des groupes : le régime de Bachar el-Assad. La rencontre cette semaine entre le chef des renseignements turcs et son homologue syrien est à interpréter dans ce sens. On ne doit pas s’attendre à une nouvelle lune de miel entre la Turquie et la Syrie, mais ils se mettront d’accord.

Erdogan est-il prêt à quitter Idlib et reconnaitre la Syrie d’Assad ?

Aujourd’hui, non. Il reste encore une zone grise justement avec la province d’Idlib, une région syrienne administrée par la Turquie. Mais il finira sans doute par le faire.

Libye: le ballet diplomatique pour une solution politique s'intensifie

  Libye: le ballet diplomatique pour une solution politique s'intensifie A l’occasion d’une rencontre à Istanbul, les présidents russe et turc ont appelé mercredi à un cessez-le-feu à Tripoli alors que dans le même temps l’UE promettait à Fayez el-Sarraj le chef du gouvernement libyen reconnu par la communauté internationale, d’intensifier ces efforts pour trouver une solution pacifique. Un étrange ballet diplomatique s’est déroulé mercredi à Istanbul, Bruxelles et Rome. La déclaration la plus surprenante est venue d’Istanbul où Recep Tayyip Erdogan et Valdimir Poutine ont tous deux appelé à un cessez-le feu. Un arrêt des hostilités qui doit débuter le 12 janvier à minuit.

Soner Cagaptay, chercheur au Washington Institute for near east Pplicy, auteur de © Fournis par Paris Match Soner Cagaptay, chercheur au Washington Institute for near east Pplicy, auteur de "Erdogan's Empire" © Washingon Institute

Parmi les erreurs d’Erdogan, vous citez son soutien inconditionnel aux Frères musulmans. Comment expliquez-vous que sa politique étrangère épouse à ce point les ambitions de la confrérie islamiste ?

Erdogan a montré qu’il était capable de faire des virages à 180 degrés dans sa politique étrangère. Il a coupé les liens avec Israël en 2010 et les a restaurés en 2016. Sa relation avec les Etats-Unis n’a connu que de hauts et des bas. Il a affronté le régime Assad et il est sur le point de lui serrer la main. Il était l’adversaire de Poutine en Syrie, il travaille avec lui à la réorganisation territoriale de l’après-guerre. Avec les Frères musulmans, c’est différent. Ce rapport exclusif est le fruit de son expérience personnelle. Erdogan est issu du Parti du Bien-être, mouvement islamiste qui a été fermé par les autorités et dont le président Necmettin Erbakan a connu la prison, tout comme Erdogan lui-même. Son pire ennemi n’est pas Assad, ni Netanyahou. C’est l’Égyptien Abdel Fatah al-Sissi qui a renversé un président islamiste Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans en 2013. Reconnaitre l’autorité de Sissi reviendrait pour Erdogan à accepter d’être renversé lui aussi par des militaires.

Libye : Ankara et Moscou, opposés sur le sol libyen, appellent à un cessez-le-feu de tous les belligérants.

  Libye : Ankara et Moscou, opposés sur le sol libyen, appellent à un cessez-le-feu de tous les belligérants. Lors de l'inauguration du gazoduc TurkStream, le 8 janvier 2020, les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et russe Vladimir Poutine ont mis en avant leur spectaculaire rapprochement diplomatique sur le dossier libyen. © Fournis par Franceinfo A l'issue d'une rencontre à Istanbul le 8 janvier 2020, à l'occasion de l'inauguration du nouveau gazoduc TurkStream qui relie désormais la Turquie à la Russie, MM. Erdogan et Poutine ont exhorté tous les belligérants en Libye à s’asseoir à la table des négociations.

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L'erreur d'Erdogan est d'avoir misé toutes ses cartes sur les Frères musulmans

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Vous jugez que ce soutien aux frères musulmans a porté atteinte à sa stratégie « neo-ottomane ». Pouvez-vous nous en expliquer les raisons ?

Les pays qui ont été de grandes puissances comme la Turquie, la Chine, la Russie, l’Angleterre, ont des poussées de grandeurs qui affectent parfois leurs dirigeants. C’est le cas d’Erdogan qui a saisi le prétexte de l’échec du processus d’adhésion à l’Union européenne pour tourner la Turquie vers le Moyen-Orient avec l’idée d’y restaurer sa puissance ou du moins son influence. Beaucoup de gens l’ont suivi dans cette politique « néo-ottomane ». En 2010, personne ne pouvait imaginer que les Frères musulmans s’implanteraient aussi vite dans la région. Erdogan a saisi l’occasion en les soutenant, avec l’idée que ces gouvernements écouteraient la Turquie et participeraient à son rayonnement. Le problème est qu’il a tout misé sur le même cheval et qu’au final les Frères musulmans ont échoué. Ainsi, la société syrienne avant la guerre était par exemple très diverse et complexe. Les Turcs n’ont établi aucune relation avec les chrétiens ni avec les druzes, ni avec d’autres communautés. Cela aussi a participé à cet échec.

Libye : Erdogan exhorte l'UE à soutenir la Turquie pour éviter la résurgence de groupes jihadistes

  Libye : Erdogan exhorte l'UE à soutenir la Turquie pour éviter la résurgence de groupes jihadistes À la veille d'une conférence internationale à Berlin sur le conflit en Libye, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a mis en garde l'Union européenne contre une résurgence du terrorisme islamiste si jamais le gouvernement libyen siégeant à Tripoli, reconnu par les Nations unies, était renversé. "L'Europe fera face à une nouvelle série de problèmes et de menaces en cas de chute du gouvernement légitime libyen", écrit Recep Tayyip Erdogan dans"L'Europe fera face à une nouvelle série de problèmes et de menaces en cas de chute du gouvernement légitime libyen", écrit Recep Tayyip Erdogan dans une tribune publiée samedi 18 janvier sur Politico, à la veille d'une conférence internationale à Berlin sur le conflit en

Qu’en est-il de la Libye où l’activisme d’Erdogan se traduit aussi par un soutien inconditionnel aux groupes islamistes proche des Frères musulmans ?

La Libye est une situation différente. Il y a une guerre par procuration entre Erdogan et son ennemi égyptien Sissi et en toile de fond la rivalité entre les Emirats arabes unis et le Qatar. Pour Erdogan, il y aussi un enjeu de territoire en Méditerranée orientale. L’espace maritime de la Turquie est coincé par Chypre, la Grèce, l’Égypte et Israël, quatre pays qui forment un bloc lançant des initiatives quotidiennes sur les réserves de gaz naturelles. Le seul moyen pour le Turc de percer ce bloc concurrent est de revendiquer une frontière maritime avec la Libye. C’est pourquoi Ankara a signé cet accord avec le gouvernement de Tripoli. Si la capitale libyenne tombe, la première chose qu’Haftar fera, sera d’y mettre fin, ce qui signifie que la Turquie sera enclavée. Ankara va donc mettre toutes ses ressources pour éviter que cela se produise.

En Libye, elle se trouve une fois de plus opposée à la Russie qui soutient le maréchal Haftar. Que pensez-vous qu’Erdogan peut obtenir en dialoguant avec son homologue russe ?

Moscou est un soutien de poids pour le maréchal Haftar, mais Erdogan sait que Poutine agit comme un joueur d’échecs. S’il pousse ses pions en Libye — comme il l’a fait en Syrie — pour étendre son influence et saper le prestige et les intérêts des Américains, son objectif principal reste l’Ukraine. Pour Poutine, toutes les routes mènent à Kiev. Or Erdogan dispose d’un levier important : le Turkish Stream, le pipeline qui permet d’exporter le gaz russe en Méditerranée sans passer par Kiev.

Libye : Erdogan exhorte l'UE à soutenir la Turquie pour éviter la résurgence de groupes jihadistes

  Libye : Erdogan exhorte l'UE à soutenir la Turquie pour éviter la résurgence de groupes jihadistes This animation shows how astronomers use very precise spectrographs such as the HARPS instrument on the 3.6-meter telescope at La Silla, Chile to find exoplanets. As the planet orbits its gravitational pull causes the parent star to move back and forth. This tiny radial motion shifts the observed spectrum of the star by a correspondingly small amount because of the Doppler shift. With super-sensitive spectrographs such as HARPS the shifts can be measured and used to infer details of a planet's mass and orbit. credit: ESO/L. Calçada source: http://www.eso.org/public/videos/eso1035g/

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Sans le soutien des Russes, Haftar ne représente plus une menace pour Tripoli

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Le Turkish Stream a été inauguré à Istanbul le 8 janvier en présence de Poutine et Erdogan. Y voyez-vous un lien avec les négociations sur le cessez-le-feu en Libye qui se sont tenue à Moscou cinq jours plus tard ?

Bien sûr. Pour garantir la mise en service du Turkish Stream, Poutine a déjà donné des gages en Syrie en permettant à la Turquie de cantonner le danger des groupes kurdes YPG-PKK. Le Russe a ensuite donné des gages sur la Libye en invitant la Turquie à jouer les médiateurs pour une négociation de cessez-le-feu à Moscou.

Mais ces négociations ont échoué. Le maréchal Haftar en est parti en claquant la porte. L’échec de ce cessez-le-feu n’est-il pas révélateur de la limite de l’influence des Russes en Libye ?

Il faut attendre et voir les progressions des troupes sur le terrain. C’est la technologie russe qui a permis à Haftar d’abattre des drones turcs et les mercenaires de Wagner ont fourni des snipers sur le front. Si la Russie devait amoindrir son soutien, Haftar représenterait certes une force importante, mais pas suffisante pour capturer Tripoli. Haftar peut ne pas écouter les Russes s’il le veut et continuer de se battre, mais si c’est pour se priver de leur soutien il ne représente plus une menace pour Tripoli.

Peut-on dire qu’en Syrie comme en Libye, les Russes et les Turcs avancent désormais main dans la main ?

Non car dans la vision de Poutine, il ne traite pas d’égal à égal avec la Turquie qu’il considère comme un partenaire mineur, utile pour bâtir son influence au Moyen-Orient. Poutine comme Erdogan ont l’ambition commune de restaurer leur puissance passée. Au final, la réussite de l’un signera l’échec de l’autre.

Russie: Vladimir Poutine propose un référendum sur la Constitution .
En Iran, le mouvement de contestation contre le régime redémarre : les Iraniens retournent dans la rue après que les autorités ont reconnu avoir abattu un avion de ligne ukrainien "par erreur", faisant 176 morts. Ceci moins d'une semaine après l'assassinat par les États-Unis du général iranien Qassem Soleimani, conduisant à une escalade des tensions dans la région. Nous recevons en plateau Jonathan Conricus, porte-parole de l'armée israélienne, qui nie l'implication d'Israël dans la mort du général Soleimani.

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