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Monde Nitrate d’ammonium abandonné 6 ans sur le port : à Beyrouth, le scénario terrible se dessine

21:15  06 août  2020
21:15  06 août  2020 Source:   nouvelobs.com

Explosion de Beyrouth: Comment le nitrate d'ammonium a provoqué une explosion meurtrière au Liban

 Explosion de Beyrouth: Comment le nitrate d'ammonium a provoqué une explosion meurtrière au Liban Une explosion dans un entrepôt du port de Beyrouth, au Liban, a fait plus de 70 morts et plus de 4 000 blessés mardi. Au lendemain de l'explosion, des vidéos téléchargées sur les réseaux sociaux montrent des panaches de fumée rouge-brun et l'étendue apocalyptique de la destruction , avec des bâtiments nivelés sur des kilomètres.

  Nitrate d’ammonium abandonné 6 ans sur le port : à Beyrouth, le scénario terrible se dessine © Copyright 2020, L'Obs

Près de 3 000 tonnes de nitrate d’ammonium stockées dans un entrepôt, des avertissements proférées pendant plusieurs années, et deux explosions dévastatrices. Après la catastrophe qui a ravagé Beyrouth et causé la mort d’au moins 137 personnes, le parcours de cette dangereuse cargaison, accusée par le président Aoun d’être à l’origine des explosions, commence à se dessiner, et les regards se tournent vers un navire moldave : le « Rhosus ».

à Beyrouth soulève de nouvelles inquiétudes concernant le stock de nitrate d'ammonium beaucoup plus important de Newcastle

 à Beyrouth soulève de nouvelles inquiétudes concernant le stock de nitrate d'ammonium beaucoup plus important de Newcastle L'explosion de © Fourni par ABC NEWS Orica affirme que son stockage et sa manipulation du nitrate d'ammonium sont strictement réglementés et audités. (ABC TV, photo d'archive) L'explosion meurtrière de Beyrouth qui a tué plus de 100 personnes a suscité de nouveaux appels pour un important stock et une usine de nitrate d'ammonium à Newcastle, stockant jusqu'à quatre fois la quantité qui aurait explosé dans l'explosion, à déplacer loin des résidents.

Dès le lendemain du drame, un article datant de 2015 de la revue spécialisée « The Arrest News » a refait surface. Deux juristes libanais y évoquaient l’étrange cas du « Rhosus ». Sa cargaison de nitrate d’ammonium, saisie par les autorités et ressemblant à celle évoquée par le président libanais, a mis sur les traces de l’origine de la catastrophe.

En 2013, le « Rhosus » partait de Géorgie. Selon le « New York Times », le navire avait été loué par un homme d’affaires russe résidant à Chypre : Igor Grechushkin. Les 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, un sel utilisé comme base de nombreux engrais azotés sous forme de granulés responsable de plusieurs accidents industriels, étaient destinées au Mozambique, selon une source de sécurité citée par l’AFP.

Explosion au Liban: le nitrate d'ammonium derrière de nombreux accidents industriels

 Explosion au Liban: le nitrate d'ammonium derrière de nombreux accidents industriels © [File: Stephane Mahe / Reuters] Le nitrate d'ammonium est un oxydant qui intensifie la combustion et permet à d'autres substances de s'enflammer plus facilement, mais n'est pas en soi très combustible [File: Stephane Mahe / Reuters] Le nitrate d'ammonium, qui, selon les autorités libanaises, a provoqué l'explosion dévastatrice de Beyrouth, est une substance cristalline inodore couramment utilisée comme engrais qui a été à l'origine de nombreuses explosions industrielles au cours des décennies

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Problème : selon le quotidien américain, Grechushkin explique alors par téléphone au capitaine russe du navire Boris Prokoshev, désormais à la retraite, qu’il n’a pas assez d’argent pour payer un passage par le canal de Suez. Décision est donc prise de faire un arrêt à Beyrouth, pour tenter de faire du profit en récupérant une marchandise d’équipement lourd. Selon le site Marine Traffic, le bateau est arrivé le 20 novembre 2013 au port de Beyrouth, et ne l’a jamais quitté.

Des marins laissés à leur sort

D’après des sources sécuritaires libanaises citées par l’AFP, une firme libanaise aurait porté plainte contre la compagnie à laquelle le « Rhosus « appartenait, poussant la justice locale, qui avait également constaté sa vétusté, à saisir le navire. Selon le « New York Times », des frais d’amarrage et d’autres charges n’avaient pas non plus été payés au port.

À Beyrouth, le bateau à l'origine de l'explosion était «une bombe flottante»

  À Beyrouth, le bateau à l'origine de l'explosion était «une bombe flottante» Les autorités avaient été alertées plusieurs fois sur le danger que présentaient les 2750 tonnes de nitrate d'ammonium du Rhosus, débarquées et stockées dans le port il y a 6 ans.» LIRE AUSSI - Combien de temps et d'argent faudra-t-il pour reconstruire Beyrouth?

Contacté pour financer du fuel et de la nourriture pour l’équipage, Igor Grechushkin est aux abonnés absents, laissant l’équipage à son sort. Le « Moscow Times », affirme que l’homme d’affaires a déclaré faillite avant d’« abandonner » le bâtiment.

Six membres de l’équipage peuvent rentrer chez eux, mais le capitaine et trois autres marins ukrainiens sont forcés par les autorités libanaises à rester sur le « Rhosus » jusqu’au règlement de la dette. Sans argent, les quatre hommes peinent à se nourrir. Selon le capitaine Prokoshev, les autorités du port, les prenant en pitié, leur ont fourni de la nourriture.

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Selon lui, les responsables du port ne s’inquiétaient pas de la dangereuse cargaison du navire : « Ils ne voulaient que l’argent qu’on leur devait », confie-t-il au « New York Times ». Après une bataille juridique et diplomatique, l’équipage finit par être relâché en août 2014 sur décision d’un juge, et Igor Grechushkin, refaisant surface, finance leur retour en Ukraine.

Liban: Le bateau incriminé ne devait pas aller à Beyrouth, dit son capitaine

  Liban: Le bateau incriminé ne devait pas aller à Beyrouth, dit son capitaine Liban: Le bateau incriminé ne devait pas aller à Beyrouth, dit son capitaine © Reuters/BORIS MUSINCHAK LIBAN: LE BATEAU INCRIMINÉ NE DEVAIT PAS ALLER À BEYROUTH, DIT SON CAPITAINE par Maria Vasilyeva MOSCOU (Reuters) - Les produits chimiques qui ont explosé mardi dans le port de Beyrouth y sont arrivés il y a sept ans à bord d'un cargo russe de location en très mauvais état qui n'aurait jamais dû accoster dans la capitale libanaise, explique le capitaine du navire.

Le « Rhosus » et sa cargaison sont laissés aux mains des autorités libanaises. Les 2 700 tonnes de nitrate d’ammonium sont stockées dans un entrepôt du port de Beyrouth. Le bateau, endommagé, finit par couler.

De multiples avertissements

La cargaison du « Rhosus » est-elle à l’origine de la catastrophe ? L’enquête le déterminera. Mais pendant plusieurs années, des autorités ont mis en garde contre la présence d’une importante quantité de nitrate d’ammonium dans le port de Beyrouth. Au lendemain des explosions, le directeur des douanes Badri Daher a déclaré que ses services avaient averti six fois la justice sur ces risques.

Qu’est-ce que le nitrate d’ammonium, pointé du doigt dans les explosions de Beyrouth ?

Des documents consultés par l’agence Reuters attestent que les douanes ont prié en 2016 et en 2017 la justice de demander à « l’agence maritime concernée » de réexporter ou d’approuver la vente du nitrate d’ammonium qui était stocké dans le hangar numéro 12. Des demandes similaires auraient été faites en 2014 et 2015.

Des travaux dans l’entrepôt à l’origine du drame ?

Selon l’AFP, en juin 2019, la sûreté de l’Etat, un des plus hauts organismes de sécurité au Liban, a ensuite lancé une enquête sur cette cargaison, après des plaintes répétées sur des odeurs nauséabondes qui émanaient du hangar.

La France gros consommateur de nitrate d'ammonium, les explosions à Beyrouth inquiètent

  La France gros consommateur de nitrate d'ammonium, les explosions à Beyrouth inquiètent Agriculture, explosifs Grande importatrice et productrice, la France est friande de nitrate d'ammonium, à l'origine des explosions à Beyrouth. Ces dernières alimentent les craintes, actuellement. Alors que la France est particulièrement friande de nitrate d'ammonium (le pays représente 8% de la consommation mondiale), les explosions à Beyrouth suscitent l'inquiétude. La France consomme d'importantes quantités de nitrates d'ammonium, principalement pour l'agriculture sous forme d'engrais azoté, l'ammonitrate.

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Dans son rapport, elle a signalé que l’entrepôt contenait « des matières dangereuses qu’il est nécessaire de déplacer », et pointait du doigt les parois lézardées de l’entrepôt. La direction du port, qui était au courant du caractère dangereux des produits, a finalement envoyé des ouvriers colmater les fissures de l’entrepôt. Ces travaux, selon les sources de sécurité entendues par l’AFP, auraient été à l’origine du drame. Le nitrate d’ammonium, lui, n’est pas déplacé. Jusqu’à mardi et la catastrophe.


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Explosion du © ANWAR AMRO L'explosion d'un immense magasin de nitrate d'ammonium dans le port de Beyrouth a tué au moins 171 personnes et blessé environ 6500 autres Jusqu'à la veille de l'explosion meurtrière de Beyrouth, les responsables libanais ont échangé des avertissements sur une cargaison de produits chimiques dangereux dans le port, mais n'a rien fait malgré les craintes des experts que cela pourrait provoquer une conflagration massive.

usr: 1
C'est intéressant!