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Monde Face à l'Azerbaïdjan, l'extrême droite française défend l'Arménie

23:40  01 octobre  2020
23:40  01 octobre  2020 Source:   liberation.fr

Des combats ouverts éclatent entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan dans le Haut-Karabakh

  Des combats ouverts éclatent entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan dans le Haut-Karabakh Des civils et des militaires ont été tués dans de violents combats qui ont éclaté dimanche dans la région du Haut-Karabakh, ont déclaré l'Azerbaïdjan et les séparatistes arméniens, s'accusant mutuellement d'avoir lancé les hostilités. Alors que cette région séparatiste soutenue par Erevan a décrété "la mobilisation générale", le président azerbaïdjanais a promis de "vaincre". Ce pourrait être un nouveau conflit ouvert. Des combats violents ont éclaté dimanche 27 septembre dans le Haut-Karabakh, région frontalière disputée depuis des décennies entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, ont déclaré les deux parties, s’accusant mutuellement d’avoir

Des volontaires arméniens en uniforme dans le Haut-Karabakh, mardi. © Karen Mirzoyan Des volontaires arméniens en uniforme dans le Haut-Karabakh, mardi.

Du Rassemblement national aux identitaires, l’extrême droite française a pris fait et cause pour l’Arménie dans le conflit au Haut-Karabakh. Un soutien opportuniste qui vise à matérialiser son discours antimusulmans et faire d’Erdogan l’épouvantail d’un islam présenté comme conquérant et menaçant l’Occident chrétien.

Un prêtre en soutane qui brandit un fusil d’assaut kalachnikov dans sa main gauche et une croix orthodoxe dans la main droite. En légende, une simple phrase : «Soutien à l’Arménie». La photo, diffusée par la propagande d’Etat arménienne, a été largement reprise cette semaine par la fachosphère française qui s’est soudainement prise de passion pour le conflit opposant l’Arménie et les séparatistes du Haut-Karabakh à l’Azerbaïdjan. Un intérêt opportuniste qui se focalise sur le prisme confessionnel – pourtant secondaire dans ce conflit – et vise à matérialiser la prétendue guerre que mènerait l’islam contre l’Occident chrétien. Un discours central pour cette mouvance, majoritaire au sein de l’extrême droite française, qui croit au grand remplacement et racise ou confessionalise (à grands coups d’islamophobie) jusqu’au moindre fait divers.

L’Arménie et l’Azerbaïdjan au bord d’une « guerre d’envergure »

  L’Arménie et l’Azerbaïdjan au bord d’une « guerre d’envergure » De violents combats ont éclaté entre les forces azerbaïdjanaises et les séparatistes de la région du Nagorny Karabakh soutenus par l’Arménie, faisant des morts civils et militaires. Un conflit majeur impliquant Erevan et Bakou pourrait entraîner l’intervention des puissances en concurrence dans la région du Caucase, la Russie et la Turquie.Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a affirmé que l’Azerbaïdjan avait « déclaré la guerre » au peuple arménien.

Pour preuve, la une du quotidien national-catholique Présent de ce jeudi. En pleine page, un gros plan sur le bras d’un combattant arménien en treillis brandissant une kalachnikov et un chapelet. «L’Arménie résiste à l’attaque azéro-turque pour sa terre, pour sa foi», titre le journal du courant chrétien de l’extrême droite radicale, détaillant : «Soutenu et poussé par la Turquie, l’Azerbaïdjan a attaqué le Haut-Karabakh arménien. Le plus ancien pays chrétien du monde se bat courageusement pour garder son territoire des convoitises néo-ottomanes.» Au-delà du sort du Haut-Karabakh et des considérations anti-impérialistes, le sujet qui mobilise l’extrême droite française est ainsi bien la prétendue agression des musulmans azéris contre les chrétiens arméniens (alors que personne n’est en mesure, à l’heure actuelle, de dire qui est responsable de ce nouveau regain de tensions de cette guerre larvée qui dure depuis près de trois décennies).

Les combats entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan dans la région contestée du Haut-Karabakh font au moins 18 morts

 Les combats entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan dans la région contestée du Haut-Karabakh font au moins 18 morts L'armée azerbaïdjanaise a accusé les forces arméniennes d'utiliser des boucliers humains alors que des combats meurtriers éclatent à nouveau dans la région séparatiste du Haut-Karabakh, faisant au moins 18 personnes mort et plus de 100 blessés. Nagorno-Karabakh a déclaré que 16 de ses militaires et deux civils, une femme et son petit-fils, avaient été tués après que l'Azerbaïdjan a lancé une attaque aérienne et d'artillerie dimanche matin.

Une confusion volontaire ?

Des néofascistes aux identitaires en passant par le Rassemblement national, voire certains néonazis, l’extrême droite française a pris fait et cause pour l’Arménie chrétienne, qui plus est soutenue par Moscou. Comme Jean-Eudes Gannat, leader du groupe national-catholique angevin l’Alvarium (proche de la mouvance nationaliste révolutionnaire et qui a cofondé l’association «Solidarité Arménie» en 2018) ou Jean-David Cattin, identitaire historique redevenu proche de Génération identitaire (il était intervenant au dernier camp d’été du groupe). Mais c’est aussi Jean Messiha (RN) qui dénonce «l’offensive de l’Azerbaïdjan, soutenue par l’islamo-fasciste (sic) Erdogan, contre les chrétiens du Haut-Karabakh». Comme le seul communiqué du Rassemblement national sur le sujet, en date de dimanche, qui ne mentionne que «des menées du président turc dans le Caucase». Ou encore l’eurodéputé RN Jérôme Rivière. «Il est temps de stopper l’autocrate ottoman !» a-t-il tweeté jeudi, arguant que «des terroristes de Daech et Al-Qaïda» auraient été «envoyés contre l’Arménie par la Turquie d’Erdogan». Une confusion volontaire ? Si des combattants islamistes pro-turcs, notamment turkmènes, ont combattu en Syrie avant d’être redéployés en Libye puis désormais en Azerbaïdjan, ces groupes relèvent plutôt du mercenariat et ne sont pas jihadistes. Ils les ont même parfois combattus.

Le conflit est ainsi présenté par l’extrême droite française comme un nouvel épisode de l’impérialisme d’Erdogan «l’Ottoman». Celui-ci, après l’instrumentalisation des réfugiés, les tensions en Méditerranée ou son implication diplomatico-militaire dans le conflit syrien, est ainsi (re)devenu l’une des cibles favorites de l’extrême droite française. Un dirigeant musulman de premier plan, impéraliste et coupable d’un certain laisser-faire face aux jihadistes quand cela servait ses objectifs : l’épouvantail idéal pour cette extrême droite qui veut faire de l’islam une menace.

Israël sous le feu diplomatique sur les armes de l'Azerbaïdjan .
Grand fournisseur d'armes de l'Azerbaïdjan, Israël est sous le feu diplomatique de l'Arménie au sujet de la lutte entre les voisins du Caucase dans le Haut-Karabakh contesté. Arménie, un pays considéré depuis longtemps comme proche de l'ennemi d'Israël, l'Iran, n'a ouvert une ambassade à Tel Aviv que le 17 septembre, mais Erevan a rappelé son ambassadeur à peine deux semaines plus tard, citant des ventes d'armes à l'Azerbaïdjan.

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