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Monde A Bangkok, la jeunesse défie le pouvoir thaïlandais

13:50  16 octobre  2020
13:50  16 octobre  2020 Source:   liberation.fr

En Thaïlande, la jeunesse prête à défier le régime

  En Thaïlande, la jeunesse prête à défier le régime Les étudiants appellent à manifester en masse ce mercredi pour le départ d’un gouvernement issu des rangs de l’armée, une nouvelle Constitution et une réforme de la monarchie. Une contestation commencée il y a plusieurs décennies mais qui s’est toujours heurtée à la répression et à la polarisation d’une société très divisée. Des images tremblantes, en noir et blanc, montrent des corps traînés, brûlés et mutilés. Des morts défigurés qu’on pend aux arbres, pour continuer à les frapper. Une vidéo inédite du massacre oublié des étudiants de l’université de Thammasat, le 6 octobre 1976, a refait récemment surface.

Rassemblement de manifestants pro-démocratie à Bangkok, en Thaïlande, jeudi. © CHALINEE THIRASUPA Rassemblement de manifestants pro-démocratie à Bangkok, en Thaïlande, jeudi.

Dans un acte rare de défiance à l’égard du pouvoir, des milliers de Thaïlandais se sont rassemblés jeudi dans le centre-ville de Bangkok.

Jeudi matin, le gouvernement thaïlandais avait décrété l’état d’urgence à Bangkok : les rassemblements de plus de cinq personnes y sont désormais interdits, les médias sommés de ne pas couvrir les manifestations. Devant une foule composée en majorité de jeunes et de très jeunes – beaucoup de lycéens en uniforme – les orateurs se sont succédé, debout sur des camions, sans même un micro qui fonctionnait, pour s’époumoner sur les thèmes récurrents de leur mouvement : départ du gouvernement, nouvelle constitution et, surtout, ce que personne n’avait osé faire avant eux, une réforme de l’institution monarchique.

Thaïlande prend des mesures pour réprimer les manifestations en interdisant les rassemblements et les actualités

 Thaïlande prend des mesures pour réprimer les manifestations en interdisant les rassemblements et les actualités Par Patpicha Tanakasempipat et Juarawee Kittisilpa © Reuters / JORGE SILVA Manifestation de masse contre le gouvernement thaïlandais, à l'occasion du 47e anniversaire du soulèvement étudiant de 1973, à Bangkok BANGKOK (Reuters) ) - Le gouvernement thaïlandais a interdit les rassemblements de cinq personnes ou plus et la publication d'informations ou de messages en ligne qui pourraient nuire à la sécurité nationale tôt jeudi en vertu d'un décret d'urgence visant à mettre fin aux manifestations d

Critiques de l’ingérence permanente du monarque

Pour la première fois dans ce pays où la monarchie avait jusqu’ici un statut semi-sacré, des citoyens critiquent à voix haute l’ingérence permanente du monarque dans les affaires politiques et sa gestion des finances royales. «Le roi mène la grande vie en Allemagne, pendant que l’économie ici s’écroule, les militaires n’écoutent rien, on ne peut plus accepter ça», articule, très déterminé, Tian, un lycéen de 16 ans qui affirme qu’il n’a pas peur de mourir sous les balles de la police puisque «de toute façon si on ne fait rien maintenant, nous n’avons aucun avenir dans ce pays, c’est comme mourir à petit feu».

Le quartier des affaires de Rajprasong où se tenaient les manifestations est symbolique : c’est là où les Chemises rouges, un précédent mouvement social en faveur d’une ouverture démocratique, s’étaient installées pendant des mois en 2010, avant d’être violemment réprimés par les militaires, qui avaient fini par tirer dans la foule, en faisant une centaine de morts. Mais cette fois, se résoudre à l’usage de la force semble difficile : «Les manifestants, ce sont nos enfants, comment peut-on tirer sur sa jeunesse ?» interroge un ancien activiste septuagénaire, qui dit que pour la première fois depuis des décennies, «ces jeunes me redonnent espoir dans mon pays». Les partis politiques d’opposition restent pour l’instant en retrait, ce qui contribue à les protéger : «Tant qu’ils restent à l’écart des partis, ces jeunes sont considérés comme innocents», explique Sunisa Nuttawa, une avocate venue témoigner son soutien au mouvement.

`` Je veux la liberté '': la masse thaïlandaise défie l'interdiction des manifestations

 `` Je veux la liberté '': la masse thaïlandaise défie l'interdiction des manifestations Par Patpicha Tanakasempipat © Reuters / CHALINEE THIRASUPA FILE PHOTO: Les manifestants pro-démocratie montrent le salut à trois doigts alors qu'ils se rassemblent pour demander au gouvernement de démissionner et de libérer les détenus dirigeants à Bangkok BANGKOK (Reuters) - Des magasins, des bureaux et des écoles, ils se sont déversés dans une rue de Bangkok par dizaines de milliers, exprimant le choc et la colère et surtout le défi.

Trois doigts levés en signe de ralliement

L’état d’urgence est imposé au nom de la «sécurité nationale», notamment parce qu’au cours des grands rassemblements de mercredi, les manifestants ont fait obstruction à un cortège qui transportait la Reine. Au lieu de la déférence extrême qui est attendue des Thaïlandais lorsqu’un membre de la famille royale se rend sur la voie publique, les jeunes présents ont salué le passage du véhicule royal avec trois doigts levés, leur signe de ralliement tiré du film Hunger Games. Ces images ont tourné sur les réseaux et choqué le pays. «Personne ne pouvait imaginer une scène pareille il y a encore quelques années», estime l’historien Charnvit Kasetsiri.

Un vent de liberté de parole inédit souffle sur le pays. Différents groupes de la société civile profitent de la brèche ouverte par les étudiants pour se faire entendre. Des formations aussi diverses que des rappeurs, des paysans qui contestent les nouvelles lois sur la propriété de la terre ou encore des féministes, restées jusqu’ici très discrètes en Thaïlande, et qui ont, pour la première fois, osé réclamer le droit à l’avortement.

Les manifestants thaïlandais se rassemblent avant le débat parlementaire .
BANGKOK (AP) - Les manifestants pro-démocratie en Thaïlande se sont de nouveau réunis dimanche à Bangkok, cherchant à maintenir la pression sur le gouvernement un jour avant une session extraordinaire du Parlement appelée à tenter d'apaiser les des tensions. © Fourni par Associated Press Des manifestants pro-démocratie se rassemblent, saluant à trois doigts près d'un principal quartier commerçant de Bangkok, en Thaïlande, dimanche 25 octobre 2020.

usr: 1
C'est intéressant!