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Monde Dans un quartier général d'Alexeï Navalny : «Maintenant c’est sûr, mon téléphone est sur écoute»

22:15  20 octobre  2020
22:15  20 octobre  2020 Source:   liberation.fr

Les survivants de l'empoisonnement disent que la méthode donne à la Russie un déni plausible pour faire taire les critiques anti-Poutine

 Les survivants de l'empoisonnement disent que la méthode donne à la Russie un déni plausible pour faire taire les critiques anti-Poutine EXCLUSIF - Alexei Navalny, le chef de l'opposition le plus important de Russie , se remet de ce que les laboratoires occidentaux ont qualifié d'empoisonnement par un agent neurotoxique. Après plus d'un mois de récupération en Allemagne , Navalny, 44 ans, est en train de faire des apparitions à la télévision et blâme le Kremlin et personnellement le président russe Vladimir Poutine pour l'attaque.

Andreï, soutien de Navalny, discute avec des citoyens locaux à Tver, le 26 septembre. © Nigina Beroeva Andreï, soutien de Navalny, discute avec des citoyens locaux à Tver, le 26 septembre.

A Tver, à 200 kilomètres de Moscou, les partisans du principal opposant au président russe, Vladimir Poutine, sont victimes de harcèlement policier et de menaces.

«Vous voyez ce poteau, juste-là ?» Andreï tend le bras vers l’un des réverbères en fer forgé qui bordent la petite rue piétonne. «C’est là que je me suis fait embarquer par la police pour la première fois.»

- C’était pas au réverbère là-bas ? le reprend Pavel.

- Mais non ! Ça, c’était la deuxième fois.»

L’échange fait rire les deux jeunes hommes. Nous sommes dans le centre-ville de Tver, à un peu moins de 200 kilomètres au nord-ouest de Moscou. Andreï Proskoudine a 30 ans, il est le «coordinateur» de l’état-major local d’Alexeï Navalny ; Pavel Kouzmine a 27 ans, il est le second permanent de l’équipe.

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Andrey Proskudin, 30, coordinator of Alexey Navalny’s regional office.   26.09.20, Tver, Nigina Beroeva © Nigina Beroeva Andrey Proskudin, 30, coordinator of Alexey Navalny’s regional office. 26.09.20, Tver, Nigina Beroeva Andreï, militant pro-Navalny, à Tver. Photo Nigina Beroeva pour Libération

«L’état-major de Navalny à Tver» fait partie d’un réseau de 39 représentations, dans les plus grandes villes de Russie, de l’opposant à Vladimir Poutine. Comme lui, leur activité est un mélange de lutte anticorruption et d’activisme politique : parallèlement aux grandes enquêtes, organisées depuis Moscou et dénonçant les turpitudes des hauts fonctionnaires et oligarques russes, les bureaux régionaux s’intéressent à la maison luxueuse du maire de la ville, aux compromissions des autorités locales avec des entreprises de travaux publics, aux affaires de corruption au sein du conseil municipal… Ils mènent aussi une activité politique plus classique, à base de participation aux élections locales, de distribution de tracts et de rencontres avec la population, avec pour objectif de se montrer sur le terrain, de façon quotidienne, et de créer une implantation pour l’opposition au-delà des habituels cercles moscovites.

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Confiance

Professeur d’histoire dans une vie antérieure, Andreï a été recruté en 2016 par l’équipe d’Alexeï Navalny pour ouvrir le bureau de Tver, installé dans un immeuble du centre-ville dont la façade soigneusement entretenue dissimule une arrière-cour franchement délabrée. En plus d’Andreï et Pavel, une dizaine de bénévoles réguliers viennent y prêter main-forte sur leur temps libre. Ce jour-là, Yan, 20 ans, et Ania, 23 ans, sont venus participer à l’expédition.

Anna Mangazeeva, 23, volunteer of Alexey Navalny’s regional office. 26.09.20, Tver, Nigina Beroeva © Nigina Beroeva Anna Mangazeeva, 23, volunteer of Alexey Navalny’s regional office. 26.09.20, Tver, Nigina Beroeva Ania, militante pro-Navalny à Tver. Photo Nigina Beroeva pour Libération

«Il y a quelques jours, explique Andreï, les habitants d’un quartier de Tver sont venus nous solliciter. Ils ont appris que la mairie voulait faire élargir une rue qui passe devant leurs maisons. Ils sont contre, et ils nous demandent de les aider à faire connaître leur problème.» Des appels de ce genre, l’état-major de Navalny en reçoit, estime Pavel, un ou deux par semaine. Ils se font de plus en plus nombreux. Un signe, selon lui, que leur travail acharné pour se faire connaître et gagner la confiance de la population commence à payer.

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Au moment de monter en voiture, le téléphone d’Andreï vibre. C’est un SMS d’un fonctionnaire local : «Qu’est-ce que vous allez fabriquer là-bas, et qu’est-ce que c’est que cette histoire de journaliste étranger avec vous ?!» Il hausse les épaules, blasé. «Voilà, maintenant c’est sûr, mon téléphone est sur écoute.»

«Le pouvoir nous méprise»

La route Bourachevskoïe se trouve au sud de Tver, dans un quartier résidentiel fait de petites maisons aux couleurs vives, de trottoirs défoncés et de chemins poussiéreux bordés de platanes. Au numéro 23, devant une maisonnette rouge et blanche toute pimpante, un attroupement de riverains attend l’arrivée de l’équipe. Quelques jeunes mères avec des petits enfants, des gens dans leur cinquantaine au visage marqué, des hommes au sourire édenté, une vieille dame portant un châle à fleurs. La Russie profonde, celle des usines déglinguées, des banlieues-dortoir et des villages de province, celle que l’on pense complètement dépolitisée et votant comme un seul homme pour Vladimir Poutine, gobant tous les bobards de la propagande au sujet de ses opposants… Et pourtant les voilà, qui décrivent, devant la caméra des partisans d’Alexeï Navalny, l’injustice qui les frappe, la route qui passera désormais sous leurs fenêtres et les vibrations provoquées par le passage des camions qui risquent de faire s’effondrer leurs maisons ; les innombrables lettres envoyées au maire, au gouverneur, aux députés, sans recevoir la moindre réponse.

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 Alexei Navalny dit que Trump devrait se joindre à d'autres dirigeants pour condamner l'agent neurotoxique utilisé pour l'empoisonner Le militant , âgé de 44 ans, a appelé Trump à se joindre à d'autres dirigeants mondiaux pour condamner l'utilisation de l'agent neurotoxique lors d'un entretien avec de CBS 60 Minutes diffusé dimanche. Novichok aurait également été utilisé par des agents russes pour empoisonner l'ancien agent double soviétique Sergei Skripal en 2018.

Activists of Alexey Navalny’s regional office are holding a meeting with local citizens.  26.09.20, Tver, Nigina Beroeva © Nigina Beroeva Activists of Alexey Navalny’s regional office are holding a meeting with local citizens. 26.09.20, Tver, Nigina Beroeva Un groupe de citoyens tente de faire entendre leur voix pour lutter contre l'élargissement d'une rue qui passe devant chez eux. Photo Nigina Beroeva pour Libération

«On veut être écoutés, s’émeut l’un des riverains, et que l’on cesse de piétiner nos droits.» Ils n’ont jamais «fait de politique», jamais particulièrement soutenu l’opposition ni entretenu pour autant la moindre illusion sur le fait que le pouvoir pouvait se soucier d’eux. «Mais là, ils viennent nous marcher dessus chez nous, et personne ne nous répond.» D’où la décision prise, en désespoir de cause, de s’adresser à l’opposition. «On va bien voir, lance une dame à la cantonade. Russie unie nous ignore, le pouvoir nous méprise. Si ces jeunes-là nous aident, alors on les soutiendra».

Yan est en train de remballer la caméra quand une voiture de police se gare sur le bas-côté. Deux agents en sortent, accueillis par un concert de quolibets et de récriminations. «Ben quoi, j’ai organisé une fête d’anniversaire dans la rue et eux ce sont mes amis. J’ai pas le droit ?» ricane un homme, déclenchant les rires moqueurs de toute l’assemblée. Plus penauds que menaçants, houspillés par les babouchkas du quartier, les deux pandores ont du mal à placer un mot. Ils contrôlent quelques passeports au hasard et finissent par partir en embarquant un quidam qui n’a pas le sien sur lui et ressortira libre du commissariat quelques heures plus tard. L’intervention en elle-même n’a fait de mal à personne, mais elle laisse un arrière-goût amer. Car à l’évidence, ces policiers ne se sont pas arrêtés là par hasard. Le contrôle était prémédité pour gêner le travail des opposants et faire comprendre aux habitants de la route Bourachevskoïe que ce genre de rassemblement les place dans le collimateur des autorités. Pour l’équipe de Navalny, c’est aussi un rappel de plus que leur activisme n’est pas le bienvenu. Leur chef, empoisonné au mois d’août et désormais tiré d’affaire, est toujours convalescent à l’hôpital de la Charité à Berlin, et son retour en Russie s’annonce mouvementé. Et pour ses partisans sur le terrain, harcèlement policier et menaces sont une routine.

Il est dans l'intérêt de Trump de condamner l'empoisonnement d'Alexey Navalny

 Il est dans l'intérêt de Trump de condamner l'empoisonnement d'Alexey Navalny Le président Trump pourrait croire que l'assassinat par Vladimir Poutine de dissidents nationaux relève de la seule Russie. C'est la mauvaise compréhension de la valeur qu'un président américain doit prendre. Quoi qu'il en soit, Trump n'a aucune bonne excuse pour ignorer la violation répétée de Poutine de ses engagements au titre de la Convention sur les armes chimiques. © Fourni par Washington Examiner Je note cela à la lumière des nouveaux commentaires d'Alexey Navalny au 60 Minutes de CBS.

Police officers trying to disrupt a meeting with local citizens organized by the activists of Alexey Navalny’s regional office.   26.09.20, Tver, Nigina Beroeva © Nigina Beroeva Police officers trying to disrupt a meeting with local citizens organized by the activists of Alexey Navalny’s regional office. 26.09.20, Tver, Nigina Beroeva La police interrompt la réunion. Photo Nigina Beroeva pour Libération

«Mes parents sont inquiets»

«En 2018, pendant la campagne présidentielle, je me souviens qu’un type m’avait écrit sur VK [un réseau social russe, ndlr], depuis un faux compte, avec un message menaçant : "Fais attention où tu mets les pieds, tu pourrais bien finir à l’hôpital…" raconte Andreï. Je n’y ai pas fait attention, et puis le lendemain c’est à ma mère qu’il a écrit, pour lui dire de faire attention à moi… en décrivant le tee-shirt que j’avais sur moi le jour même. Et là j’ai compris qu’il m’avait suivi, physiquement. Depuis, quand je rentre du bureau, j’ai toujours en tête le fait qu’il y a peut-être quelqu’un qui m’attendra en bas de chez moi.»

«C’est une pensée qui revient régulièrement, avoue Ania. On sait qu’il peut nous arriver quelque chose. J’essaie de compartimenter, et de ne pas trop y penser.» Andreï a déjà deux séjours en prison à son actif. Pavel a été agressé lors d’une manifestation. L’an dernier, la police a perquisitionné leur bureau et confisqué tout leur matériel, qu’il a fallu racheter à grands frais. Elle a aussi fouillé le domicile d’Andreï et celui de sa mère. «Ma mère a peur pour moi, évidemment. Mais elle me soutient aussi, elle sait que c’est la vie que j’ai choisie.» «Mes parents sont inquiets, ils ne comprennent pas pourquoi je fais tout ça, témoigne Yan. On a trouvé un compromis : on n’en parle jamais, pour ne pas se disputer.»

Pavel, lui, n’a pas encore été perquisitionné. Fataliste, il attend son tour, avec une seule préoccupation avouée : que les policiers n’abîment pas, le moment venu, sa collection de soldats miniatures.

A group of fishers on the pedestrian bridge over the Lazur river in Tver  26.09.20, Tver, Nigina Beroeva © Nigina Beroeva A group of fishers on the pedestrian bridge over the Lazur river in Tver 26.09.20, Tver, Nigina Beroeva Dans les rues de Tver. Photo Nigina Beroeva pour Libération

Poutine dit être intervenu pour permettre à son opposant Navalny d’être soigné en Allemagne .
Le président russe Vladimir Poutine a déclaré qu’il était intervenu pour permettre à Alexeï Navalny d’être soigné en Allemagne, après son empoisonnement le 20 août en Sibérie. Vladimir Poutine a assuré ce jeudi 22 octobre être personnellement intervenu pour qu’Alexeï Navalny puisse être soigné en Allemagne.L’opposant russe a été hospitalisé le 20 août dans un état grave en Sibérie, puis transféré le surlendemain à Berlin. Le gouvernement allemand a conclu qu’il avait été empoisonné au Novitchok, une substance neurotoxique mise au point par l’armée soviétique dans les années 1970 et 1980.

usr: 1
C'est intéressant!