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Monde Minembwe, la peur sur un haut plateau en RDC

22:25  21 octobre  2020
22:25  21 octobre  2020 Source:   liberation.fr

RDC: l’Inspection générale des finances sur tous les fronts

  RDC: l’Inspection générale des finances sur tous les fronts L’Inspection générale des finances est sur tous les sujets brûlants de l’heure : paie des fonctionnaires, exonérations, riposte au Covid-19, Go pass, Bukanda Lonzo Cette institution, qui dépend de la présidence de la République, effectue à l’heure actuelle 34 missions de contrôle, dont 26 à Kinshasa. Or, elle n’a plus qu’une quarantaine d’inspecteurs encore actifs. L’IGF n’a pas recruté depuis trente ans. Mais, et c’est une petite révolution, avec l’appui du cabinet Price Waterhouse Cooper, elle devrait recruter, dans les prochaines semaines une soixantaine d’inspecteurs. Malgré tout, d’ici la fin du mois, l'IGF espère rendre ses conclusions sur ses principaux dossiers.

A Minembwe, en République démocratique du Congo, le 7 octobre. © ALEXIS HUGUET A Minembwe, en République démocratique du Congo, le 7 octobre.

L'installation du maire de cette commune rurale nouvelle créée dans la province du Sud-Kivu a ravivé des vieilles craintes de séparatisme. Devant l'ampleur de la crise, le président Tshisekedi a gelé le processus.

Un morceau de montagne reculé de l’est du Congo, quasiment coupé du monde, a déclenché une violente tempête politique à l’autre bout du pays, dans la capitale, Kinshasa. La semaine dernière, le leader de l’opposition Martin Fayulu a pris la tête d’une manifestation pour défendre «l’unité nationale et l’intégrité territoriale» de la République démocratique du Congo (RDC). Celle-ci serait menacée, à l’entendre, par la création administrative de la petite commune rurale de Minembwe, enclave isolée de la province du Sud-Kivu, à l’ouest du lac Tanganyika. «Si nous laissons Minembwe entre les mains de ces occupants, demain nous n’aurons plus de pays. Nous serions le premier peuple d’Afrique à être colonisé par un autre peuple d’Afrique», est allé jusqu’à clamer Martin Fayulu.

L'OMS nomme un organisme indépendant pour enquêter sur les allégations d'abus sexuels en RDC

 L'OMS nomme un organisme indépendant pour enquêter sur les allégations d'abus sexuels en RDC L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé jeudi qu'elle mettait en place une commission indépendante de sept personnes pour enquêter sur les allégations d'exploitation et d'abus sexuels commis par des travailleurs humanitaires lors de la récente épidémie d'Ebola en la République démocratique du Congo (RDC). © Un agent de santé congolais administre un vaccin contre Ebola à une femme qui a été en contact avec une victime d'Ebola ...

Infographie : carte de situation de la République démocratique du Congo Infographie : carte de situation de la République démocratique du Congo

Car l’affaire Minembwe a réveillé des vieux démons congolais, en particulier un fort racisme anti-rwandais. Devant l’ampleur de la crise, le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, a choisi… de tout geler. «C’est une situation explosive, […] c’est arrivé pendant que je me trouvais à l’extérieur. Je n’étais pas mis au courant, a dit le Président, au cours d’une conférence de presse tenue à Goma, dans l’est du pays, le 8 octobre. Je ne peux pas laisser un peuple du Congo en danger. J’ai décidé purement et simplement d’annuler ce qui a été fait jusque-là.» Tshisekedi a aussi annoncé la mise sur pied d’une commission «composée d’experts, des géographes, des juristes, des démographes [qui] auront pour mission de retracer les limites [de Minembwe] avec le concours de ceux qui ont toujours vécu là».

RDC: à Mikenge, les communautés s’accusent de soutenir les groupes armés

  RDC: à Mikenge, les communautés s’accusent de soutenir les groupes armés Sur les hauts plateaux de Minembwe, on trouve des milliers de déplacés, réfugiés près des bases de la Mission des Nations unies au Congo et sans assistance internationale. Ils sont près de 3000 à Mikenge, pour l’essentiel des Banyamulenge et ils disent avoir subi de nombreuses attaques. Avec notre envoyée spéciale à Mikenge, Sonia Rolley À Mikenge, les déplacés disent avoir été attaqués une vingtaine de fois et connaître leurs assaillants. Philemon Chiza, l’un de leurs représentants, raconte la dernière attaque en juillet. « Je vais vous montrer par où ils sont venus. Les Maï-Maï sont venus de là, de cette montagne, par ce chemin. Ils sont entrés dans le camp, ont tiré.

Procès en illégitimité

Cette zone de hauts plateaux est peuplée par une communauté tutsie rwandophone relativement peu nombreuse (entre 50 000 et 400 000 personnes, selon les sources) qui pratique traditionnellement l’élevage. On les désigne depuis les années 60 sous le terme de Banyamulenge, pour les différencier des Tutsis arrivés du Rwanda depuis. Bien que, selon les historiens, les Banyamulenge se soient installés sur les hauts plateaux avant la période coloniale, ils souffrent toujours d’un procès en illégitimité : selon un sondage national réalisé en 2002, seuls 26% des personnes interrogées les considéraient comme des Congolais.

Cette perception a été renforcée, historiquement, par la relation complexe que la communauté a entretenue avec le Rwanda voisin. Des jeunes Banyamulenge ont massivement rejoint le Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagame dans les années 90 puis l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL, la rébellion contre le régime de Mobutu, dirigée par Laurent-Désiré Kabila et largement soutenue par Kigali) et le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD, lui aussi parrainé par le Rwanda). «On doit cette période initiale de militarisation au fait que la communauté redoutait les persécutions et désirait s’émanciper sur le plan politique, décrit une étude approfondie de l’Institut de la vallée du Rift consacrée aux Banyamulenge et parue en 2013. C’est en partie grâce au soutien apporté par le Rwanda pendant les rébellions de l’AFDL et du RCD que des représentants de la communauté Banyamulenge ont pu s’élever aux échelons supérieurs de la scène politique congolaise.»

RDC: EI revendique une attaque contre la prison de Beni, des centaines de détenus en fuite

  RDC: EI revendique une attaque contre la prison de Beni, des centaines de détenus en fuite Revendiquée par l'organisation État islamique, une attaque mardi contre une prison à Beni, dans l'Est de la République démocratique du Congo, a entraîné l'évasion de plusieurs centaines de détenus dans une région traumatisée par des massacres de civils depuis six ans. - "Attaque ignoble" - L'évasion "éloigne de plus tout espoir de justice et de vérité dans la région car une bonne partie des auteurs présumés des massacres à Beni, dont on attendait depuis des années un procès public, sont partis calmement", a ajouté Lucha.

Terres ancestrales

A cette époque, les Banyamulenge accèdent même à l’une de leurs vieilles revendications : la création d’un «territoire de Minembwe», au sein duquel ils sont majoritaires. La communauté était en effet jusque-là dispersée, et donc politiquement diluée, entre trois territoires, Fizi, Uvira et Mwenga. Les autorités parallèles du RCD ont institué cette entité administrative de Minembwe, entre 1999 et 2003, suscitant la fureur des communautés voisines, Babembe, Bafuliiru et Banyindu, qui vivent aussi sur les plateaux et s’estiment victimes d’un vol de leurs terres ancestrales. L’affaire de la proclamation de la commune rurale de Minembwe – beaucoup plus petite, en surface, que l’éphémère territoire du même nom, dissous en 2003 – a ravivé ce traumatisme.

President of the Democratic Republic of Congo, Felix Tshisekedi (C), arrives during the inauguration ceremony of the Africa, Caribbean, Pacific Group of States (ACP), summit on December 9, 2019, in Nairobi at which Kenya's President Uhuru Kenyatta was handed the presidency of the ACP by outgoing president, the Deputy Prime Minister of Papua New Guinea, H.E. Steven Davis. - Davis handed over the leadership role of ACP to Kenyatta at the inauguration of the summit for Heads of State and government themed © TONY KARUMBA President of the Democratic Republic of Congo, Felix Tshisekedi (C), arrives during the inauguration ceremony of the Africa, Caribbean, Pacific Group of States (ACP), summit on December 9, 2019, in Nairobi at which Kenya's President Uhuru Kenyatta was handed the presidency of the ACP by outgoing president, the Deputy Prime Minister of Papua New Guinea, H.E. Steven Davis. - Davis handed over the leadership role of ACP to Kenyatta at the inauguration of the summit for Heads of State and government themed Le président de RDC, Félix Tshisekedi, en décembre 2019. Photo Tony Karumba. AFP

RDC: le colonel Makanika, bête noire des FARDC et des groupes Mai Mai

  RDC: le colonel Makanika, bête noire des FARDC et des groupes Mai Mai En République démocratique du Congo, le bilan est toujours incertain après de violents affrontements, mardi 20 octobre, entre les Maï Maï Biloze Bishamboke et les hommes du colonel Makanika, au nord-ouest de Minembwe. Il y aurait eu entre 10 et 20 morts selon les sources, et plusieurs villages ont été brûlés. avec notre envoyée spéciale à Minembwe, Sonia Rolley Ce sont sans doute les affrontements les plus graves depuis ceux de Kipupu. L’armée congolaise accuse Michel Rukunda, dit Makanika, déserteur issu de la communauté banyamulenge, d’être à l’origine de cette attaque, comme d’autres, y compris contre des militaires congolais.

«La création du territoire (entité administrative sous-provinciale) semblait confirmer une théorie du complot selon laquelle les Banyamulenge seraient à l’avant-garde d’une invasion étrangère tentant d’exproprier et de déplacer les groupes "autochtones" et d’usurper leur autorité locale, écrit Judith Verweijen, maître de conférences à l’université de Sheffield, dans un article sur le conflit (1). Pour ces raisons, le territoire de Minembwe a une fonction hautement symbolique, en tant que marqueur de division et de violence. La commune rurale évoque des sentiments forts similaires, étant profondément inscrite dans les luttes autour de l’autorité et de l’identité locales. Elle est également devenue une affaire politique nationale.»

Milices armées

La création de la commune de Minembwe n’est pourtant pas chose nouvelle. Elle fut décidée dès 2013, parmi une centaine d’autres à travers le pays, sous la présidence de Joseph Kabila. Mais elle n’avait pas pris de réelle consistance avant la nomination, le 18 septembre, de son bourgmestre, Gad Mukiza, un Banyamulenge, par le ministre de la Décentralisation, Azarias Ruberwa, lui-même d’origine banyamulenge et ex-président du RCD. «Là où on peut voir une forme de maladresse politique, c’est que l’on a installé le bourgmestre de Minembwe alors que les autres communes du Sud-Kivu n’ont toujours été installées, explique Pierre Boisselet, coordinateur du Baromètre sécuritaire du Kivu, dans une interview au site Afrikarabia. On peut se poser la question : pourquoi la commune de Minembwe et pas les autres ? C’est ce qui a installé une forme de soupçon.»

Est de la RDC: la principale rébellion burundaise délogée de son fief par l'armée

  Est de la RDC: la principale rébellion burundaise délogée de son fief par l'armée L'armée congolaise a annoncé avoir délogé de son fief de l'est de la République démocratique du Congo la principale rébellion burundaise des "Forces nationales de libération" du Burundi (FNL) après trois jours d'intenses combats, selon un communiqué parvenu lundi à l'AFP. "Les FARDC (Forces armées de la RDC) ont délogé et récupéré le quartier général de rebelles burundais FNL (Forces nationales de libération (du Burundi) dirigé par Aloise Nzabampema", écrit le capitaine Dieudonné Kasereka, porte-parole de l'armée au Sud-Kivu (est).Les FNL sont considérées comme la principale rébellion burundaise présente dans l'est de la RDC.

La peur d’une «balkanisation» – un fantasme alimenté par l’histoire, bien réelle, des ingérences étrangères en RDC – a rencontré un fort écho à travers le pays. La question ne se limite malheureusement pas à une controverse théorique. Plusieurs milices armées sont actives dans la zone des hauts plateaux. Depuis février 2019, un nouveau cycle de violences a provoqué la destruction de 95 villages et déplacé plus de 110 000 personnes, selon une note analytique du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme parue cet été. «Les attaques contre les civils ont été menées par des groupes armés alliés aux communautés opposées, en guise de représailles et de règlement de comptes. Ils ont souvent noué des alliances sur la base de l’appartenance communautaire ou en fonction d’intérêts opportunistes», rappellent ses rédacteurs. Parmi les belligérants, on retrouve principalement deux organisations banyamulenge (Ngumino et Twigwaneho) et deux milices maï-maï (Ebu-Ela et Biloze Bishambuke) qui recrutent notamment parmi les Babembe et les Bafuliiru.

Alors que l’Assemblée nationale s’est emparée ce lundi du débat sur Minembwe, leurs actes sont âprement commentés ces jours-ci à Kinshasa. Dans l’autre sens, les discours de haine tenus dans la capitale ont bien souvent des répercussions tragiques à 1 500 kilomètres de là, dans les vallons du Sud-Kivu. Au moins 128 personnes ont été exécutées depuis l’an dernier sur les hauts plateaux, dont 21 femmes et 7 enfants.

(1) «Pourquoi la violence dans les hauts plateaux du Sud-Kivu n’est pas "ethnique" (et autres idées reçues sur la crise)», Kivu Security Tracker, septembre 2020.

RDC: dans le Kivu, un bilan humain alarmant pour les vingt premiers mois de Tshisekedi .
En République démocratique du Congo (RDC), le baromètre sécuritaire du Kivu (KST) a publié lundi 26 octobre un bilan humain des vingt premiers mois de la présidence de Félix Tshisekedi. Et les chiffres sont alarmants : 2 127 civils ont été tués, 1 450 enlevés et 938 kidnappés. Le bilan est plus lourd encore que celui des vingt derniers mois de son prédécesseur Joseph Kabila, avec 1 553 civils tués. En cause, la recrudescence des tueries perpétrées par les ADF, les Forces démocratiques alliées, dans l'est du pays. Et ce, malgré la promesse du nouveau président d'« exterminer définitivement » le groupe armé.

usr: 1
C'est intéressant!