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Monde Caricatures de Mahomet. Dans le monde arabe, la polémique enfle après les propos d’Emmanuel Macron

19:20  25 octobre  2020
19:20  25 octobre  2020 Source:   ouest-france.fr

Pourquoi l’enseignement de l'arabe à l'école est-il si polémique ?

  Pourquoi l’enseignement de l'arabe à l'école est-il si polémique ? La proposition d'Emmanuel Macron d'encourager l'apprentissage de cette langue souvent perçue comme celle du Coran dans le cadre périscolaire a réveillé de vieilles crispations à droite et à l'extrême droite.Une idée "ridicule" dénoncée par l'ancien ministre de l'Education, Luc Ferry. "Une lâcheté et une faute" , selon les mots du député LR Aurélien Pradié. "Une honte", s'est emporté Steeve Briois, le vice-président du Rassemblement national. La proposition d'Emmanuel Macron de renforcer l'apprentissage de l'arabe à l'école a fait bondir dans les rangs de la droite conservatrice et de l'extrême droite.

Une manifestation anti-Macron, ce dimanche 25 octobre à Istanbul en Turquie. © REUTERS/Murad Sezer Une manifestation anti-Macron, ce dimanche 25 octobre à Istanbul en Turquie.

Boycott des produits français, appels à manifester en Libye, attaques d’Erdogan, condamnations du Premier ministre pakistanais : le torchon brûle entre la France et le Proche-Orient après les propos d’Emmanuel Macron sur les caricatures de Mahomet. Ce dimanche, Erdogan a réitéré ses propos, malgré le rappel de l’ambassadeur français en Turquie et les condamnations du chef de la diplomatie européenne.

Après les propos polémiques du président turc Recep Tayyip Erdogan samedi 24 octobre, c’est le Premier ministre pakistanais Imran Khan qui a à son tour accusé ce dimanche Emmanuel Macron « d’attaquer l’Islam », le président français ayant défendu la publication de caricatures du prophète Mahomet après l’assassinat la semaine dernière du professeur Samuel Paty qui en avait montré certaines à ses élèves.

Macron : "Nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins"

  Macron : Emmanuel Macron a assuré que la France ne renoncerait pas "aux caricatures, aux dessins", lors d'une cérémonie d'hommage national mercredi soir au professeur d'histoire-géographie décapité après avoir montré à ses élèves des caricatures de Mahomet. Emmanuel Macron a assuré que la France ne renoncerait pas "aux caricatures, aux dessins", lors d'une cérémonie d'hommage national mercredi soir au professeur d'histoire-géographie décapité après avoir montré à ses élèv "Nous continuerons, professeur.

« Nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins, même si d’autres reculent », avait déclaré le président français lors de l’hommage national à Samuel Paty mercredi 21 octobre.

« Il est regrettable qu’il ait choisi d’encourager l’islamophobie »

« Le président Macron aurait pu jouer l’apaisement et refuser l’espace aux extrémistes plutôt que de créer une polarisation et une marginalisation supplémentaires qui conduisent inévitablement à la radicalisation », a écrit Imran Khan sur Twitter.

« Il est regrettable qu’il ait choisi d’encourager l’islamophobie en s’attaquant à l’Islam plutôt qu’aux terroristes qui pratiquent la violence, qu’il s’agisse de musulmans, de tenants de la suprématie blanche ou d’idéologues nazis », a poursuivi le Premier ministre pakistanais.

Appels à manifester en Libye

Les propos d’Emmanuel Macron ont créé une vague d’émoi dans des pays du Proche-Orient. Des appels à manifester se sont multipliés ce dimanche en Libye. Le mouvement a surtout pris de l’ampleur sur les réseaux sociaux avec des internautes appelant à manifester dimanche après-midi sur la grande Place des Martyrs, dans le centre-ville de Tripoli. Côté médias, la chaîne de télévision religieuse « al-Tanasuh », porte-voix du mufti Sadek al-Ghariani, a relayé cet appel sur le bandeau d’information en bas de l’écran.

Caricatures: le Premier ministre pakistanais accuse Macron «d’attaquer l’islam»

  Caricatures: le Premier ministre pakistanais accuse Macron «d’attaquer l’islam» Le président de la République française, Emmanuel Macron, est sous le feu des critiques d’une partie du monde musulman, après ses propos sur les caricatures du prophète Mahomet. Lors d’un hommage rendu au professeur assassiné Samuel Paty mercredi 21 octobre, il avait ainsi promis de « ne pas renoncer » : un outrage pour certains dirigeants politiques comme le Premier ministre pakistanais Imran Khan, qui a réagi dimanche 25 octobre. Avec notre correspondante à Islamabad, Sonia GhezaliLe Premier ministre pakistanais accuse Emmanuel Macron d’attaquer l'islam. Il a réagi sur les réseaux sociaux quatre jours après le discours du président français, en hommage à Samuel Paty.

Ce chef religieux controversé, qui dirige Dar al-Ifta – plus haute autorité religieuse du pays —, avait déjà réagi aux propos du président français début octobre sur le « séparatisme islamique » en affirmant que « si un dirigeant musulman tenait envers l’Occident les mêmes propos et déclarations racistes et hostiles que ceux de Macron envers l’islam, il lui aurait été reproché d’être extrémiste, raciste et terroriste ! »

« Diaboliser l’islam et les musulmans n’aide pas la paix sociale en France »

Des petits groupes ont déjà protesté samedi dans plusieurs villes libyennes, brandissant des pancartes reprenant le hashtag « Tout sauf le prophète », « le prophète est une ligne rouge » ainsi que des portraits du président français barrés d’une croix rouge.

Ammari Zayed, membre du Conseil présidentiel chapeautant le Gouvernement d’union basé à Tripoli et ministre par intérim de l’Education nationale, a fustigé les propos d’Emmanuel Macron, dénonçant « le mépris que ces déclarations constituent à l’encontre du plus grand symbole pour tous les musulmans ».

Le Maroc condamne officiellement la publication de caricatures de Mahomet et interpelle la France

  Le Maroc condamne officiellement la publication de caricatures de Mahomet et interpelle la France Le Maroc dénonce les caricatures du prophète de l’islam et appelle la France « à cesser d’attiser le ressentiment et à faire preuve de discernement et de respect de l’altérité ».#Communiqué MAEC : Le #Maroc ?? condamne vigoureusement la poursuite de la publication des caricatures outrageuses… https://t.

« Nous condamnons fermement les déclarations du président français et l’insulte intentionnelle envers l’islam et son saint prophète », a-t-il écrit samedi sur Facebook.

« En tant que musulmans, il est de notre devoir de respecter tous les prophètes alors nous exigeons de même de la part de toutes les autres religions », a indiqué à l’AFP Fatima Mahmoud, une habitante de Tripoli ayant l’intention d’aller manifester dans l’après-midi.

« Diaboliser l’islam et les musulmans […] n’aide pas la paix sociale en France, encore moins l’intégration des musulmans dans un pays qui prône les libertés. […] Les propos de Macron sont très provocateurs », a ajouté cette mère de famille de 56 ans.

Boycott de fromages au Koweït

Plusieurs pays ont également appelé au boycott des produits français, comme au Koweït, où des images montrant des fromages tels que le Kiri et le Babybel retirés des rayons des magasins ont été diffusées sur les réseaux sociaux et dans les médias. Par ailleurs 430 agences de voyages de ce pays du Golfe persique ont suspendu les réservations de vols vers la France.

Au Qatar, les chaînes de distribution Al-Meera et Souq al-Baladi ont annoncé qu’elles retireraient tous les produits français des magasins jusqu’à nouvel ordre.

Erdogan enfonce le clou

Samedi 24 octobre, le président turc Recep Tayyip Erdogan était lui allé jusqu’à mettre en doute la « santé mentale » du président français pour ses propos envers les musulmans de France.

Il y a deux semaines, Erdogan avait lui aussi déjà dénoncé comme une provocation les déclarations du président français sur le « séparatisme islamiste » et la nécessité de « structurer l’islam » en France, alors que l’exécutif présentait un projet de loi sur ce thème.

Il a enfoncé le clou samedi dans un discours télévisé : « Tout ce qu’on peut dire d’un chef d’État qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c’est : allez d’abord faire des examens de santé mentale ».

Rappel de l’ambassadeur, une décision inédite

Des propos immédiatement condamnés par l’Élysée qui a annoncé dans la foulée le rappel de son ambassadeur « pour consultation ». Un acte diplomatique rare et qui serait une première, semble-t-il, dans l’histoire des relations franco-turques.

Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a dénoncé de la part de la Turquie « une volonté d’attiser la haine » contre la France et son président Emmanuel Macron, soulignant que l’ambassadeur sera de retour à Paris dès ce dimanche.

Le ministre des Affaires étrangères, depuis l’avion qui l’emmenait vers le Mali, a fustigé « un comportement inadmissible, a fortiori de la part d’un pays allié ».

Caricatures : le monde arabo-musulman proteste de nouveau contre la France

  Caricatures : le monde arabo-musulman proteste de nouveau contre la France Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans plusieurs pays arabes et musulmans contre la position de la France sur les caricatures de Mahomet.Les protestations ont éclaté après les déclarations d'Emmanuel Macron défendant ces caricatures du prophète de l'islam dans le cadre de la liberté d'expression à la suite de la décapitation près de Paris par un musulman d'un enseignant qui avait montré à sa classe de tels dessins. L'islam, dans son interprétation stricte, interdit toute représentation de Mahomet. Vendredi, les principales manifestations ont eu lieu au Bangladesh et au Pakistan.

« À l’absence de toute marque officielle de condamnation ou de solidarité des autorités turques après l’attentat terroriste de Conflans-Sainte-Honorine, s’ajoutent désormais depuis quelques jours une propagande haineuse et calomnieuse contre la France », a déclaré Jean-Yves Le Drian, dans un communiqué.

La mise en garde de l’Europe

La présidente du RN, Marine Le Pen, a réagi ce dimanche aux attaques verbales d’Erdogan, en appelant à une réponse française et européenne plus forte.

Le rappel à Paris de l’ambassadeur de France à Ankara « est un geste significatif, on ne peut pas dire que c’est un geste fort », a-t-elle estimé lors du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI.

Elle a invité à se tourner vers l’Union européenne pour l’interroger sur sa « complaisance totale » envers la Turquie. Ankara, a-t-elle soutenu, fait un « chantage » à la rétention des migrants présents sur son sol en échange de « milliards » versés par Bruxelles. Selon elle, « un signal clair » serait « d’abord arrêter de leur verser de l’argent ». Le député LR Éric Ciotti a jugé pour sa part que « cette Turquie n’a plus rien à faire dans l’OTAN et ne peut pas intégrer l’Union Européenne ! Il est temps de s’affirmer et d’être clair sur la scène internationale ».

Les propos d’Erdogan ont été jugés « inacceptables » par le chef de la diplomatie européenne Josep Borrel, qui a appelé Ankara à « cesser cette spirale dangereuse de confrontation ».

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a néanmoins de nouveau attaqué dimanche son homologue français Emmanuel Macron, réitérant ses doutes sur sa santé mentale.

Lors d’un discours télévisé dans la ville de Malatya en Anatolie, le président turc a accusé le président français d’être « obsédé par Erdogan jour et nuit », et a ajouté : « C’est un cas, et en conséquence, il a vraiment besoin de subir des examens (mentaux) ».

Sur Al-Jazeera, Macron dit « comprendre qu’on puisse être choqué par les caricatures » .
Le président de la République a d’emblée précisé qu’il « n’accepterait jamais qu’on puisse justifier la violence ». « Mon rôle est d’apaiser les choses » mais aussi « de protéger » la liberté d’expression en France, explique le chef de l’Etat dans cette longue interview de près d’une heure diffusée doublée en arabe par la chaîne qatari, très regardée au Moyen-Orient et au Maghreb.

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C'est intéressant!