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Monde ANALYSE. Brexit : l’accord trouvé avec Londres récompense la méthode Barnier

19:00  24 décembre  2020
19:00  24 décembre  2020 Source:   ouest-france.fr

Un no deal Brexit "reste le scénario le plus probable", avertit le Royaume-Uni

  Un no deal Brexit Le Royaume-Uni a jugé que les discussions post-Brexit avec l'Union européenne avaient plus de chances d'échouer que de réussir, alors que Michel Barnier a jugé de son côté qu'il était "difficile mais possible de parvenir à un accord" avec Londres d'ici vendredi.Le négociateur européen sur le Brexit Michel Barnier a estimé jeudi lors d'une rencontre avec des eurodéputés qu'il était "difficile mais possible de parvenir à un accord" post-Brexit avec le Royaume-Uni d'ici vendredi, selon des propos rapportés par plusieurs participants.

Le négociateur en chef côté européen, Michel Barnier, lors de la conférence de presse au siège de la Commission annonçant l’accord sur le Brexit. © REUTERS Le négociateur en chef côté européen, Michel Barnier, lors de la conférence de presse au siège de la Commission annonçant l’accord sur le Brexit.

L’accord commercial trouvé jeudi 24 décembre 2020 entre le Royaume-Uni et l’Union européenne est en partie dû au travail de fond mené par le négociateur en chef, Michel Barnier. Avec une méthode qui pourrait bien rester comme un précédent utile à l’avenir pour l’UE face à ses interlocuteurs extérieurs.

Maintenir les lignes rouges européennes, garder la cohésion entre les 27 tout en négociant un accord sur le Brexit avec les redoutables négociateurs que sont les experts britanniques… Telle était la tâche compliquée que le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avait confiée à Michel Barnier, à l’automne 2016.

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Quatre ans et demi plus tard, le Français le plus respecté à Bruxelles peut affirmer sans rougir : mission accomplie. À une vitesse record, à peine neuf mois pour conclure un accord de coopération « sans précédent », a déclaré en conférence de presse Michel Barnier. Même si dans ce type d’accord commercial, il faut toujours rester prudent tant que tout n’est pas encore entré en vigueur, avant de prononcer un jugement définitif.

Sur deux points Michel Barnier a obtenu un réel succès.

Primo, l’agenda

Primo, il n’a jamais subi l’agenda du Brexit et, au contraire, dicté le tempo de la négociation, en fixant très vite les lignes rouges des Européens et l’ordre des accords à négocier. À savoir le respect de la paix en Irlande du Nord, conquise de haute lutte en 1998 grâce à la médiation européenne ; la défense de l’intégrité du marché unique, cœur de la puissance européenne. C’est ainsi que dans un premier temps Londres et Bruxelles ont négocié un accord de retrait (l’accord de divorce proprement dit) respectant ces deux lignes rouges. Puis l’accord commercial encadrant la nouvelle relation, qui vient d’être rendu public.

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L’objectif était d’arriver à un accord de libre-échange sans quotas ni droits de douane, mission accomplie. La conclusion d’un texte de 2 000 pages en à peine dix mois constituerait aussi une prouesse pour Londres et Bruxelles, surtout pour un accord de cette envergure qui prend en général des années.

Deux ans et demi avaient été nécessaires pour négocier le traité de retrait scellant le départ britannique, conclu fin 2019, un texte qui apporte une sécurité juridique aux expatriés des deux côtés de la Manche et fournit des garanties pour le maintien de la paix sur l’île d’Irlande.

La méthode pour préserver l’unité des 27

Secundo, il est parvenu, et c’était loin d’être évident compte tenu des pressions britanniques pour diviser les Européens, à garder une position commune parmi les Vingt-sept. « Chaque semaine », nous expliquait il y a deux ans une de ses plus proches collaboratrices, « on a réuni longuement les sherpas (délégués par les gouvernements) de tous les pays pour faire le point à chaque étape ». Tout le monde était informé en temps réel. À Paris comme à Varsovie. À Bruxelles comme à Strasbourg. Inédite à Bruxelles, cette méthode appliquée à un dossier si sensible est la démonstration qu’il est possible, à 27, de bâtir des accords. Outre l’accord, la « méthode Barnier » pourrait bien rester comme un précédent utile à l’avenir face aux interlocuteurs extérieurs à l’UE.

La Grande-Bretagne et l'UE publient le texte de l'accord commercial étroit sur le Brexit

 La Grande-Bretagne et l'UE publient le texte de l'accord commercial étroit sur le Brexit LONDRES (Reuters) - La Grande-Bretagne a publié samedi le texte de son accord commercial étroit avec l'Union européenne cinq jours à peine avant de quitter l'un des plus grands blocs commerciaux du monde dans ses plus importants changement global depuis la perte de l'empire.

Michel Barnier a fait plusieurs fois le tour de l’Europe et rencontré tous les dirigeants en tête-à-tête, à plusieurs reprises. Mais aussi les parlements, les syndicats, les diplomates, le Parlement européen. « L’unité des Vingt-Sept, cela se construit », résume l’intéressé, convaincu depuis le début que le Brexit était, en soi, du « perdant-perdant », mais résolu à tirer le meilleur accord possible dans les conditions existantes. Les écueils étaient pourtant nombreux. Sur la pêche notamment, qui est un sujet ultrasensible en France et dans six ou sept autres pays, mais pas dans l’ensemble du bloc. Le couple Von der Leyen – Barnier, avec en coulisses le couple Merkel/Macron, aura permis d’éviter que le bloc se divise. « La force de l’UE dans cette négociation a été l’unité », déclarait jeudi 24 décembre Michel Barnier. « Cela a été un honneur de prendre part à cette unité des Européens ».

Une longue pratique des Britanniques

Un peu paradoxalement, c’est donc à un Français qu’il est revenu de tenir les rênes de la négociation la plus complexe que l’Europe ait eue à mener avec les Britanniques. Michel Barnier avait déjà, avant 2016, une longue expérience du dialogue avec Londres. Lorsqu’il était Commissaire européen au marché intérieur et donc en charge de réguler les services financiers (enjeu majeur pour les Britanniques), il avait mis un point d’honneur à rechercher toujours l’accord de Londres dans les accords à signer.

EU affirme que l'accord commercial sur le Brexit apporte la stabilité

 EU affirme que l'accord commercial sur le Brexit apporte la stabilité Barnier de PARIS (Reuters) - Le négociateur de l'Union européenne sur le Brexit, Michel Barnier, a déclaré mardi que l'accord commercial conclu avec la Grande-Bretagne était un soulagement et apportait de la stabilité aux personnes et aux entreprises.

« J’ai fait voter 41 lois, dont 39 avec l’accord britannique. C’était ma stratégie, travailler à des compromis, obtenir leur accord parce que la City est la principale place financière européenne », nous avait-il déclaré. Aussi, lorsque les électeurs britanniques décidèrent de quitter l’Union Européenne, le 23 juin 2016, Michel Barnier était à la fois déçu et inquiet sur ce qui était selon lui « un mauvais calcul » de la part des Britanniques.

« Il y a une peur de la mondialisation », expliquait-il. « Le sentiment de perdre son identité nationale. L’enjeu, c’est d’expliquer que l’Union européenne est davantage le moyen de maîtriser les choses plutôt que de les subir. La mondialisation est là. C’est internet, les échanges, le climat. La question c’est : comment on se protège ? Je ne crois pas que les Anglais aient fait un bon calcul, pour l’avenir ».

Pourquoi ? « Ils ont beaucoup à perdre. Pour leurs produits, leurs services, pour la place financière de Londres par où entre en Europe une grande partie des investissements du monde entier. Si Londres sort du marché unique, de nombreux opérateurs vont s’organiser. Si vous mettez la porte d’entrée en dehors du bâtiment, ce n’est plus une porte d’entrée. Les Britanniques vont mesurer que ce choix d’être solitaire va coûter cher ».

Michel Barnier dit que l'accord commercial sur le Brexit apporte «un peu de stabilité»

 Michel Barnier dit que l'accord commercial sur le Brexit apporte «un peu de stabilité» L'accord commercial post-Brexit entre l'UE et le Royaume-Uni a apporté «un peu de stabilité», mais il reste encore quelques éléments des relations futures du bloc avec la Grande-Bretagne à déterminer, Bruxelles a déclaré le négociateur en chef.

2 000 pages à éplucher

Quatre ans plus tard, le pire a été évité à deux reprises. Une sortie brutale et sans aucun accord, il y a un an. Et la fin du régime transitoire, le 31 décembre 2020, sans accord. Le premier parachute a permis de sauver le statu quo en Irlande du Nord, le second parachute évite de créer un Singapour aux portes de l’Europe.

Pour autant, le premier diagnostic (il n’y a rien à gagner au Brexit qui est du perdant-perdant) demeure. Michel Barnier, écarté de la course à la présidence de la Commission européenne en 2019, a su tenir son rôle avec constance, élégance et discrétion. Il a même laissé les médisances de ces dernières semaines – qui le voulaient écarté dans la négociation finale par Ursula von der Leyen – en conservant, en bon savoyard, l’œil sur les sommets. Faire l’intérêt de l’Union européenne comme un tout, car c’est selon lui dans ce cadre que notre avenir est désormais irrémédiablement inscrit si l’on veut continuer à peser sur les affaires du monde.

À partir de janvier 2021, Michel Barnier n’a probablement plus d’ambitions politiques en France, ni même à Bruxelles. Mais il est à disposition des Vingt-Sept pour faire ce qu’il sait faire le mieux : unir. La réforme des institutions européennes serait un beau chantier à lui confier. Ils ne sont pas si nombreux en Europe à savoir garder un tel cap.

Brexit : quatre ans de divorce houleux avec l'UE .
Depuis le 23 juin 2016 et la décision des électeurs britanniques de quitter l’Union européenne, le Royaume-Uni peinait à accoucher d’un accord de retrait. Après moultes rebondissements, des discussions ont finalement permis d'éviter le "no deal" le 24 décembre 2020. France 24 revient sur cette interminable procédure de divorce. Cette fois, c'est fini. Le Royaume-Uni sort de l'Union européenne le 31 décembre à minuit. Une rupture historique scellée par l'adoption d'un texte de 1 246 pages par la Chambre des Communes, mercredi 30 décembre, par 521 voix pour et 73 contre.

usr: 1
C'est intéressant!